CHAPITRE V
Ces diverses pièces sont de nature à faire connaître l’é- ' tat actuel des connaissances sur le magnétisme terres- Ue, ou du moins comment on doit l’envisager. Commençons par les instructions pour la Bonite.
§ I. Instructions pour la Bonite.
La science s’est enrichie, depuis quelques années, d’un bon nombre d’observations de variations diurnes de l’aiguille aimantée ; mais la plupart de ces observations ont été faites ou dans les îles ou sur les côtes occidentales des continents. Des observations analogues, correspondantes à des côtes orientales , seraient aujourd’hui très-utiles : elles serviraient, en effet, à soumettre à une épreuve presque décisive la plupart des explications qu’on a essayé de donner de ce mystérieux phénomène.
L’itinéraire de l’expédition ne permet pas de supposer que la Bonite puisse relâcher, ou du moins séjourner quelque temps, dans des points situés entre l’équateur terrestre et l’équateur magnétique, tels que Fernambouc, Payta, le cap Comoriii, les îles Pelew. Sans cela, nous eussions recommandé d’une manière particulière, d’y é\aii\\T solùU-.ment , et loin de toute masse ferrugineuse, le bel instrument de M. Gambey, et de suivre Tes Oscillations de l’aiguille avec un soin scrupuleux (i).
(i) A tout événement, nous poserons ici le problème que serviraient à résoudre des observations faites dans tous les points que nous venons de nommer.
Dans^ l'hémisphère nord, la pointe d’une aiguille horizontale aimantée, tournée vers le nord, marche
o« Vest à Vouettf depuis 8 heures i/4 du matin jusqu’à 1 heure i/4 apràs midi }
De Vouést ù Vtsf, depuis 1 heure i/4 après uttdi jusqu’au lendemain malin.
Notre hémisphère ne peut avoir, à cet égard, aucun privilège; ce qu’y éprouve la pointe nord, doit se produire sur la pointe sud , au sud de l’équateur. Ainsi ,
De Yett i depuis 8 heurej iy4 du malin jusqu'à I heure i/4 après midi ;
De ïouttt à depoU i heuic i/4 après midi jusqu’au lendemain matin.
432 IHSTRüCTIOirS POUR LA BONITE.
En général, dans les lieux où l’expédition ne séjournera pas une semaine entière, il serait peu utile de se livrer à l’observation des variations diurnes de Xaiguille aimantée horizontale. Jl n’en est pas de même des autres éléments magnétiques. Partout où la Bonite s’ar- \
L’observation, au surplus , s’est trouvée d’accord avec le raisonnement.
Comparons maintenant les mouvements simultanés des deux aiguilles, en les rapportant à la même pointe, à cellé qui est tournée vers le nord.
Dans V hémisphère sud , la pointe tournée vers le sud marche
De Ÿut à l'MtMf • «lepais 8 heores i/4 du malin ju«qu*à I heure 1/4 après midi ;
donc la pointe nord de la même aiguille éprouve le mouvement contraire; ainsi définitivement.
Dans V hémisphère -sud, la pointe tournée vers le itoan marche
De. Vouetl a l'est , dcjtuis 8 heures i/4 du matin jusqu’à I heure 1/4 après midi ;
c’est précisément l’opposé du mouvement qu’effectue, aux mémés heures, la même pointe nord dans notre hémisphère.
Supposons qu’un observateur partant de Paris s’avance vers l’cquateur. Tant qu’il sera dans notre hémisphère, la pointe nord de son aiguille effectuera tous les matins un mouvement vers l’occident-, dans l’hémisphère opposé, la pointe nord de cette meme aiguille éprouvera tous les matins un mouvement vers l’orient. Il est impossible que ce passage du mouvement occidental au mouvement oriental se fasse d’une manière brusque; il y a nécessairement entre la zone où s’observe le premier de ces mouvements, et celle où s’opère le second , une ligne où , le matin , l’aiguille ne marche ni à l’orient ni à l’occident, c’est-à-dire reste stationnaire.
Une semblable ligne ne peut pas manquer d’exister, mais où la trouver ? Est-elle l’équateur magnétique, l’équateur terrestre, ou bien quelque courbe d’intensité ?
Des recherches faites pendant plusieurs mois , sur des points situés dans l’un des espaces que l’équateur terrestre et l’équateur magnétique comprennent entre eux, tels que Fernambouc, Payta, la Conception, les îles Pclcw, etc., conduiraient certainement à la solution désirée; mais plusieurs mois d’observations assidues seraient nécessaires, car, malgré l’habileté de l’observateur, les courtes relâches de M. le capitaine Duperrey , à la Conception et à Payta , faites ù la demande de l’Académie, ont laissé subsister quelques doutes.