‹ Traité expérimental de l'électricité et du magnétisme, et de leurs rapports avec les phénomènes naturels ; (volume 3)Chapitre 53 sur 278 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

l^fiSCEIPtlON ]>ES PRINCIPAUX PHÉNOMÈNES GÉOLOGIQUES.

§ I*'. Considérations générales.

1 194. Avant de chercher à reconnaître si les phénomènes géologiques sont influencés par Télectricité , il faut s'assurer s'il existe ou non des courants électriques dans le globe , que l'on puisse reconnaître à l'aide de nos appareils.

M. Ampère, dont les idées grandes et neuves en philosophie devançaient quelquefois l'expérience, a admis, pour expliquer l'action de la terre sur Taiguille aimantée, qu'il devait exister des courants électriques disséminés dans' la croûte du globe, et dirigés de l'est à l'ouest. Les phénomènes d'induction découverts par M. Faraday ont contribué à donner de la vraisemblance à cette hypothèse , mais il faut encore de nouveaux faits pour l'admettre définitivement.

La question de l'existence des courants dans le globe étant de la plus haute importance pour l'explication d'un

CHAPITRK PREMIER. IJ^Q

grand nombre de phénomènes naturels, nous aHons essayer de la traiter aussi complètement que le permet l'état actuel de la science. Le moyen le plus direct pour y parvenir, est de faire connaître toutes les causes qui peuvent donner lieu à un dégagement d'électricité daiis l'intérieur du globe; mais il faut pour cela prendre la terre à son origine et suivre, pour ainsi dire pas à pas, les changements qu'elle a éprouvés depuis son origine jusqu'à nos jours, sans cependant entrer dans des détails qui nous éloigneraient trop du but que nous nous pro* posons. Nous présenterons d'abord les faits, puis les hypothèses que Ion a imaginées pour les expliquer; nous en discuterons le mérite, et nous aborderons ensuite là question des courants électriques terrestres.

S II. Effets généraux obsers^és à la surface du globe.

1 195. Lorsqu'un voyageur parcourt un pays de plai'nés, il rencontre fréquemment sous le sol des dépôts en couches horizontales de substances renfermant des débris de corps organisés, qui sont souvent dans un état parfait de conservation^ tels que des coquilles pourvues encore de leurs tests, de leurs pointes et de leurs contours les plus délicats. Il admet sur-le-champ que ces dépots ont été formés par des eaux qui ont séjourné longtemps dans ces localités. Mais s'il se transporte sur les hautes montagnesou dans les vallées, la scène change : il voit de tous côtés des monceaux de ruines qui lui annoncent que des révolutions et des catastrophes violentes ont bouleversé la surface du globe dans plusieurs parties. Ces dépôts qui se trouvaient dans les plaines en couches horizontales, sont ici relevés , et d'autant plus qu'ils sont rapprochés davantage des hautes chaînes. Leur inclinaison est la même, mais en sens inverse sur les revers opposés. Ces faits lui annoncent donc qu'une cause intérieure a soulevé la surface du globe, Ta déchirée et a produit ces montagnes qui la sillonnent dans tous les sens. Son étonnement redouble encore quand

|5o EFFETS G£N« OBSERVÉS A tk SURF. DU GLOBE.

il rècontialt que ces monceaux de ruines, ces dépôts, en couches souvent presque verticales, sont recôuvertç quelquefois d'autres dépôts, formés par des eaux tranquilles, et qui se trouvent par conséquent dans une ^position horizontale ; dès lors il reste convaincu que lé globe a éprouvé dés alternatives de trouble et de calnié pendant lesquelles la nature a agi d'abord avec violence, ensuite avec beaucoup de lenteur.

1196. Les géologues, d'après les observations dé de Saussure sur les pouddings de la Yalorsnie , croient généralement que les terrains de sédiment, dont lés couches sont plus ou moins inclinées à riiorizon, oiit été déplacés, soulevés par une cause violente venue de Tintévieur de la terre, qui à agi après leur formation et a^ donné aux diverses aspérités du globe des caractères particuliers.

Ces causes n'ayant pas agi aux mêmes époques, il M est résulté plusieurs classes de montagnes, qui se distinguent entre elles par la direction qu'elles affectent.

