PREMIERE PERIODE
DEPUIS 600 ANS AVANT L'ERE CHRETIENNE, JUSQu'eN I79O.
§ I. Propriétés générales de l'électricité.
THALÈs,qui vivait 600 ans avant l'ère chrétienne, connaissait déjà , dit-on , la propriété dont jouit l'ambre ou succin, quand il est frotté, d'attirer les corps légers qu'on lui présente. Les Grecs, avides du merveilleux, et habitués à voir des dieux dans tous les objets de la nature , crurent que cette substance avait une ame; ils ne tirèrent aucune autre conséquence d'une propriété qui joue cependant un rôle important dans la nature et dont les effets frappaient journellement leurs yeux. Théophraste, dans son Traité des pierres précieuses, fit également mention du pouvoir attractif de l'ambre, qu'il reconnut aussi dans d'autres corps.
Pline dit (1), en parlant du succin :« Quand le frot-
(1) C. Plinii Hist. nat, lib. xxxvn, p. 327, 329, traduction de M. Ajasson de Grandsagne.
« tement des doigts lui a donné la chaleur et la vie, il « attire à lui les brins de paille, les feuilles sèches de <c peu de poids, de même que l'aimant attire le fer. »
Àù rapport de cet auteur, cette substance était trèsrecherchée de son temps et jouissait de plusieurs propriétés médicinales.
Les Romains avaient observé souvent des phénomènes lumineux, dont ils ne connaissaient pas l'origine et qui devaient plus tarid se rattacher au pouvoir attractif de l'ambre. En voici plusieurs exemples. On trouve dans les Commentaires de César le passage suivant :
«Vers ce temps -là, parut dans l'armée de César « un phénomène extraordinaire. Au mois de février, « vers la seconde veille de la nuit, il s'éleva subitement « un nuage épais, suivi d'une pluie de pierres; et la même « nuit, les pointes des piques de la cinquième légion « parurent s'enflammer (1). »
Tite Live (2) fait mention de deux faits semblables : les piques de quelques soldats en Sicile, et une canne que portait à la main un cavalier en Sardaigne , parurent eu feu. Les côtes furent aussi lumineuses et brillaient de feux fréquents.
Plutarque, dans sa vie de Lysandre, parle d'une apparence lumineuse qu'il considère comme un météore. Pline (3) appelle ces apparences des étoiles. « Les étoi- « les paraissent, dit-il, tant sur terre que sur mer. J'ai « vu une lumière sous cette forme sur les piques dei « soldats qui étaient en faction la nuit sur les remparts. « On en a vu aussi sur les vergues et autres parties dés « vaisseaux, qui rendaient un son intelligible et chante geaient souvent de place. Deux de ces lumières pré-' « disaient un bon temps et un heureux voyage, et en « chassaient une autre qui paraissait seule et qui avait un a aspect menaçant. Les marins appellent celle-ci Hélène;
1) De Bello Africano , caput vi.
'2) Chap. xxxii.
3) C. Plimi secundi historiarum mundi liber 11.
|1C PEKlODfc, CHAPITRE PKtMlhR. 35
« mais ils dominent les deux autres Castor et Pollux, et « les invoqueri t comme des dieux. Ces lumières se posent « quelquefois, vers le soir, sur la tête des hommes et sont « d'un bon et favorable présage; mais ces choses sont au « nombre des mystères respectables de la nature. »
Pendant long-temps, on se borna à des observations de ce genre; mais, ce n'est qu'au commencement du xvne siècle que le pouvoir attractif de l'ambre et les apparences lumineuses dont je viens de parler commencèrent à attirer sérieusement l'attention des philosophes. Gilbert, médecin anglais, publia à cette époque un ouvrage fort remarquable, ayant pour titre : De Magnete, dans lequel il fit connaître un grand nombre de corps jouissant de la même propriété que les anciens avaient reconnue dans l'ambre ou succin, savoir les pierres précieuses, toutes les matières vitrifiées, le soufre, la résine, etc. 11 observa en outre que les effets étaient d'autant plus marqués que l'air dans lequel on opérait se trouvait dans un plus grand état de sécheresse, et ne négligea aucune des circonstances qui pouvaient exercer une influence sur la production de l'électricité. Gilbert rassembla donc quelques faits qui , réunis , commencèrent à former un corps de doctrine qu'on appela électricité, dérivé du mot YÎXexrpov, dénomination grecque de l'ambre.
