‹ Traité expérimental de l'électricité et du magnétisme, et de leurs rapports avec les phénomènes naturels ; (volume 4)Chapitre 11 sur 119 · DE L ÉLECTRICITÉ ATMOSPHÉRIQUE · texte numérisé non relu

DE L ÉLECTRICITÉ ATMOSPHÉRIQUE

n'avaient jamais empêché de recueillir de l'électricité (i).

Pour remonter à la source de l'électricité atmosphérique, on supposa d'abord que les corps, en changeant d'état , dégageaient toujours de l'électricité , et qu'en prenant une plus grande étendue, ils absorbaient en même temps plus d'électricité aux corps environnants. Aussi disait-on qu'il s'élevait constamment, de la surface de la terre, une quantité considérable de vapeurs qui emportaient dans l'atmosphère un certain excès de fluide positif en laissant à la terre un excès d'électricité contraire.

Canton (2) jeta en avant ces deux questions : L'air raréfié subitement ne peut-il pas donner le feu électrique aux nuages et aux vapeurs qui passent au travers, et l'air condensé ne produirait-il pas un effet semblable? L'aurore boréale ne serait -elle pas due à l'émission du feu électrique des nuages positifs vers les nuages négatifs à une grande distance , à travers la partie supérieure de l'atmosphère où la résistance est la moindre?

Priestley (3) posa aussi plusieurs questions à ce sujet : L'espace vide qui est au-dessus des nuages ne peut-il pas avoir toujours une électricité opposée à celle de la terre? Le tonnerre et les tremblements de terre ne seraient-ils pas dus à un rétablissement d'équilibre entre ces deux électricités?

Beccaria croyait bien que la chaleur contribuait aux phénomènes du tonnerre, de l'éclair et de la pluie, mais il ne put jamais constater, à l'aide de l'expérience, qu'elle tendit à augmenter l'électricité. Alors il supposa qu'elle exerçait une influence, en exhalant l'humidité de l'air et interceptant par là la communication du fluide

(1) Philos. ïrans., vol. xlviii, part. 1, p. 377, p. ao3; t. xiii, p. 1 , p. 87. Mémoires de l'Académie des sciences, année 17 5a, p. 233 et suiv. Lettere delT lettricismo, p. 106, 114, i65^ 166, 176, 3/i7, 284, 288, 299 et suiv.

(2) Philos. Trans., vol. xlviii, part. 1, p. 35x.

(3) Hist. de Télectr., t. m, p. 3a.

l" PERIODE, CHAPITRE PREMIEft. 4$

électrique entre un lieu et un autre (i), et surtout entre la terre et les plus hautes régions de l'air (2). Ayant avancé que les nuages servaient de conducteurs, pour transporter le fluide électrique des parties de la terre qui en avaient le plus à celles qui en avaient le moins, il proposa, pour s'assurer de ce fait et reconnaître en même temps la distribution de l'électricité dans l'atmosphère, d'établir deux observatoires, à deux lieues environ l'un de l'autre, dans la direction que suivent ordinairement les nuages orageux, où l'on observerait en même temps l'état électrique des nuages, pour s'assurer s'il n'était pas positif dans un endroit et négatif dans l'autre.

Il émit aussi son opinion sur la cause de l'électricité atmosphérique. Suivant cet ingénieux physicien, les corps légers qui se trouvent à la surface de la terre, sont enlevés par une grande quantité de matière électrique, • qui sort de la terre dans les endroits où elle en est surchargée, laquelle attire et emporte avec elle toutes les substances qui peuvent faciliter son passage. Ces corps transporteraient donc dans l'atmosphère l'électricité que nous y rencontrons. Je ne m'étendrai pas davantage sur les idées plus ou moins singulières que l'on a mises en avant, pour expliquer la présence de l'électricité dans l'atmosphère; je me bornerai seulement à dire que l'on demeura généralement d'accord que les actions chimiques qui étaient continuellement produites à la surface de la terre , devaient être une .des causes efficientes de l'électricité.

On chercha à vérifier cette conjecture par l'expérience. C'est en France où furent faites les premières tentatives pour recueillir de l'électricité dans l'évaporation et dans certaines actions chimiques (3). Ces expé-

1) Lettere dell' elettricismo, p. 193 et suiv. (a) Lettere dell' elet., p. 359.