C'est ainsi que M. Léopold de Buch a montré que ié 60I de l'Allemagne pouvait se diviser en quatre classes ou systèmes. Mais il restait h déterminer Tâge relatif dés montagnes , c'est«à«dire la classification par époque des soulèvements successifs qui ont donné à la surface terrestre sa configuration actuelle. Cet important travail tk été exécuté par M. Élie de Beaumont de la manière la plus remarquable.

119^. Les gneiss, les granités, etc. , sont les terrain^ qui paraissent les plus^ anciennement formés. Ce sont ces formations qui, par l'effet des soulèvements ou dès ridemenls, pour nous conformer aux idées de M. Élie de Beaumont, traversent les terrains dé nouvelle formation et apparaissent au-dessus sous la forme de pics ou d'aiguilles. Ces grandes masses de roches, qui forment en quelque sorte la charpente de l'écorce de notre globe, provienjient-elles d'une dissolution aqueuse ou d'une dissolution ignée? Ces deux opinions ont partagé longtemps les géologues en déut classés^ lés nèptniîiéns et lés

GHâPITRE PREMIER. iSl

plutonniens; mais aujourcrhui il est généralement reconnu qu'à IVpoque où elles ont été formées, la température du globe était tellement élevée , que la chaleur à dû agir seule. Ainsi donc le feu a exercé toule son action dans les premiers temps , lorsque l'enveloppe solide avait encore peu d'épaisseur et possédait une température considérable ; et l'eau, quand cette température a été suffisamment abaissée pour qu'elle pût se maintenir à la surface du globe à l'état liquide. Quelques granités et des gneiss ne sont peut-être que des agglomérats dont les parties constituantes ont été d'abord fondues^

Î>uis réunies ensuite par Teau. A cette première époque^ es corps organisés n'avaient pas encore paru sur lé globe, ta nature inorganique y régnait seule.

§ III. Des phénomènes volcaniques.

1198. Il n'a été question encore que de faits bien constatés, sur lesquels tous les géologues sont d'accord; continuons à suivre la même marche avant de présenter dès conjectures. Parlons des phénomènes volcaniques qui viennent nous révéler ce qui se passe dans l'intérieur de la terre.

En reconnaissant une origine ignée à la terre, noua admettons que la chaleur a dû exercer une grande influence sur les phénomènes qui se sont passés dans les premiers âges du monde. Les éruptions volcaniques ^ qui étaient alors très-fréquentes ^ soulevaient les montagnes et bouleversaient la surface terrestre; aujour^»' d'hui, la ,croûte ayant acquis une certaine épaisseur, oppose une grande résistance à Taction des feux souterrains qui ne nous donnent plus qu'une faible idée de leur puissante énergie dans les premiei's temps. Nous allons maintenant exposer leurs effets actuels, afin de pouvoir remonter à ce qui se passait alors.

Un bruit souterrain , semblable à celui du canon ou à un fracas de voiture roulant sur le pavé, des trem- Ueméntsde terre, et a$$ez fréquemment des changements

iSa DKS PHilTOMÈfTES VOLGANIQUKS.

clans rétat de la température, tels sont les signes avant* coureurs d'une éruption volcanique. Cette éruption com* mence ordinairement par une colonne de fiimée épaisse , qui s'élève à une hauteur prodigieuse et finit, quand elle u a plus de vitesse de projection , par se refouler sur elle-même, de manière à former une série de sphères de vapeurs aqueuses qui , se condensant par le froid des régions supérieures, retombent en pluies abondantes, accompagnées de tonnerres effroyables. Du milieu de cette colonne s'élève une gerbe de feu , visible seulement à sa partie supérieure. Cet -ensemble de fumée et de flammes, sillonnées dans tous les sens par là foudre , forme le tableau le plus imposant que la nature puisse nous offrir. Bientôt après , il sort du cratère, avec une vitesse excessive, des pierres incandescentes et une quantité incroyable de cendres d*une si grande ténuité qu'elles peuvent être transportées par le vent à des distances considérables. Ces cendres ne retombent pas toujours sèches sur le sol , car elles sont fréquemment pénétrées de vapeurs aqueuses ; des laves en ignition et des produits boueux arrivent ensuite. Ces laves proviennent de substances liquéfiées dans les foyers du volcan , et sont lancées en dehors par la force expansive des fluides élastiques qui se dégagent dans les mêmes foyers; leur surface est agitée par de forts bouillonnements d'où s'échappent du gaz et de la fumée bleuâtre, formée de sel marin ou d'autres substances. Ces laves, en sortant par les bords du cratère , suivent les directions les plus favorables que le terrain leur présente. Au contact de Tair, leur surface, en se refroidissant, se solidifie, et la lave continue à couler dessous jusqu'à ce qu'il se présente un obstacle; alors elle s'y arrête, s'y amoncelle, finit par monter sur la partie solidifiée et continue son cours comme auparavant,] usqu'à ce qu'elle soit arrêtée par un nouvel obstacle. 11 arrive souvent que la lave, s'accumulant dans certains endroits , conserve la chaleur si longtemps, en raison de la mauvaise conductibilité des éléments qui la composent, que Dolomieu assure Tavoir

