‹ Traité expérimental de l'électricité et de magnétisme (volume 3)Chapitre 61 sur 141 · DISCTJSS. REL. A LA THÉORIE DU CONTACT · texte numérisé non relu

DISCTJSS. REL. A LA THÉORIE DU CONTACT

que le bois, le Hége, Tivoire, etc. Il a trouvé que presque tous les métaux, et particulièremeut les moins oxidables, prennent toujours l’électricité positive et quelquefois la négative. Le bismuth et le plomb fout exception et prennent toujours l’électricité positive. Ce qui lui a paru le plus singulier, c’est de voir l’antimoine et le bismuth acquérir, par le frottement d’un conducteur imparfait, chacun une électricité contraire à celle qu’il développe quand, frottés l’un contre l’autre, ils produisent un courant électrique, dans lequel le premier est positif et le second négatif. Il attribue la nature du principe électrique dont ces métaux se chargent, pendant le frottement des corps mauvais conducteurs, à la légère couche d’oxide qui ternit promptement la surface des métaux oxidables.

§ V. Discussion relative à la théorie du contact.

Dans mes premières recherches sur les phénomènes électro-chimiques j’annonçai , comme je l’ai déjà dit, que l’acide, dans sa réaction sur une base, prend l’électricité positive et celle-ci l’électricité négative, en ajoutant que ce résultat est inverse de celui que l’on obtient quand le contact n’est pas suivi d’une action chimique. Pour expliquer cette différence je m’appuyai sur la théorie de M. Ampère, qui admet que les molécules des corps sont douées d’une électricité qui leur est propre et dépendante de leur nature (i); effectivement, les molécules acides étant négatives et environnées d’une atmosphère d’électricité positive, et les molécules alcalines éminemment positives et entourées d’un atmosphère négative, à l’instant de la combinaison les deux atmosphères forment du fluide neutre, de sorte que les premières fournissent aux corps conducteurs avec lesquels elles sont en contact de l’électricité positive et les autres de l’électricité négative; si le contact n’est pas suivi d’une action

(i) Page 176 de cette notice.

chimique, une partie des atmosphères se reeombinant à chaque instant, les mêmes molécules reprennent aux conducteurs de rélectricité positive, aux dépens de leur fluide naturel, de sorte que rélectricité négative est repoussée, d’oii résultent des effets électriques inverses de ceux qui ont lieu dans les combinaisons chimiques.

Tout en adoptant provisoirement la théorie deM. Ampère, je ne me dissimulai pas les objections que Ton pouvait V faire et je cherchai dans de nouvelles expériences les moyens d’y répondre ou de modifier, mes idées sur les effets de contact. J’ai déjà dit que les travaux de M. Delarive m’avaient déterminé , non pas à abandonner entièrement la force électro-motrice de Volta, mais à restrein-

dre considérablement son influence dans les phénomènes électrO'chimiques. C’est dans le but de m’éclairer sur ce point délicat de la science que j’étudiai les courants électriques (i) qui sont produits dans la réaction des dissolutions les unes sur les autres et sur les métaux, ainsi que lorsque l’on plonge deux métaux différents dans un ou plusieurs liquides séparés par un diaphragme en baudruche. Je j)laçai dans chaque compartiment, soit un mélange d’eau et d’acides, soit une dissolution saline, soit même dans la case ou plongeait la lame de cuivre , du nitrate de cuivre, et dans celle oii se trouvait le zinc, du sulfate de zinc. Ayant mesuré dans chaque cas particulier l’intensité du courant, je trouvai que le maximum avait lieu quand le cuivre plongeait dans une dissolution de nitrate de cuivre, et le zinc dans une dissolution de sulfate de ce métal. Mais le courant éprouvant constamment des variations, j’indiquai le moyen de rendre son intensité à peu près constante pendant une demi-heure. Ainsi toutes les fois que l’on aura besoin de courants électriques constants avec une intensité faible, on pourra employer l’appareil que j’ai décrit. Si l’on réunit plusieurs éléments disposés comme

(i) Annal, de Ch. et de Phys* , t. xli, p. 5,

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je viens de le dire, jDour former une pile , loin d’avoir un aeeroissement dans rintensitc du courant, on a plutôt une diminution. Cela tient sans doute au défaut de conductibilité dans l’appareil par suite des diaphragmes inlerposés et des changements fréquents de conducteurs liquides.

