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CHAPITRE VI II

Le fluide électrique pénètre toutes les substances, soit pour les traverser avec une vitesse excessive, soit pour s’y arrêter. Le fluide magnétique, tel que nous l’avons considéré jusqu’ici, n’agit d’une manière très-prononcée, pour aimanter dans l’état de repos, que sur trois métaux, le fer, dans ses différents états et combinaisons, le cobalt et le nickel. Mais il n’est jamais transporté, dans l’acte de l’aimantation , à l’une des extrémités des barreaux ; puisque Coulomb a démontré que les deux fluides boréal et austral n’éprouvent que des déplacements infiniment petits, et ne sortent jamais de la molécule à laquelle ils appartenaient avant l’aimantation.

Ce mode d’action n’existe pas seulement dans le fer doux , mais encore dans l’acier, qui retient le magnétisme qu’on y a développé; cet effet est dû à l’existence d’une force coercitive qui s’oppose à la séparation et à la recomposition des deux fluides. Dans l’électricité, les attractions et répulsions des corps conducteurs ne dépendent que de leurs formes et de leurs dimensions, et nullement de leur nature; ce qui n’a pas lieu dans le magnétisme, puisque, d’une part, la forme et la dimension n’exercent aucune influence sur l’aimantation , et de l’autre , que deux masses de même forme et de même volume de fer et de nickel, dans lesquelles la force coercitive est très-faible, n’exercent pas la même action sur une aiguille aimantée placée à la même distance de chacune d’elles. Ce fait a été établi par M. Gay-Lussac qui, ayant fait osciller de chaque côté du méridien magnétique une aiguille aimantée de om,2 de longueur, trouva qu’elle exécutait io oscillations en 1 3 1 ; il plaça ensuite au-dessous, dans le même méridien, à une distance de om,o5, un barreau prismatique de fer doux, dont la longueur était de oni, 196, la largeur de om,oi8, l’épaisseur verticale de om,ooi4? et dont le milieu se trouvait dans ia même verticale que le point de suspension de l’aiguille; les oscillations devinrent plus rapides, puisqu’il y en eut d’abord dix en 65 secondes; mais bientôt après il n’en fallut plus que 60. En substituant au

4l4 THÉORIE MATHÉMATIQUE DU MAGNÉTISME.

barreau de fer doux un barreau de nickel pur de même forme et de mêmes dimensions, l’aiguille exécuta ses dix oscillations en 78 secondes, et peu après en 77 secondes. Le barreau de nickel ayant été enlevé , l’aiguille s’est comportée comme avant, sous l’influence terrestre. Le fer et le nickel, après cette expérience, n’ont montré aucune trace d’aimantation. Les barreaux n’ayant pas exercé sur-le-champ leur maximum d’action, il est probable qu’il leur restait encore une très-petite force coercitive. Cette expérience prouve que l’acier et le nickel ne possèdent pas le même pouvoir magnétique.

Nous arrivons à la théorie mathématique queM. Poisson a donnée des phénomènes magnétiques , indépendamment de la nature particulière des fluides boréal et austral. Dans l’impossibilité ou nous sommes d’exposer ses savants calculs, nous indiquerons seulement la marche qu’il a suivie pour déterminer les résultantes des attractions et des répulsions des deux fluides, ainsi que leur distribution dans les corps aimantés.

M. Poisson admet les principes suivants pour l’aimantation : «Dans l’acte de l’aimantation, les deux fluides boréal « et austral, qui étaient réunis à l’état neutre, se sont très- « peu écartés les uns des autres. Nous ne déciderons pas « si les parties des corps aimantés, dans lesquelles la dé- « composition du fluide neutre peut s’effectuer, sont les « molécules mêmes de ces corps ; nous supposerons seule- « ment que 'leurs dimensions sont toujours extrêmement « petites. Nous appellerons élément magnétique chacune « de ces petites parties, dont la propriété caractéristi- « que consiste en ce que les quantités des deux fluides « y sont égales entre elles, dans l’état d’aimantation, « comme dans l’état neutre. Or nous pouvons concevoir, « pour envisager la question dans sa plus grande géné~ « ralité, que les éléments magnétiques ne sont pas con- « tigus dans l’intérieur des corps aimantés; qu’ils y sont a au contraire séparés les uns des autres par des espaces « pleins ou vides, ou les deux fluides 11e peuvent péné- « trer, et que les dimensions de ces intervalles isolants

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