CHAPITRE VI. a5l
de bons conducteurs; si elle ne Test pas, c'est une preuve, ou que les deux fluides ne se recombinent pas en entier, immédiatement, à cause de la mauvaise conductibilité des liquides, ou qu'une cause autre que l'action chimique concourt à la distribution de l'électricité. Or, l'expérience prouve que les signes électroscopiques aux deux pôles de la pile isolée sont très-faibles , et que les •condensateurs même les plus forts ne s'y chargent pas sensiblement (i). Il semble donc, d'après cela, que l'on doive accorder dans cette circonstance la préférence à la théorie électro-chimique sur celle du contact.
Il faut en appeler maintenant à l'expérience jxmr déterminer au juste la tension électrique de chaque élément dans la pile , quand l'un de ses pôles communique avec le réservoir commun. Jusqu'ici on n'a fait aucune expérience positive dont les résultats aient été publiés; tout ce que nous en savons à cet égard, c'est que M. Biot a ouï dire à. Coulomb qu'il avait vérifié la loi de lequidifférence électrique entre les disques, et quelle lui avait paru exacte; au surplus, nous reviendrons sur cette question en traitant des phénomènes électro-dynamiques. La théorie électro-chimique delà pile que nous venons de décrire est tout-à-fait hypothétique.
§ VIL Des piles sèches.
i53. On a appelé improprement piles sèches, celles dans lesquelles le liquide conducteur est remplacé par un corps solide légèrement humide. La présence de l'humidité est indispensable; car il n'existe jusqu'ici aucune pile composée de substances solides et complètement sèches.
Plusieurs tentatives ont été faites pour former des piles sèches (a). Celles de M. Zamboni ont donné les
(i) Biot. Précis de physique expérimentale, ae éd. p. 635, (2) Vol, Ier, p. i65.
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résultats les plus satisfaisants. Ge physicien prend des feuilles de papier ordinaire un peu fort et humide, ou bien imbibé de lait, de miel, ou d'une matière organique analogue, et colle sur une face, avec de l'amidon ou de la gomme, une feuille très-mince de zinc ou d'étain laminé; sur l'autre face, il applique, avec un bouchon, du peroxide de manganèse très-divisé. Telle est la composition de l'élément voltaïque de la pile sèche. Cela fait , il superpose, dans le même ordre, un certain nombre de ces feuilles, et il enlève chaque fois, avec un emporte-pièce de 10 à i5 lignes de diamètre , un certain nombre de disques qui lui servent ensuitç à former des piles. Ayant superposé ainsi plusieurs milliers de ces disques, il les tient serrés sous une presse, et enveloppe toute la colonne d'une couche de gomme laque de plusieurs lignes d'épaisseur, pour empêcher que l'humidité ne se dissipe dans l'air. Depuis, on a reconnu qu'il valait mieux ne pas mettre' d'enveloppe, et maintenir les disques serrés les uns contre les autres avec deux fils en croix dirigés dans la longueur de la couche. Sur la face zinc, on mastique une plaque plus épaisse de même métal , sur laquelle on visse une boule qui forme le pôle positif de la pile ; de l'autre côté , m on ajuste de la même manière une boule de cuivre.
La théorie de cette pile est assez compliquée , attendu que la matière organique réagit, non-seulement sur le zinc, mais encore sur le peroxide de manganèse qu'elle ramène à un degré moindre d'oxidation.
En effet, M. Zamboni, qui a examiné l'état électrique de ses piles, "selon qu'elles sont formées avec des disques de papier étairié seulement d'un côté , sans aucune substance interposée, ou bien avec des disques d'étain recouverts d'oxide de manganèse, a trouvé des. résultats dans le même sens, ou, en sens contraire, en imbibant de diverses substances le papier collé à l'étain. Si l'on se sert d'huile, l'action est opposée à celle que produit l'oxide de manganèse. Lorsqu'on introduit au contraire,
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dans le papier, du miel, un alcali, une dissolution de sulfate de zinc, ou du lait à demi -caillé, la pile agit comme celle dans laquelle les éléments sont saupoudrés d'oxide de manganèse.
