‹ Traité expérimental de l'électricité et de magnétisme (volume 5)Chapitre 211 sur 226 · SUR LES ORAGES · texte numérisé non relu

SUR LES ORAGES

L’impression de ce volume était terminée quand j’eus connaissance d’une lettre sur les orages en mer, adressée par M. le capitaine Duperrey à M. Arago; cette lettre renfermant des détails intéressants, et qui auraient dû prendre place à la suite du § vi du chap. II, liv. XVII, j’ai prié M. Duperrey de vouloir bien me permettre de l’insérer a la fin du volume. Ayant obtenu son autorisation, je la donne ici iri extenso.

Lettre de M. Duperrey à M. Arago.

Paris, 21 septembre i83S.

La lecture de votre intéressante notice sur le tonnerre (i) a rappelé à mon souvenir divers faits rares dont j’ai eu le bonheur d’être le témoin, et que, pour cette raison, je regrette beaucoup de ne pas avoir réunis à ceux que j’ai déjà eu l’honneur de vous communiquer.

(i) Insérée dans X Annuaire du lureau des longitudes pour i838.

AU § VI DU CUAP. Il, LIV. XVfï. SUR LES ORAGES. 4^1

Vous dites, pag. que ü’étant pas décourage par l’assertion de Saussiu’e, vous vous êtes mis à chercher dans de vieux recueils météorologiques si les petits nuages isolés ne produisent jamais ni éclairs^ ni ton-nerre. Voici, à cette occasion, ce ([ue je trouve inséré dans la minute du journal que je tenais à bord de la cors QiiQ l’ U l'cinie, et dont j’ai donné une copie à M. de Freycinet, à l’époque de notre retour en France :

« Etant dans le détroit d’Ombay, en novembre [8i8, nous vîmes, un soir, un petit nuage blanc qui lançait la foudre de tous les côtés. îl montait avec lenteur malgré la force du vent, et se trouvait à une grande distance de tous les autres nuages, qui paraissaient comme fixés à l’horizon. « -

Voici ce que ma mémoire me permet d’ajouter à ce peu de mots. Le nuage dont il s’agit était d’une formearrondie et pouvait occuper en surface une étendue égale à la surface apparente du soleil. De tous les points de ce nuage s’échappaient des éclairs en zigzag, et une multitude de détonations successives imitaient parfaitement le bruit de la mousqueterie de tout un bataillon auquel on aurait commandé de faire feu à volonté. Ce phénomène, que je n’ai vu qu’une seule fois dans ma vie, ne dura pas moins d’une demi-minute, et le nuage disparut complètement avec les dernières détonations. J’ignore le motif qui a pu déterminer M. de Freycinet a ne pas mentionner cette observation qu’il a dû trouver dans la copie du journal que j’ai déposée entre ses mains.

Je dois ajouter ici que, dans le meme détroit, nous avons aperçu bon nombre de globes très-lumineux, traversant l’atmosphère dans toutes les directions; que le tonnerre s’est souvent fait entendre, comme cela, d’ailleurs, est ordinaire dans l’archipel d’Asie, mais qu’aussi nous avons éprouvé l’effet d’un toui billon de vent qui, par sa force et le bruit extraordinaire qu’il faisait, nous obligea à carguer toutes les voiles. Ce dernier phénomène fut de peu de durée, et il se manifesta par un temps magnifique et sous un ciel extrêmement pur.

VL partie, 26

ADDITION

Voici actuellement un fait qui vient à l’appui de ce que vous avez annoncé, pag. 345, à l’occasion de l’effet produit par les détonations de la foudre sur la marche des chronomètres. Je le puise dans la partie hydrographique du Voyage de la Coquille^ pag. 19; mais je le reproduis ici, en lui donnant plus de développements.

Ainsi qu’on a pu le voir dans l’ouvrage cité, les montres marines dont nous étions munis avaient été réglées à Amboine, et leur marche diurne avait été fixée le 2*7 octobre 1823, de la manière suivante :

1 18 de Louis Berthaud — 5'' , 3 W 160 id. — 26,2

N'’ 26 de Motel lo, i

En partant d’Amboine pour nous rendre au Port- Jackson , je dirigeai la corvette de manière à prendre connaissance de Timor et des îles Savu. Dans ce premier trajet, et notamment en vue de Timor, de fréquents orages ,dans lesquels la foudre éclatait souvent avec un fracas extrême auprès du bâtiment , sont venus nous assaillir. La conséquence de ces orages est qu’à notre arrivée auprès des îles Savu, dont la différence en longitude avec Amboine avait été exactement déterminée, en 1792, dans le voyage de d’Entrecasteaux , aucune de nos montres ne s’est trouvée en état d’en fixer la position ; leur marche diurne observée à Amboine n’était plus la même. Ces montres qui , jusqu’alors, nous avalent habitués à compter sur la longitude à moins de 5' de degré près, étaient en erreur, aux îles Savu, de i 5 à l\o\ et plus tard, à notre arrivée au Port-Jackson, elles nous ont placés à plus de 4^ lieues dans l’intérieur de la Nouvelle-Hollande.