(3) Mémoires de l'Académie des sciences, an 1 78 j p. 292 et suivantes.

£<> D£> LELBCTIUCrrÉ ATiMOSPHtKlQLlÉ.

riences ont été le sujet d'une question de ptiotiiè feutre Volta d'une part, Laptace et Lavoisier de Yaiitte* je ne puis mieux faire que de rapporter' le passage de J'^lûge historique de Volta par M. Arago j relatif k cètW discussion i «Volta, à l'aide de son condensateur , obtint! « des signes d'électricité négative avec uft vasfc isolé d'ofr a i eau s'évaporait. Il est difficile de dire à qui appartient «* ceUe expérience capitale. Volta dit dans ses Méttioireg % qu'il y avait songé dès 1778, iriais que diverses cir- « constances l'empêchèrent de k tenter. Ce fut à Paris ■ <i dans le mois de mars 1781 ^ qu'elle lut réussit; ett « compagnie de quelques membres de l'Académie des èc sciences. D'autre part,' Lavoisier et La pi ace, à là der- « ni ère ligne du Mémoire qu'ils publièrent sur. le mêitfé a sujet y disent seulement : Volta voulut bien aâsisteh « à nos expériences et nous y être utile. D'dri autre «côté, dans «une note historique publiée par Volta, Il m fest dit que le premier essai tenté à Paris par Voltà et « les deux savants français, fut infructueux, l'état hygro- «métrique de l'atmosphère n'ayant pas été favorable, « Peu de jours après, à la campagne de Lavoisier, les «signes d'élecfricité devinrent manifestes, quoique les «moyens d'observation eussent été les mêmes; Volta « n'assistait pas à cette dernière épreuve. Ce qu'it y à (s de certain dans ceci , c'est que Volta conçut le pre- * mier L'idée de l'expérience, l'a faite infrûetuetteemerit 4r de concert avec Lavoisieret Lapface,et que ceuf£-ei, sans a rienchangerauxdispoSitionsdel'expérience,ontréussi. a Quel que soit le véritable auteur des observations qui furent faites sur le dégagement de l'électricité datte l'é- \taporatkm ,. il est prouvé maintenant que ces célèbres physiciens obtinrent des effets électriques qui ne doivent pas être attribués à l'évaporation , attendu qu'ils opérèrent dans, des vases, de tnéud- qui étaient attaques par Peatt. Plus tard, MM. Lavoisier et Laplace tentèrent de recueillir de l'électricité dans les actions chfmiqtte&v riiais les résultats qu'ils obtinrent ne furent pas plus cbfaçftfaSït^f cofaitûë otf le Verra plus foin.

i" période, fciiAPîTàE *fei3kiÉR. 5i

§ III. Travaux de Wilke et cfJSpinus; effets électriques produits par la chaleur et par influence; électromètresi etc.

J'ai interrompu Tordre des découvertes pour rapporter de suite tous les faits relatifs à l'électricité atmosphérique; mais j'y reviens maintenant : Wilke et iEpittus bot contribué aussi l'un et l'autre à enrichir la sciedce. Le premier a fait plusieurs expériences intéressantes sur la génération de l'électricité spontanée: ayant fondu du soufre dans un vaisseau de terre placé sur un conducteur, après le refroidissement il enleva le soufre et le trouva électrisé négativement. Avec un vase de verre le résultat fut le même; mais il était plus marqué quand le vase était garni ( i ) d'une feuille de métal qui communiquait avec la terre. Cette expérience , dont Wilke n'a tiré aucune conséquence, est de la plus haute importance, en ce que Volta y a trouvé le germe de l'électrophore et du condensateur, qui l'ont conduit à la découverte de la pile;

iEpinus, de son coté, fit une expérience semblable et d'autres analogues à celles de Wilke (a), sur le frottement de diverses substances , qu'il m'est impossible de décrire ici. Je me bornerai seulement à rapporter celles qui suivent :

iEpinus ayant pressé l'un contre l'autre deux morceaux dé glace de miroir, observa, en les séparant, qu'ils avaient acquis chacun une électricité contraire très-forte (3). Wilke observa qu'au sommet d'un côneélectrisé positivement, il y avait une aigrette cylindrique d'où s'élançaient des rayons brillants. Quelquefois, âjoute-t-ii, à- quelque distance de là, il y a un point lumineux. Il regarda comme le caractère distinctif du cône

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(sjjEpinii Tentamen, p. 66.

