‹ Traité expérimental de l'électricité et de magnétisme (volume 5)Chapitre 154 sur 226 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

coquilles d’huîtres calcinées. En excitant alors au-dessus de la chaux sulfatée, dans l’air, une étincelle provenant de la décharge d’une batterie de dix-huit bocaux, les coquilles furent fortement illuminées. En laissant rentrer l’air dans la cloche , et excitant une seconde décharge de la batterie chargée au même degré que précédemment, les coquilles ne devinrent pas sensiblement plus brillantes que la première fois.

On avait employé la chaux sulfatée, parce que cette substance, d’après les recherches précédentes, laisse passer totalement la propriété phospliorogénique de l’étincelle électrique.

Les coquilles d’huîtres dont M. Edmond Becquerel a fait usage avaient été calcinées avec du persulfure de potassium; ce pyrophore, comme on le sait, donne, par insolation et par l’étincelle électrique, une lumière vertjaunâtre excessivement vive.

Dans les expériences précédentes, l’étincelle électrique avait éclaté dans l’air; il voulut voir ce qui se passait quand elle était produite dans le vide.

Après avoir placé une capsule remplie de coquilles d’huîtres sous le récipient d’une machine pneumatique, il fit passer à quelques centimètres de leur surface , dans lair i^éiîé , la décharge de la batterie : les coquilles furent illuminées faiblement; plusieurs décharges produisirent le même résultat. En laissant entrer un peu d’air sous la cloche, et faisant passer de nouveau la décharge, les coquilles devinrent plus phosphorescentes; enfin, en laissant rentrer tout l’air sous la cloche, les coquilles, après l’étincelle, furent très-phosphorescentes. Cette expérience , recommencée plusieurs fois avec des coquilles et de la chaux sulfatée verte, a donné les mêmes résultats.

Pour prévenir l’objection que les coquilles devenaient plus phosphorescentes en raison de l’excitabilité produite par une série d’étincelles, il s’est procuré du phosphore de Bologne peu phosphorescent (sulfate de baryte calciné), et l’ayant placé sous la cloche il excita à plusieurs

3o4 PHOSPir. PROD. PAR l’rTIN. ÉL£C. ÉCLAT. DANS, ETC.

centimètres de distance, successivement dans l’air a la pression ordinaire, et dans l’air raréfié, des décharges de la batterie chargée toujours à Go® de rélectromètre à balles; ce phosphore ne devenait seulement phosphorescent d’une manière appréciable que quand l’étincelle éclatait à travers l’air à la pression ordinaire, tandis qu’il restait presque obscur quand la décharge traversait l’air raréfié.

1697. Afin de pouvoir comparer avec quelque exactitude la lueur phosphorescente des coquilles quand l’étincelle éclate dans l’air à la pression ordinaire, et dans l’air raréfié et comprimé, M. Edmond Becquerel a fait usage de l’appareil , fig. 26.

AB, CD sont deux ballons en verre, percés de trous dans lesquels sont passées des tiges de cuivre ab^ c /7^ , nd^ ef\ destinées à transmettre la décharge dans leur intérieur; les tiges crriy communiquent entre elles, et e f est en rapport avec le sol , de telle sorte qu’en établissant une communication entre la tige ah et l’intérieur de la batterie, l’étincelle éclate en même temps dans les deux ballons.

a b passant dans une boîte à cuir peut être enfoncée ou retirée jusqu’à ce que l’étincelle, éclatant en même temps dans les ballons, rende les coquilles placées en B et 1) également phosphorescentes. On adapte alors une pompe pneumatique au ballon CD, et l’on raréfie l’air, puis, en excitant une décharge entre les tiges en cuivre, on voit, après l’étincelle, les coquilles placées en D dans l’air raréfié, beaucoup moins lumineuses que celles qui sont en B dans l’air à la pression ordinaire. Au lieu de raréfier l’air dans CD, on le comprime au moyen d’une pompe de compression, à trois ou quatre atmosphères. En opérant une décharge sans avoir dérangé le système des tiges, on voit au contraire que lesxoquilles qui sont en D d ans l’air comprimé sont plus phosphorescentes que celles qui sont en B à la 'pression ordinaire. D’après ces expériences, il n’est plus permis de douter que la pression de l’air n’influe sur la production

CHAPITKE IV.