Réglées pendant notre séjour au Port- Jackson , voici quelle a été leur nouvelle marche diurne, le 19 janvier

AU § VI DU CHAP. II, LIV. XVII, SUR LES ORAGESc /joS

ii8 -U 7", O

c’est-à-dire , qu’elles ont toutes trois accéléré leur mouvement; et comme cette nouvelle marche diurne donne avec exactitude la différence en longitude qui existe entre Savu et le Port-Jackson, nous ne pouvons attribuer le changement survenu dans leur marche observée à Amhoine, qu’aux violents orages qui , dans les parages de Timor, ont été si bruyants et si multipliés autour de la corvette.

Je n’ai jamais été témoin des effets de la foudre sur les aiguilles des boussoles , mais je n’en conseille pas moins aux navigateurs d’avoir une boussole d’inclinaison, et de la mettre en expérience immédiatement après le choc de la foudre sur le navire. L’on sait qu’en tournant l’instrument jusqu’à ce que rinclinaison de l’aiguille soit un mininia ^ on a dans la pointe qui plonge sous l’horizon la direction de celui des deux pôles qui est toujours de meme dénomination que la latitude magnétique du lieu de l’observateur. Cette observation , à laquelle j’ai souvent eu recours durant le voyage de la CocjLiille y est indispensable lorsque le ciel reste longtemps couvert après l’orage, et que l’on se trouve auprès d’une côte ou au milieu des îles d’un archipel.

Je trouve dans les Tableaux des routes de la corcette LA Coquille, etc., que j’ai publiés en 1829, un exemple de la distance extraordinaire à laquelle on peut apercevoir la lueur des éclairs. Ce fait, que je croyais vous avoir communiqué, vient naturellement s’ajouter à ceux du même genre dont vous avez si bien expliqué la cause, pag. 4^8 et suiv. de votre notice.

Dans la soirée du 6 mars 182^, étant entre les parallèles de Jjiina et de Truxillo, et à environ 3o lieues dans l’ouest de la côte, nous vîmes des éclairs très-brillants dans l’est et le nord-est , au terme de l’horizon. Le vent était au sud-sud-est, le temps magnifique et le ciel

ADDITION

d’une pureté remarquable. Le tonnerre ne se fît point entendre. L’on sait, en effet, depuis longtemps, qu’il ne tonne jamais sur les cotes du bas Pérou , mais l’on sait aussi, d’après don Antonio de ülloa, qu’il n’en est pas ainsi a 3o lieues dans l’intérieur de cette contrée. Il est donc permis d’admettre que les éclairs dont nous avons vu la lueur dans notre atmosphère de la Coquille avaient pris naissance au milieu de nuages orageux situés à 6o lieues de distance.

Voici un événement occasionné par le tonnerre, dont je n’ai pas été témoin , mais dont je puis garantir l’autbentlcité. La corvette la Coquille ^ dont je pris le commandement en 1 8'^ i,n’avaitété employée jusqu’.à cetteépoque que comme transport de l’Etat, et, à ce titre, l’administration n’avait pas jugé à propos de la munir d’une chaîne de paratonnerre. Ce bâtiment était au mouillage dans le golfe de Naples, lorsqu’un jour la foudre tomba à bord sans toucher à la mâture , et pénétra dans la cale , d’ou elle ne sortit qu’après s’étre fait jour à travers les bordages de la partie submergée de la carène. La voie d’eau était tellement considérable , qu’il en serait résulté la perte du navire, si, au signal de détresse qui fut immédiatement arboré, les embarcations du port de Naples , auxquelles se réunirent tous les bateaux qui étaient occupés’à la pêche, n’étaient venues avec célérité la prendre à la remorque et la conduire au rivage où il était grand temps qu’on l’échouât.

Vous avez signalé , pag. 4^3 , deux questions auxquelles je suis plus honoré d’avoir à répondre que satisfait de la réponse que j’ai à vous adresser.

Si j’examine l’ensemble des matériaux que nous possédons sur la matière en question, je suis porté à admettre avec vous que les orages sont moins fréquents en mer que sur terre; qu’en conséquence ,'il pourrait y avoir à toute distance des îles et des continents, des lieux où il ne tonnerait jamais. Mais je vois aussi qu’il existe des anomalies qui viennent modifier toutes mes

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