(3) iEpiattTfatâater,^ G5;

5a TRAVAUX DE WILKE ET D ^EPINUS.

. positif, le jet de rayons lumineux. C'est la première fois

-qu'on ait essayé d'établir, quoique d'une manière peu

nette, la différence des effets de lumière produits par

l'électricité positive ou négative qui s'échappe par des

pointes.

. Je dois mentionner la théorie mathématique qu'iE pinus a donnée des phénomènes d'attraction et de répulsion électriques (1); la théorie de Franklin, ou d'un seul fluide, avait été attaquée et défendue par des méthodes qui ne donnaient que des à peu près et laissaient par conséquent le champ libre aux discussions. iEpinus entreprit de la soumettre au calcul, pour voir jusqu'à quel point les résultats qu'il en déduirait seraient d'accord avec ceux donnés par l'expérience. Il partit du principe admis par Franklin, que les molécules du principe électrique se repoussaient mutuellement et pouvaient être attirées par celles des corps environnants; il fut conduit à cette conséquence absurde que les molécules de tous les corps devaient se repousser. Il la rejeta d'abord avec indignation et ne se réconcilia avec elle que peu à peu. C'est pour parer à cet inconvénient que l'on considère maintenant le fluide électrique comme formé de la réunion de deux fluides, dont l'un remplit la même fonction qu'iEpinus attribuait aux molécules des corps.

Dès l'instant que les phénomènes électriques commencèrent à prendre de l'extension , on chercha les rapports • qui peuvent exister entre le fluide électrique , qu'on appelait le feu élémentaire, et la chaleur. Priestley observa, qu'elle facilite le passage de l'électricité- dans les corps mauvais conducteurs et le diminue dans les corps conducteurs.

Un minéral, jouissant de singulières propriétés électriques quand il est chauffé, attira l'attention des phy- ' siciens; ce minéral nous fut apporté par, les Hollandais, des Indes Orientales et surtout de l'île de Ceylan, où

(i) Tentamen théorie, electric. et niagnet., p. 3g.

i" PERIODE, CHAPITRE PREMIER. 53

les naturels lui avaieut donné le nom de lournamal ou tire-cendre, en raison de ia propriété qu'il acquiert d'attirer les cendres quand on le jette dans le feu.

Lemery (1) annonça, pour la première fois , quelquesunes des propriétés de cette pierre, qui jouissait, disaitil, de la propriété, après avoir été échauffée, d'attirer et de repousser les corps légers qu'on lui présentait, à la manière des corps électrisés.

Le efue deNoia, Wilson , Priestley et d'autres physiciens s'occupèrent également du pouvoir attractif de cette pierre, quand on élève sa température. Plusieurs d'entre eux obtinrent des résultats contradictoires qui furent le sujet de longues discussions (a).

iEpinus est le premier qui ait observé que les attractions et répulsions de la tourmaline étaient dues à l'action du fluide électrique et qu'elle possédait deux pôles doués de propriétés différentes. Canton remarqua qu'elle ne lançait ni n'absorbait le fluide électrique que par l'accroissement ou la diminution de la chaleur, et qu'en la brisant chaque fragment jouissait de la polarité (3).

A la même époque , Priestley chercha à déterminer le pouvoir conducteur des métaux pour l'électricité, en faisant passer la même décharge à travers deux fils de métal différent, de même longueur et de même grosseur; il répéta l'expérience jusqu'à ce que l'un des deux fils fut fondu et dispersé : celui-là était le moins bon conducteur qui se fondait le plus facilement : il trouva que l'ordre de conductibilité était or, argent, cuivre, laiton, fer (4).

