CHAPITRE IV
très-régulière; mais, quoique fort limpide, elle éteignait considérablement la radiation lumineuse, et le ciel, vu à travers son épaisseur, paraissait incontestablement beaucoup plus sombre qu’à travers une lame de verre de 3'““ -H* Nous l’avons accolée à une pareille lame pour en former un écran mixte, que nous avons placé, comme précédemment, au-dessus d’une capsule remplie d’écailles d’huîtres récemment calcinées , dont nous venions de constater la sensibilité par l’influence directe de la radiation électrique, transmis© à distance à travers l’air. Dans une première expérience, la distance du milieu de l’etincelle à la surface de la matière sensible était de 12 centimètreSo Toute la portion de cette surface, située sous le cristal, a été illuminée en forme hexagonale conformément à sa configuration. La portion située sous le verre est restée obscure.
L’expérience a été répétée en rapprochant la substance sensible jusqu’à 7 centimètres de l’étincelle ; les effets ont été pareils, mais plus remarquables sous le cristal. Ils sont restés nuis ou inappréciables sous le verre, comme précédemment. Ils fussent devenus sensibles , sans doute , si la matière calcinée eût été plus excitable ou plus excitée. Mais il valait mieux ici qu’elle le fût moins, parce que l’inégalité d’impression à travers les deux parties de l’écran restait plus évidente. Nous avons soumis, à la meme épreuve une autre plaque de quartz enfumé, pareillement limpide , mais épaisse de 90 millimètres , que nous avait aussi prêtée M. Babinet. Les faces de celle-ci étaient obliques à l’axe de cristallisation, et elles paraissaient avoir été taillées dans un bloc sans autre intention que d’en faire un ornement. Les effets opérés à travers cette plaque ont été sensibles, mais très-faibles ; bien plus faibles indubitablement qu’ils ne l’eussent été à travers une plaque limpide perpendiculaire à faxe. Une autre plaque très-enfumée, épaisse seulement de 29""™, et appartenant aux collections du Jardin des Plantes, ne nous a offert aucune trace appréciable d’effets. Nous n’avons pas déterminé le sens dans lequel elle était tail- *
3oO SUR LA. NAT. DE LA RAD. ÉMAN. DE l’ÉTIN. ÉLEC. , ETC.
lëe, niais elle était traversée obliquement par une grande fissure qui s’étendait dans une grande partie de son diamètre. Toutefois, les résultats observés à travers la première plaque de cristal de roche enfumé perpendiculaire a l’axe et épaisse de sr millimètres dans les mêmes circonstances où une lame de verre de , bien
plus diaphane, n’en produisait pas d’appréciables, suffisent pour prouver que la portion de la radiation électrique qui excite la phosphorescence est physiquement distincte de celle qui produit la vision sur la rétine humaine. Les expériences avec les écrans diaphanes, faites avec divers degrés de sensibilité de la matière calcinée , prouvent aussi qu’une même portion de la radiation totale est ou n’est pas efficace à produire la phosphorescence selon l’état plus ou moins excitable de la substance qui la reçoit. Enfin , les expériences de M. Mellon!, sur la radiation émanée des causes incandescentes de diverses natures, ont prouvé que la portion de cette radiation qui produit l’impression calorifique est pareillement distincte de celle qui excite dans la rétine humaine la sensation de la vision. D’après cela, il est naturel de penser que ces portions déjà observées des radiations, ou peut-être d’autres qui les accompagnent , peuvent avoir encore bien d’autres propriétés spécifiques différentes des précédentes, propriétés qu’elles montreront lorsqu’on essayera de les faire agir sur des matières sensibles à leur action spéciale , et propres à manifester leur existence par d’autres phénomènes que la sensation de la vision dans la rétine de l’homme, ou l’excitation de la phosphorescence , ou le développement de la chaleur.
1695. Dans le cours des expériences qui viennent d’être décrites, nous avons employé aussi pour écran une lame d’eau contenue dans un anneau de verre dépoli, fermé par des lames minces de cristal de roche limpide perpendiculaire à l’axe. L’épaisseur de l’eau entre les lames était de 3‘"‘" Un diaphragme circulaire de papier opaque appliqué sur la lame supérieure laissait
CHAÏ^ÎTRE IV.