du phénomène. Goinnie cette pression n’agit pas sur les coquilles pour les rendre phosphorescentes, c’est donc rétincelle qui est modifiée. On peut conclure des faits rapportés ci-dessus, que lorsqu’on décharge une batterie toujours chargée au même degré, l’étincelle qui en résulte, quand cette décharge a lieu dans l’air à une pression moindre ou plus grande que la pression atmosphérique, est tellement modifiée, que sa radiation communique aux différentes substances une phosphorescence moindre ou plus grande que celle qui a lieu à la pression ordinaire. Davy a montré, à la vérité, que moins il y avait de particules matérielles dans les milieux traversés par l’étincelle, plus la lumière de cette même étincelle diminuait d’intensité; mais je ferai remarquer que si l’on fait passer des décharges de très-fortes batteries dans le vide pneumatique, la lumière qui en résulte paraît aussi vive que ' dans l’air à la pression ordinaire. La cause du phénomène échappe donc à nos investigations. Le défaut de moyens nécessaires pour comparer les lumières de cette nature ne permet pas d’apprécier le degré d’intensité de la lueur phosphorescente. Si l’on met dans un des ballons de l’acide carbonique à la pression ordinaire au lieu d’air, l’effet que l’on obtient sur les coquilles après la décharge est sensiblement le même que dans l’air à la même pression. Cependant il y a une différence entre l’étincelle qui éclate dans l’air ou dans l’acide carbonique , différence provenant de la nature du gaz, comme Ta observé M. Faraday; mais elle est telle qu’elle ne se manifeste pas ; d’une manière appréciable pour rendi’e inégalement j phosphorescentes les coquilles.

§ IV. Suî' la phosphorescence par clécation de

température.

1698. Canton, un des physiciens qui se sont le plus 11' occupés de la pliosphorescence des minéraux par élévation de température, a remarqué que son pyrophore ne )kdevenait phosphorescent par la chaleur qu’autant qu’il

VL partie.

3o6 SURLÆPHOSPH. PAR ÉLÉVAT. DE TEMPiÉRATÜRE.

avait été préalablement exposé aux rayons solaires. Cette propriété appartient encore à plusieurs pyrophores artificiels, quand on substitue aux rayons solaires l’étincelle électrique, comme l’a fait Pearseall. Il paraît donc que la radiation de la lumière solaire ou celle de la lumière électrique agit sur les coquilles en leur donnant un nouveau mode d’arrangement moléculaire qui est instable; les électricités dégagées, au fur et à mesure que les molécules reprennent leur position primitive d’équilibre, se recombinent et forment la lueur phosphorique. Les corps bons conducteurs ne sont jamais phosphorescents, comme je l’ai déjà dit, parce que les électricités, dégagées par l’action des rayons solaires, se réunissent immédiatement au contact , avant d’avoir acquis une certaine tension.

Une preuve que la phosphorescence est due à un nouveau mode d’arrangement moléculaire, c’est que les diverses variétés de chaux fiuatée ne sont phosphorescentes qu’autant qu’elles sontcolorées, bien qu’elles aient toutes la même composition chimique. Pearseall, en soumettant de la chaux fiuatée blanche à des décharges électriques, lui a communiqué en certaines parties une teinte violacée, de manière à lui donner dans ces mêmes parties l’aspect d’une fiuorine violette naturelle; elle devient alors phosphorescente par la chaleur, comme celle-ci.

On sait que, si, après avoir exposé des coquilles à la lumière, on les porte dans l’obscurité , elles s’éteignent peu de temps après et' redeviennent lumineuses par élévation de température. M. Edmond Becquerel a voulu savoir si un abaissement très-grand de température diminuait la phosphorescence des coquilles. Le résultat a confirmé ses prévisions. Ayant pris des coquilles phosphorescentes par insolation ,- une partie fut placée dans une capsule plongée dans un mélange réfrigérant à — 20“ , et l’autre dans une capsule à la température ordinaire ; on vit alors les coquilles dont on avait abaissé la température perdre leur phosphorescence plus rapidement que les autres.

CHAPirRE IV.

Ayant mis des coquilles d’huîtres calcinées dans deux capsules différentes, l’une à la température ordinaire, l’autre placée dans un mélange réfrigérant, elles furent exposées pendant peu de temps à la lumière solaire et reportées dans une chambre obscure ; elles donnèrent sensiblement, même un quart d’heure après, la même lueur. Mais les coquilles étant redevenues obscures, si l’on mettait celles qui se trouvaient dans un mélange réfrigérant dans une capsule à la température ordinaire, elles redevenaient phosphorescentes pour s’éteindre bientôt; en élevant alors la température, la lueur reparaissait.

Que l’on prenne une pelle chauffée k ioo° ou à peu près, et que l’on projette dessus des coquilles nouvellement calcinées, puis qu’on les expose ainsi à l’action des rayons solaires et qu’on les rentre immédiatement dans l’obscurité , elles présentent une lueur phospliorique de peu de durée. Quand la pelle est chauffée à la température rouge, alors les coquilles exposées à la lumière ne sont plus phosphorescentes.

On voit par cette alternative de phosphorescence à diverses températures, que les corps^sont excités par la radiation d’une manière différente suivant la température, et que plus celle-ci est basse, plus les corps sont excitables quand on les porte ensuite à la lumière.

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