‹ Traité expérimental de l'électricité et de magnétisme (volume 3)Chapitre 76 sur 141 · ÉTAT DU GLOBE A SA FORMATION · texte numérisé non relu

ÉTAT DU GLOBE A SA FORMATION

diverses formations dont se compose la croûte du globe, même dans les terrains les plus modernes, auxquels on a donné le nom de diluviens. L’exposé que nous venons de présenter montre que lu nature n’a pas toujours agi avec violence, et qu’elle a procédé avec lenteur toutes les fois que la surface du globe n’a pas été bouleversée par des commotions intérieui'es.

Quelle est la nature des forces qui ont produit ces actions lentes, auxquelles nous devons un si grand nombre de corps? est-elle purement cliimicpie ou électro-chimique ? c’est là une des grandes questions géologiques dont on doit essayer de chercher la solution ; nous n’adoptons aucune idée systématique sur la cause première de la formation des corps, puisque nous nous demandons quelle est la nature des forces qui ont présidé à leur constitution. La discussion des faits jettera quelque jour sur ce sujet important.

Les dépôts dont se compose l’enveloppe superficielle de notre globe ne sont pas toujours formés des mêmes substances, et ne renferment pas constamment des débris de corps organisés de même espèce. Ida première conséquence que l’on peut tirer de ces faits fondamentaux, est, qu’aux différentes époques de leur formation , l’état de la surface du globe et la constitution de l’atmosphère n’étaient pas send:)!ab!es : l’un et l’autre ont changé successivement. Cette observation est iînportante à noter,si l’on veut chercher h expliquer les altéralions qu’ont éprouvées entre chaque révolution les substances qui étaient déjà déposées dans les fiions, ou dans d’autres localités. Peut-être en reprenant la question d’une manière inverse, sera-t-il possible un jour de remonter de ces altérations, quand elles auront été bien constatées, aux causes qui les ont produites, c’est-à-dire à l’état de Fatmosphère et de la surface du globe aux diverses époques où elles ont eu lieu. Ces recherch('s que nous nous bornons à indiquer rentrent dans le domaine de l’électro-chimie, et quoiqu’elles présentent de grandes

difficultés, on ne doit pas désespérer cependant de les voir infructueuses.

D’un autre côté, les eaux ne se sont pas toujours retirées lentement, comme la formation des terrains de sédiment semble 1 indiquer, car les cataclysmes qui ont amené le soulèvement des montagnes , ont dû dûpi acer les mers et les rejeter dans de nouveaux bassins.

I^a piesence, dans les glaces du Nord, des cadavres de grands c|Liadrupedes dont i’espèc’c n’existe plus, et qui ont été préservés de toute putréfaction depuis un nombre considérable de siècles, est une des preuves que 1 on peut donner du déplacement des eaux sur la surface du globe.

fjttte meme surlace, avons- nous dit, a differentes époques a été recouverte d’une ri(‘be végétation, qui a du foiiner un liumus, dont, en effet, on letrouve encore des traces dans le petit nombre de localités oii il n’a pas été détruit par des révolutions subséquentes.

D un autre côte , 1 eau de la mer se trouvant en contact avec un grand nombre de substances, qui étaiimt exposées avant à l’influence d’une atmosphère dont nous ne connaissons pas la composition, a dû léagir sur elles et donner naissance à de nouveaux produits.

Tout noLis prouve que les masses qui forment les plus hautes montagnes ont été primitivement dans un état liquide ou gazeux, attendu que Ion trouve partout des traces de cristallisation qui ne se rencontrent |que dans les substances qui ont été dissoutes par la chaleur on par un liquide, il est possible cependant d’obtenir des composés cristallisés, sans que leurs élénîents aient été a 1 état liquide ou gazeux, comme nous avons déjà eu l’occasion de le voir.