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seulement découverte la partie centrale de l’anneau, et assurait la transmission à travers le licjuide. La radiation ématiée de l’étincelle électrique étant ainsi transmise , s’est montrée efficace pour exciter la phosphorescence; mais nous n’avons pas déterminé le rapport avec les autres écrans à égale épaisseur.
Pour constater les phénomènes qui viennent d’être décrits, il faut que l’observateur reste dans une complète obscurité, et s’y soit tenu déjà depuis un quart d’heure au moins avant de commencer les expériences. Les boules terminales des conducteurs, entre lesquelles s’opère l’étincelle, doivent se trouver dans cette même obscurité au-devant de lui; et la disposition des capsules ainsi que des écrans doit se faire en n’admettant que le moins de lumière possible. Tout étant préparé et l’observateur tenant l’écran mixte au-dessus de la capsule par un manche isolant, il ferme les yeux pendant que l’on charge la batterie, et prévenu du moment où l’on va opérer la décharge, il couvre encore ses yeux avec celle de ses mains qui est libre, pour se soustraire autant que possible à la vive lumière qui se produit. Dès qu’il a entendu l’explosion, il ouvre les yeux en retirant l’écran avec rapidité; alors il a tout le temps et toute la facilité nécessaires pour constater l’existence de la lumière pbospborique produite et pour en étudier les détails.
§ III. Phosphorescence produite par h étincelle électrique éclatant dans h air à diverses pressions.
1696. Boyle est, je crois, le premier qui ait cherché à observer la phosphorescence des substances organiques sous le récipient d’une maclnne pneumatique. Il a vu qu’à mesure que l’air était raréfié, la lueur émise par le bois et les poissons phosphorescents diminuait, et qu’elle cessait enfin quand on avait fait le vide; il en conclut que l’air était nécessaire à la production du phénomène. Des-
3o2 phosph. prod. par l’étin. élec. :éclat. bans , etc.
saignes a remarqué en outre que dans l’acte de la phosphorescence des corps organisés, il y a production d’acide carbonique, et que ces corps ne peuvent devenir lumineux que dans les milieux où la formation de cet acide est possible. On en a tiré la conséquence que les corps organisés devenaient phosphorescents très-probablement par suite de la réunion des électricités dégagées dans les réactions lentes de leurs parties constituantes sous l’influence des agents extérieurs. D’un autre côté, on sait depuis longtemps que les substances minérales phosphorescentes brillent dans l’air comme dans le vide barométrique , après avoir été préalablement exposées pendant quelque temps à la lumière du jour, entre autres les pyrophores de Canton et de Bologne, le diamant, etc. M. Edmond Becquerel a entrepris une série de recherches dans le but d’étudier la phosphorescence produite par l’étincelle électrique éclatant dans l’air à diverses pressions. Voici les principaux résultats obtenus par ce jeune physicien.
Pour voir si la lueur émise par les substances phosphorescentes diminue plus rapidement dans le vide que dans l’air, il a mis des coquilles d’huîtres calcinées dans deux capsules différentes, et, les ayant exposées à la lumière du jour, il les plaça, l’une sous le récipient d’une machine pneumatique, l’autre à côté de la cloche à l’air libre. En faisant le vide rapidement dans la cloche, il n’a pas vu la phosphorescence des eoquilles diminuer sensiblement, et au bout d’un quart d’heure l’intensité de la lumière émise par les coquilles contenues dans les deux capsules était la même , autant qu’il a pu en juger par une simple comparaison.
Afin de s’assurer si la lumière électrique agissait de même que la lumière solaire pour rendre ces corps phosphorescents dans le vide, une lame de chaux sulfatée a été placée de manière à fermer exactement une ouverture pratiquée à la partie supérieure d’une cloche dont on avait raréfié l’air, après y avoir placé, à quelques centimètres au-dessous de la lame, une capsule remplie de