‹ Traité expérimental de l'électricité et du magnétisme, et de leurs rapports avec les phénomènes naturels ; (volume 4)Chapitre 101 sur 119 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

donc plus qu'à admettre, ce qui du reste est déjà démontré, que toutes les parties matérielles de la terre sont douées de magnétisme, et que celles qui participent aux influences calorifiques de l'atmosphère, éprouvent dans leur magnétisme des variations diurnes et annuelles de la part de la chaleur solaire. Dès lors diverses causes locales et la nature des roches doivent influer sur ces variations. Je crois que c'est là le point de départ pour remonter à la cause du magnétisme terrestre. S'il existe des courants électriques, comme l'identité de l'électricité et du magnétisme semble l'indiquer, ces courants doivent être moléculaires, c'est-à-dire qu'ils doivent circuler autour des molécules, comme M. Ampère l'admet pour les aimants.

La supposition que le globe terrestre doit son magnétisme à une propriété inhérente à toutes ses parties, résulte des faits qui ont été observés sur le magnétisme de tous les corps. Mais, pour donner uu degré de plus de probabilité à cette supposition, je vais rapporter les observations que M. de Humboldt a faites (i) sur le magnétisme polaire d'une montagne schisteuse et de serpentine.

Le Heideberg, près de Zell, s'élève au milieu d'un vaste plateau à la pente N. O. du Fichtelgebirge; la montagne est dirigée du S. O. au N. E. , comme celle des roches primitives et intermédiaires de ces contrées* Elle appartient au groupe des serpentines enclavées dans les schistes chloriteux et amphiboliques. Dans la chlorite, les parcelles de fer oxidulé sont visibles à l'œil nu, tandis que, dans les autres roches , on découvre le fer en pulvérisant la masse et en la remuant avec un barreau aimanté. Les strates de toutes ces roches sont pa pi Hèles à l'axe longitudinal de la montagne, qui agit à vingt pieds de distance sur les boussoles de mineur.

On a cru observer que les roches du Heideberg qui

(i) Annal, de Ch. et de Phys., t xxv.

5^0 MAGNÉTISME fOI^IftE ifaïjfE MONTAGNE.

ont le plus de magnétisme polaire, sont aussi celles dopt fe pesapteur spécifique est la plus grande

Ce qu'il y a de remarquable dans le magnétisme de cptte montagne, c'est la distribution et le parallélisme fie $es axes magnétiques. M- de Humboldt a observé que les pôles nord sont toqs situés à la pente sud-est et les pples sud à la pente npfd-ouest; de sorte que les pôles homonymes occupent une même pente. Le parallélisme des axes est constant à l'extrémité nord-est et dans son centre , mais il est peu sensible à l'extrémité sud-ouest, qil les roches chloriteuses, amphiboliques et talqueuses passent à la vraie serpentine. Les points d'indifférence $Qtit placés aux extrémités nord-ouest et sud-ouest de la montagne, c'est-à-dire aux extrémités de l'axe longitucjjnal du Heideberg, ou selon la ligne qui détermine la direction des couches. Les axes magnétiques sont perpendiculaires à la direction de celles-ci.

M. Lichtenberg a énoncé les conjectures que ces axes peuvent bien être l'effet de tremblements de terre qui, 4ans les grandes catastrophes de notre planète, ont agi long-temps dans une même direction. M. de Humboldt a cru voir changer en effet une seule fois, dans FAmérique méridionale, l'inclinaison magnétique à la suite d'un tremblement de terre. L'intensité des forces était restée la même.

Il serait à désirer que l'on pût savoir si la direction de l'axe magnétique est constante, ou si elle change avec |a direction du méridien magnétique de la contrée voisine.

Le magnétisme polaire de ces roches qui renferment quelques parcelles de fer oxidulé, est souvent bien plus puissant que le magnétisme polaire de ces grandes masses de fer oxidulé qui forment des couches dans Içs montagnes primitives, Çt qui ne sont point en contact $vec l'atjnosptyèfe ou rapprochées de }a surface du globe.

