CHAPITRE II
sure qu’elle ne pouvait être la conséquence d’aucune des anomalies que l’on remarque dans l’ensemble des observations, soit de la direction, soitde l’intensité des forces magnétiques. Tl est inutile, poursuit M. Duperrey, de recourir à plusieurs pôles magnétiques de la surface de la terre , comme à plus de deux centres d’action dans l’intérieur de sa masse, pour se rendre raison de la position respective des lignes d’égale déclinaison, d’égale inclinafton, d’égale intensité, comme aussi des méridiens et des parallèles magnétiques. Il suffît d’examiner d’abord quelle est la véritable condition de ces différentes courbes sur un corps magnétique de forme sphérique, et de faire varier ensuite à volonté, soit l’un des pôles magnétiques de la surface, soit la position des centres d’action, pour résoudre immédiatement uue foule de questions que les théories du magnétisme terrestre ont laissées jusqu’à ce jour sans solution définitive.
Selon M. Duperrey, les lignes d’égale inclinaison ont, comme les lignes d’égale déclinaison, l’inconvénient de ne pas être l’expression d’un fait uniquement dépendant de l’action du magnétisme. Chaque inclinaison est la mesure de l’angle que fait l’aiguille avec le plan de l’horizon, ou, si l’on veut, avec la verticale du lieu de l’observation. Si la ligne d’égale inclinaison était un cercle parfait de la sphère, les verticales de tous les points de ce cercle auraient, dans la direction des plans des méridiens magnétiques , une direction qui leur serait commune, en sorte que toutes les aiguilles suspendues le long de ce cercle, suivraient elles -mêmes une même direction. Mais, dit M. Duperrey, du moment où la ligne d’égale inclinaison se présente sous la forme d’une courbe à double courbure, les inclinaisons n’étant plus comptées à partir d’une direction unique des verticales, expriment deux faits à la fols; l’un, qui dépend uniquement de l’action du magnétisme, l’autre de la direction particulière *que suit chaque verticale; et l’on conçoit alors que la relation que nous établissons par nos courbes, entre les valeurs égales de l’inclinaison, n’a plus
390 DK l’kQTIAT. M AGN/.T. , ou LIGNE SANS INCLIN.
de rapport avec la relation que les directions des aiguilles ont entre elles.
Cette appréciation des lignes d’égale inclinaison s’applique aussi à l’équateur magnétique dont nous allons parler.
§ 1"^. De l'équateur mnqnétique , ou ligne sans inclinaison.
Parmi les lignes d’égale inclinaison, il en est une dont les physiciens se sont plus particulièrement occupés; nous voulons parler de la ligne sans inclinaison, à la- ' quelle on a donné le nom d’équateur magnétique. Wilcke en a donné une figure en 1 768. MM. Hansteen et Moriet l’ont reproduite à des époques beaucoup plus récentes, en se fondant sur les nombreuses observations qu’ils ont puisées dans les voyages de Cook, d’Eckberg, de Panton, de La Pérouse, etc. L’on doit à M. Moriet un moyen facile de faire concourir à la détermination de celte
courbe les observations voisines des lieux qu’elle parcourt. On sait que M. Biot, résumant toutes les actions australes et boréales de magnétisme terrestre, en deux centres d’action, qu’il place à une très-petite distance du centre du globe, est arrivé à une foi’inule à l’aide de laquelle on obtiendrait la latitude magnétique d’un point de la surface drf la terre, en fonction de l’inclinaison de l’aiguille observée en ce point, si la terre était parfaitement homogène. Cette formule, que MM. Bodwicb, Malweide et Kraft ont transformée en celle-ci, qui est d’une
simplicité remarquable : tang. >. est celle dont
M. Moriet a fait usage, après avoir reconnu, par de nombreux essais, qu’elle pouvait toujours être appliquée aux inclinaisons qui ne dépassent pas 3o®, et après s’être assuré que la latitude magnétique X du lieu de l’observation devait être comptée sur le méridien magnétique, et non pas sur le méridien terrestre du lieu dont il s’agit.
CnAPITRE H.