Une pile à la Zamboni, composée de deux mille couples, ne donne pas la moindre commotion, parce que la circulation du fluide électrique ne s'y fait pas assez vite pour qu'elle puisse fournir, dans un temps donné, la quantité d'électricité qui est nécessaire pour la produire. La tension électrique de chaque pôle peut être rendue sensible avec le plan d'épreuve. Si l'on met en contact un de ses pôles, pendant quelques instants, avec un condensateur de taffetas gommé, on obtient des étincelles qui ont quelquefois un pouce de long. Elle peut Servir à charger des batteries.
M. Zamboni pense qu'une pile de cinquante mille paires de plaques auxquelles on laisserait le diamètre ordinaire des feuilles de papier étamé, serait une source constante d'électricité, dont la tension égalerait celle d'ui^e forte machine électrique ordinaire.
L'air humide tend sans cesse à décharger cette pile; aussi la tension de ses pôles varie-t-elle suivant son état hygrométrique. La tension n'acquiert une valeur fixe "que, lorsque ayant été affaiblie par les pertes, l'air humide lui enlève de l'électricité autant que la pile lui en rend dans le même temps.
Ces piles ne fonctionnent pas indéfiniment ; leur énergie se perd en général à mesure qu'elles se dessèchent. Zamboni, qui s'est beaucoup occupé de leur mode d'action, a reconnu que la diminution de la tension cesse au bout de deux ans, et varie, dans cet intervalje, suivant la manière dont la pile a été formée; que l'énergie est plus grande eirété qu'en hiver , tant sous le rapport de la tension que sous celui de la promptitude avec laquelle elle se manifeste.
i54< M. Donné n'a remarqué aucun rapport entre les variations de tension et les hauteurs barométriques. Il ar
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reconnu qu'une pile à. laZamboni, placée dans le vide, et dont l'un des pôles communique avec la terre, et l'autre avec un électroscope , possède la même tension que dans l'air. Cet effet tient très-probablement à ce que la charge de la pile s'effectue plus rapidement que la déperdition dans le vide.
La température lui a paru agir d'une manière trèsvariée, et par conséquent très-compliquée. La tension de la pile est presque toujours en rapport avec la température de l'atmosphère; ce qui confirme les observations précédentes de Zamboni , savoir , que la pile a plus d'énergie en été qu^en hiver. L'augmentation de tension n'a pas lieu aussitôt que la température extérieure s'élève, il faut attendre quelque temps pour que son action pénètre dans l'intérieur de la colonne. Il paraît que la chaleur, outre son influence sur les actions chimiques, agit mécaniquement sur les éléments, par la dilatation et la contraction , pour modifier la tension de l'électricité.
Lors de l'invention des piles sèches, on imagina un appareil à l'aide duquel on criit pouvoir reconnaître d avance certains phénomènes météorologiques; mais on fut bientôt désabusé quand on eut étudié son mode d'action. Voici cet appareil : prenons deux piles de aooo couples chacune, et plaçons -les verticalement sur une bande de métal, à peu de distance l'une de l'autre, les pôles inverses en regard : cet assemblage constitue une pile de 4ooo éléments. Suspendons maintenant, entre les deux pôles supérieurs, une aiguille de métal trèslégère, très-mobile et isolée; elle sera d'abord attirée par un des pôles, puis repoussée quand elle aura pris une portion de son électricité, et attirée ensuite par l'autre pôle qui possède une électricité contraire, et ainsi de suite. Il résulte de ces attractions et répulsions non interrompues, une espèce de mouvement perpétue^ dont on a voulu se servir, mais inutilement, pour diverses applications. Si l'état de l'air était constant,
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