M. de Humboldt a trouvé près de Voisaco, entre Almaguer et Pasto, à io45 toises de hauteur au-dessus de la mer, une roche dç porphyre tf flçjiitf qijp , gjjj offrait

en petit prescme les mêmes phénomènes que la montagne magnétique de Franconie. Sur la pente orientale du Chimborazo, MM. de Humboldt et Bonpland ont trouvé aussi un groupe de porphyre trachitique en colonnes pentagones, dont le magnétisme polaire agit à trois pieds de distance.

Ces exemples prouvent que, dans les observations relatives au magnétisme terrestre, il serait peut-être essentiel d'expérimenter sur le magnétisme des roches qui constituent le pays où l'on est, ou du moins, de déterminer jusqu'à quel point elle diminue l'amplitude des oscillations de l'aiguille aimantée sans changer leur nombre.

I) ne serait pas impossible que des actions de ce genre fussent produites en Auvergne dans le voisinage des formations stéaschisteuses, où l'on dit que la boussolç éprouve quelquefois des déviations qui contrarient les opérations géodésiques.

§ X. De V électricité atmosphérique sur les montagnes.

Pour ne rien omettre de ce qui peut avoir rapport aux réactions chimiques qui ont lieu dans l'intérieur du globe et à sa surface, je crois devoir rapporter les observations de De Saussure (i) sur l'électricité de l'atmosphère dans les montagnes, laquelle peut exercer une certaine influence sur ces réactions.

Au passage des Fours, le soleil réchauffait les bassins du Mont-Jovet et du Plan-des-Dames , d'où s'élevaient des vapeurs qui venaient se condenser au-dessus de lui sous la forme de petits nuages blancs. En élevant audessus de sa tête un petit électromètre , il obtint des signes d'électricité seulement à l'instant du passage de ces îiuages. Il crut s'apercevoir que cette électricité venait des régions supérieures, et que les petits nuages ne faisaient seulement que l'office de conducteurs.

(i) Voyage dans les ^lpes, t u, p. 194.

53* DE LÉLEC ATMOSPH. SUR LES MONTAGNES.

Il eut l'occasion de vérifier cette conjecture sur la cime des Fours, le 7 août 1 781 . L'électricité qu'il a ainsi recueillie était toujours positive. Il l'a trouvée constamment telle dans les temps sereins, soit dans les plaines, soit dans les montagnes, par tous les vents et dans toutes les saisons, même pendant que la terre était couverte de neige. Il a reconnu que l'électricité varie suivant les localités; qu'elle est en général plus forte dans les lieux les plus élevés et les plus isolés; nulle dans les maisons, sous les arbres, dans les rues, etc.; mais qu'elle est sensible cependant dans les villes, au milieu des grandes places, et principalement sur les ponts, où elle parait plus forte qu'en rase campagne.

Il rapporte ensuite d'autres observations que j'ai déjà fait connaître, et sur lesquelles par conséquent je ne reviendrai pas. Je me bornerai seulement aux faits dont il n'a pas été question précédemment. Il a reconnu qu'en été l'électricité de l'air serein est beaucoup moins forte qu'en hiver. Eu général, dans la saison des chaleurs, lorsque la terre est sèche en raison de la sécheresse des jours précédents, l'électricité de l'air va en croissant depuis le lever du soleil jusqu'à 3 ou 4 heures de l'aprèsmidi, où elle acquiert un maximum; elle diminue ensuite graduellement jusqu'au moment de la chute de la rosée.

De Saussure a cru reconnaître, dans ces nombreuses observations, que la quantité absolue de fluide électrique est réellement plus grande dans les couches les plus élevées de l'atmosphère.

11 fit sur le Môle une expérience intéressante, qui tend à prouver que l'électricité était inhérente au point de l'espace où il se trouvait, ce Les nuages que j'avais traversés, dit-il, et que j'avais laissés sous mes pieds en arrivant à la pointe du Mole, se dissipèrent peu à peu, et à la fin H n'eu resta plus du tout ; ils ne parurent pas

(1) Voyage dans les Alpes, 1. 11, p. i5a.

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