CHAPITRE VIII. l4i
Ton traite la masse par l'eau 9 il y a dégagement de gaz oxigène pur; ce qui annonce qu'il s'est formé du peroxide de potassium. Il se précipite en même temps des flocons de deutoxide de cuivre et dés petits cristaux de même nature, ' dont plusieurs ont quelquefois i ou a millimètres de longueur, lorsqu'une partie de la potasse a été transformée en peroxide de potassium , et que le refroidissement a été lent. Ces cristaux sont des octaèdres réguliers d'un vif éclat métallique. Us se forment à l'instant où commence le refroidissement, car il est impossible de les distinguer dans la masse solide avant le lavage; ils ne renferment aucune trace de potasse et jouissent de toutes les propriétés propres au deutoxide de cuivre. On doit ajouter que le succès de l'expérience dépend de la pureté de la potasse; car si l'on emploie de la potasse à la chaux, il y a à peine apparence de cristaux dans le précipité.
On peut se faire ici deux questions: La potasse forme* t-elle avec l'oxide de cuivre deux combinaisons, dont Tune est stable tant qu'elle n'a pas le contact de l'eau , et dont l'autre est détruite 'au-dessous d'une certaine température ? ou bien : Le peroxide de potassium qui se forme, comme l'annonce le dégagement d'oxigène, jouitil de la propriété de dissoudre à une certaine température une portion de l'oxide de cuivre, tandis que l'autre se combine avec la potasse non décomposée? L'expérience suivante sert à fixer les idées à cet égard.
On a mis dans un tube de verre, fermé par un bout, un décigramme de deutoxide de cuivre, avec quelques decigrammes dépotasse; l'autre bouta été effilé à la lampe, et on l'a fermé tout à fait quand une partie de l'eau a étéchas§ée. La température a été portée ensuite au rouge naissant. Après le refroidissement, la masse a été traitée avec l'eau ; il ne s'est précipité que des flocons d'oxide de cuivre sans cristaux. Ainsi l'oxide a été dissous comme à l'ordinaire par la potasse; or, comme il n'y a pas eu formation de peroxide de potassium, cette expérience prouve que la production de ce composé dans le creuset
l4l DE LA CRIST. D« QUKLQ. OXIDES MlÉTAL., ETC.
d'argent a été une cause déterminante pour la dissolu«^ tion et ia cristallisation du deutoxide de cuivre.
La formation des cristaux de deutoxide de cuivre s'opère, avons-nous dit, toutes les fois que le creuset reste assez longtemps au feu pour qu'il y ait production de paroxide de potassium ; mais si on l'y maintient à la température rouge y pendant quelque temps , tout le deutoxide se change en protoxide. Les cristaux de ce composé ont une couleur rouge de brique, et sont beaucoup plus petits que ceux' de deutoxide. Il est probable que , dans cette transformation, le deutoxide cède une portion de son oxigène au protoxide de potassium, pour le faire passer à l'état de peroxide.
Le protoxide de plomb, traité de la même manière que le deutoxide de cuivre, donne des lames carrées et même des petits cubes de protoxide , quand on laisse le creuset exposé peu de temps à la chaleur ; mais si cette action est continuée pendant quelque temps, le protoxide passe à l'état de peroxide, qui cristallise en lames hexagonales d'une couleur puce avec des reflets jaunâtres.
Le phosphate et le sulfate de plomb , traités de la même manière, sont entièrement décomposés par la potasse, suivant la durée de l'expérience et le degré de chaleur. On obtient des cristaux de protoxide ou de deu* toxide. ,
L'oxide de cobalt a été obtenu par la même méthode en lames carrées qui paraissent dépendre du même système cristallin que les cristaux de deutoxide avec lesquels ils sont isomorphes. L'oxide de zinc &e présente sous la forme d'aiguilles cristallisées de couleur jaune sale. L'oxide de cobalt n'a pu donner des cristaux^ ainsi que le peroxide de fer, qui se dissout très*bien à l'aide de la chaleur dans celui de potassium, et dont il se sépare par le lavage en flocons rouges , avec un dégagement rapide de gaz oxigène pur.^ Tels sont les oxides qu'on a pu ob** tenir cristallisés jusqu'ici par le procédé que nous venons d'indiquer.
