‹ Traité expérimental de l'électricité et de magnétisme (volume 5)Chapitre 173 sur 226 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

constitution , pour bien nous rendre compte de ses effets sur les parties inatëi ieiles des corps.

L’électricité positive eu- inouveinent forme-t-elle un courant dirigé dans un sens, et l’électricité négative un courant dirigé en sens inverse, de telle sorte cpie le courant soit composé de deux courants partiels, dont l’un prendrait les éléments positifs et l’autre les éléments négatifs, pour les transporter a leur pôle respectif? L’existence de ces deux courants n’a pu être constatée, car il a été impossible jusqu’ici d’en opérer la séparation; nous savons seulement que l’électi'icité positive traverse plus facilement les milieux résistants que l’électricité négative, et que le courant total est tellement constitué, que l’on retrouve dans sa direction et dans le sens opposé les propriétés qui caractérisent chacune des deux électricités, et en vertu desquelles les corps peuvent être considérés comme composés de deux parties antagonistes, l’une jouant le rôle d’acide, l’autre celui d’alcali. Ce principe qui a été introduit dans la chimie par Lavoisier, a servi de base à la théorie électro-chimique conçue par Davy, laquelle admet que toute combinaison est formée de la réunion de deux éléments, possédant chacun un état électrique différent à l’instant de leur combinaison. Cette 'théorie, qui a rendu de si grands services à la chimie, a été développée, agrandie par M. Berzélius, auquel on doit la classification des corps en électro-positifs et en électronégatifs. Vint ensuite la théorie de M. Ampère, dont j’ai parlé précédemment, et qui attribue la permanence du contact des particules dans les combinaisons, à l’action mutuelle des électricités propres à ces mêmes particules.

I.a décomposition électro-chimique est favorable, en effet, à la théorie de M. Berzélius. L’expérience prouve que toutes les fois qu’un courant voltaïque, d’une énergie suffisante, traverse de l’eau tenant en dissolution un sel, ce courant opère la séparation des parties constituantes, non-seulement de l’eau , mais encore du sel; ces • parties peuvent être partagées, comme je viens de le dire,

34^ I>li la théorie ÉLECTRO-CIJIMIQÜE.

en (leux groupes parfaitement distincts, Tun renfermant les eiemenls acides ou électro - négatifs , et l’autre les éléments alcalins ou électro-positifs.

Le duélisme, autrement dit, le mode de combinaison par antagonisme , est aujourd’hui mis en (|uestion par les chimistes. Sans entrer dans le fond de la discussion (pii s’est élevée à cet égard, je ferai remarquer que si ce mode de combinaison n’existe pas, comment se faitil que les décompositions électro-chimiques de différents composés organiques présentent toujours cette ’particularité de s’effectuer en deux parties distinctes, jouissant de propriétés opposées, et qui, réunies par l’effet des affinités ou ch^s forces électriques, quand il n’y a pas eu formation de produits secondaires, reproduisent ces mêmes composés? Cette propriété ne portet-elle pas avec elle le cai'actère d’un partage en deux éléments antagonistes, tel qu’on l’a considéré jusqu’ici? A la vérité, les composés organiques se prêtent difficilement à ce mode de décomposition, attendu que la plupart ne se laissent point traverser par le courant, et que ceux qui lui livrent passage donnent naissance à des produits secondaires, qui ne permettent pas toujours de reconnaître les effets directs de faction décomposante du courant. Cependant je puis citer trois exemples intéressants, (jui ont cet avanlage de se rapporter à des corps dont la composition exerce depuis longtemps la sagacité des chimistes: je veux parler de l’alcool et des éthei’s qui ont été l’objet- de recherches curieuses de la part de M. Connell ; et comme les résultats auxquels il est parvenu cadrent parfaitement avec les idées que la théorie électro-cliimi(|ue a introduites dans la science, j’éprouve une certaine satisfaction à les rappeler ici avec des détails suffisants pour en faire ressortir toute 1 importance.

Voici les principaux faits que M. Connell a observés, en soumettant f alcool à faction d’un courant voltaï({ue:

I L’alcool laisse dégager de l’hydrogène au pôle négatif, et aucun gaz au pôle positif;

CIIA.P1T11E IX.