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trouvée sensible au Vésuve dans un amas formé depuis dix ans. La surface des laves est ordinairement scorifiée et criblée de petites ouvertures par lesquelles se soqt échappés les gaz renfermés dans l'intérieur.

Outre les phénomènes dont on vient de parler, il existe encore dans certains volcans des éruptions boueuses auxquelles sont dus les courants de même na* ture qui suiveut diverses directions sur les flancs des^ montagnes , comme les laves incandescentes. L'existencQ de ces éruptions a été constatée par M. de Huniboldt dans les volcans en activité du nouveau monde. La remarque faite par ce célèbre voyageur d'uue quantité innombrable de petits poissons rejttés dans l'éruptipii. d'un volcan du Mexique, ne laisse aucun doute à ^et égard; car si la lave eût été primitivement à l'état, d'incandescence, il ne serait resté aucun vestjge de Isk matière animale. Ces poissons étaient en si grand nombre que leur putréfaction répandit dans l'air une. odeur infecte qui occasionna des maladies épidémiques.^ La lave qui renfermait les détritus de ces poissons s'est, changée en une espèce de porphyre que les naturels du pays exploitent pour s'en servir comme de combustible^ Il existe une différence bien marquée entre les terrains volcaniques de l'ancien monde et ceux du nouveau. Les premiers ont la forme d'un pain de sucre, et la matière est continuellement rejetée de manière à l'augmenter eu liauteur; dans les terrains volcaniques du nouveau monde, il y a quelquefois soulèvement de terrain, et les éruptions se fout par des cheminées dans l'axe du cône soulevé. De plus , les volcans de notre continent sont toujours dans des pays de montagnes ,^à peu de distance de la mer, tandis que ceux de l'Amérique sont situés assez loin des côtes et sur des plateaux assez élevés pour que les laves ne puissent s'épancher à leur surface.

Les éruptions d'un même volcan ont souvent lieu à des époques éloignées; on a remarqué qu'elles sont d'autant plus rares que les montagnes volcaniques soot plus élevées.

jS4 I>^S PHliirOHÈinES VOLCANIQUES.

Les vèlôans qui s'éteignent se changent souvent êû soufrières, ou montagnes qui dégagent du soufre, comme la Solfatare près de Pouzzole. Vers la. fin des éruptions^ il s'élève de la terre des miasmes infects qui nuisent à k santé des hommes et des animaux.

Lés phénomènes volcaniques déterminent souvent des changements dans la forme du sol ; des parties de la sur* face s'élèvent subitement. Souvent il se forme à la surface de la terre des fentes et des crevasses par lesquelles les forces volcaniques manifestent leur activité.

Des sources d'eaux acidulées sourdent quelquefois. D'autres sources, déjà existantes, éprouvent des changements remarquables.

Les masses de rochers que lancent les volcans sont eu des pierres volcaniques, des ponces, des scories, des fi*agments de laves, des masses vitrifiées, des cristaux amoncelés, des brèches, etc. Ces masses sont projetée?? quelquefois à des hauteurs considérables. Le Cotopaxi a lancé, en ï533, des rochers de trois à quatre mètres dé diamètre.

Le Vésuve lance parfois du granité, du mica-schiste et autres substances qui , n'ayant pas été altérées par Te feu^ font connaître la nature des terrains qtïe traversent les matières volcaniques; les gaz qui se dégagent de ce volcaii sont les acides sulfureux et hydro-chlorique ^ quelquefois l'acide carbonique et rarement l'azote. Le Sel marin, le sel ammoniac, les chlorures de cuivre, de fer, l'acide borique, le soufi^e, le sulfure d'arsenic, se subliment dans les fissures des roches et sur les parois eu cratère.