Le docteur Watson, dans un Mémoire lu à la Société royale, le 28 juin 1764, annonça que lorsque l'électricité traversait un fil de métal suffisamment fin , ce fil

(i)Hist. de l'Acad. des sciences pour 1717.

(a)Hist. de l'électricité de Priestley, t. 11, p. i37 et suiv.

(3) Gentleman's Magazine, septembre.

(4) Uist. de l'électricité, t. 111, p. 454.

60 DISTRIBUTION Dt L'ÉLECTRICITÉ.

y formait une couche très-minfce, dont il détermina l'épaisseur en différents points, en touchant ces points avec un plan d'épreuve qu'il transportait ensuite dans sa balance, pour déterminer la quantité d'électricité enlevée.

Il appliqua ensuite sa méthode à la distribution de l'électricité sur des corps de forme cylindrique et conique, ainsi que sur des lames minces et isolées ( 1 ). Dans ces corps , la couche électrique n'a pas partout la même épaisseur; dans des lames très-minces, par exemple, il y a accumulation d'électricité aux extrémités : il trouva, dans ce fait> une explication très-simple du pouvoir des pointes; car la tension électrique étant très-grande à leurs extrémités, ne fait plus équilibre à la pression de l'air et doit s'échapper. s

Jusqu'ici je n'ai parlé que des phénomènes dont l'origine électrique a été bien constatée; il me reste à exposer ceux dans lesquels on soupçonnait la présence de l'électricité.

L'aurore boréale est un des phénomènes qui excitèrent le plus la sagacité des physiciens. Les uns pensaient que cette lumière; était produite par la réfraction des rayons solaires, d'autres eurent recours au fluide magnétique. Euler crut que la matière de l'aurore boréale était la même que celle de la queue des comètes. Mairan s'imaginait qu'elle résultait d'un mélange de l'atmosphère du soleil avec celui de la terre; mais, quand les propriétés de la lumière électrique eurent été bien étudiées, toutes ces hypothèses furent abandonnées. Eberhart, professeur à Halle, et Paul Frisi, à Pise, furent les premiers qui proposèrent d'expliquer l'aurore boréale par l'électricité , en s'appuyant sur les faits suivants :

i° L'électricité qui passe dans le vide s'y montre sous diverses apparences lumineuses , qui sont les mêmes que celles qu'on observe dans l'aurore boréale.

2° L'air devient moins dense à mesure qu'il s'élève i '■' ' ^— — ^— —

(i) Mémoires de l'Académie des sciences, 1787, 1788.

i" PERIODE, CHAPITRE PREMIER. 6l

dans l'atmosphère. Dès lors ils regardèrent les aurores boréales comme des décharges électriques , qui ont lieu dans des régions élevées où l'air est très-raréfié. Cette théorie fut adoptée et perfectionnée par Canton , Beccaria , Wilke , Franklin et d'autres physiciens. Nous verrons plus loin que des découvertes récentes ont donné undegré déplus de probabilité à cette manière de voir (i).

On chercha à expliquer aussi au moyen de l'électricité les autres météores, tels que les trombes, les tourbillons, la grêle, etc. On avança que les trombes se formaient d ordinaire dans un air orageux et rempli de nuages ; qu'on les voyait quelquefois lancer des éclairs ; que le capitaine Cook fut témoin d'une trombe qui s'évanouit immédiatement après avoir lancé un éclair; qu'on aperçut de petits nuages attirés et repoussés pendant la formation d'une trombe ou peu avant; qu'on a vu, selon Beccaria, des trombes s'évanouir par l'établissement de conducteurs pointus ; enfin, qu'il était possible d'imiter les trombes par l'électricité naturelle. Si tous ces faits avaient été bien constatés, il n'y a pas le moindre doute que l'on ne pourrait refuser une origine électrique aux trombes.

Quant au rôle que peut jouer l'électricité dans les tourbillons de vent, la pluie, les brouillards et la grêle, je ne m'y arrêterai pas pour l'instant, attendu que dans cette période , on ne fit aucune observation capable d'appuyer sur des bases tant soit peu solides les idées théoriques qui furent successivement mises en avant.

§ V. Applications de V électricité a la végétation, a la physiologie anipiale, à la médecine et à la phosphorescence.

