‹ Traité expérimental de l'électricité et de magnétismeChapitre 140 sur 362 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

principalement de propriétés qui appartiennent à la matière pondérable à travers laquelle elles sont transmises; mais l’espace où il n’y a pas de quantité appréciable de cette matière est capable également de produire les phénomènes électriques. Ces faits lui ont paru favorables à l’idée que les phénomènes électriques sont produits par un ou plusieurs fluides très-subtils ; mais il ne lui a pas semblé improbable que les particules superficielles des corps qui sont détachées par le pouvoir répulsif du calorique pour former de la vapeur, puissent être également séparées par les forces électriques d’où résultent des apparences lumineuses dans le vide, privé de toute autre matière, uniquement par la destruction de leurs états électriques opposés.

1 34- Une expérience très-simple démontre, de la manière la plus positive, que la lumière électrique produite par la décharge d’une forte batterie électrique dans le vide, donne une lumière aussi vive et aussi brillante que lorsque la décharge a lieu dans l’air. Il suffit pour cela de prendre un récipient en verre, traversé dans sa partie supérieure par une tige en laiton , qui soit terminé des deux cotés par une petite boule de métal; dans la partie inférieure se trouve une autre tige disposée de la meme manière. Ces deux tiges entrent avec frottement dans des boîtes à cuir et peuvent être rapprochées ou éloignées à volonté l’une de l’autre ; on les tient à une distance de un à deux centimètres. On prend une batterie d'un certain nombre de bocaux, électrisés à saturation, et après avoir fait le vide dans le récipient, aussi parfaitement qu’il est possible, on met en communication la garniture extérieure avec l’une des tiges, et l’intérieure avec l’autre; la décharge s’opère alors avec les mêmes phénomènes lumineux que ceux que l’on observe dans l’aii*. Cette expérience prouve que si l’électricité, qui a une tension peu considérable, donne une lumière faible et diffuse dans le vide, cette lumière devient vive et éclatante quand la tension électrique est considérable. Il est difficile d’admettre , dans ce cas , que

2l4 1)E la lumière électrique.

la très-petite quantité çl’air qui se trouve dans le milieu ou se produit l’explosion soit la cause des effets lumineux aussi inarqués que ceux que Fou observe.

Voilà ou s’arrêtent les expériences et commencent par conséquent les conjectures.

i 35. Quelle est la cause de la lumière qui accompagne ordinairement le passage de l’électricité d’un corps dans un autre? Cette question est encore un point de controverse entre les physiciens. La lumière est-elle due uniquement à la décomposition ou à la recomposition des deux fluides qui forment par leur réunion le fluide neutre, ou bien résulte-t-elle de leur passage à travers des matières pondérables , qui, étant refoulées sur ellesmêmes, produisent de la lumière et de la chaleur? Dans ce cas-ci l’électricité agirait comme une force mécanique. C’est ce que nous allons examiner.

L’expérience prouve que la densité des milieux, traversés par l’étincelle, influe singulièrement sur l’éclat, l’intensité et la couleur de la lumière ; que lorsque cette densité est très-petite , la lumière devient diffuse et rougeâtre; que dans le cas où elle est forte, la lumière est vive et brillante. Ces faits indiquent donc que la matière pondérable modifie singulièrement la lumière électrique, si elle n’est pas la cause du phénomène.

D’un autre côté, l'expérience prouve que dans le vide le plus parfait que nous puissions faire sous des métaux en fusion , dont les particules ne sont pas sensiblement volatiles, il y a encore de faibles apparences lumineuses; si Fou veut les attribuer à la matérialité, il faut donc admettre que les décharges électriques détachent des conducteurs métalliques des particules dont il nous est impossible de reconnaître la présence avec les réactifs chimiques dont nous pouvons disposer et qui servent de véhicules.

Si l’on veut attribuer la lumière produite dans l’air à la compression de ses parties constituantes, nous opposerons l’expérience de M. Thénard , qui prouve que la

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