CHAPITRE CINQUIÈME. £gn
fort humides ou par l'effet des tremblements de terre.
Werner a été témoin, en 1767, année très-humide,
de la formation d'une fente très -considérable auprès de
Hainchein et dans deux autres endroits de la Haute-
Lusace.
En Calabre, lors du fameux tremblement de terre qui a bouleversé ce pays, il s'est formé également un grand nombre de fentes ou crevasses. Il prétend que les druses que l'ou trouve dans les filons ne sont autre chose que des parties qui n'ont pas été entièrement remplies, et doivent être considérés comme les restes du vide dans lequel le filon s'est formé, II cite, encore comme preuve que les filons ne sont que des fentes remplies, par en haut, les galets et pierres arrondies qu'on y trouve, le sable et le limon qui constituent la matière de certains filons.
Au rapport de ce grand géognoste , on a trouvé des fragments de la masse du filon en plus ou moins grande quantité dans le filon même, lesquels, empâtés dans une substance minérale, forment une véritable brèche, « Ces fragments, dit-il, prouvent que les filons ont été « autrefois des fentes vides (1). Ils peuvent être tombés « clans le filon de deux manières différentes; d'abord le « filon peut avoir été rempli et ensuite être ouvert de « nouveau, c'est-à-dire, que dans le filon même il s'est « formé une nouvelle fente dans la même direction que a la première, etc. »
Il cite encore comme une preuve à l'appui de son opinion sur les filons, la présence de restes ou, d'empreintes de corps organiques pétrifiés.
On a opposé à la théorie de Werner. l'adhérence de certains filons à la roche contiguë, ainsi que les fentes ou fissures qui coupent transversalement-certains filon* puissants. Suivant lui, cette union entre les substances
(1) Nouvelle théorie de la formation des filons. Werner, trad. de M. Paubiu^sçu, p. $Ç.
du filon et de la roche adjacente provient de leur homogénéité ainsi que du peu de différence dans leur ancienneté relative. Il explique les fentes qui traversent les filons en disant qu'ils ont pu être exposés à de violentes secousses qui se sont propagées dans le sens de la stratification de la roche au travers du filon. 1 Suivant Werner, la masse des filons a été formée par une suite de précipités qui ont rempli les fentes en totalité ou en partie par en haut (i). Ces précipités ont été formés par une dissolution aqueuse qui couvrait la contrée.
S'il existe des filons qui paraissent avoir été remplis par en haut, il y en a d'autres pour lesquels cette supposition est difficile à admettre, car tout tend à prouver que, dans ces derniers, le remplissage a eu lieu par sublimation.
Hutton pensait que la chaleur intérieure de la terre était assez considérable pour fondre et réduire en vapeurs les métaux et les terres, qui, en raison de leur force expansive, ont produit des fentes dans les parois solides de la croûte du globe , par où elles se sont échappées et, en se solidifiant, ont donné ainsi naissance à des roches cristallisées. C'est ainsi, suivant lui, qu'ont été formés les grands filons de basalte qui traversent les terrains de toutes les époques. Les Anglais considèrent donc, par conséquent, les filons comme ouverts par soulèvement et remplis de bas en haut par sublimation, et de haut en bas par des matières qui ont été détruites et enlevées de la surface du globe par des causes quelconques et qui sont restées intactes dans les filons. Ils regardent comme probable que ce mode de remplissage est celui de plusieurs filons pierreux ou métalliques qui, en raison de leur structure , n'ont pu être remplis entièrement par en bas.
Jusqu'ici les géologues pensent que l'on ne peut admettre l'une de ces hypothèses à l'exclusion de l'autre,
(i) Nouvelle Théorie des filons; tr. de M. Daubuisson, p. 119.