AU § VI DU CH AP. H, LIV. XV H, SUR LUS OR A G US
prévisions y et contre lesquelles j’ai besoin de me tenir en garde.
Un navigateur, qui part des îles Moluques ou des îles de la Sonde, où le tonnerre se fait entendre, pour ainsi dire, tous les jours de l’année, doit naturellement se trouver fort à son aise dès qu’il s’éloigne de ces îles assourdissantes; mais un habitant de Lima, qui aurait eu la fantaisie de nous accompagner jusqu’aux îles de la Société, aurait éprouvé une impression toute contraire, car il aurait entendu, pour la première fois de sa vie , éclater la foudi’e pendant trois jours consécutifs, alors que nous étions à 600 lieues du Pérou , a 600 lieues à l’est de Taïti , et à près de sSo lieues dans le nord-nord-ouest de la petite île de Pâques.
Il résulte de vos nombreuses recbercbes ([u’il ne tonne pas dans les régions glaciales de notre hémisphère; je pense qu’il en est ainsi dans les régions glaciales de l’hémisphère opposé, a moins d’étre autorisé par le dictionnaire synonymique de Laveaux à prendre le mot orage dans sa véritable acception , auquel cas le tonnerre aurait été entendu par Cook, le ^3 février 1773, étant par 61^ 5^' lat. S., et 93® long. E.
« Je fis, dit ce célèbre navigateur, de petites bordées pendant la nuit, qui était extrêmement orageuse. )>
L’on sait que plusieurs hommes de l’équipage de l’amiral Anson furent grièvement blessés par la foudre à bord du Centurion^ étant au large et dans l’ouest du détroit de Magellan ; néanmoins, je crois pouvoir déduire des vovaues de Cook, de Bellineshausen et de celui de rUranie. qu’il ne tonne pas sur le parallèle du cap Horn , au milieu du grand Océan austral^ où se trouve le point le plus éloigné de toute terre; ce point est à environ 56o lieues de l’île 0-Paro, de l’île Antipode, de l’île de Pâques et des îles de Pierre et d’Alexandre 1^^.
J’ai la presque certitude qu’il ne tonne que bien rarement sur la route qui conduit en ligne droite du cap de Bonne-Espérance aux îles Sainte-Hélène et de FAscension. Ici la mer aurait cela de commun avec Fîle Sainte-
ADDITION
Hélène, où l’on peut affirmer ([ue la cendre de Napoléon ne sera jamais troublée par la foudre. Mais il n’en est pas de meme de toutes les autres parties de l’océan Atlantique, du grand Océan, et de la mer des Indes comprise dans les régions tempérées.
H tonne à lieues dans l’est des côtes du Brésil et de la Patagonie ; il tonne sous la ligne équinoxiale , entre l’Afrique et l’Amérique. Le point le plus isolé dans l’océan Atlantique boréal est par ^5*’ nord et ouest ; il est à 38o lieues des x\ntilles, de la Guyane, des îles du cap Vert, des Açores et des Bermudes : il y tonne. La foudre et les éclairs se manifestent également à 200 et 240 lieues au sud du cap de Bonne-Espérance, de la Nouvelle-Hollande, de la Nouvelle-Zélande et de l’île de Pâques. Et si nous consultons les voyages de la Pérouse, de Dixon, de Mears et de M. de Freycinet , nous retrouvons les mêmes phénomènes, non moins brillants que partout ailleurs , non-seulement à près de aÔo lieues au nord-est des îles Mariannes , comme à plus de 3oo lieues au nord des îles Sandwich , mais encore par 4o° latit. nord et iBo'" de longit., précisément dans la partie centrale du grand Océan boréal , où l’on se trouve à toute distance du Ja[)oii, des îles Aleutiennes et de la côte nord-ouest de l’Amérique septentrionale. Je dis à toute distance, parce qu’il n’existe pas sur le globe, en y comprenant même les régions glaciales, un seul point de la surface de la mer qui soit à plus de 600 lieues de toute ten’e , et que les lieux dont je viens de parler, sur lesquels les navigateurs semblent s’être donné le mot pour y voir briller la foudre, sont à peu près à cette distance des grandes terres environnantes.
Remarquons, avant de terminer, que les navigateurs dont les observations nous sont parvenues, sont d’autant moins nombreux, que la plupart nous laissent dans l’incertitude de savoir ce qu’il faut penser violents orages , des temps orageux dont ils ont si souvent l’occasion de parler , quel que soit le lieu où ils se trouvent. La question de savoir ce que les marins en*