On dit avec raison que la nature n’agit plus maintenant comme elle agissait jadis; mais aussi les circonstances ne sont plus les memes : la température était b('aucoup plus élevée qu’elle ne l’est aujourd’lmi ; ratmosj)lière renfermait très-probablement alors di's éléments gazeux qui n’y sont plus maintenant; il se trouvait aussi dans les

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eaux, suivant toutes les conjectures, un plus grand nombre de sels solubles qui, par leur réaction sur les corps environnants, ont produit cette foule de composés insolubles qui entrent dans les terrains de sédiment, et dont quelques-uns ont éprouvé et éprouvent encore des décompositions dont nous étudierons la cause et les effets.

Nous devons ajouter encore que la pression de l’atmospbère, étant très-probablement plus considérable dans ces temps reculés qifelle ne l’est maintenant, a dû influer sur la quantité de sels dissous dans les eaux et contribuer par suite à des réactions plus énergiques sur les masses d’où seront résultées de nouvelles combinaisons.

De nouveaux exemples feront encore mieux sentir l’importance de l’étude des actions lentes pour la solution d’autres questions de même nature. On sait que les eaux qui heurtent avec violence le flanc des montagnes, en détachent des parties qu’elles entraînent avec elles. Aussitôt que leur vitesse est suffisamment diminuée, elles déposent d’abord les plus grosses, puis les moindres, et il n’arrive guère dans les rivières, dans les fleuves ou à leur embouchure dans la mer que les parcelles les plus ténues, qui sont successivement déposées au fond et sur les bords, où elles forment, avec les tlébris des corps organisés qui s’y mêlent, des alluvions et des aterrissements dans lesquels la végétation se développe avec une énergie extraordinaire. Nous avons là une idée faible , à la vérité, de ce qu’était la végétation dans les premiers âges du monde, quand le terreau primitif était formé d’un semblable limon , qui devait être plus considérable que maintenant, en raison de la plus grande abondance des ( aux et des déplacements qu’elles éprouvaient.

Ces alluvions, ces atterrissements sont composés, comme nous venons de le voir, d’un grand nombre d’éléments provenant de débris de roches et de matières végétales , qui , en réagissant les uns sur les autres , ont été élaborés ensuite par la végétation. La plupart des changements

qui s’opèrent dans ces réactions sont encore pour nous des mystères.

Les détritus, qui la plupart du temps sont inattaquables par l’action des acides, cèdent à des actions lentes, qui finissent par séparer tous les éléments pour former ensuite de nouveaux composés.

Il est d’autant plus important de se livrer à ces recherches , que les alluvions qui se déposent à l’einhouchure des fleuves finissent par y former des terrains d’une grande etendue , qui sont une source inépuisable de richesses pour les peuples qui les cultivent.

Quelques exemples suffiront pour en donner une idée : les villes de Kozette et de Damiette, bâties sur le Delta, au bord de la mer, il y a environ mille ans, en sont aujourd’hui à deux lieues. De plus, il est bien constaté maintenant, depuis les travaux des savants qui ontaccompagné l’expédition d’Égypte, que le sol de ce pays s’élève en même temps que son littoral s’étend, et que le fond du Nil s’élevant en même temps que les plaines adjacentes, l’inondation dépasse aujourd’hui les hauteurs où elle parvenait dans les siècles passés. A Éléphantine, par exemple, l’inondation dépasse maintenant de sept pieds les plus grandes hauteurs quelle atteignait sous Septirne-Sévère. 11 est hors de doute que la fertilité de l’Égypte dépend de ces aterrissements et du limon que dépose annuellement le Nil.

Les branches du Rhône présentent des accroissements semblables ainsi que le Rhin, le Pô, l’Arno, et en général tous les grands fleuves.

D’après ces observations, les recherches relatives au mode d’action des débris de roches sur les corps organiques ne peuvent manquer d’intéresser la physique générale.

Il n’est pas jusqu’aux dunes, ou petits monticules de sable que les vagues foi'ment sur le bord de la mer, qui ne se rattachent â i’étude des actions lentes; car on sait qu’il arrive souvent que la nature du sable est telle, que , lorsque la mer rejette des débris de corps organi-

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