CHJLPITRS viir. j43
§ III. De la dissolution du sulfate de baryte et du stéaschiste dans les eaux acidulés carbonatées.
1 189. M. Fournet, pendant quHl dirigeait lexploita^ tion de la mine de plomb argentifère de Pontgibaud, a eu occasion de constater un fait qui n*est pas sans intérêt pour les personnes qui s'occupeilt des altérations des roches.
Dans le filon du Pré, au*dessous de Barbecot, les mi« neurs furent obligés d'arrêter les travaux de recherche par un jet d'eau extrêmement violent, auquel un coup de poudre venait de donner une issue. L'eau était char* gée d'acide carbonique tellement condensé qu'il fut impossible de pénétrer dans la galerie pendant plusieurs jours.
L'eau qui sortit dans les premiers moments était sur* chargée d'une matière blanche qui était tenue en suspension. Cette matière fut remplacée ensuite par des dépôts ferrugineux.
M. Fournet , aussitôt qu'il fut possible de s'avancer dans la galerie, reconnut que cette eau sortait d'une masse de baryte sulfatée caverneuse. Les parois en étaient altérées et même cariées à un tel point que la texture cristalline de la baryte sulfatée avait été mise à nu comme dans le moiré métallique. Dès lors il fut démontré que le sulfate de baryte était décomposé par les bicarbonates des eaux minérales de la même manière que le sul&te de plomb est attaqué par le bicarbonate de potasse*
Il fut copstaté aussi que des fragments de stéaschiste, qui étaient empâtés dans le sulfate de baryte, avaient éprouvé l'action dis&olvante des eaux acidulés: il ne res* tait plus, dans quelques parties, que des grains quartzeux.
Ces observations sont, comme nous l'avons déjà dit, d'une g;rande importance pour les phénomènes géologiques.
i44 ACt. LENTES A L^IDE DESQ. ON FORME, ETC,
§ IV. Actions lentes à Vaide. desquelles on forme
des silicates.
1 190. M. CagniarcJ-Latour a imaginé plusieurs procédés fondés sur des actions lentes, pour former plusieurs substances dont on retrouve les analogues dans la nature. Nous allons citer quelques-unes des expériences qu'il a faites à cet égard.
Première expérience. — Du noir de fumée a été traité à chaud par l'acide nitrique concentré ; la liqueur, après avoir été décantée, a été exposée sous cloche, pendant plusieurs mois, à l'action de la lumière solaire; I
à fur et à mesure que l'acide diminuait, on ajoutait de i
l'eau ou de l'acide. Il s'est formé peu à peu des concrétions siliceuses, dont quelques-unes affectaient la forme pyramidale. L'analyse a indiqué a pour cent de carbone. Ces concrétions, soumises, dans un creuset de platine, à l'action de la potasse caustique, à la flamme d'une lampe à alcool, ont diminué de grosseur. Leur dureté est suffisante pour rayer le cristal dé roche.
Le noir de fumée, comme on sait, renferme un grand nombre de substances. Le charbon, d'après Braconnot, y entre pour 79, i pour cent; on y trouve des sulfates à base de potasse de chaux et d'ammoniaque, de la silice, etc., etc. Il n'est donc pas étonnant que l'acide nitrique ait dissous du carbone et de la silice, si celle-ci surtout s'y trouvait dans un grand état de division. En exposant la solution à la lumièi*e solaire , l'acide nitrique a été décomposé peu à peu, et rien ne s'est opposé alors à ce que la silice en cristallisant s'emparât d'une petite quantité de carbone.