Boy le, vers 1670, augmenta le catalogue des substances électriques; il trouva que la niasse solide qui reste après levaporation de la térébenthine, ainsi que celle que l'on obtient" après la distillation de l'huile de pétrole avec l'acide nitrique , étaient électriques;
11 eut le premier l'idée d'agir sur une aiguille de métal librement suspendue, de nettoyer et de chauffer les corps avant de les frotter ( 1 ).
A peu près dans le même temps, Otto de Guerike, l'ingénieux physicien auquel nous devons la machine pneumatique, construisit aussi la première machine
(i) tot. cle rj&lèctr. cle Pries tley, tome ï , p. 9 et suivante*,
électrique , qui consistait en un globe de soufre traversé par un axe horizontal , auquel il imprimait d'une main un mouvement de rotation, pendant que l'autre, qui appuyait dessus, produisait par son frottement un dégagement d'électricité plus considérable qu'on n'en avait obtenu avant lui. Il put alors étudier quelques-unes des principales propriétés de cet agent singulier; il aperçut le premier la traînée lumineuse qui accompagne l'émission du principe électrique et la compara à celle que produit le sucre dans l'obscurité, quand on le broie. Il observa qu'un corps qui est attiré par un autre corps électrisé en est repoussé aussitôt, et que ceux que l'on plonge dans les atmosphères électriques sont eux-mêmes électrisés (1).
Le docteur Wall observa une plus belle apparence de lumière électrique que celle qui avait été remarquée par Otto de Guerike et compara, comme ce dernier, cette lumière à celle du phosphore artificiel. On trouve dans ses écrits ce passage remarquable , relatif au dégagement de l'électricité dans un morceau d'ambre :
« Si quelqu'un présentait le doigt à une petite dis- « tance de l'ambre, on entendait un grand craquement, « suivi d'un grand éclat de lumière. Ce qui me surce prend beaucoup en cette éruption , c'est qu'elle frappe « le doigt très-sensiblement et y cause une impression « de vent, à quelque endroit qu'on le présente. Le craie quement est aussi fort que celui d'un charbon sur le « feu, et une seule friction produit cinq ou six craque-
« ments
« Cette lumière et ce craquement paraissent, en quelce que façou , représenter le tonnerre et les éclairs (2). » C'est la première fois qu'on ait comparé les effets de l'électricité à ceux de la foudre.
Newton (3), en 1675, trouva que l'attraction élec-
(1) Expérimenta Magdeburgica, lib. iv, cap. v.
(a) Philos, trans. Abridgment, vol. 11, p. 275.
(3J Birch's Hist. of the roy. Society, vol. m, p. 260 et suiv.
trique se transit! à travers le Terre. Ce gr«*d homme, doat les Tues philosophiques portent IVmprante de son géoie, dît, dans une oes questions annexées à son Traité d'optique* que U production de l'électricité est peut-être le résultat d\in principe éthéré mis en mouvement par la vibration des particules de» corps frottés. Peut-être a-t-il entrevu la véritable cause des phénomènes électriques (i\
Hawkesbée, vers 1709, se livra avec ardeur à des recherches sur I électricité, particulièrement en ce qui concerne Fattraction et la répulsion électriques, H observa le premier le passage de 1 électricité à travers le vide et décrivit avec soin les apparences lumineuses qu'elle produit. Il fit connaître la lumière qui est émise lorsqu'on agite du mercure dans un tube de verre où Ion a fait le vide, et la considéra comme pbospborique* On lui doit d'avoir substitué un' cylindre de vent) au manchon de résine (a).
Grey, eu 17117, aidé de Welher, fit faire un pas important à la théorie de l'électricité , en prouvant que les corps ne jouissent pas tous de la marna faculté conductrice de l'électricité; que les uns, comme les métaux, propagent l'électricité à de grandes distances, tandis que d'autres, comme le verre et la résine, ne lui permettent de franchir aucun intervalle sensible (3).