M. Auguste Delarive entreprit de démonti’er qu’il était impossible d’expliquer la production de l’électricité voltaïque en partant uniquement du principe de l’action électro-motiice produite dans le contact des métaux; principe que Wollaston avait prouvéaussi ne pas être suffisant pour rendre compte de tous les effets qu’il avait observés.

On a vu précédemment (jue, dans la réaction d’un acide sur un alcali, le premier prend l’électricité positive et le second l’électricité négative. Il y a quelquefois des exceptions à cette loi, lorsque les bases sont à l’état solide et que l’action chimique est énergique. Dans ce cas, il y a des effets thermo-électriques qui viennent compliquer les effets électro-chimi({ues. M. Nobili a observé des effets de ce genre dans quelques cas particuliers (i ).

M. Delà rive revint sur la théorie de la pile et essaya de prouver que l’action électro-motrice n’existait pas , et que pour qu’il y eût dégagement d’électricité, il fallait une action calorifique, mécanique ou chimique. Pour donner au lecteur une idée nette de la manière dont le physicien genevois conçoit le phénomène, je rapporte ici textuellement le passage relatif a cette question (2) que je trouve dans rÆ'sç'i/fsse historique des principales découvertes faites dans ï électricité depuis quelques années.

« J’ai observé en particulier que lorsqu’on forme un (( couple voltaïque avec deux corps solides différents et « un seul liquide, c’est toujours le plus attaqué qui est

(1) Bibt univ., t. xxxvii, p. 26 et i36.

(2) Annal, de Ch. et de Phys., t. xxxvii, p. 225; t. xxxix , p. 297. Mém. de la Soc. de Phys.^ et cPHist. nat. de Qenève, t. iv, p. 285, et t. VI, p. 149.

« positif. Wollaston avait déjà tiré cette conséquence de « ses expériences. J’avais aussi délerininé plusieurs cas (f dans lesquels, quoique les circonstances les plus favo- « râbles, suivant la théorie du contact, fussent réunies, « il n’y avait pas d’effet électrique, et cela parce qu’il « n’y avait pas d’action cliiinicjue et qu’on s’était en « meme temps mis à l’abri de toute action caloiâfique « ou mécanique. Enfin j’avais montré que les effi'ts élec- « triques de tension , que l’on obtient par le simple con- (c tact de deux métaux hétérogènes sans l’intervention « d aucun liquide, sont dus aussi à l’action chimique, (c du moins quand ils ne proviennent pas d’une action « calorifique ou mécanique. Cette action chimique est « celle qu’ exercent toujours, au moins sur l’un des mé- « taux du couple, l’air, le gaz et les vapeurs aqueuses (c dont ils sont entourés, action qui, sans être très-forte, « n’en existe pas moins , ainsi qu’on peut s’en assurer « directement et dont il est difficile, comme le prouve « l’expérience, de se mettre complètement à l’abri. »

Cette dernière idée de faire dépendre de l’action chimique l’électricité que l’on retrouve dans un couple voltaïque plongé dans l’air ou dans un gaz, est due à M. Del arive. Quoiqu’elle soit une conséquence de la théorie électro-chimique adoptée par Fabroni et Wollaston, on ne voit pas que ce dernier physicien, en ail fait mention.

M.Pfaff(i), fidèle à la doct ri ne qu’il avait professée depuis les premières découvertes de Galvani, entra de nouveau en lice pour combattre M. Delarive, comme il le fit toutes les fois qu’on voulut renverser la théorie de contact. Il avança particulièrement dans son Mémoire qu’il n’y avait aucun effet électrique de contact dans le vide et dans le gaz bien secs.

M. Marianini (2) prit également la défense delà théo-

(1) Annal, de Ch. et de Phys., t. xli, p. 236,

(2) Idem , t. XLV, p. 4 h

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rie de Volta et chercha à prouver qu’il était impossible d’expliquer, par l’action chimique seule, les propriétés électriques de la pile.

