‹ Traité expérimental de l'électricité et de magnétisme (volume 5)Chapitre 108 sur 226 · DU COURANT PROPRE DE LA GRENOUILLE · texte numérisé non relu

DU COURANT PROPRE DE LA GRENOUILLE

Du degré de sensibilité des diverses parties des nerfs ^ à partir de leur origine.

1634. Depuis l’époque, à jamais mémorable, où Galvani démontra que le contact de deux métaux différents, en communication avec les muscles et les nerfs d’une grenouille, suffit pour la faire contracter, on avarié à l’infini les expériences, dans l’espoir de découvrir, dans ce phénomène , la cause qui entretient la vie dans les corps animés. Mais un fait encore plus remarquable et qui est dû également à Galvani, est celui qui est relatif aux contractions produites par le simple contact des muscles et des nerfs, sans l’intermédiaire d’armatures métalliques. Quelques physiciens ont essayé de démontrer, et M. Nobili le premier, que cet effet ne provient pas d’une action chimique, mais bien d’un courant propre à la grenouille.

D’un autre côté, Ritter, et plusieurs autres physi-

Q-'lll i)U DEGRÉ DE SENS. DES DIV. PART. DES NERES, ETC.

ciens(i), onLobscrvé que rirrltabilihî dans les parties (}ul sont séj)arées du corps de la gi’enouille, ne cesse pas en meme temj)s dans tout le ti’ajet du nerf; cette cessation commeiîce par les parties les plus rapprochées du cerveau, et finit parcelles qui en sont le plus éloignées. Muller avance encore qu’un nerf lié ou comprimé cesse d’étre conducteur de l’agent qui circule dans les nerfs, quel qu’il soit, tout en restant néanmoins bon conducteur de l’électricité. M. Matteucci a remarqué un fait semblable dans la torpille, comme nous l’avons déjà dit; mais c’est surtout à l’égard de la grenouille que ses observations offrent un grand intérêt. Lorsque le nerf est lié, un courant électro-chimique simple passe à travers la ligature, et cesse de faire contracter la grenouille bien avant que son courant propre cesse d’agir; la ligature ne change en rien la conductibilité pour un courant, quelque faible qu’il soit. Dans l’animal vivant , lorsqu’on met en contact les muscles et les nerfs , les contractions sont plus faibles que celles qui sont prodiàtes par le courant propre de la grenouille après la mort; les contractions s’affaiblissent et manquent quand les parties sont bien essuyées; et si Fanimal reste tranquille, le courant cesse presque toujours d’avoir lieu.

Si l’on place la grenouille entre deux morceaux de glace, pendant dix ou douze secondes, afin d’abaisser sa température, et qu’ensuite bn la retire, le courant propre n’existe plus; en introduisant dans la bouche de i’oxigène, l’animal à l’instant s’agite, saute, et le courant propre reparaît pour s’évanouir ensuite, comme M. Matteucci l’a observé dans la torpille.

Lorsque les' cuisses et les nerfs cruraux mis en contact ne donnent plus de contractions , si l’on coupe les nerfs près de la moelle épinière, et qu’on les touche de suite avec les cuisses, on a encore immédiatement des conti'actions. Quand tout signe du courant propre a disparu , si

(i) Physiologie de Muller , tom. i , p. 6o3.

OHA^PITIIE PREMIER.

l’on retire le nerf sciatique de la cuisse et qu’on le replie sur les muscles de la jambe ou de l’autre cuisse, la cuisse correspondante au nerf touché se contracte; ce dernier fait rentre dans la loi signalée par Ritter, et que ce physicien avait reconnue à l’aide d’un courant électrique.

Ces observations tendent à prouver, comme plusieurs physiciens l’ont déjà admis, qu’il existe un courant électrique ci reniant continuellement dans les nerfs et les muscles de la grenouille vivante, au moyen d’un arc complet,lequel ne peut être rendu sensible avec nos appareils que lorsque l’animal se trouve dans un état de surexcitation , tandis qu’en préparant la grenouille à la manière deGalvani, on détruit l’arc complet, et l’on reconnaît aisément le courant propre.

§ IL Des différ Ci il es parties du corps de la grenouiUe qui développent le courant propre^ et des propriétés de ce courant.

J 635. M. Matteucci, convaincu de l’importance que ]:)euvent avoir pour la physiologie des connaissances exactes sur le courant propre de la grenouille, a entrej)r]s une série d’expériences (i), dans le hut de nous éclairer sur quelques-unes de ses pi’opriétés; je vais essayer de donner une idée des résultats auxquels il est parvenu.

On prend quatre capsules remplies d’eau légèrement salée et placées sur une même ligne ; dans les deux capsules extrêmes plongent deux lames de platine en l’elation avec imexcellent multiphcateur à fil long, puis Ton réunit ces deux capsules aux deux moyennes, au moyen de mèches de coton, humectées d’eau salée. I^es deux capsules moyennes sont destinées à recevoir les diverses parties de l’animal mort ou vivant. Pour le préparer vivant , on enlève la peau des jambes, on coupe longitudinalement celle des flancs et l’on tire avec des pinces en verre les nerfs cruraux^

(i) Bibl. luiiv. de Genève, t. xv.

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