CHAPITRE SIXIÈME. v
influer sur l'électricité , car sa force moyenne demeura la même après leur disparition. Son intensité fut constamment assez grande pour que les boules divergeassent de deux lignes lorsque l'instrument était posé à terre immédiatement sur la cime de la montagne. » L'électricité diminuait sur la pente de la montagne, à mesure que De Saussure descendait.
Des expériences faites au pied du Mont-Blanc et sur la cime de cette montagne, il tira la conséquence que la force apparente de l'électricité dépend beaucoup moins de la hauteur absolue du lieu où l'on observe que de la hauteur relative ou de l'isolement de ce lieu.
Sur la cime du Mont-Blanc (i), l'air étant très-sec, les boules de son électromètre ne divergeaient seulement que de trois lignes, par l'influence de l'électricité positive. Il fut étonné de voir que , sur le bord d'un escarpement aussi considérable que l'est le tranchant de la cime, l'électricité ne fût pas plus forte, attendu qu'il avait vu quelquefois les boules s'écarter du double sur le bord d'escarpements moins grands. Pour expliquer une semblable différence, il faut tenir compte et de la pression atmosphérique et de l'état hygrométrique de l'air.
De Saussure (2) a présenté des considérations sur la circulation du fluide électrique qui méritent d'être rapportées, quoique nous ne puissions savoir encore jusqu'à quel point elles sont justes. La quantité prodigieuse de fluide électrique, dit-il, qui descend continuellement du haut de l'atmosphère en s'infiltrant au travers de l'air pour pénétrer dans l'intérieur de la terre, doit nécessairement en ressortir de quelque manière, sans quoi ou l'air s'épuiserait ou la terre serait enfin saturée. La circulation perpétuelle de ce fluide par le ministère des vapeurs est un phénomène frappant; il monte invisible et inactif, caché dans le sein de ces vapeurs ; mais, déployant
(1) Voyage dans les Alpes, t. îr, p. 197. (a) Idem, t. 11, p. 1 5a.
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ensuite son énergie, lorsque ces vapeurs ont change de forme , il redescend actif, animé de sa force pénétrante et expansive; les cimes des arbres, les pointes des feuilles, les barbes des épis vont au-devant de lui, l'attirent et le forcent à passer au travers des végétaux, qu'il anime sans doute et dont il devient peut-être, en se décomposant, la partie la plus savoureuse et fa plus active. Car pourquoi les plantes qui croissent sur les rocs nus et escarpés surpassent-elles si fort en saveur et en vertus médicinales celles du même genre qui croissent dans le plat pays, si ce n'est parce que la quantité et l'activité de ce fluide sont beaucoup plus grandes sur ces cimes isolées?
Et les animaux, ne jouissent-ils pas de l'influence immédiate de ce fluide? Depuis que les expériences ont prouvé que l'électricité atmosphérique se fait sentir si près de la surface de la terre, peut-on douter que la douce et continuelle électrisation que subit un homme qui se promène au grand air, n'influe sur ses organes, sur la circulation du sang, sur la sécrétion des humeurs, sur la transpiration insensible, et cette électricité ne serait-elle pas une des raisons pour lesquelles l'exercice au grand air contribue beaucoup plus à la conservation ou au rétablissement de la santé que celui que l'on prend à couvert et dans des endroits fermés?
Il a cherche aussi si Ton ne pourrait point apercevoir des balancements ou des variations sensibles dans la densité du fluide électrique dont la terre est imprégnée.
Il a pensé que, pour arriver à ce résultat, il fallait placer un corps tellement à l'abri des .influences de la terre et de l'air, qife la densité du fluide électrique y demeurât invariable. Ce corps pourrait alors servir de terme de comparaison et aider à connaître si, dans un intervalle donné, le fluide électrique s'est accumulé ou raréfié dans l'intérieur de la terre. L'expérience qu'il a faite à ce sujet ne l'a conduit à aucun résultat.