CHAPITRE III
plus grosses. Le nitrate de chaux et le chlorure de calcium convenablement desséchés, ainsi que la potasse et la soude caustique, et en général tous les sels déliquescents, sont très-lumineux après l’exposition au soleil; mais ils perdent leurs facultés quand on leur laisse prendre à l’air une certaine quantité d’eau : la preuve la plus directe qu’on puisse en donner , c’est que si l’on fait chauffer graduellement ces substances de manière à leur enlever successivement une portion de leur eau, leur phosphorescence augmente progressivement en intensité et en durée, et atteint son maximum quand elles sont dans un certain état de dessiccation.
687. Les hydrates ne doivent pas être privés de toute leur eau si l’on ne veut pas détruire leur phosphorescence; quand on la leur a enlevée, il faut les humecter légèrement, ou les dissoudre, pour leur rendre leur eau de cristallisation. L’expérience suivante met bien en évidence l’influence de l’eau sur la phosphorescence : on prépare deux fluates calcaires renfermant deux quantités d’eau différentes. Ces deux sels, après avoir été lavés et séchés, ne sont pas phosphorescents au même degré. Celui qui renferme le plus d’eau est le plus phosphorescent.
D’un autre côté, on a remarqué qu’un grand nombre d'hydrates sont d’autant moins phosphorescents que l’on parvient à les priver d’une plus grande quantité d’eau. On en a encore un exemple frappant dans la baryte, la strontiane et la chaux, qui, privées d’eau autant que possible, ne donnent sur le support chaud que deux ou trois étincelles, tandis qu’elles deviennent très-lumineuses dès l’instant qu’elles sont humectées d’une très-petite quantité d’eau. En augmentant la dose, elles deviennent ténébreuses , comme nous l’avons vu précédemment. Il est infiniment probable que la faculté lumineuse n’est inhérente aux hydrates que parce qu’ils perdent, par l’effet d’une action lente, une partie de leur eau; d’ou résultent des effets analogues à ceux qui ont lieu dans la phosphorescence spontanée. Quant aux sels déliquescents, ils peuvent perdre une portion de leur eau sans cesser pour
58 INFL. UES OXIDES MÉTALL. SUR LA PHOSPHOR.
cela d’être hydratés : dans ce cas, il n’y a pas de décomposition chimique. On ne doit pas croire que la présence de l’eau soit absolument nécessaire dans les corps, pour qu’ils possèdent la faculté lumineuse, puisque les sels insolubles restent ténébreux quand on les humecte avec de l’eau, une fois qu’ils ont perdu leur phosphorescence.
688. Ce qu’il y a de particulier dans le rôle que joue l’eau dans la phosphorescence, c’est que des substances minérales vitreuses , qui ne sont pas phosphorescentes par insolation , le deviennent en les faisant rougir et les projetant dans l’eau. Le liquide qui s’interpose dans les nombreuses fissures formées, suffit pour rendre les corps phosphorescents. On en a un exemple dans le quartz, qui, après avoir été chauffé fortement, se fendille et ne devient pas pour cela phosphorescent par insolation; mais quand on le projette chaud dans l’eau, il devient aussi phosphorescent que l’adulaire. La topaze se comporte de même.
§ IL De V influence des oxides métalliques sur la
phosphorescence.
689. Nous savons que tous les métaux et leurs composés, c’est-à-dire les corps qui conduisent le mieux l’électricité , sont privés en général de la phosphorescence, parce qu’ils facilitent la recomposition immédiate des deux électricités dégagées, soit dans les changements d’état des corps, soit dans leur décomposition , avant qu’elles aient acquis la tension suffisante pour produire de la lumière. Il en résulte que la présence des oxides dans les composés doit influer sur leur phosphorescence en raison de leurs proportions. Les expériences suivantes en donnent la preuve : on prend des sels neutres terreux et alcalins très-lumineux, tels que le carbonate et le phosphate de chaux artificiels, et l’on projette dessus quelques gouttes d’une dissolution de fer. On trouve, après les avoir desséchés et refroidis convenablement, qu’ils ne