Six ans après, Dufay (4), prenant en considération la Recouverte deGrey, montra que tous les corps, infime ceux qui étaient conducteurs de l'électricité, tels que les métaux, pouvaient devenir électriques, pourvu qu'ils fussent placés préalablement sur un corps non conducteur, auquel il donna le nom de support isolant. Mais la découverte qui rendit son nom célèbre est celle des deux principes électriques, dont la réunion forme le
(i) Ifewtoa's Opric in-6°, p. 3i 4 and $27,
(*; Vhymco-mêfhamnl ExperinenU, p, 7 5 etuiiv,
(3; Philos, franc AhriiL, vol. mt, p. 9, H w<A. ix, p, 1 5 H %m*
{4,Htft-derAraddesftc.po«rs7ttà l'M-
3$ m i/KLcczajcm*
fluide B&iti?. Il donna au premier le nom d'électricité vitrée, p*ree qu'il se produit ordinairement dans le frottement des matières vitreuses, et celui d'électricité résineuse au second , attendu qu'on l'obtient par le frottement des matières résineuses. Il prouva en même temps que les propriétés de ces deux espèces d'électricité sont de s'attirer l'une l'autre, tandis que les particules dé' chacune d'elles se repoussent (1).
Ces dénominations d'électricité vitrée et d'électricité résineuse ont été abandonnées, depuis que l'on a reconnu que l'une et l'autre pouvait être produite indistinctement par le même corps, suivant l'état de sa surface; on leur a substitué celles d'électricité positive et d'électricité négative, qui sont plus significatives.
À cette époque, le même physicien tira du corps de l'homme la première étincelle électrique. Ce fait inattendu causa une surprise générale.
En 174*? Boze, professeur de physique à Wurtemberg, imagina de suspendre un cylindre de fer-blanc à des cordons de soie, afin de recueillir l'électricité dégagée par le frottement (2).
A peu près à la même époque , le professeur Winkler substitua un coussin à la main, et dès lors, sauf quelques modifications secondaires, la machine électrique fut définitivement constituée (3).
En 1744 7 on obtenait déjà des étincelles capables de tuer des petits oiseaux et d'enflammer l'éther, l'alcool et plusieurs autres corps combustibles (4).
En 1 7469 Cuueus de Leyde ou Muschenbroek (5) (car on ne sait auquel des deux accorder la priorité), découvrit la fameuse bouteille électrique , dite de Leyde. Electrisant uu jour une bouteille de verre remplie d'eau dis-
(1) Philos, trans. Abridg., vol. vin, p. 396etsuiv.
(2) Hist. de TÉlectr. par Priestley, tome 1, p. 129.
(3) Philos, trans. Abridg., vol, x, p. 27a. h) philos, trans. Abridg., vol. x, p. 271. (5) Dalibard. His.t. de fElectr. p.^33.
irC PÉRIODE, CHAPITRE PREMIER. 3g
tillée qu'il tenait à la main et dans laquelle plongeait une tige métallique en communication avec une machine électrique, il voulut retirer cette tig^ avec l'autre main, et ressentit aussitôt une vive commotion dans les bras et la poitrine. Cette expérience, qui excita un étonnement aussi général que celui qu'avait fait naître la première étincelle tirée du corps de l'homme, devint bientôt po- t pulaire et passa du cabinet du physicien sur la place publique, dans les mains du bateleur.
Lçs docteurs Watson et Bevis sentirent la nécessité d'une enveloppe métallique appliquée sur la surface extérieure de la bouteille , pour avoir des commotions plus fortes (i).
Le docteur Walton remarqua que les étincelles électriques changeaient de forme et de couleur, suivant les substances d'où elles sortaient et qu'elles n'éprouvaient aucune réfraction en passant dans le verre (i).
L'abbé Nollet répéta le premier en France l'expérience delà bouteille deLeyde sur cent quatre-vingts personnes qui se donnaient la main.
Les physiciens français et anglais, frappés de ce résultat, essayèrent de déterminer la vitesse du fluide électrique, en faisant passer la décharge de la bouteille, d'abord dans un fil de fer de 1 2276 pieds de longueur , et ensuite dans la Tamisé, sur une longueur de 5 ou 6 milles; mais ils ne purent jamais observer aucun intervalle de temps sensible entre le moment du départ de l'étincelle et celui de son arrivée (3).
§ IL De T électricité atmosphérique.
Dès cette époque, on commençait déjà à être frappé de la ressemblance qu'il y avait entre les effets de la commotion électrique et ceux du tonnerre, pour déchirer les corps, enflammer ceux qui étaient combustibles, tuer
(1) Philos, trans. Abridg., vol. x, p. $77.
