‹ Traité expérimental de l'électricité et de magnétisme (volume 5)Chapitre 161 sur 226 · CHAPITRÉ VI · texte numérisé non relu

CHAPITRÉ VI

Je ne reviendrai pas, dans ce chapitre, sur la phosphorescence des lampyres et autres animaux. Je rappellerai seulement que, dans tous, la phosphorescence paraît être le résultat d’une action chimique, que domine la volonté de l’animal, puisqu’il a la faculté de la diminuer insensiblement, jusqu’au point de la faire disparaître tout à fait. Ce phénomène rentre , jusqu’à un certain point, dans la phosphorescence spontanée.

Je dois cependant rapporter quelques observations qui serviront à jeter du jour sur la cause de la phosphorescence, et à donner par conséquent de la force à la théorie que j’en ai présentée.

Beale (i) a remarqué que des maquereaux frais, qui avaient bouilli dans de l’eau et du sel et des herbes aromatiques, avaient communiqué la propriété lumineuse à l’eau, quand on l’agitait. Ayant soumis au microscope les ' .parties les plus lumineuses, il n’aperçut rien de particulier; néanmoins , à deux reprises , il vit quelques étincelles qui disparurent promptement. Cette observation vient à l’appui de celles du même genre qui ont été faites par M. Ehrenberg.

Ce savant physiologiste, qui a étudié la lumière émise par les infusoires et les annélides, qui rendent la mer lumineuse dans certaines contrées, surlout lorsqu’une brise légère agite sa surface, a placé sur le porte-objet de son microscope de l’eau renfermant un grand nombre de ces animalcules. Il fut fort étonné de voir que la lumière diffuse qui les entourait n’était autre chose que la réunion d’une multitude de petites étincelles qui partaient de toutes les parties de leur corps, et en particulier du corps des annélides. Ces étincelles se succédaient avec 1 une grande rapidité, elles avaient une telle ressemblance I avec celles que l’on observe dans les décharges électri- ^ques, que AI. Ehrenberg n’a pas hésité à établir leur ddentité. Il s’est assuré en outre que la lumière émise

(i) Trans. philos., 1666.

3l8 DE LA. PHOSPPI. DANS LES SUBST. ORGAN. OU, ETC.

n’est pas due à une sécrétion particulière, mais bien à un acte spontané de l’animal, et qu’elle se manifeste aussi souvent qu’on l’irrite par des moyens mécaniques ou chimiques, c’est-à-dire^ en agitant l’eau ou en versant dedans de l’eau ou un acide. C’est une analogie de plus avec la torpille , qui ne lance sa décharge que lorsqu’on l’irrite. De même encore, dans ces animalcules comme •dans la torpille, la décharge recommence après un certain temps de repos. De cette similitude d’effets , dans les mêmes circonstances, ne peut -on pas en conclure une identité dans les causes?

Je ferai remarquer encore que les phénomènes lumineux sont d’autant plus marqués que les animaux sont plus petits. Il semhlerait que cette profusion de fluide électrique, émise par les animaux des classes inférieures, est destinée à remplir d’autres fonctions dans les animaux d’un ordre plus élevé.

Je crois avoir passé en revue, tant dans ce volume que dans le lY^, les principales observations qui ont été faites jusqu’ici sur les phénomènes phosphorescents. Ces observations ont été classées avec le plus d’ordre qu’il m’a été possible et de manière à montrer la relation qui existe entre tous ces phénomènes.

On a vu que la phosphorescence est produite par le frottement , la percussion , les actions mécaniques , en général, la lumière, la chaleur, les décharges électriques , les actions chimiques vives ou lentes , et l’acte de la volonté chez les animaux des classes inférieures qui possèdent cette faculté, souvent à un haut degré, tandis que les classes supérieures en sont privées. La phosphorescence est donc produite toutes les fois que les particules des corps éprouvent un dérangement quelconque dans leur position d’équilibre.

Or, comme, dans les mêmes circonstances , l’équilibre des deux électricités qui sont associées aux particules des corps est également troublé , leur recomposition , quand elle s’effectue à une^tension convenable, doit produire de la lumière, et par suite la phosphorescence.

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