DES TÉLÉGRAPHES ÉLECTRIQUES
à la fois, et de recevoir des cominunicatioiis, en même temps qii’on en donne, sans faire aucun changement à l’appareil.
On ne peut transmettre, bien entendu, toutes les lettres de l’alpliabet en se servant de cinq aiguilles, qu’en combinant les mouvements de chacune d’elles, deux «à deux, trois à trois, etc.
Je vais montrer maintenant en quoi consiste le mode d’opération. A chaque station éloignée se trouve un observateur, ayant devant lui un appareil muni d’autant de touches qu’il y a de lettres dans l’alphabet. Sur le mur en face de lui se trouve un tableau dans lequel sont inscrites toutes ces lettres. Dès l’instant qu’il met le doigt sur une des touches, le caractère qui y correspond est mis en jeu immédiatement, et la touche correspondante h l’autre station est mise immédiatement en mouvement, en raison de la vitesse excessive de l’électricité. On conçoit très-bien que l’absence de la lumière ou des causes atmosphériques ne peut apporter- aucun obstacle à la manifestation des signaux.
Déjà une ligne télégraphique est établie d’après ce système, dans la direction du chemin de fer de Ijondres à Birmingham, sur une distance de i mille et Des expériences ont été faites, en outre, sur des distances qui vont jusqu’à près de 20 milles. M. Wheatstone a tellement prévu tout ce qui peut être nécessaire pour l’emploi de son procédé, que l’appareil est en relation avec une cloehe destinée à appeler l’attention de l’observateur quand les signaux vont être transmis. Cette cloche sonne au moyen d’un marteau à détente, qui est relevé subitement par l’action d’un aimant temporaire de fer doux, sur lequel on fait agir le courant électrique. Les appareils employés ont une telle sensibilité qu’on n’a besoin de n’employer la plupart du temps qu’un seul élément d’un décimètre de côté. Quand le temps est très-humide, les dimensions du couple doivent être plus considérables. Depuis les recherches de M. Wheatstone, plusieurs physiciens en ont entrepris sur le même sujet,
CHA^PITRE Vil
mais sans chercher à eu faire des applications sur une échelle aussi étendue que M. Wheatstone. Je citerai parhcLilièrement MM. Gauss et Weber.
M. Weber avait établi, en i833, dans le but de faire des expériences touchant la loi de diminution de la force des courants, en raison des diveres circonstances, un fil métallique entre l’observatoire de Gœttingue et le cabinet de physique; ce fil fut employé aussitôt à transmettre des signaux télégraphiques, non-seulement pour régler journellement les pendules, mais encore pour faire l’essai des signaux combinés, de manière à transmettre des phrases. Les premières expériences à cet égard ont été mentionnées dans les publications scientifiques de Gœttingue, pour î(S34, et dans l’Annuaire de Scliumacker, pour i836. Dans ces expériences on se servit d’un courant hydro-électrique, fourni par deux couples fonctionnant avec de l’eau ordinaire. A ce procédé M. Gauss en substitua un autre entièrement différent. Dans le premier, il fallait au moins une minute pour transmettre deux lettres ; en n’employant qu’une cliaine simple, il n’était guère possible d’accroître la vitesse; on dut alors faire usage d’une chaîne multiple.
La théorie des lois d’induction a conduit M. Gauss à un procédé d’après lequel, depuis deux ans, une chaîne simple sert avec le succès le plus complet pour transmettre rapidement des mots. Voici en quoi consiste son procédé : le principal appareil est un inducteur composé de '7000 tours d’un hl de cuivre recouvert de soie, de la longueur de 7000 pieds.
En retirant rapidement cet appareil du double barreau magnétique placé dans son intérieur, et le remettant de suite dans sa position précédente, sans le retourner, on obtient dans le fil deux courants successifs dirigés en sens contraire, qui réagissent immédiatement sur l’aiguille aimantée. Les effets ainsi produits ont été combinés de manière à transmettre sept lettres dans une minute.
A la suite des deux actions en sens contraire que reçoit l’aiguille, celle-ci n’étant pas à l’état de repos, il
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pourrait se faire qii’après un grand nombre de signaux, elle fût fortement déviée de sa ])osition d’équilibre; dans ce cas, les signaux pourraient perdre de leur précision.
M. G auss, pour parer à cet inconvénient, a fait usage d’un appareil qu’il appelle calmeur, et dont l’effet consiste à détruire, en très-peu de temps, des oscillations qui dureraient quelques heures, et dont les amplitudes décroîtraient très-lentement; les grandes oscillations cessent alors entièrement en peu de minutes.
Ce n’est pas tout encore : un commutateur est disposé pour changer momentanément la direction du courant ou l’interrompre : par ce moyen, on peut transmettre des phrases. M. Gauss, tout en avançant, à la même époque, qu’en employant de forts multiplicateurs et des gros fils, on pourrait faire des communications télégraphiques à des distances de dix, vingt lieues, et môme plus, propose d’employer au même usage les rails des chemins de fer.
N’ayant pu me procurer des détails circonstanciés sur la construction des télégraphes électriques indiqués plus haut, j’ai dû me borner à des indications générales.