(1) Philos, trans. Abrid^., vol. x, p. 286 et suiv.
(3) Philos, trans. Abridg., vol. x, p. 356, 3/49, 36o.
4<> M L'iLECTRICITÉ ATMOSPHÉRIQUE.
les animaux et désorganiser les plantes. Cette analogie se fit remarquer avec plus d'évidence encore lorsqu'un philosophe américain eut imaginé la charge par cascades (i), qui est la première batterie électrique, au moyen de laquelle il produisit des effets plus étonnants que ceux que l'on avait obteuus jusque-là. Franklin , en 1747? préludait donc déjà aux immenses services qu'il devait rendre un jour à son pays et à l'humanité, en cultivant la science électrique avec toute la sagacité et la précision d'un homme de génie. Il fondit une feuille trèsmince de métal placée entre deux lames de verre fortement liées l'une sur l'autre, changea les pôles de l'aiguille aimantée, au moyen de décharges électriques, et imita, un autre effet de la foudre, celui d'enlever toute la dorure d'un morceau de bois sans endommager aucune partie superficielle. Il compara le mouvement en -zigzag de l'éclair à celui de l'étincelle électrique, lorsqu'elle s'élance vers un corps irrégulier placé à quelque distance du premier conducteur et fit remarquer que la foudre frappait les objets les plus élevés et les plus pointus, comme les montagnes, les mâts de vaisseaux, etc., de la même manière que le fluide électrique était plus facilement attiré par des corps pointus et rugueux que par ceux dont la surface était ronde ou polie. Enfin Franklin établit tellement bien la ressemblance qui existait entre ces deux modes d'action , qu'il ne restait plus qu'à recueillir la matière même de la foudre (2). Aussitôt que les idées du philosophe américain, sur l'identité de la foudre et de l'électricité, furent connues en Europe, elles attirèrent l'attention des savants, particulièrement de Dalibard, de Delor, de Mazeas, de Buffon et de Lemonnier en France; de Canton , de Watson, de Wilson et de Bévis en Angleterre. C'est à cette époque q'ue l'abbé Nollet consignait le passage suivant dans son Traité de physique :
(1) Franklin's Letters, p. 1 2.
irC PERIODE, CHAPITRE PRECHER. 4*
« Si quelqu'un entreprenait de prouver , par une consé* « quence bien suivie des phénomènes, que le tonnerre est « entre les mains de la nature ce que l'électricité est entre «lés nôtres; que ces merveilles, dont nous disposons à « notre gré, sont de petites imitations de ces grands effets « qui nous effraient, et que tout dépend du même méca- « nisme; si l'on faisait voir qu'une nuée préparée prir « l'action des vents, par la chaleur, par le mélange des « exhalaisons, est vis-à-vis d'un objet terrestre ce qu'est « le corps électrisé en présence et à une certaine proxi- « mité de celui qui ne l'est pas, j'avoue que cette idée , si « elle était bien soutenue, me plairait beaucoup ; et, pour « la soutenir, combien de raisons spécieuses ne se pré- « sentent pas à un homme qui est au fait de l'électri- «cité (i) ! »
On voit donc qu'il ne restait plus qu'à produire les effets de l'électricité par la foudre, de même qu'on était parvenu à imiter par l'électricité quelques effets du tonnerre. Nollet, en 1746, avait déjà* observé que des corps pointus placés à quelque distance d'un corps électrisé produisaient de la lumière. Franklin étudiant le phénomène, reconnut que les pointes non isolées avaient la propriété d'attirer le fluide électrique à une plus grande distance que les autres corps (2). Cette découverte date de 1 h5o. La première expérience pour enlever des nuages l'électricité qu'on supposait y exister dans les temps d'orage , fut faite pour la première fois en France le 10 mai i^5a par Dalibard (3), qui avait dressé à cet effet plusieurs barres de métal isolées et terminées en pointe. L'une d'elles de quarante pieds de hauteur, placée dans un jardin de Marly-la-Ville, fut électrisée par un nuage orageux qui vint à passer audessus; pendant un quart d'heure, elle donna des étincelles qui servirent à charger des bouteilles de Leyde.
(1) Leçons de Physique, t. IV, p. 3 14.
(a) Nollet, Lettres vi, p. 114. Franklin's Letters, p. 56.
(3) Dalibard, Lettres de Franklin, vol. 11, p. 109.
