EFFETS ÉLECTR. DE PRESSION
et (jü’on vienne à cliininner celle-ci sans que le contact change, Teffet de la pression perdue subsiste pendant un temps qui est d’autant plus long que les coi’ps pressés sont moins conducteurs de l’électricité. Mais si l’on comprime de nouveau le cojps et que l’on renouvelle ce jeu de pressions moindres et de pressiotis plus considérables, on n’a toujours que l’électricité qui est due à la pression la plus forte.
La vitesse de séparation, la force de compression, ne sont pas les seules circonstances qui modifient les effets électriques de pression; l’état hygrométrique des corps, l’état de leur surface et leur température exercent aussi une grande influence.
En général, il paraît que toutes les fois qu’une cause quelconque tend à augmenter, à diminuer ou à détruire tout-à-fait l’attraction moléculaire, il y a dégageînent d’électricité, de même que lorsque les éléments des molécules sont séparés par d’autres affinités; mais si les molécules ne sont pas séparées, il y a recomposition immédiate des deux électricités, il en est de même lorsque l’on élève la température d’un corps. Cette propriété rentre dans la production des effets électriques qui ont lieu quand la chaleur se propage dans une lame de métal.
Quand la séparation des molécules est extrêmement rapide, la tension des deux électricités peut être assez grande pour qu’il se produise de la lumière. Peut-être est-ce à une cause semblable que l’on doit attribuer la lumière (|ui est quelquefois produite quand d’énormes hlocsde glace viennent se heurter dans les mers polaires.
J’ai rapporté a une cause semblable les phénomènes électriques qui sont jjroduits lorsque, ayant plongé certaines substances dans le mercure, on les en retire plus ou moins rapidement; j’en ai fait l’application aux phénomènes qui ont été décrits avec soin par M. Dessaignes (i) et observés pour la première fois par Can-
(i) Annal, de Ch. et de Phys. , t. ii, p. 69.
ton. Je crois avoir donné une théorie satisfliisante des anomalies que présente ce mode d’électrisation.
Je m’occupai ensuite du dégagement de l’électricité par frottement dans tous les corps, d’abord dans celui des métaux les uns contre les autres (i). Ayant cherché à vérifier le fait que AI. Gehlen avait annoncé, qu’il se produit un coui’ant éiectricpie en posant simplemeîit l’une sur l’autre deux hunes de hismutli et d’antimoine, liées entre elles par le fil d’un multiplicateur, je reconnus que le courant n’avait pu être produit que par une différence de température entre les deux métaux ou bien par un léger frottement qu’ils avaient éprouvé, à l’instant oh on les avait mis en contact. Je fus ainsi conduit à découvrir que l’on détermine un courant électrique dans un fil conducteur, aux extrémités duquel on fixe deux lames de métal différent, que l’on fi’otte l’une contre l’autre; j’ai formé ainsi un tableau dans lequel chaque métal est jiositif par rapport à ceux qui le suivent; tableau qui est précisément le même que celui qui indique l’ordre de leurs facultés thermo- électriques. Cette identité devait naturellement faire croire que la chaleur, qui se dégage dans le fi’ottement, était la cause des effets thermo-électriques, mais je me suis assuré, par une expérience très-sunple, qu’il n’en est pas ainsi; si l’on frappe fortement l’une contre l’autre, à coups redoublés, les deux lames de métal, de manière à les échauffer bien plus que lorsqu’on les passe légèrement avec frottement l’iine sur l’autre, on ne produit aucun effet. Il jiaraît donc résulter de là que lorsqu’on ébranle les molécules des corps, il y a et dégagement de chaleur et dégagement d’électricité, deux effets concomitants (jui viennent encore à l’appui du principe général qui a été établi précédemment.
Il n’est pas absolument nécessaire que les deux lames soient de métal différent ; car si l’on prend deux lames
(i) Annal, de Ch. et de Phys., t. xxxviii, p. 1 1 3 et t. xlvii, p. 4 J*
2 5o effets ELfeCTR. DE FROTTEMENT.
crantimoiîie ou d’un autre métal, et que l’on frotte le bout de Tune sur toute l’étendue de la sui’faee de l’autre, on a un courant qui indique que la surface dont les parties ont été le plus ébranlées et se sont échauffées davantage a pris rélectricité négative.
