CHAPITRE IV
DE E'INTENSITlÉ SIAO'ÉTIQIIE DE GLOBE EN DIVEBS POINT» DE SA SL'RFACE.
L’jNTENsiTii magnétique du globe a été l’objet de recherches de la part de Grahain , le premier observateur auquel nous devions la découverte des variations diurnes île l’aiguille aimantée; Muschenbrock, en iGag, et Lemonnier, en 1776, puis Saussure et Borda, se sont occupés également de cette question. Ce dernier a même donné une méthode d’approximation pour la résoudre avec plus d’exactitude qu’on ne l’avait fait avant lui; mais c’est en France où l’on a eu, pour la première fois, l’idée de déterminer, par l’observation, l’intensité des forces magnétiques du globe en différents points de sa surface.
Les membres de l’Académie des sciences, chargés derédiger des instructions pour l’expédition de la Pérouse, recommandèrent d’observer la durée d’oscillation d’une aiguille d’inclinaison à des stations très-éloignées , afin d’en déduire des différences entre les intensités des forces magnétiques correspondantes à ces stations.
Les observations recueillies à cet égard ont été perdues avec l’infortuné la Pérouse. Mais les instructions ont survécu et ont été mises à profit par M. de Piossel , qui accompagnait d’Entrecasteaux dans son voyage à la recherche de l’intrépide navigateur.
Les observations de M. de Rossel ont été faites de 1791 à 1794) 3vec une aiguille d’inclinaison dont .la force
3aO DÉ l’int. magn. du globe en divers points, etc.
avait été essayée avant le départ de l’expédition ; mais rien ne prouve qu’à son retour on ait cherché à s’assurer si elle n’avait rien perdu de son magnétisme, en sorte que l’on ne peut en déduire de résultats définitifs qu’en s’appuyant sur de nouvelles observations. Néanmoins, l’accroissement de l’intensité, en partant de l’équateur et se dirigeant vers l’un des deux pôles, est ressorti des observations faites , en 1 792 et i yg'i, à la terre de Van-Diémen et à Amboine, car M. de Rossel s’est assuré que l’aiguille, entre ces deux points , n’avait pas subi de changement ; c’est cet accroissement , dont je donnerai plus loin' la valeur, qui a servi de point de départ pour montrer que l’intensité magnétique^ n’est pas la même en divers points du globe. Les observations deM.de Uossel n’ont été publiées qu’eu 1 8u8, après que M. de Humboldt eût fait les siennes, dans son célèbre voyage en Amérique, de 1798 û i8o3 (A).
Il restait néanmoins encore des doutes sur le fait fondamental découvert par ]V1. de Rossel ; mais M. de Humboldt les a levés tous en prouvant, par de nombreuses observations faites avec le plus grand soin.
(A) J’apprcDds, au moment de mettre sous presse, que les observations magiicliques faites par Paul de Lamanon, durant •le voyage de la Pérouse, étaient parvenues à l’Académie des sciences en juillet 1787. M. le capitaine Duperrey possède la copie d’une lettre de Paul de Lamanon , adressée à M. le marquis de Condorcet, dans laquelle se trouvent consignés les principaux résultats des observations faites depuis le départ de Brest jusqu’en janvier 1787, époque du séjour de l’expédition h Macao. 11 est d’autant plus à regretter, dit M. Duperrey, que cette lettre n’ait point été insérée dans le Voyage de la Pérouse, qu’elle constate d’une manière positive plusieurs faits importants déduits de l’expérience, et parmi lesquels on remarque les suivants :
1® Que la force attractive de l’aimant est moindre dans les tropiques qu’en avançant vers les pôles ;
a" Que l’intensité magnétique ^ déduite du nombre des oscillations de l’aiguille de la boussole d’inclinaison, change et augmente avec la latitude.
que l’intensité de la force magnétique du globe est variable en différents points. Depuis cette époque, les physiciens et les voyageurs n’ont cessé de s’occuper de recherches relatives à la détermination de l’intensité des forces magnétiques terrestres, comme on peut le voir, dans un rapport très-étendu que vient de publier le m" Sabijie,5urles variations de l’intensité du magnétisme terrestre* dans le Seventh report oj the British association for the advencement of sciences; I..ondres,
1 838 ; i-apport au({uel j’aurai souvent recours dans ce chapitre, et dont je vais extraire quelques détails historiques , qui ne seront pas sans intérêt pour le lecteur.
Les observations de M. de Hiiinboldt, qui sont consignées dans le XV* vol. des Annal, de physiq. et de chim., ont été faites avec une aiguille d’inclinaison de Lenoir. La durée d’oscillation a été déterminée à Paris , en 1798, avant son départ, mais elle n’a pu l’être à son retour en Europe, l’aiguille étant restée à Mexico; de sorte qu’il a été impossible de s’assurer de l’invariabilité de son magnétisme. Néanmoins, on a acquis la certitude par des moyens indirects que le magnétisme de l’aiguille n’avait pas sensiblement varié jusqu’en 1800, et que, postérieurement, l’altération a été très-minime.
M. de Humboldt(i) s’est attaché particulièrement, dans ses observations magnétiques , à déterminer la loi par laquelle varie l’intensité des forces magnétiques, à diverses latitudes. Il découvrit, en se rendant au Haut- Orénoque et au Pico-Negro, pendant l’été de 1800, que cette intensité allait eu croissant des basses latitudes aux pôles. Âifisi la même aiguille d’inclinaison qui avait donné,- en dix minutes , à Paris, a45 oscillations, n’en donnait plus que aa9*à Cumana (lat. 10“ a8' bor. )et a 1 6 à San-Carîos del Rio-Negro (lat. 1° 53' bor.), et sous l’équateurmagnétique, ai t. Cette observation sous l’équa-
(1) Voyage de MM.de Humboldt et Bonpland ^ i** partie : Relation historique, t. ili, p. 6i5.