THÉORIE DU CONTACT
plupart n'ont plus aucun intérêt depuis les travaux de
Davy(i).
§ V. Théorie du contact; des diverses piles.
Volta, qui s'était aperçu que la théorie qu'il avait donnée de la pile n'avait pas été bien comprise par tous les* physiciens, vint à Paris en 1801 pour l'exposer à la classe des sciences physiques et mathémati(| ues de l'Institut national. Il commença, le 16 brumaire an îx, la lecture d'un Mémoire qui contenait le détail et le résultat de ses expériences sur le galvanisme , et la continua dans les deux séances suivantes. Il détermina d'abord avec exactitude les degrés de force que l'électricité recevait du contact de deux métaux différents, contact qui les rendait non-seulement conducteurs , mais excitateurs du principe électrique. 11 choisit parmi les métaux les plus actifs, l'argent et le zinc, dont l'alliage avec d'autres métaux augmente leur efficacité. L'un et l'autre bien nettoyés et polis étant mis en contact par une de leurs surfaces, décomposent le fluide électrique; le fluide positif passe dans le zinc, et le fluide négatif dans le cuivre, en vertu d'une action à laquelle il donna le nom de force électromotrice. A l'aide de son électromètre condensateur, comme je l'ai déjà dit, il rendit sensible chacune de ces deux électricités, en indiquant en même temps toutes les précautions à prendre pour répéter cette expérience délicate; il annonça ensuite que l'eau pare ou salée ne jouissait que d'une action électrogiotrice très- faible, comparée a celle des métaux, tandis que les acides concentrés, les liqueurs alcalines et les sulfures alcalins imprimaient, par leur contact avec divers métaux., une impulsion très-sensi-
(1) Annali diChimiea, t. xvm, i36.
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ble; qu'il était possible de découvrir dans chaque cas l'intensité de la force électromotrice; qu'il était parvenu à former l'échelle suivante : argent, cuivre, fer, ètain, plomb j zinc, dans laquelle le premier métal chasse le fluide électrique dans le second, le second dans le troisième et ainsi de suite. Volta comprit même dans cette échelle d'autres métaux., des substances minérales, le charbon et d'autres corps qui semblent pousser le fluide électrique dans d'autres métaux, surtout dans le zinc, avec plus de force que l'argent , tels que la plombagine et le peroxidé de manganèse. Il insista ensuite beaucoup sur la nécessité de placer entre les couples métalliques des couches humides, sans lesquelles il était impossible d'augmenter la tension de l'électricité.
La force ou l'impulsion (|iie deux métaux donnent au fluide électrique est égale, .suivant Volta, a la somme des forces de ceux qui se trouvent clans la série graduée entre ces deux métaux; ainsi, que les métaux intermédiaires entrent ou n'entrent pas dans l'appareil construit, l'effet est le même que si les deux métaux extrêmes étaient immédiatement en contact. 11 témoigna le désir qu'on découvrît un électromoteur entièrement composé de substances solides, découverte qui, suivant lui, ne paraissait pas tout-a-fait impossible. 11 se demanda ensuite si le rapport qui existe dans la force éiectromotrice des métaux et qui ne s'étend point jusqu'au passage de ceux-ci aux liquides, se présente de nouveau parmi les liquides ou conducteurs de 2e classe. Il répondit surle-champ que dans la supposition même de l'existence de cette action, il serait impossible de former un appa-. reil assez actif pour produire des commotions et des étiucelles; mais que la nature avait réuni ce précieux avantage dans les organes électriques de la torpille et du gymnote. Il sentit alors la nécessité d'admettre, pour les liquides, ou un rapport différent dans leurs actions électriques, ou bien une 3e classe de conducteurs pris dans la ae, qui s'accordassent entre eux dans l'exercice de la puissance électromotrice. Suivant Volta, cette 3e classe
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de corps/ à la fois conducteurs et moteurs, peut être formée de substances imbibées d'une humeur qui , se coagulant et se fixant à un degré imperceptible à nos sens, mérite improprement le nom de substance humide. Il avança que, dans les organes électriques de la torpille, les petites couches ou pellicules, placées les unes sur les autres dans chaque colonne, étaient alternativement * formées de conducteurs appartenant moitié à la ie classe, moitié à la 3e, avec un arrangement tel que chaque couple hétérogène de la 3e classe se trouvait séparé par un conducteur de la ie. L'homme de génie qui a présidé à nos destinées pendant quinze ans , et dont la gloire se reflétera long-temps sur notre patrie, se trouvait à la séance de l'Institut où Volta lut la seconde partie de son Mémoire sur la théorie de la pile. Il admira surtout la décomposition de l'eau, et proposa à ce sujet plusieurs expériences. Il aurait voulu , par exemple , qu'à des températures très-opposées on fit, sur l'action de la pile, des expériences comparatives pour s'assqrer si le calorique avait quelque influence sur le passage du fluide électrique à travers les métaux et les conducteurs humides, si les métaux, selon leurs divers états, offraient des variétés remarquables dans leur faculté conductrice et motrice de ce fluide. Il aurait désiré qu'on portât une attention particulière sur le fer, métal qui se présente dans des états si variés. Les mêmes expériences, faites sur le fer cru, sur le fer malléable, sur l'acier, etc., pourraient, parleurs résultats, fournir de nouvelles lumières propres à perfectionner la théorie électrique. Enfin (i), Napoléon témoigna le désir qu'on fît des expériences plus en grand, pour mieux étudier les résultats, et il proposa de décerner une. médaille d'or à Volta pour ses belles découvertes. Une commission nombreuse fut aussitôt nommée parla classe, pour lui rendre un compte détaillé de l'importante communi-
(i) Hist. de l'électricité, par Sue, t. iv, p. 36.
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cation qu'elle venait de recevoir. Cette commission choisit pour son rapporteur M. Biot , qui s'acquitta de «es fonctions de la manière la plus remarquable* Je n'entrerai pas dans l'examen de ce rapport en raison de son étendue; mais je me bornerai à dire qu'il eut l'avantage de bien faire connaître la théorie de Volta , en définissant nettement ce que l'on devait entendre par force électromotrice. La commission proposa en même temps d'offrir à Volta une médaille en or, comme un témoignage de la satisfaction de la classe pour les belles découvertes dont il venait d'enrichir l'électricité.
Les phénomènes chimiques de la pile continuaient toujours à être l'objet des recherches les plus actives de la part des physiciens et des chimistes , qui regardaient cet appareil comme devant leur révéler un jour une foule de faits précieux sur la composition et la constitution des corps ; aussi en varièrent-ils la forme et l'étendue, dans l'espoir d'arriver promptement à une énergie suffisante pour en augmenter l'action.
Napoléon s'était passionné pour le galvanisme, et en faisait souvent le sujet de ses conversations avec les savants dont il aimait à s'entourer. Il avait prévu , dès les premières découvertes de Volta, tout le parti que l'on pourrait en tirer pour la philosophie naturelle. Il en donna la preuve dans la lettre ci-jointe qu'il adressa au ministre de l'intérieur, laquelle fut transmise par lui à l'Institut (classe des sciences).
Paris, le a6 praial an x (1).
« J'ai l'intention de fonder un prix consistant en une « médaille de 3ooofr., pour la meilleure expérience qui « sera faite dans le cours de chaque année sur le fluide « électrique
« Je désire donner en encouragement une somme «de 60*000 fr. à celui qui, par ses expériences et ses « découvertes , fera foire à l'électricité et au galvanisme
(1) Mémoires de l'Institut, t. v,p. a33.