CHAPITRE IV
INDICATION D'UN PROCÉDÉ POUR ÉVALUER PAR APPROXI9IATION L'ÉPOQUE D'UN DES GR CATACLYSMES DU GLOBE.
M^J. En entrant dans \e Limousin, on est frappé de l'état de décomposition où se trouvent les granités et les gneiss jusqu'à une certaine profondeur. Toutes ces roches, retirées intactes des carrières, se décomposent avec le temps , comme on en a journellement ta preuve en examinant les morceaux concassés que l'on jette sur les routes; le fer du mica passe peu à peu au maximum d'oxidation. le feldspath perd à sa surface son kaolin; il eo résulte une désagrégation des parties et par suite la décomposition du granité et du gneiss. Quand les débris de ces roches sont placés sur les routes, ils sont exposés alors au broiement continuel des voitures, des pieds des hommes et des chevaux, qui les transforme promplement eu une poussière très-Hne qui , par lu pluie , devient grasse et onctueuse comme le kaolin. Or, en broyant en parties trè^-fines ces roches, de manière à en former une pâte avec l'eau , jamais on ne parvient à les transformer en une pâte semblable à celle que l'on Irouve sur les routes du Limousin, dans les temps de pluie. Il faut donc admettre que les influences atmosphériques et la réaction des matières organiques qui se trouvent en abondance sur les grandes communications, ont opéré en peu de temps des changements dans les parties constituantes des r
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ches qui ont de l'analogie avec ceux qui ont transformé le feldspath en kaolin.
La dëcomposilion de ces granités a attiré surtout notre attention , non pas sous le rapport des changements qui se sont opérés dans quelques-unes de leurs parties constituantes, mais hien sous celui de l'étendue de la partie altérée. Dans diverses localités, et particulièrement sur la roule de Toulouso, en sortant de Umoges, on trouve plusieurs carrières d'où l'on tire du granité pour divers usages. La partie que l'on exploite est intacte, mais celle qui est la plus rapprochée du sol est dans un état complet de décomposition. Il n'est pas permis de douter que les causes qui ont produit cette déconiposition n'aient agi par en haut. Il y a intime quelque probabilité à supposer qu'elles ont dû commencer à agir immédiatement après la dernière catastrophe du globe, qui a rejeté les mers dans les bassins qu'elles occupent maintenant; car les eaux auront dû enlever toutes les roches désagrégées, toutes les parties enfin qui n'auront pu résister à leur impulsion. Ces principes posés, ne pour* rait-on pas remonter à l'époque de cette dernière catastrophe, en comparant les altérations qui ont eu lieu depuis quelques siècles à celles qui se sont opérées dans les masses actuellement en place? A la vérité, il faut supposer que les causes qui existaient alors sont encore les mêmes; mais cette supposition est assez admissible depuis que Ton sait, par un grand nombre de faits, que Fétat de l'atmosphère n'a pas changé sensiblement depuis cette époque.
La méthode que nous proposons, quoique inexacte à certains égards, a des avantages marqués sur les autres méthodes employées , ne fût-ce que de donner une limite , comme nous allons le voir. Voici tes moyens que l'on a proposés pour arriver à la détermination de l'époque de la dernière révolution du globe :
i°Les données historiques et surtout les données religieuses; nous devons les respecter, et par conséquent ne {uts en parler. a<* I/accroissement des atterrissements le
a06 INDICAT.u'cNPHOC.POUllÉVAt. PAR APPnOX., ETC.
long (les fleuves ou sur les côtes de In mer. Mais la nature a-t-clle loiijoiirs ;igi d'une uinntère (iiiiforiiie pour prtKkiire ces aHenissetni-nts? Dans les preniiei's remps, lorsque la lerrc ctnil jonchée de délitis de toute nature qui ont été cliarriés par les eaux , les atteriissenienls ont dû s'accroître plus rupideinent que nmiuleuaul. Au surplus, nous ne connaissons aucun calcul liieti positirqiii nous donne la marclie graduelle dt! ces dépôts, depuis le dernier cataclysme du gIol)e jusqu'à nos jours.