•1^ Si l’alcool tient en dissolution une très-petite cpiantité de potasse, l’action décomposante est trèsfa vo risée;

3° En opérant dans des vases de métal, il y a dégagement de gaz au pôle positif;

4° La quantité d’hydrogène obtenue est la meme que celle que l’on recueille avec l’eau d’un voltaïmètre soumis à l’action du même courant;

5^ Outre le gaz dégagé, il se forme dans le liquide plusieurs produits résultant de l’oxidation de l’alcool , et particulièrement de l’acide carbonique , que l’on trouve en combinaison avec la potasse ;

6° Lorsque l’on soumet à l’expérience de l’alcool pur, il faut employer une pile d’une grande énergie , composée de 2 à 3üO éléments, et se servir, pour électrodes, de lames de platine. Lorsque les lames, dans une expérience, se trouvaient à une distance de de pouce, il y avait un dégagement abondant de gaz au pôle négatif, et rien au pôle positif; l’action était si vive, que la température s’élevait jusqu’à l’ébullition du liquide: l’alcool avait acquis une odeur d’étber : en y ajoutant un peu d’eau, il se précipitait une matière résineuse jaunâtre.

Ces résultats, qui annoncent des effets complexes, montrent bien que l’eau contenue dans l’alcool est le sujet immédiat de l’action voltaïque ; que fbydrogène de cette eau se dégage au pôle négatif; et que son oxigène donne naissance, par une action secondaire, à des produits qui se dissolvent dans le liquide ou se précipitent.

On tire de là la conséquence que l’alcool absolu doit contenir nécessairement de l’eau comme principe constituant, et que, dès lors, l’alcool est formé d’eau et d’un autre principe ( l’étber sulfurique), qui n’est pas décomposé par le courant, et dont l’odeur accuse la présence lors de sa séparation ; de même (jue lorscjue l’on soumetà l’action voltaïque un nitrate alcalin, l’alcali est transpoi'té au pôle négatif, sans être lui-même décomposé , tandis que l’acide peut éprouver l’action décomposante du courant.

Les résultats que je viens de rapporter sont encore

348 DK LA TlIKORIK KLFXTRO-CIII M [QUE.

les memes quand on soumet l’esprit pyroligneux à l’aelion voltaïque; la seule différenee qu’il y ait, c’est qu’il faut employer des courants moins puissants pour obtenir les mêmes résultats; circonstance due, probablement, à la quantité absolue plus grande d’eau , fjuoique dans une proportion atomique qui est la même dans un poids donné du pi-emiei* de ces liquides.

M. Connell a pu conclure de ces expériences, que l’esprit pyroligneux peut être considéré comme un hydrate d’éther j)yroligneux, de même que l’alcool est regarde comme un hydrate d’éther sulfurique.

On voit, d’après cela, que les résultats de la décomposition électro-chimique viennent en aide à la théorie du duélisme, c’est-à-dire, des antagonistes.

Voyons maintenant les résultats que l’on obtient dans l’action des courants sur les solutions alcooliques, afin de trouver de nouvelles lumières propres à nous éclairei*.

Quand on soumet à l’action d’un courant de l’alcool renfermant une forte quantité de potasse , le liquide prend peu à peu une couleur foncée, et il se dépose sur la lame positive du carbonate de potasse; si, au

bout de vingt-quatre heures, on évapore jusqu’à siccité, et que l’on dissolve le résidu dans l’eau, puis qu’on le sature avec de l’acide bydrocblorique , il se forme un précipité de matière résineuse.

M. Dobereiner avait trouvé que le platine, dans un grand état de division, détermine l’alcool à absorber assez rapidement de l’oxigène qui se combine avec une portion de son hydrogène. M. de Sebeebein avait pensé qu’il était probable que l’oxigène qui se dégage sous l’influence du courant voltaïque, et qui est à l’état naissant, pourrait agir chimiquement sur les liquides hydi ’ogénés, tels que l’alcool, au lieu de se dégager à l’état gazeux. Ses prévisions ont été réalisées: il a trouvé qu’il se formait alors, suivant toute apparence, de l’éther oxigéné de Dobereiner.

Jj’éther rectifié, soumis au même mode d’expérimen^

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