4? PK L ÉLECTRICITÉ ATMOSPHERIQUE.
A l'instant du passage du nuage, on entendit un coup de tonnerre, et dès lors l'identité de la foudre et de l'électricité fut complètement démontrée.
Franklin ignorait qu'on eût fait cette expérience en France ; il attendait, pour la tenter, qu'un clocher qu'on élevait à Philadelphie fût terminé, afin d'y placer à une hauteur convenable la barre isolée qu'il se proposait d'employer; mais il lui vint' dans T'idée qu'un cerf-volant, qui dépasserait les édifices les plus élevés, remplirait bien mieux son but. En conséquence, il attacha, en juin i^ôta (i), les quatre coins d'un grancj. mouchoir de soie aux extrémités de deux baguettes de sapin placées en croix, auquel il ajusta les accessoires convenables et en outre une pointe de métal. A l'approche d'un orage, il se rendit clans un champ, accompagné de son fils. Ayant lancé le cerf-volant, il attacha une clef à l'extrémité de la ficelle , puis un cordon de soie qu'il assujétit à un poteau, afin d'isoler l'appareiL Le premier signe d'électricité qu'il remarqua fut la divergence des filaments de chanvre, qui avaient échappé à la torsion. Un nuage épais ayant passé audessus du cerf-volant, il tomba un peu de pluie, qui rendit la corde humide et donna écoulement à l'électricité. Ayant présenté le dos de la main à la clef, il en tira des étincelles brillantes et aiguës avec lesquelles il enflamma l'alcool et chargea des bouteilles de Leyde. C'est ainsi qu'une découverte importante, que Franklin appelait modestement une hypothèse , fut mise au nombre des vérités scientifiques.
11 assujétit à la partie la plus élevée de sa maison une tige de métal isolée, qu'il fit communiquer avec deux timbres et un pendule, disposés de manière à sonner 'Itafffi* l'appareil serait électrisé, pour avertir de l'appro-
tl!T "Ilagn diar?.ë d'électricité.
s ulï ' > *l ?rantkTin ne furent pas les seuls qui cher- <**"*! * «nttmr la foudre des nuages. En France, le
nuages. En France, le
(i; Franklin'* Letters, p. m.
} 1}SRIQJ)£, qfipfTfUB pjtEMIB*. fô
a6. mar$ 1J&6 (i), Hoigas otyiql de* résultats étonnapt*. Il avait construit un cerf- volant de 7 pieds de haut, sur trois de large, qui fut élevé 3 la hauteur de 55o pieds avec une corde dans laquelle il avait entrelacé un fil de rpétal. Il s'établit entre la corde ej: la terfe un courant d'électricité qui partit avoir 3 ou f\ pouces de diamètre .et jo pieds de loflg; ce phénomène se passait pendant le jour; A|. de Bornas ne douta pas que s'il eut eu lieu pendant la nuit, l'atmosphère électrique aurait eu 4 ou 5 pied§ de dianiptre. Un sentit en même temps une odeur dç soufre {prt approchante de celle des écoulements électriques qui sortent d'une barre de métal électrisée. On découvrit un trou dans la terre , à l'endroit où la décharge avait eu lieu, d'un pouce de diamètre et 4'un demi-pouce de largeur.
Mais si Franklip n'est pas le premier qui ait enlevé de l'électricité aux nuages, quoiqu'il ait préparé toutes les voies pour démontrer l'identité entre les effets de la foudre çt ceux 4e l'électricité, à lui seul appartient la glQJre devoir conçu l'idée de soutirer, des nuages, l'électricité, à IVidp de barres métalliques terminées en pointe, pour préserver de ses terribles effets les bâtiments sur lesquels elles sont placées (2). Le pouvoir des pointesayant été reponnu d'upe manière si nette, on ne conçoit pas comiqept l'Auglçterre ait pu devenir le théâtre de vifs débats sur l'efficacité 'des paratonnerres terminés en pointe ou en boule. Pour l'honneur de la science, on doit ensevelir dans l'oubli de semblables discussions. Franklin a rendu un service d'un autre genre, en cherchant à ranger dans un prdre méthodique toutes les observations qui avaient été faites sur l'électricité. Il créa, à cet effet, Un système fameux, qui trouve encore de nos jours des partisans, quoiqu'il ne satisfasse plus aux besoins de la science. Suivant cet homme célèbre , les effets de l'électricité sont le résultat du mouvement d'uu fluide parti- CfdjpF qu) agif par répulsion pur ses propres particules
(1) Mémoires des savants étrangers, t. 11 et t. iv, p. 5i4- (?) FranJiJin's Letters, p. 62, ia4«
44 de l'électricité atmosphérique.
