‹ Traité expérimental de l'électricité et de magnétisme (volume 5)Chapitre 150 sur 226 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

expériences, que l’effet était plus marqué ; mais comme je n’av^ais pas de moyens de comparaison, il m’est impossible d’en donner ici l’assurance. Le verre bleu produit un effet plus faible que le verre violet. Les, verres jaunes , verts, enlèvent tout à fait à la lumière électrique qui les traverse le pouvoir phosphorescent. On voit donc d’abord que le verre blanc enlève aux rayons lumineux une grande partie de leur puissance phosphorescente, et que la quantité de pouvoir qui est enlevée par les verres violets va en augmentant au fur et à mesure que l’on prend des verres bleu, vert, jaune, orangé et rouge, ce dernier détruisant entièrement le pouvoir phosphorescent.

Or, comme les rayons rouges sont ceux qui en général possèdent la faculté calorifique, tandis que les rayons violets sont ceux qui possèdent au plus haut degré la faculté chimique, il serait important d’examiner si la propriété phosphorescente de la lumière électrique dépend de la portion de la radiation qui produit les actions chimiques, ou d’une radiation non encore étudiée.

L’expérience suivante confirme encore l’effet que je viens de signaler des écrans de verre blanc placés sur le trajet de la lumière. J’ai exposé des coquilles d’huîtres nouvellement calcinées à la lumière d’un morceau de phosphore brûlant dans un flacon de verre rempli de gaz oxigène ; la lumière émise était des plus intenses , et cependant la phosphorescence développée avait très-peu d’intensité.

En résumé, on voit que la lumière électrique , outre scs propriétés lumineuses, physiques et chimiques, possècle encoi’e une faculté phosphorescente que lui enlèvent en totalité ou en partie différentes substances qui laissent passer cette lumière sans diminution sensible.

J’ajouterai que l’étincelle électrique ne paraît pas posséder des radiations calorifiques, attendu qu’elle n’affecte pas sensiblement une pile thermo-électrique placée à une très-faible distance, comme M. Edmond Becquerel l’a prouvé.

294 SUR LA W AT. DE LA RAD. ÉMAN. DÉ l’ÉTIN. ÉLEC., ETC.

§ II. Sur la nature de la radiation émanée de r étincelle électrique y qui excite la phosphorescence à

distance.

1690. Après que j’eus fait connaître à rAcadëmie des sciences les faits précédents, M. Biot m’exprima le soupçon que l’action exercée pouvait ne pas provenir de ia portion de la radiation électrique qui produit la sensation de la lumière sur la rétine humaine, mais de quelque portion d’une radiation distincte dë la précédente; de même que la radiation calorifique émise en même temps que la lumière par les corps incandescents, se distingue de celle-ci dans les expériences de M. Melloni, quand elle est absorbée par les faces d’une pile thermo-électrique revêtues de noir de fumée. Il ajouta que mes expériences mêmes, faites avec des écrans de diverses natures , lui semblaient indiquer cette distinction ; il me proposa d’examiner avec lui , par l’expérience, si elle se réaliserait, ce que j’acceptai.

Nous étant donc réunis dans mon laboratoire, nous avons fait ensemble les expériences que je vais raconter.

1691. On a d’abord constaté les résultats que j’avais obtenus sur l’influence directe de la lumière électrique agissant à distance à travers l’air. Des écailles d’huîtres ont été calcinées, puis exposées pendant quelque temps à la lumière solaire qui était très-faible alors; ramenées dans l’obscurité, elles parurent sensiblement phosphorescentes. Mais cette propriété s’éteignit bientôt; quand elle eut tout à fait disparu, on répartit la matière calcinée dans plusieurs capsules de porcelaine qui furent placées à diverses distances , depuis 2 centimètres jusqu’à i35 centimètres, de deux petites sphères de cuivre entre lesquelles on faisait passer l’étincelle d’une batterie chargée toujours au même degré de l’électromètre à balles. La phosphorescence reparut sensiblement dès la première décharge, mais elle fut alors très-faible et à peine subsistante; à la seconde, elle fut plus vive et plus durable, et elle augmenta ainsi progressivement jusqu’à la

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cinquième dans toutes les capsules, comme je l’avais précédemment remarqué. La lueur présentait principalement les teintes du rouge, du jaune et du vert. On ne poussa pas plus loin l’épreuve. Ayant ainsi constaté que la matière calcinée était sensible à l’influence directe, on forma un écran mixte ..composé d’une lame de verre et d’une plaque de cristal de roche , également limpide, mastiquées l’une à l’autre par leurs bords, de manière qu’une de leurs surfaces se trouvât dans un même plan. L’épaisseui' du verre était Ce qui , au degré

actuel de sensibilité de la substance, devait, d’après mes expériences, la préserver presque ^totalement ; mais pour le cristal , l’épaisseur était presque double et égale à 9^3. C’était la plaque appelée i dans les expériences de M. Melloni, et mentionnée page Soi du Rapport de l’Académie. La diathermansie du cristal de roche, bien plus grande que celle du verre, devait lui permettre de transmettre , malgré son excès d’épaisseur, une plus forte proportion de la radiation totafe incidente et des portions d’une autre nature, sans offrir aucune différence de diaphanéité sensible à l’ceil. L’écran mixte fut posé sur la capsule de manière que la ligne de séparation de ses deux parties répondît au milieu de l’intervalle des boutons de cuivre entre lesquels devait s’élancer l’étincelle, fîg. 0.5. Celle-ci ayant eu lieu, la phosphorescence reparut aussitôt vive et brillante sous la plaque de cristal de roche, mais elle fut nulle ou insensible sous la plaque de verre; la projection de celle-ci se distinguait en noir à coté de l’autre , comme si on l’eût tracée à la règle. Bientôt l’excitation opérée s’affaiblit, et tout rentra dans l’obscurité après peu d’instants. Alors on retourna l’écran, ce qui intervertissait les places sur lesquelles les deux parties se projetaient, et l’on recommença l’expérience. L’issue en fut la même. Après la décharge, la matière calcinée resta obscure sous le verre , et devint phosphorescente sous le cristal. Plus tard, on s’aperçut que l’excitation opérée dans cette dernière portion se propageait graduellement à l’autre avant de s’éteindre.

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