On s'occupa à diverses reprises de déterminer l'influence que pouvait avoir l'électricité libre sur la germi-

(i) Eettere deU' elettricismo, p. 272. Phil. Trans., vol. xlviii# part. i,p..35$.Prie$fley, Histde l'électr., t. ui,p. 3a.

'6a • ip^Lic\Tidk bi L^tifetîticiTÉ.

niiioh et là nutrition des plantés, bîi àvàtiçàf niêmé ïfùe Péleètricité atmosphérique exerçait Ûhe mftdèûctè déterminante sur la végétatioil, et que élaïtè les ahHéeâ orageuses, par exemple, les récoltée de ûéréaleà et àè légumineuses étaient ordinairement pluâ abondantes qdë dans les années ordinaires; niais, si leé observateur^ eùsâent tenu compte des effets produits par là température élevée de l'air et lés vapeurs qui àcctfnlpaghetft toujours les orages dans les saisons où ils éclatent, ils eussent ëtë plus circonspects dans leâ conséquences qu'ils tirèrent de leurs observations.

Bertholôn , dans un ouvrage assez volutàinéiix , rapporte ûii grand nombre d'expérience^ touchant lfihfiiiètfce de l'électricité sur la végétation, lesquelles sont pour la plupart dénuées d'intérêt. Là seule conséquence plausible qu'il en tire, est que les graines electrisées lèvent plus promptément et en plus grand nombre, dans un temps donné, que celles qui ne le sont pas, et que l'accroissement des plantes electrisées se fait aussi plus promptément que les autres. Jaïabert fut Conduit aux. mêmes résultats; il paraîtrait donc que lé fluide électrique agirait comme excitant sur lies végétaux; mais d'autres observateurs trouvèrent le contraire.

Les applications de l'électricité à la physiologie dhimale et à la médecine furent encore nombreuses, tant on était persuadé dans les premiers temps cjtie l'agent électrique était un principe universel.

On doit faire remonter à la découverte de la bouteille de Leyde lès premières expériences qui furent tentées pour' déterminer l'influencé cteTéléctricifé surréfcbnomie animale. Cette expérience produisit un effet tel sur ceux qui reçurent les premiers la commotion, que Muschencbroeck écrivait, à ce sujet, à Réaumur, qu'il jie la répéterait pas, quand bien même on lui donnerait: la France . entière. L'impression morale qu'il éprouva fut telle qu'il en perdit la respiration et, que deux jours après, il était , .à peine reveau de l'émotion, et du malaisé qu'il avait ressentisv Wîfckler às&fa àéi&t tjue la^ettfièrïHié^bfinrgéâfela

bouteille de Leyde lui avait occasioné une crampe danfè tout le corps et que son sang en avait été tellement agité; que, craignant une fièvre chaude, il avait eu recdUrs à des remèdes rafraîchissants. Les préjugés sur les dangers de l'expérience de Leyde s'étant affaiblis, on s'occupa de sotl application médicale. Nollet paraît être le premier qui ait mis en pratique le fluide électrique jen médecine ; il commença par chercher les effets qu'il produisait sur les liquides pendant une action prolongée. Il observa qu'il accélérait leur évaporation, et que celle-ci était d'autant plus forte que les vases qui les renfermaient avaient une ouverture plus large et étaient formés de substances conduisant mieux l'électricité. Boze, dans le même temps, observait que l'eau électrisee sortait des tubes capillaires en forme de rayons, au lieu d'eu sortir goutte à goutte; quand elle ne l'était pas. Ces deux expériences fureiit regardées comme fondamentales par tous les physiciens qui s'occupèrent de l'application de l'électricité à la médecine.

On se livra à des recherches touchant les effets produits par l'électricité sur les corps organisés; on tua des animaux, on fit périr des plantes, etc.

On donna la commotion d'une batterie de 6 pieds carrés à une grenouille dont ou avait ouvert la poitrine,' pour voir le battement du cœur au moment de la commotion Les poumons se gonflèrent et furent expulsés du corps ainsi que les autres parties contenues dans là poitrine. Le cœur continua à battre, et pendant dix miputes on n'aperçut pas d'autre signe de vie; ensuite où vit quelques mouvemens sous les mâchoires (i).

