CHAPITRE TV
§ III. Distribution de V électricité sur la surf axe des
corps conducteurs isolés.
97. Nous pouvons maintenant étudier la distribution de l’électricité sur la surface des corps conducteurs isolés, puisque nous pouvons ramener par le calcul la réaction électrique des corps à un état constant, malgré la déperdition continuelle qui s’opère dans l’air et par les supports isolants.
Lorsqu’on communique de l’électricité à un corps conducteur isolé, cette électricité se porte tout entière à sa surface. Ce fait a été observé d’abord par Beccaria, et ensuite par Coulomb, qui a prouvé en meme temps que le fluide électrique ne se répand dans aucun corps par une affinité chimique ou par une attraction élective, mais qu’il se partage entre différents corps mis en contact uniquement en raison de son action répulsive (1).
Pour prouver que toute l’électricité se porte à la surface des corps, on prend deux calottes très-minces d’une substance conductrice, qui puissent envelopper complètement un corps de forme sphéroïdale, et l’on adapte à ces calottes des manches isolants, afin de pouvoir les manier sans enlever leur électricité. Le sphéroïde est suspendu à un fil de soie recouvert de gomme laque; après lui avoir donné une électricité quelconque, on l’enveloppe avec les deux calottes, qui se trouvent dans l’état naturel; on les retire aussitôt, et l’on trouve qu’elles sont électrisées de la même manière que le sphéroïde, tandis que celui-ci a perdu toute son électricité; ainsi donc, toute la sienne s’est transportée a la surface, sans qu’il en soit resté la moindre trace à l’intérieur.
()8. Coulomb a observé de la manière suivante la même propriété dans un corps de forme quelconque : ayant pratiqué à la surface de ce corps des trous de sept ou huit millimètres de diamètre, et d’une profondeurplus ou
(1) Mémoires de l’Acad. des Sc. , 1786, {>. 67.
1 68 DISTRJB. DE l’ÉLEC. SUR LA SURE. DES CORPS COWD.
moins grande, il y introduisit un petit disque de papier doré fixé à l’extrémité d’un fil de gomme laque, cle manière à atteindre le fond des trous sans toucher les bords de l’ouverture. Ce cercle, retiré avec précaution, ne lui donna a l’électroscope aucun indice d’électricité. Pour être assuré que le disque ne touche aucun des points de la surface contiguë au trou, on y adapte un petit tube de verre, qui sépare le disque de la surface.
On peut encore rendre sensible cette propriété par une expérience curieuse : on prend un cylindre isolé, mobile autour d’un axe horizontal, auquel on imprime un mouvement de rotation, au moyen d’une manivelle en verre. On enroule sur le cylindre un ruban de métal, dont l’extrémité inférieure est terminée en demi-cercle. Un électroscope à balles de sureau communique à cet appareil. Le cylindre étant électrisé , les balles divergent aussitôt; mais dès l’instant que l’on commence à dérouler le ruban, les balles se rapprochent, ce qui annonce un affaiblissement graduel dans la tension de l’électricité. En enroulant de nouveau le ruban, la divergence des balles recommence.
99. Coulomb a démontré de la manière suivante que le fluide électrique ne se répand dans aucun corps par une affinité chimique. Ayant électrisé de la même manière la balle de cuivre de sa balance et le disque de clinquant, aussitôt après la répulsion, il augmenta la torsion d’un certain nombre de degrés, et détermina la torsion totale et la distance qui en résulte entre la balle et le disque, U fit toucher ensuite la balle par une autre de même diamètre et d’une matière différente, de moelle de sureau par exemple. Ayant retiré celle-ci , le disque de clinquant vint se placer à une moindre distance de la balle de cuivre. Il diminua la torsion jusqu’à ce que le disque fût ramené à la même distance, et il trouva que, dans ce cas, la torsion n’était plus que la moitié de ce qu’elle était primitivement. Il en résultait que la force répulsive était diminuée de moitié. Or, leur action électrique étant en raison directe des masses et en raison inverse des