Si l’on veut obtenir des effets électriques de tension, il faut s’y prendre d’une autre manière. Nous avons déjà vu que, plus les j)articules d’un corps épi’ouvent de déplacements, plus elles terïdent à prendi*e l’électricité négative. Si donc Ton veut avoir des effets de tension dans le frottement de deux métaux , il faut exalter , dans l'un des deux , le pouvoir électrique* on y parvient en réduisant l’un d’eux en limailles plus ou moins fines, que l’on projette rapidement sur des lames de métal.
Voici les résultats principaux que j’ai obtenus: les limailles métalliques, quand elles tombent sur une lame de même métal, ont une tendance à prendre l’électricité négative, mais cette tendance n’empêcbe pas que la limaille d’un métal positif ne soit positive par rapport aux métaux les plus négatifs ( i ), On voit donc encore ici que plus les surfaces sont ébranlées et s’écbauffent , par conséquent davantage, plus elles sont aptes à prendrq l’électricité négative.
Si l’on n’obtient pas des effets de tension, dans le frottement de deux métaux, on doit attribuer ce résultat négatif à la recomposition immédiate des deux électricités, recomposition qui ne peut avoir lieu en opérant d’après la méthode que j’ai indiquée.
Je me suis attaché à démontrer (2) que les phénomènes électriques, dans cette circonstance, dépendent d une différence dans le mode d’agrégation des molécules des surfaces soumises à l’expérience.
La chaleur qui se dégage dans le frottement des lames et des limailles , ne peut être la cause du dégage-
(1) Annal, de Ch. et de Phys., t. xxxviii, p. i3i.
(2) Idetri^t. XLvii, p. 128 et suiv.
3® PÉRIODE, CHAPITRE PREATIER. 0,5 l
ment. Pour le prouver, j’ai fait un certain nombre d’expei’iences , dans lescpielles j ai eleve successivement la température des limailles et des lames, et les conséipiences que j’en ai tirées m’ont mis à meme d’attribuer les effets produits à une différence de structure.
Pour montrer juscpi’à quel point l’état moléculaire influe sur les phénomènes dont il est ici question, j’ai soumis le frottement des limailles sur les lames h un mode d’action régulier qui a permis d’opérer toujours dans les mêmes circonstances. On y jiarvient, au moyen d’une horloge à ressort qui imprime un mouvement rapide de rotation à une tige verticale, à l’extrémité de laquelle on fixe horizontalement une lame de métal. Si l’on projette sur cette lame des limailles quelcompies, elles sont aussitôt lancées à une certaine distance, avec une force qui dépend de la vitesse de rotation; le contact n est donc qu’instantané. En posmit rapj)areil siu' un elcctroscope , on reconnaît sur-le-champ l’électricité qu’a pr ise la lame en mouvement. Parmi les résultats curieux que l’on obtient, je me bornerai à rapporter ceux qui suivent :
I^a limaille de zinc ne donne aucune électricité , quand elle tombe sur une lame de même métal en mouvement, tandis qu’elle en reçoit une bien marquée, qui est la positive, quand la lame, étant en rt'pos , on projette dessus de la limaille, dette expérience prouve que la vitesse de rotation imprimée à la lame de zinc augmente sa tendant'c négative ; aussi , pour consei'ver à la limaille sa faculté négative, il faudrait j)ouvoir la projeter dessus en une poudre impalpable qui ne s’attachât pas à la surface.
-iL Auguste Delarive ( I ) a fait aussi quehpies recher- Cii: :-; sui’ les effets électriques de tension cpi’on obtient Ci) frottant les métaux avec des corps imparfaits, tels
(i) Mt’!!:. ;.res de la vSoe. de Phys, et d’Hist, iiat. de Genève,
t. VI, p. 1 7 J.