Les résultats obtenus par MM. Hausteen et Morlet se rapportent à l’équateur magnétique de 1780. M. Arago les a comparés (1) et en a déduit les faits suivants :
MM. Hansteen et Morlet placent l’équateur magnétique, en totalité, au-dessus de l’équateur terrestre, entre l’Afrique et l’Amérique. Le plus grand écartement de ces courbes correspond à environ a5° de longitude occidentale ; il est de i3 ou i(\° dans la carte de M. Hansteen; on trouve dans celle-ci un nœud en Afrique, par aa° de longitude orientale; M. Morlet le place 4° plus à l’occident.
Suivant l’un et l’autre, si l’on part de ce nœud, en s’avançant du côté de la mer des Indes , la ligne sans inclinaison s’éloigne rapidement vers le nord de l’équateur magnétique, sort de l’Afrique, un peu au-dessus du cap Gardafui, et parvient dans la mer d’Arabie à son maximum d’excursion boréale (environ la”), par 6a“ de longitude orientale. Entre ce méridien et le 174° de longitude, l’équateur magnétique se maintient constam- > ment dans l’Iiémisphère boréal ; elle coupe la presqu’île de l’Inde, un peu au nord du cap Comorin; traverse le golfe de Bengale, en se rapprochant légèrement de l’équateur terrestre, dont elle n’est éloignée que de 8“, à l’entrée du golfe de Siam ; remonte ensuite un tant soit peu au nord ; est presque tangente à la pointe septentrionale de Bornéo; traverse l’île Paragua, le détroit qui sépare la plus méridionale des Philippines de l’île Mindanao, et, sous le méridien de Waigiou, se trouve de nouveau placée à ()° de latitude nord.
De là , après avoir passé dans l’archipel des Carolines, l’équateur magnétique descend rapidement vers l’équateur terrestre, et le coupe, d’après M. Morlet, par 1 74“, et, suivant M. Hansteen, par 1 87“ de longitude orientale. Il y a beaucoup moins d’incertitude sur la position d’un second nœud situé aussi dans l’océan Pacifique, dont la
(1) Annal, de Ch. et de Phys., t. xxx , p. 348.
39a DE l’ÉQUAT. MAGNÉT. , OU LIGNE SANS INCLIN.
longitude occidentale doit être de 120° environ. Mais,, tandis que les recherches de M. Morlet l’ont conduit à admettre que l’équateur magnétique, après avoir touché seulement l’équateur terrestre, s’infléchit aussitôt vers le sud , M. Hanstcen sujipose que'celle courhe passe dans l’hémisphère nord, sur uim étendue d’environ i5o“ de longitude, revient ensuite couper de nouveau la ligne équinoxiale, à 23“ de distance de la côte occidentale d’Amérique. Du reste, pour qu’on ne s’exagère point cette discordance, nous devons dire que, dans son excursion boréale, la courbe sans inclinaison de M. Hansteen ne s’éloigne pas de l’équateur terrestre de plus de 1 - -j; et que, en définitive, cette ligne et celle de M. Morlet ne sont nulle part à 2“ de distance l’une de l’autre, dans le sens des cercles de latitude.
Les observations directes des nœuds semblent indiquer un mouvement tie translation d’année en année; en effet, les deux nœuds de M. Hanstcen et le nœud tangent de M. Morlet, dans la mer du Sud, se trouvent situés entre le 108 et le 126° de longitiule occidentale. M. Freycinet a trouvé, en i8ig, à bord de \' Uranie, que ce nœud était placé vers le 1 32° de longitude (i). Suivant le capitaine Sabine, comme on peut le voir dans son ouvrage publié par ordre du bureau des longitudes de Londres, le point d’intersection des deux équations, qui était situé dans l’intérieur des terres et assez loin des côtes en 1780, s’est avancé d’orient en occident jusque dans l’oeéan Atlantique.
M. Morlet avait indiqué ce mouvement de translation del’équateur, mais avec une certaine déflance, parce que
(i) Nota. Nous ferons remarquer ici, que les observations de M. de Freycinet n'ont poii^t été faites à l’est du i5o® degré de longitude occidentale ; qu’en conséquence il est impossible d’en déduire la position d’un nœud par i32° de longitude. (Voyez, à la suite de cet article, les tableaux deia ligne sans inclinaison qui ont etc dressés p.àr M. Duperrey).