I igg. Les volcans du nouveau monde ne dégageitt pas les mêmes gaz que le Vésuve. M. Boussingault, qui a examiné la nature des fluides élastiques qui se dégagent des volcans situés entre le 5* degré de latitude nord et la ligne équinoxiale, a reconnu que le volcan du Talima fournit de la vapeur d'eau, du gaz acide carbonique et au gasî acide hydro-sulfurique^ ainsi que les volcans dé Puracé, de Pastoë et de Tuquères. Le volcan dé Gdftl«

tnkViTKÈ PREMIER. ï55

bal, situé frés-jprès de la ligne équinoxiale, lui a doiin^ éii outre de la vapeur de soufre, et comme produits accidentels, de l'acide sulfureux et de Tazole; ou voit, d'après cela, que Tacide hydro-chloriqué , l'hydrogène et l'azote ne font pas partie des gaz qui se dégagent déi volcans de l'équateur américain.

§ IV^ Hypothèses imaginées pour expliquer les

phénomèfies géologiques.

lâoô. Voilà les faits les plus importants qui peuvent nous éclairer sur la nature des réactions chimiques violentes qui s'opèrent dans l'intérieur du globe. Arrivons actuellement aux hypothèses les plus admissibles qu'on à imaginées pour expliquer non-seulement toutes les actions chimiques qui ont eu lieu depuis que la terre est formée jusqu'à nos jours, mais encore les effets électriques qui en résultent et auxquels on attribue le magrï^ tisme terrestre et d'aittres phénomènes dont il sera parlé ci-après. La plupart de nos assertions seront conformes aux idé<*s d'Ampère.

Herschel, pour expliquer la formation de notre globe, a admis que a matière dont tous les astres soiit foiniés a été d'abord à l'état gazeux. Voici les observations qui lui ont servi à établir cette théorie : Les nébuleuses se montrent à nous sous divers aspects; les unes ne présentant qu'une lumière diffuse et homogène, les autres nous offrent, au milieu de cette même lumière, des points plus brillants qui semblent annoncer un rapprochement plus grand entre les parties et par suite des noyaux liquides ou solides. L'éclat de ces points augmente en intensité à mesure que la lumière diffuse s'affaiblit. Ces apparences paraissent indi<{uer les diverses phases qu'éprouvent les cprps célestes dans leur foMïiation. Chaque nébuleuse serait donc le germe d'un système de mondé analogue, à notre système planétaire.

laôi. An^père, en partant de ces idées, ^tippôsé tpe

t56 HTPOTH. IMàGJir. POUR EXPt, LES PUÉN., ETC.

tous les corps qui ont concouru à la formation de notre système planétaire possédaient une température plus élevée que celle à laquelle celui de tous les corps qui est le moins volatil resterait à Tétat liquide. Le refroidissement s'effectuant peu à peu, par le rayonnement dans les espaces célestes, il sera arrivé un instant où il y aura eu un premier dépôt , formé d'une seule substance simple ou composée, attendu qu'il serait difficile d'admettre que deux substances différentes se liqué* fiassent précisément au même degré de température. Cette masse liquide, en raison de l'attraction mutuelle de ses parties, aura pris la forme d'un sphéroïde aplati, si elle était soumise à un mouvement de rotation sur elle-même. Le refroidissement continuant, une seconde substance gazeuse se sera liquéfiée et aura formé un dépôt concentrique sur le premier noyau. Il se sera déposé ainsi diverses substances qui auront passé de l'état gazeux à l'état solide par suite de refroidissements successifs. Les parties centrales devaient toujours posséder une température supérieure à celle des couches extérieures.

Jusqu'ici nous avons négligé la réaction chimique que les diverses substances, qui passaient à l'état liquide ou à l'état gazeux, pouvaient exercer les unes sur les autres. Voyons ce qui a dû alors arriver.

Lorsqu'une seconde couche s'est déposée à l'état liquide ou à l'état solide, il a dû en résulter une action chimique, de nouvelles combinaisons solides et liquides, un dégagement de chaleur, des explosions et des déchirements, et même retour à l'état gazeux de quelquesuns des éléments contenus dans les couches déjà formées; puis soulèvement de la surface dans quelques parties; des couches inférieures qui étaient d'abord solidifiées, ont donc pu revenir à l'état liquide. Dans ce cas, le maximum d'élévation de température devait se trouver non au centre, mais au contact même des couches, dont les parties réagissaient les unes sur les autres.