M. Parrot (r), qui fut aussi un des premiers à se prononcercontre la théorie de Volta, examina de nouveau les conséquences que M. Marianini tira de ces expériences, et se rangea de l’avis de M. Delarive , c’est-àdire, qu’il lie vit pas de nouveaux motifs pour modifier les principes qu’il avait professés plus de trente ans avant.

11 ajouta : «J’ose croire que s’il eût connu à fond ma théorie, comme je l’ai publiée il y a bientôt 3o ans, ce physicien distingué eût réduit à un très-petit nombre les objections qu’il a consignées dans son Mémoire.» Je trouve dans le travail de M. Parrot un fait qui lui est propre et qu’il revendique par conséquent à ceux qui le lui ont pris; c’est que l’eau, lorsqu’elle est chimiquement pure et privée d’air, n’oxide ni le fer ni aucun des métaux oxidables, et que ces métaux ne s’altèrent sous l’eau qu’en raison de l’oxigène de l’air dont elle est imprégnée.

M. Delarive répondit, après avoir fait de nouvelles expériences, que tous les physiciens qui avaient cité des faits contraires à sa doctrine, n’avaient pas pris, dans leurs expériences, les précautions nécessaires pour se garantir de l’action chimique.

Je me trouvai naturellement compris dans le nombre de ceux dont M. Delarive cherchait à combattre les idées théoriques; c’est alors que je me livrai de nouveau à des recherches sur les effets de contact dont je vais rapporter ici les résultats» principaux.

J’adoptai d’abord complètement l’opinion de M. Delarive , qu’il y a production d’électricité toutes les fô is qu’il y a action chimique, calorifique ou mécanique. Les nombreuses expériences que j’avais faites depuis plusieurs années sur ce sujet, et avant que M. Delarive s’occupât de cette question , ne laissaient au-

(i) Annal, de Ch. et de Phys., t. xlvi, p. 36i,

y PÉRIODE, CHAPITRE PREMIER.

Clin doute a cet egard. 11 restait donc a discuter l’existence de la force électro-motrice admise par Volta, Pfaff, Davy, Marianini et moi, et combattue par Fabroni , Parrot, Wollaston et M. Delarive. Dans le commencement de mes recherches, j’adoptai l’opinion que Davy avait professée hautement, savoir que faction chimique était indispensable pour que félectricité dévelop[)ée dans le simple contact fût transportée. Cette manière de voir se trouvait êti’e un /nezzo termine entre l’opinion des partisans du contact et celle de faction chimique. Mais ayant pensé que cette question ne pouvait plus être débattue, même en n’admettant pas la théorie de Davy, au moyen du multiplicateur, je m’attachai à voir ce qui se passe dans le contact en prenant toutes les précautions possibles pour me garantir des actions mécaniques, calorifiques ou chimiques, contre lesquelles M. Delarive m’avait reproché de ne pas m’être mis en garde.

On est dans l’usage d’employer, pour recueillir félectricité produite dans le contact , des plateaux condensateurs en cuivre, qui sont plus ou moins attaquables par les liquides adhérant aux doigts. Pour éviter cet inconvénient , j’opérai avec des plateaux d’or ou de cuivre plaqués avec des lames d’or. D’un autre coté, au lieu d’étudier les effets électriques de contact dans des métaux, qui sont plus ou moins oxidahles dans l’eau ou dans fair, je m’attachai particulièrement à ojjérer sur des substances minérales conductrices de l’électricité, qui, exposées depuis des siècles aux intempéries des saisons, n’ont éprouvé aucune altération à leur surface. Cescorps sont le platine, for, le peroxide de manganèse, le fer oxidé magnétique, le mercure argentai, le persulfure de fer, le carbure de fer, etc. Je trouvai d’abord avec mon appareil, auquel j’avais donné un très-grand degré de sensibilité, que le platine et for ne donnaient lieu à aucun dégagement d’électricité par leur contact mutuel. Ce fait, sur lequel M. Delarive s’est appuyé plus tard pour défendre sa théorie, est opposé évidemment à celle de Volta. J’avais également I. 17

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