DES ÉLECTRICITÉS DISSIMULÉES
$ 1er. Du condensateur.
i 3y. Lorsque deux disques A etB(fig. 5 2), séparés par un plateau de matière isolante, de gomme laque ou de verre, possèdent l’un et l’autre une quantité égale d’électricité contraire, le plateau intermédiaire s’oppose à leur recomposition ; mais il n’empêche pas qu’elles n’exercent l’une sur l’autre une action par influence, dont nous avons déjà étudié les effets, et qui masque leur action propre sur les corps environnants : on dit alors que les deux électricités sont dissimulées. Au lieu d’un plateau de verre , on peut employer une couche d’air, comme l’a fait Æpinus. Ayant pris pour plateaux deux grandes plaques circulaires de bois, revêtues de feuilles d’étain, il les électrisa chacune différemment, les rapprocha, et remarqua que leurs actions étaient dissimulées. Toutes les fois que l’action attractive des deux fluides est suffisante pour vaincre la résistance que lui oppose le corps isolant, celui-ci est percé en un ou plusieurs points par l’effet de la décharge. Si l’on établit directement la communication entre les deux disques avec un arc métallique, la recomposition des deux électricités s’opère immédiatement. Telles sont les propriétés générales des électricités dissimulées.
Supposons maintenait que les deux disques A et B, qui sont séparés par un disque de matière isolante , soient parfaitement homogènes, et qu’on leur communique la même quantité d’électricité contraire; supposons,
DU CONDENSATEUR
en outre, que le disque intermédiaire soit partout de la même épaisseur, et que l’appareil soi t isolé , l’expérience prouve qu’il n’existe aucun point sur chaque disque oii la tension soit tout-à-fait nulle. On explique ainsi ce fait : le disque intermédiaire ayant une certaine épaisseur, les deux électricités, qui sont égales en quantités, ne peuvent être dissimulées complètement qu’au contact; lorsqu’elles se trouvent à une certaine distance l’une de l’autre, il faut que l’une soit plus forte que l’autre pour compenser la distance ; cela exige qu’il reste une petite quantité d’électricité libre sur l’une des surfaces : en la lui enlevant, c’est l’autre disque qui manifeste l’excès d’électricité libre. Ces décharges successives peuvent être rendues sensibles au moyen de deux pendules formés de petites balles de sureau, suspendues à deux fils de lin écru , et en communication chacun avec l’un des disques. Ces deux pendules, à l’instant où ils touchent les faces des disques, sont repoussés ; mais dès l’instant que l’on touche l’un d’eux, le pendule correspondant retombe, et celui de l’autre se relève, comme si celui-ci eût pris une charge nouvelle. Cet effet doit être attribué uniquement à la portion de fluide qui est devenue libre par la perte que l’autre a éprouvée quand on a touché le plateau. La propriété dont jouit l’électricité dissimulée a été mise à profit par Æpinus, pour accumuler de l’électricité sur une surface ; en raison dé cela, l’appareil a reçu le nom de condensateur. •
1 38. Les deux disques étant électrisés différemment et isolés, si l’on touche alternativement les deux surfaces avec un plan d’épreuve et que l’on porte ensuite dans la balance de Coulomb pour déterminer la tension de l’électricité enlevée, on trouve qu’il existe sur chacune d’elles des quantités d’électricités libres, de nature contraire, qui tendent de plus en plus à devenir égales. Eh ayant égard aux lois de l’absorption de l’électricité par l’air, on rend compte de ce phénomène par le calcul; mais on peut, au moyen d’une expérience très-simple , montrer cette égalité. Soient BA (fig. 53) une lame de verre verticale, -