On conçoit que les phénomènes que nous venons de décrire, sur la. première couche qui se trouvait à l'état

CriAPlTRfe PREMIER. iS'J

liquide, ont du se répéter chaque fois qu'il s'en formait de nouvelles capables de réagir chimiquement sur les parties constituantes de la couche formée antérieurement.

Il a pu se faire que deux couches contiguês n'exerçassent aucune action Tune sur l'autre, mais que celle qui était placée au-dessus, en pénétrant par des fissures, arrivât jusqu'à une couche attaquable. Dans ce cas, il a dû résulter des explosions capables de soulever les croûtes déjà formées. Voilà comme on peut expliquer les révolutions qui ont changé, à diverses époques, la configuration du globe. D'après cette manière de voir, la température de la terre , ^u lieu de se refroidir graduellement, aura dû s^élever d'une manière brusque , toutes les fois que les réactions chimiques dont on vient de parler se seront produites. 11 sera'arrivé un point oà il n'y aura plus eu que l'eau qui aura réagi chimiquement.

Ampère regarde la présence de la grande quantité d'azote qui se trouve dans l'atmosphère comme une preuve des bouleversements qu'a produits sur le globe la décomposition des corps oxigénés par les métaux. Il pense que cet azote a dû être combiné dans l'origine avec l'oxigène, de manière à produire de l'acide nitreux et de Tacide nitrique. Tout l'oxigène de ces acides aura servi à former la silice, l'alumine, la chaux, etc. L'oxigène qui reste dans l'atmosphère est précisément celui qui n'est pas entré en combinaison. Il est bien certain que lorsque l'acide nitrique a réagi sur les métaux, il s'est formé bientôt une couche oxidée avec un dégagement considérable de chaleur qui a dû volatiliser une portion des liquides déjà produits. Le refroidissement continuant, il se sera formé un vaste océan d'acide nitrique qui n'aura pas attaqué la couche oxidée; la quantité d'acide augmentant chaque jour, il aura pénétré par des fissures dans l'intérieur, et il en sera résulté des actions violentes qui auront fait voler la croûte en éclats.

Tous ces phénomènes auront diminué d'intensité a mesure que la croûte aura pris plus d'épaisseur ; mais

l58 HYPOTH. IMAGIN. POUR EXPL. X^ES PHÉN., ETC.

aussi plus les cataclysmes devenaient rares, plus iU étaient violents. Ou conçoit alors que la terre a dû se hérisser de montagneç provenant des éclats de la croûte soulevée suivant diverses inclinaisons. Il sera arrivé un instant oîi la terre n'aura plus été entourée que d'une atmosphère formée de fluides élastiques permanents dans des proportions fort différentes: par exemple, dans ces premiers temps, comme portent à le croire les observations de M. Ad. Bronguiart, latmosphère renfermait une plus grande quantité d'acide carbonique qu'elle n'en contient aujourd'hui. Cette atmosphère était impropre à la respU ration, mais devait contribuer puissamment à la végétation, qui trouvait dans l'air une plus grande quantité de carbone qu'il ne peut lui en fournir aujourd'hui. Cette puissance de la végétation était favorisée par un plus haut degré de température.

Voilà comme on peut concevoir l'apparition des végétaux gigantesques avant celle des animaux.

On voit parfaitement que toutes les fois qu'il y avait un grand cataclysme, la température du globe s'élevait considérablement et devait empêcher le développement de tout corps organisé, jusqu'à ce que la température fût abaissée; c'est ce que prouve effectivement l'existence d^ couches exemptes de corps organisés entre des couches qui nous oflVcnt des débris nombreux de ces corps.

C'est à cette époque que les débris des forêts, en se décomposant, auront donné naissance aux grands amas de houille.

Aujourd'hui que la croûte d'oxide qui nous sépare du noyau non oxidé a une grande épaisseur, les bouleversements sont devenus très-rares ; la résistance qu'elle oppose est telle que lorsqu'il y a une fissure, Fexplosion se fait isolément. Ces effets ne s'étendent point à toute la.terre; quoique le choc se propage à de grandes distances, il ne s opère que des déjections partielles. ,

LVxistence d'une couche non oxidée, signalée par pavy et admise par Ampère, permet d'expliquer les tolcàns ^ aans qu'il soit nécessaire de recourir à t'hypo-

tlièse d'une çbaieur énorme que posséderaient les parties ceiitralf^s de la terre.