Dans une autre grenouille qui reçut une commotion Avec une batterie de 33 pieds carrés à travers la tête et le corps, il y eut une espèce de distension de tous les muscles et elle resta ridée. Ou aperçut ensuite un mouvement sous les mâchoires, puis le long des côtes, et

ryik) Hièsflleijï t. iu,p. 3*a.

I I ■ iMIÉ

64 APPLICATION DE L ÉLECÎftlCITE.

une heure après , elle redevint en apparence ce qu'elle était avant.

Lorsque Ton découvre dans la nature un agent énergique , l'homme qui souffre et celui qui cherche à apporter des adoucissements à ses maux essaient son action sur les organes malades, dans l'espoir d'arriver à une guérison vainement tentée par d'autres moyens; il n'est donc pas étonnant que, dans le dix-huitième siècle, tous les esprits préoccupés des singuliers phénomènes de l'électricité, l'aient regardée, surtout à l'époque où tous ces phénomènes n'avaient pas encore été bien analysés, comme le feu élémentaire, comme la cause qui eu ^retenait la vie dans les corps organisés. Ces corps cessaient-ils d'être dans leur état normal par un trouble quelconque dans le jeu des fonctions, il y avait diminution de fluide électrique; dès lors il fallait leuf en redonner une certaine dose. Une théorie aussi spécieuse, que l'enthousiasme seul avait fait naître, ne tarda pas à être renversée; mais si le fluide électrique n'est pas la panacée universelle, il n'est pas dit pour cela qu'il soit sans action sur l'économie animale. Cette action, quelle est-elle? nous l'ignorons encore à l'époque actuelle.

D'un autre côté, cet agent a prêté et prête encore à l'illusion chez les personnes dont le système nerveux est très-excitable, de sorte qu'on lui a attribué probablement quelquefois des effets qui sont le produit de leur imagination.

Pour appliquer l'électricité à l'art de guérir, les physiciens se servirent de machines assez puissantes pour fournir un courant continu d'étincelles plus ou moins fortes; de bouteilles de Leyde de diverses grandeurs, d'un tabouret et d'excitateurs de diverses formes, qu'ils prônèrent comme des moyens infaillibles de guérison. Avec les bouteilles, ils donnèrent des commotions ; avec les excitateurs, ils tirèrent des étincelles de diverses parties du corps du patient. Ils administrèrent encore l'électricité sous forme de bain , et crurent reconnaître que l'électricité était de quelque utilité i° dans quelques

i" période, Chapitre premier. 65

contractions qui dépendent de l'affection d'un nerf; 2° dans les entorses , relâchements, foulures, etc. , lorsque l'inflammation est passée; 3° dans les tumeurs indolentes ; 4° dans quelques cas de paralysie. Je ne m'étendrai pas davantage sur l'exposé des cures plus ou moins miraculeuses que l'on a attribuées à l'électricité , attendu que les essais tentés jusqu'ici n'ont pas toujours été courounés de succès. On ignore même encore si les résultats que l'on a obtenus, dans quelques circonstances , doivent être attribués plutôt à la nature qu'à l'art (i).

Aucune expérience ne pourrait mieux nous faire connaître le rôle que joue le fluide électrique, dans les phénomènes de la vie, que celle qui nous donnerait l'explication des commotions produites, dans les corps organisés, par les poissons électriques ; le physicien qui nous révélerait ce mystère ferait faire un grand pas à la physiologie.

,Dans le commencement du xvme siècle, les poissons électriques commencèrent à être l'objet des recherches des physiciens. On croyait jadis que les secousses vives que produisent la torpille, le gymnote et autres poissons du même genre, quand on les touche, étaient dues à une propriété engourdissante qu'ils possèdent. Beaumur, en F 714 donna une autre explication; il essaya d'assimiler l'organe de la torpille à un ressort qui, en se débandant, produit des effets analogues à ceux que l'on éprouve à l'instant où Ton touche un corps sonore fortement ébranlé. Aussitôt que Muschencbroeck eut reçu la commotion de la bouteille de Leyde, qui produisit sur lui une impression si forte, qu'il n'eût pas voulu la recommencer pour tout le royaume de France, il la compara sur-le-champ à la secousse que donne la torpille; on commença alors, d'après ce simple rapproche-

(1) Mémoire sur les moyens d'administrer l'électricité par Maoduit, p. 5.