3gî
les mesures anciennes d’inclinaison n’avaient pas été ob* tenues en changeant les pôles de l’aiguille. 11 regarde comme très-probable que la forme et la position de la ligne sans inclinaison règlent, d’un pôle à l’autre, le sens dans lequel doivent avoir lieu, dans chaque point du globe, les variations annuelles de l’aiguille aimantée. En appelant latitude magnétique d’un point la distance de ce point à la ligne sans inclinaison, mesurée sur le méridien magnétique, considéré comme un grand cercle, M. Morlet a trouvé que l'inclinaison de l’aiguille diminue là où le mouvement de translation de l’équateur tend à diminuer la latitude magnétique, et qu’elle augmente, au contraire, partout où la latitude magnétique s’agrandit. Nous aurons l’occasion plus loin de montrer que cette conjecture se trouve confirmée par des observations postérieures.
M. Duperrey a fait, durant son voyage sur la corvette la Coquille , de nombreuses observations qui l’ont mis à même de déterminer , pour l’année 1 8a4 , l’équateur magnétique dans la presque totalité de son cours. M. Arago, au nom d’une commission de l’Institut, a fait un Rapport sur les observations magnétiques de ce voyage (i). Il y est fait mention du déplacement probable de l’équateur magnétique. La Coquille ayant coupé six fois cette courbe, il a été possible de déterminer directement la position de deux des points d’intersection, situés dans l’océan Atlantique. Dans la carte de M. Morlet, les latitudes des points de la ligne sans inclinaison, qui correspondent aux mêmes longitudes, sont de \° l\h' à i°5o' plus sud; il semble résulter de là que l’équateur magnétique s’est rapproché de l’équateur terrestre d’une quantité égale : les mêmes différences se trouvent sur la carte deM. Hansteen.
Le travail au([uel M. Duperrey s’est livré pour obtenir de ses observations la figure de la ligne sans incli-
(i) Annal, de Ch. et de Phys. , t. xxx.
894 WODV. UÉTERMIN. DE LA LIGNE SANS INCLIN., ETC.
naison, à laquelle il a consacré une carte particulière, se trouve dans les Annales de Physique et de Chimie, t. XLV, p. 871, et dans la Partie physique de son voyage. Nous en avons déjà rendu compte (1). Nous croyons d’autant moins nécessaire de le rapporter ici, que depuis cette époque M. Duperrey a de nouveau fixé la position de la ligne sans inclinaison, pour l’année iSsS, d’après ses propres observations, auxquelles il a réuni celles de tous les voyageurs contemporains. Ce dernier travail est celui que nous présentons dans l'article suivant, tel qu’il nous a été communiqué par sou auteur.
§ IL Nouvelle détermination de la ligne sans inclinaison, pour [année 182 5 (2), par M. L. /.
Duperrej.
«J’ai donné en 1829 la figure de l’équateur magnétique, déduite des observations de l’inclinaison de l’aiguille aimantée que j’avais faites, de 1822 à i8a5, durant le voyage de la Coquille; d’une inclinaison observée en 182a, dans nie San-Tomé, par le capitaine Sabine, et des observations que M. de Blosseville venait de recueillir tout récemment dans la mer des Indes.
« Le but que je me propose aujourd’hui, est de faire connaître la figure que j’ai obtenue, enjoignant, à mes observations particulières, celles de tous les voyageurs qui ont opéré, vers la même époque, dans l’intérêt de cette recherche.
« Les observateurs qui ont ainsi contribué à la nouvelle détermination de l’équateur magnétique, dont je vais présenter la configuration pour l’année 1828 , époque moyenne de la totalité des observations recueillies, sont, par rang de date :
(1) Tome 1 , p.ige 400.
(2) D.ms les planches XIV et XV de l'atlas, la ligne sans inclinaison est représentée par une ligne ponctuée ; dans les planches XVII et XVIII, elle est représentée par une ligne pleine.