Le procédé que nous proposoriiî tepose sur des faits dont tout !e monde peut vérifier rptactilude; il imporle donc de le faire connaître, parce que les géologues pourront en faife rfi[)[)licati()n dans un grand nombre de localités. Dans une question de cette nature, il ne faut pas s'appuyer »ur des monuments péi'iit.sables que les générations futures ne peuvent consulter, mais bien sur di's témoins irréfragahlea, qui rcalenl debout poor éclairer continuellement la science. Voici comment nom avons procédé :
T^ous nous sommes demandé si l'on ne pourrait pas comparer les altérations qui ont eu lieu depuis cjuelqUes siècles dans des blocs de granité avec celles quiontoulipti dans la nifnie roclie actuellement en place. Or-, la cDlliédralede Limoges, qui a éléconstrurte il y a environ quatre siècles, permet d'établir une comparaiHoti à cet é^iard. Cet édifice est construit en grauilc qui a dil être extrait d« carrières les plus rapprocliées delà ville, et qui, sous ce rapport, a une grande analogie avec celui de la Carrier*
Lqui se trouve sur la roule de Toulouse. Dans riiiteri^llf de la cathédrale, l'alléralion du granité est peii ou point sensihlc, surtout dans tes parties qUÎ n'ont pus été exposées à rbuiniditc) mais il nen eet pas de même ftH dejiors, principaleinenl sur tes faces qui sont esposéra na vent de pluie. La désagrégation, daos quelques parties, est assez profonde, dans d'antres elle l'est moins; la prsniière conséf|nence que l'on tire de ces olwPrvHtions, que nous avons eu également l'occasion de faire dans plusieurs églises du Limousin, ainsi que surldK routes qui le irati
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sent dans tous les sens, c't'st que les altérations sont dues aux influences atmospliériques. D'^iprès cela et en raison des inolifii que nous avons donnés plus Iiaut , il faut donc attribuer à une cause semblable la décompcnitiou des parties supérieures du granÎLe en place. Nous avoua fait un grand nombre d'observatious sur la profoiideut àe l'altération des granités de la cathédrale : le Icrniu moveu est de 8 inillunètres. Oj', la portion décomposée de la masse de granité que j'ai observée est de i mèti'a 60 centimètres environ ; en supposant que la marche des altérations ait eu lieu dans la niasse de granité proportion nelteinent au temps, on trouve que l'altération a dû commencer il y a environ 82,000 ans. On ignore, à la vérité, la marche de la décomposition du granité en masse, qui a du Être plus rapide dans les premiers temps qu'après, puisque les parties supérieures auront préservé celles qui étaient au-dessous. Dans ce cas , la loi serait une progi'ession décroissante et donuel'ait eucore un nombre plus grand que celui que nous avons trouvé. Au surplus, la manière dont le granité se décompose n'a pas dû rendre aussi dirOcile qu'on pourl'ait le croire la décomposition des parties inférieures, puisqu'un des premiers effets de la décomposition étant de produire la désagrégation de ses parties constituantes, l'eau et l'air qu'elle transporte auront pénétré avec plut dtf tacilité dans les parties inférieures que si la dccompo* sition se fût opérée comme dans certaines roches, par une simple cémentation. Nous ne piétendons nullement donner comme délinitif le uoinbie 8a, 000, attendu que la méthode employée repose sur des données qui ont encore besoin d'être examinées; mais nous pensons que c'est une de celles qui peuvent nous conduire le plus directement à la solution d'une question qui intéresse au plus haut degré la géologie.
Nous croyons avoir atteint le but que nous nous sommes pioposé, en faisant connaître au lecteur toutes les données dont la science peut disposer pour expliquer
ao8 INDICAT. U'CH PROC. POCRÉVAL. PAR APPEOX.,ETC. les actions lenles en général , dans l'intérieur ou à la surface de la terre. Toutes les forces tie la nature concourent à la production de ces actions; la clialeur, la lumière, 1 électricité, les affinités, la capillarité, et même les forces organiques. Jadis on s'en occupait pei^, parce qu'on n'avait pas clierclié à analyser la part que chacune d'elles prend h l'effet général. Nous sommes bien éloigné de croire que nous ayons fait connaître toutes les causes qui interviennent; mais nous avons indiqué du moins les moyens d'investigation à l'aide desquels on peut arriver à leur- détermination. Notre ouvrage n'est donc ps à beaucoup près complet:aussi doit-on le considérer comme un cadre dans lequel viendront se placer les découvertes qui enrichiront successivement cette partie de la science. Un jour à venir, l'ensemble de toutes ces connaissances formera un corps de doctrine dont les sciences physiques, cliimiques et physiologiques, tireront un grand parti poor leur perfeclionnement réciproque.
Nous prions de nouveau le lecteur de ne pas attacW plus d'importance que nous ne l'avons fait aux théories que nous avons données pour lier ensemble toutes les observations. Nous avons voulu seulement rendre leur élude facile, et les accompagner d'aperçus philosophiques propres à engager les jeunes physiciens à cultiver une branche de nos connaissances scientifiques qui offre une source inépuisable de découvertes importantes. Nous espérons que les observations qu'ils voudront bien nous communiquer nous mettront à même de rectifier les erreurs qui ont pu se glisser dans un ouvrage qui, en raison de l'abondance des matières, a eu plus d'extension que nous ne \oulions d'abord lui en donner.
Depuis la publication des quatre premiers volumes, la science électrique a été enrichie de découvertes importantes qui doivent trouver naturellement place ici; aussi croyons-nous être agréable au lecteur en ajoutant un livre supplémentaire, dans lequel il trouvera l'exposé des principaux faits qui ont été observés.