6o Des poissons électriques.

meut, a appeler poissons électriques tous ceux qui donnent des commotions.

En 177^1 Walsh étudia avec plus de précision qu'orç ne l'avait fait avant lui les effets de la torpille. Il reconnut que l'on recevait la commotion toutes les fois qu'on la touchait avec un bon conducteur, tandis que l'on n'éprouvait aucun effet avec un corps mauvais conducteur. Il résultait de là que la commotion pouvait être communiquée à plusieurs personnes se donnant la main, pourvu que l'une d'elles seulement touchât la torpille^ Walsh remarqua encore qu'elle exerçait une influence, à distance, sur les petits poissons. Il constata aussi par uq grand nombre d'expériences, que la commotion était le résultat d'un acte volontaire du poisson. Ces observations tendaient à faire croire que la commotion •avait une origine électrique.

Walsh obtint les mêmes résultats avec une anguille de Surinam et remarqua, en outre, que l'effet se transmettait même lorsque le conducteur avait une solution de continuité de peu d'étendue. Dans ce cas, l'on voyait daus l'intervalle une lueur semblable à celle de l'étincelle électrique.

On s'occupa, dans le courant de cette période et à plusieurs reprises, des phénomènes électriques de frottement, sans pouvoir cependant rien découvrir sur les causes probables de ce phénomène. On commença aussi à observer quelques effets électriques , dans le contact des corps; mais les expériences qui furent faites à ce sujet par Bennet (1 ) ne parurent pas d'un grand intérêt. Il était réservé à Volta de tirer un immense parti d'une propriété qui n'avait été qu'entrevue avant lui. Les physiciens qui le précédèrent avaient rempli leur mission, en fondant la statique électrique; ils lui abandonnèrent le sceptre pour créer une branche de l'électricité plus fécûude en découvertes.

Wilke avait fait des expériences curieuses sur la lu-

(1) Annales de Chimie, t. lxiii, p. 227,

mière électrique; en frottant l'un contre l'autre deux morceaux de verre dans l'obscurité, il remarqua une lumière phosphorique , qui ne lançait aucun rayon et était adhérente à l'endroit où elle était produite. Elle n'était accompagnée d'aucune attraction ni répulsion. Il en conclut que le frottement seul n'excitait pas l'électricité de manière à l'accumuler sur les corps, et que, pour produire cet effet, il fallait encore que les corps frottés fussent de nature' différente , par rapport à leur manière d'attirer le fluide électrique. Il supposa alors que toutes les lumières phosphoriques qui ne produisent pas d'attraction, viennent d'une électricité excitée; il pensa que telle était la lumière que donnaient la pierre de Bologne, le bois pourri, le sucre pilé et les verres de toute espèce.

Beccaria avait fait des observations sur les propriétés lumineuses qu'acquièrent certains corps, quand ils sont exposés à la lumière solaire, propriétés qu'ils conservent pendant quelque temps. Beccaria expérimenta sur les mêmes corps et trouva qu'ils pouvaient également retenir la lumière électrique, c'est-à-dire, qu'ils restaient lumineux pendant quelques instants après avoir fait passer dessus la décharge d'une bouteille de Leyde. Il cita particulièrement le sucre et le linge très-fin et très-sec, en ajoutant que la lumière phosphorique, qui se développait par la percussion , avait la plus grande ressemblance avec la lumière électrique, sans cependant pouvoir démontrer leur identité.

Canton s'occupa aussi de la même question ; il étendit le nombre des substances qui devenaient lumineuses après la décharge électrique, savoir, le gypse, les coquilles d'huître et une préparation particulière qui présentait la phosphorescence à un haut degré. Ces expériences étaient sans doute d'un grand intérêt, mais elles ne démontraient que deux choses: i° qu'il existait une grande ressemblance entre la lumière phosphorique et la lumière électrique ; a6 que les corps qui étaient phosphorescents spontanément étaient ceux qui ac-

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