Deuxième expérience. — -On a pris du fer limoneux du Berry ; après l'avoir réduit en poudre très-fine, on l'a traité par l'acide hydro-chloriqqe. La solution ayant été étendue d'eau, a été filtrée; on l'a mise dans une grande cucurbite, puis on a suspendu dedans une capsule de verre dans laquelle se trouvait un morceau de marbre blanc. Ce marbre a été attaqué peu à peu, il y a eu dé-
CHàFlTIlS VllI^ j45
Kiîgemeiit de gaz acide carbonique ^ ètpèt d'oxide de fin* et formation de cristaux de un à deux millimètres de , longueur^ ayant la forme du feldspath. Ges cristaux étaient d'autant plus gros qu'on laissait les substances réagir plus longtemps. Us sont infosibles et rayent le verre. L'expérience a dure six mois. Le fer limoneux étant un composé de silice, d'alumrne et de peroxide de fer, il est probable que l'acide bydro-chlorique a dissous une certaine quantité de ces trois substances et que la réaction de la solution étendue d'eau sur le calcaire, a mis en présence ta silice , l'alumine et la^cfaaux , qui se seront combinées de manière à former du feldspath, à base de chaux, à mesure que l'excès d'acide ^ été enlevé par la chaux.
Troisième eapénence, — On a versé un lait de chaun dans une solution de perchlorure de fer; le précipké formé , après avoir été lavé à grande eau , a été dissous dans l'acide bydro^chlorique. La dissolution ayant été filtrée par les moyens ordinaires, a été filtrée de nouveau k travers de la a*aie de Meudon , qu'on avait fait passeir dans une batiste très^ne , à l'aide de l'eau pour eq sé« parer les grains quartzeux et toutes les matières étran^ gères. 11 s'est déposé dans la craie de l'oxidedéfer* Quand la fîltratson était difEcîle, on acidifiait la liqueur. Au bout de quinze jours on a repassé par la batiste le blanc de Meudon, et l'on a traité par l'acide hydro-chlorique la partie qui n'avait pas passé; on a obtenu de petites ooncrétions siliceuses opalines, dont piusiejurs ont la forme de couronnes et présentent une fente du centre à la cir*^ conférence; elles sont infusibles au chalumeau et rayent le fer; celles qui sont colorées étant chauffées modérément prennent une teinte enfumée, en raison de la matière organique qu'elles renferment. Ces concrétions doivent leur formation très-probablement à la réaction Imite de la dissolution du peroxide de fer et de la silice dans l'acide hydro-chlorique^ sur la craie qui renferme aussi 4^ la silice. A mesure qtie l'excès d'acide se portait sur la chaux de la craie, la silice et le fer se précipitaient.
1 46 fi.CT. i;iENT. A l'aide DESQ. ON FORME , ETC.
Les trois expériences que nous venons de rapporter sont importantes en ce qu'elles font connaître quelques circonstances dans lesquelles les particules de la silice prennent un état cristallin , analogue à celui du quartz de la nature.
1 1 90. Nous allons citer encore quelques exemples de formation de cristaux de silice, qui ne sont pas sans intérêt pour l'étude des actions lentes.
On sait, depqis longtemps, que lorsqu'on expose à l'air libre une solution de silice dans la potasse, autre* ment dit liqueur des cailloux, à mesure que la potasse absorbe l'acide carbonique de l'air, elle abandonne la silice qui cristallise quelquefois en prismes hexaèdres^ terminés par des pyramides, comme le quartz naturel, niais on a reconnu que ce quartz renferme toujours une certaine quantité de potasse.
M. Pelouse a conservé, pendant deux ans, de l'acide hydro-chlorique concentré dans une bouteille de verre vert. 11 a retrouvé, après ce temps, au fond de la bouteille des grains cristallisés de quartz, coutenant environ 7^^ de potasse. L'acide hydro-chlorique , en réa-
{rissant sur le verre, s'est emparé de l'alcali et a mis en iberté la silice qui a cristallisé. Il est infihiment probable que cette substance a été dissoute et que la cristallisation n'a commencé que lorsque l'acide en a été sursaturé.
1 19T. M. Cagniard-Latôur ayant traité des scories de fer, composées en grande partie de silicate de ce métal, par le sous-carbonate de soude, à l'aide de la chaleur, a dissous la combinaison dans l'êau, puis a filtré et a acidifié pour saturer l'excès d'alcali et dissoudre la silice. Cette dissolution, abandonnée à elle-même, a déposé, par l'évaporation, des grains siliceux cristallisés, infusibles au chalumeau et ne rayant pas le verre.
I rga. Nous-raême ayant mis dans un tube fermé par un bout un silicate et un aluminate de cuivre avec une lame de fer et une solution saturée de sel marin, peu à