D'après cette manière de voir, un volcan ne serait autre cbose qu'une fissure permanente qui servirait à établir la communication entre la couche non oxidée et les liquides qui se trouvent à la surface du globe. Quand Iç contact a lieu, il se produit des élévations de terrain, puisque les substances non oxidées en s'oxidant augmentent de volume.Quand la réaction a lieu, c'est au contact des deux corps que se dégage le plus de chaleur ^ laquelle $e propage dans le globe , au-dessus et au-dessous.

La théorie de M. Ampère paraît être opposée à l'hypQllièse de ceux qui admettent une chaleur centrale qui tient en fusion toutes les $i|bstancesqui forment le noyau da globe. Suivant lui, si cette liquidité du npyau de la terre existait, la lune exercerait sur la masse de liquide une action d'où résulterait des marées analogues à celles de nos mers, dont les effets, sur l'enveloppe de la terre, ^raient terribles en raisQn de l'étendue et de la densité du liquide.

1 202. Reprenons la théorie de Davy, et par suite celle d'iV<^pèt*6y pour» faire connaître les objections qu'on y a faites.

Davy, aussitôt aprè^ la découverte des métaux, des terres et des alcalis, supposa que ces mêmes métaux exi»^ {L^ient k de grandes profondeurs dans la terre et que leur contact avec l'eau produisait tous les effets volcanique^ ççQnus. Suivant ce célèbre chimiste, les changements qtli produisent les feux volcaniques ont lieu dans d'im** pieuses cavités souterraines, ou l'air pénètre jusqu'aux substances actives, longtemps avant que celles-ci at-f teignent 1^ surface extérieure.

Le tçinnerre souterrain entendu h de si grandes dis* tances sous le Vésuve est, suivant lui, presque une dér monstration de grandes cavités souterraines, remplies de 3|jbstances aériformes. Quand le volcan est tranquille, Iflles doivent se remplir c{ air atmosphérique. L'air ^t la v^imt d'e^ii jrenfern^és d^m çe^ (çayûé§y sigî§s4n( sur

j6o htpoth. iMÀGirr. pour expl. les phew., etc.

les métaux des terres, sont la cause des phénomènes volcaniques. Si les laves peuvent être ainsi formées, le phénomène entier se trouve expliqué par l'action de leau de mer et de l'air sur les métaux. Le voisinage des grands volcans, des cotes de la mer, vient à l'appui de cette explication. Quand ils en sont plus éloignés, comme ceux de l'Amérique du Sud, l'eau peut venir de grands lacs souterrains, dont M. de Humbôldta signalé l'existence ^ en indiquant des poissons dans des produits volcaniques.

I t2o3. M. Gay-Lussac a fait à cette théorie des objec-' tions sérieuses : Comment l'air pourrait-il pénétrer dans les foyers volcaniques , quand il y existe du dedans au dehors une pression que l'on peut évaluer à 3oo atmosphères environ, puisqu'elle élève la lave, trois fois plus pesante que l'eau, à une hauteur de plus de mille mètres.

Si l'air pouvait s'y introduire, les tremblements de terre, suivant la manière de voir de Davy, deviendraient impossibles. D'un autre côté, si les actions volcaniques étaient dues à la décomposition de l'eau par les métaux, des terres et des alcalis, il devrait y avoir un dégagement énorme de gaz hydrogène; or, on n'aperçoit jamais aucune inflammation de ce gaz au-dessus du cratère. Il pourrait se faire cependant que ce gaz, en se combinant avec le chlore, formât de l'acide hydro-chlorique;' mais dans ce cas la quantité de cet acide devrait être plus considérable qu'elle n'est réellement.

Suivant M. Gay-Lussac, les phénomènes volcaniques pourraient être dus à l'action des eaux de la mer sur les chlorures des métaux, des terres et des alcalis, laquelle dégage probablement assez de chaleur pour vaporiser de l'eau, décomposer le sel marin , et produire tous les autres effets. Quant à la formation de l'acide sulfureux, il faudrait admettre qu'il existe avec les chlorures , des sulfures qiri sont également décomposés par la haute température des réactions chimiques. Alors le soufre en vapeur, s'élevant avec les autres matières, se changerait en acide sulfureux aussitôt qu'il aurait le contact de l'air.

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