et par attraction sur celles de la matière. L'électricité vitrée est de l'électricité positive ou en plus , et l'électricité résineuse, de l'électricité négative ou en moins. Il admet que tous lès corps renferment une certaine quantité de fluide à l'état latent; si cette quantité est augmentée, le corps est électrisé en plus*; si, au contraire, elle est diminuée, il est électrisé en moins. La décharge de la bouteiîle de Leyde n'est pour lui qu'un rétablissement d'équilibre entre les deux fluides, qui sont dissimulés sur les surfaces intérieure et extérieure de la bouteille (i).
Après qu'on eut démontré qu'un nuage orageux renfermait toujours une quantité plus ou moins considérable d'électricité, il restait à expliquer le bruit du tonnerre, l'éclair» qui le précède, l'odeur qui accompagne sa chute vers la terre, ainsi que les divers météores lumineux de l'atmosphère, et particulièrement le feu Saint-Elme, que l'on observe dans un air orageux et qui était connu des anciens, comme on l'a vu.
On était déjà parvenu, avant les expériences de Dalibard, de Franklin et de Romas, à imiter le phénomène de l'éclair avec le fluide électrique. D'un autre coté, l'expérience de Nollet sur les pointes donnait une explication du feu Saint-Elme, que l'on remarque à l'extrémité des mâts de vaisseaux ou de tout autre corps pointu, placé dans la sphère d'activité d'un nuage orageux.
On avait aussi remarqué que le passage du fluide électrique, d'un corps conducteur dans un autre, était toujours accompagné d'un certain bruit, pourvu que le passage ne se fit pas dans le vide; mais ce bruit différait de celui de la foudre, en ce qu'il n'était pas roulant et continu. Beccaria parvint à expliquer cet effet, en prouvant d'abordque le mouvement du fluide électrique déplaçait subitement l'air et que ce déplacement , se communiquant aux portions environnantes, devait produire les retentissements que l'on entendait (a).
Une observation de Bouguér et de La Condamine
(i) Franklin's Letters, p. i5.
' t> :.. t •• ... A .m» olftrriricmrt. p. 9?>T et tiiivnntpsi.
vint confirmer cette théorie ; ces deux savants se trouvant sur le Pichincha , une des hautes montagnes du Pérou, y furent assaillis d'un violent orage accompagné de grêle et de tonnerre; la nuée d'où sortait la foudre était placée à peu de distance au-dessus de leur tête. Ils nentendireut que des coups simples comme ceux de décharges de batteries électriques, parce que le son avait une faible distance à franchir et qu'il se produisait dans un air raréfié.
Le P. Beccaria , dont nous venons de parler pour la première fois, est un des physiciens dont les ouvrages renferment le plus de faits curieux sur la nature et Faction de l'étincelle électrique; il découvrit avant Kinnerslay (i) les effets de 1 étincelle sur l'air, en prouvant, au moyen d'un appareil ingénieux, que l'on pouvait soulever la colonne de mercure, dans un baromètre à siphon, en faisant passer la décharge d'une bouteille de Leyde , avec des précautions convenables, au-dessus de la petite branche.
11 restait à expliquer l'odeur de soufre et de phosphore qui accompague la chute de la foudre; on lui reconnut bientôt une analogie avec celle qui se développe dans les décharges électriques ordinaires; enfin, on parvint à expliquer un grand nombre de faits dont on ne pouvait connaître avant la cause. On avait remarqué, par exemple, depuis long-temps que les pays de montagnes étaient le plus exposés aux orages ; que l'Italie et la Suisse étaient les contrées de l'Europe où le tonnerre se faisait entendre le plus fréquemment, tandis que ce météore était rare dans les pays plats, comme la Hollande : le pouvoir des pointes suffit pour expliquer cette différence (2).
Beccaria avança cette belle idée qui a été reproduite par M. Ampère, avec des modifications exigées par les découvertes modernes, que, puisqu'un coup de tonnerre subit donne la polarité magnétique à une aiguille et à tous les corps qui contiennent du fer, il est probable
ri) Elettricismo artificiale di Gian-Batista Beccaria, p. 227. (2) Lettere dell* elettricismo, p. 262.
46 DE L i&LEâTHICITË AtMÔSPftÉliiQUE.
qu'uhe circulation régulière et Constante ue toute la masse du fluide électrique du nord au sud est là cause prehiière dii magnétisme en général. Cet observateur judicieux étudia leè rapports qûï existent entre la position des pôles et là décharge, suivant que l'électricité positive arrive d'un coté ou dé l'autre, et en conclut un moyen de déterminer avec certitude la direction dans laquelle a lieu le coup de tonnerre (1).
L'expérience ne tarda pas à démontrer l'efficacité des jlarâtohnerres pour décharger Un image orageux de son électricité; mais on recoiitiut promptèiiient aussi la nécessité d'établir Une communication métallique sans interruption entre la tige et la terre; car si cette communication est interrompue par des corps mauvais conducteurs, comme on l'a fait quelquefois en expérimentant , sans prendre la précaution de placer à peu de distahce un fil conducteur poUr s'emparer de l'excès de l'électricité, on court le risque d'être foudroyé, comme Richman à Saint-Pétersbourg- en est un terrible exemple (2).
Ce professeur avait établi un appareil destiné à mesurer la force de l'électricité, lequel consistait eu une baguette de métal, qui était en communication avec une tige élevée au-dessus d'un bâtiment; cette baguette aboutissait à un petit vase de verre, dans leqinel il avait mis de la limaille de cuivre; et dans la partie supérieure était attaché un fil, qui descendait tout le long lorsqu'elle n'était pas électrisée; inais quand elle l'était, il y avait répulsion et il mesurait l'angle d'écartement. Le 6 juin 1753, il observait l'effet de l'électricité des nuages sur cet appareil, à l'approche d'un nuage orageux; un globe de feu, gros comme le poing, au rapport d'un témoin, s'élança de là baguette sur Richman, qui fut aussitôt foudroyé. Le même coup renversa par terre le témoin et le priva entièrement de ses sens.
SLeïterè 'dcll* ëléttricismo , p. a63.
Philos. Transac. vol. xlviii,, part. *xj p. 76^
1 iȣRIOi>E, CHAPITRE PREMIER. tfj
Les physiciens du siècle dernier ne se bornèreiit pas à établir les rapports qui existent entre l'électricité et la matière même de la foudre , ils cherchèrent encore d'où pouvait provenir cette quantité si considérable de fluide électrique qui se trouve dans l'atmosphère au moment des orages. Lemonnier, Beccaria, Frankliu, Canton, Câvallo , Volta essayèrent tour à tour de résoudre celte question.
Lemonnier est le premier qui ait observé qu'il y avait presque toujours dans l'air de l'électricité, même lorsqu'il n'y avait aucune apparence d'orage ( i ). Pour étudier avec soin ce phénomène, il fit placer dans son jardin de Saint- Gerînain-en-Laye une longue tige de métal aussi bien isolée que possible, avec laquelle il obtint des étincelles non seulement dans les temps d'orage, mais encore lorsque l'atmosphère était sans nuages. Il trouva en outre que l'électricité était soumise toutes les vingt-quatre heures à des variations régulières d'intensité. Beccaria donna les lois de ces variations et prouva que, dans toutes les saisons, à toutes les hauteurs et par tous les vents, l'électricité d'un ciel sans nuages était positive. Son appareil ne donnait aucun signe d'électricité, par de grands vents , lorsque le ciel était couvert de nuages se- i parés et noirs qui avaient un mouvement lent, dans la plupart des temps humides, mais sans pluie actuelle; enfui il reconnut que dans les mêmes saisons, lorsque le ciel était couvert, à la même hauteur, l'électricité n'était pas constamment positive, que lorsque le temps était inconstant et variable, accompagné de bourrasque, de neige, de grêle ou de pluie, l'électricité était très-incohstàhte tant pour la nature que pour l'intensité; qu'en été, lorsque l'air était rempli de nuages orageux dispersés çà et là, les changements de nature et d'intensité avaient lieu à chaque instant, et qu'il n'y avait aucune électricité dans certaines pluies fines ou brouillards fort épais , tandis que les autres pluies et les brouillards secs
(1) Mémoires de l'Acad. des sciences! 17 5a, p. â33.