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CHAPITRE PREMIER

81. En sylviculture, la méthode est l'ensemble des procédés raisonnes qu'il convient de suivre dans l'exploitation des bois. Les forêts s'exploitent suivant le besoin, c'est-à-dire quand les bois qu'elles renferment peuvent être coupés avec profit.

Anciennement, il y avait peu de besoins. On coupait sans ordre, prenant les bois exploitables aux endroits où il s'en trouvait. Il en résultait la plus grande diversité dans le peuplement des forêts.

Tantôt on avait seulement coupé quelques arbres çà et là. Tantôt on avait coupé des bouquets de bois, ou même des massifs entiers, dont les arbres avaient été vendus sans réserve. Ailleurs, les arbres laissés sur pied étaient disposés de telle sorte que le sol était couvert de semis. Ou bien on avait dégagé, par la coupe d'arbres mûrs, une jeune futaie qui s'était produite et avait vécu plus ou moins longtemps sous leur protection. Sur d'autres points, après une coupe rase dans laquelle on avait laissé quelques futaies, il s'était produit un repeuplement de brins de semence et de rejets de souche mélangés. Ou bien la coupe rase avait été suivie d'un repeuplement exclusivement composé de ' rejets de souche.

Ces cas particuliers et d'autres encore se présentaient avec plus ou moins de netteté et offraient un vaste champ d'observations aux forestiers qui conmaencèrent à réglementer l'exploitation des bois.

82. Le premier principe est celui de Tordre, qui a fait imaginer le partage de la forêt en divisions fixes, pour servir à l'assiette des coupes de proche en proche.

L'ordre s'introduisit d'abord dans les taillis exploités pour les besoins de la consommation annuelle. Os furent partagés en divisions d'égale contenance, suivies pour Tassiette des coupes qui se font de proche en proche et sans interruption. Elles reviennent dans le même ordre et au bout du même nombre d'années, qui est la révolution des coupes.

Les futaies pleines, destinées surtout à produire des

arbres de forte dimension, ne furent exploitées pendant longtemps encore que pour les besoins extraordinaires. Les délits s'y multipliaient au point d'en amener la ruine, et elles furent enfin mises en coupes réglées comme les taillis, c'est-à-dire en coupes d'égale contenance, assises de proche en proche et sans interruption. On prescrivit la coupe à blanc étoc, dont on a fait depuis le synonyme de coupe rase. Ces coupes comportaient des réserves, et le blanc étoc pe s'entendait que du ravalement des souches ou étocs des anciens délits. 'Le noniBre~in était considérable et mettait obstacle au rétablissement des forêts.

La première révolution fut fixée par l'ordonnance de Charles IX (i) à cent ans, sur cette donnée indiquée par Saint- Yon (2), que le chêne vit trois cents ans, cent ans à croître, cent ans en état et cent ans sur le retour.

Avec la révolution de cent ans, la coupe ne comportait que deux classes de réserves, celles de cent ans et celles de deux cents ans. Quand on réduisit la révolution à cinquante ans, à vingt-cinq ans et même au-dessous, le nombre des classes de réserves augmenta, et l'on arriva à la futaie d'âge mêlé.

83. C'est la coupe par contenance qui est le principe de Yart forestier. Il admet deux types, la forêt à'âge gradué et la forêt A' âge mêlé.

L'idéal, dans le premier cas, est le partage de la forêt en

(1) Ordonnance d'août 1573.

\%) Paris, 1610, page 293.

autant de divisions qu'il y a d'années dans la révolution. Chaque année on exploite la division arrivée à ce terme, les coupes se succèdent de proche en proche sans interruption, et la forêt présente une parfaite gradation des âges.

L'idéal, dans le second cas, Vétat no7*mal^ est le mélange sur chaque division de tous les âges, représentés chacun dans la proportion la plus avantageuse, depuis le jeune plant qui vient de naître, jusqu'à Tarbre parvenu aux dimensions qui le rendent exploitable. Les coupes se font à courte révolution et se renouvellent toujours dans le même ordre. Chaque fois, on enlève, sur chaque division et dans chaque classe d'arbres, une quantité de matériel équivalente à l'accroissement qui s'est produit depuis la dernière exploitation, de manière à rétablir le peuplement dans son état normal,

La révolution des coupes dans la forêt à' âge gradué est égale à l'âge des bois exploitables. Elle est longue. C'est la donnée fondamentale de l'aménagement, et à ce terme, sur chaque division, à mesure qu'elle y arrive, le capital forestier est entièrement exploité et renouvelé.

Dans la forêt d'âge mêlé, au contraire, l'aménagement est indépendant de la révolution des coupes, qui doit être courte, n se règle d'après l'accroissement qui s'est produit depuis la dernière exploitation. Le capital forestier n'est jamais entamé sur aucune division, et se renouvelle naturellement. Aux bois mûrs exploités succèdent, dans chaque division, les bois qui le seront à la coupe suivante. Il en est de même pour chaque classe d'âge, et

du sous-bois se dégagent progressivement les sujets nécessaires au recrutement de la futaie. Ds en font partie dès qu'ils ont atteint une grosseur déterminée.

84-. Dans la forêt à'âge gradué, les arbres sont de inême âge sur chaque division. A ce type du peuplement en bois de même âge se rapportent le taillis simple ou sans réserves, qui se reproduit après la coupe par rejets de souche, et la futaie d'âge gradué, que Ton appelle, par analogie, futaie simple, et qui se régénère par la semence.

La forêt A'âge mêlé est par opposition la forêt composée. Elle comprend le taillis composé ou avec réserves, qui utilise les deux modes de reproduction, les rejets de souche et la semence, et la faiaie jardinée ou composée, se renouvelant à mesure de l'exploitation, principalement par la semence.

85. Le traitement se résume dans lart de faire la coupe. On en distingue trois sortes : la coupe principale ou des arbres mûrs, la coupe d'éclaircie ou des arbres surabondants, et la coupe de nettoiement, qui a pour but le dégagement des jeunes bois.

Dans la forêt d'âge gradué, chaque coupe se fait dans des divisions différentes. La coupe principale se fait dans la division parvenue au terme de la révolution : c'est la coupe rase. Les coupes de nettoiement et d'éclaircie se renouvellent plusieurs fois pendant la révolution. Lu règle est de ne pas interrompre le massif et de faire disparaître seulement les arbres qui ne peuvent soutenir jusqu'à la coupe suivante, et finalement jusqu'au termo

de la révolution, la lutte pour Texistence qui est le principe de cette méthode.

Dans la forêt d'âge mêlé, les trois coupes se font la même année sur les mêmes divisions et se renouvellent de la même manière chaque fois qu'elles reviennent en tour. Le principe, après l'enlèvement de l'arbre mûr, est de prévenir la lutte pour l'existence entre les arbres du peuplement, par la suppression, non pas du faible comme dans la forêt d'âge gradué, mais de Vintermédiaire, qui ne végète qu'aux dépens du fort et du faible, au préjudice de l'accroissement général de la forêt.

86. L'accroissement étant l'augmentation de volume des bois existants cesse sur le sol de la coupe rase par le fait de la suppression du matériel. Avec les rejets de souche, il recommence dans le taillis simple, et avec le repeuplement naturel ou artificiel, dans la futaie d'âge gradué ou futaie simple. Il augmente d'abord d'année en année, devient slationnaire, atteint un maximum et diminue ensuite.

Dans le taillis simple^ exploité à la révolution de douze à quinze ans, le maximum est atteint de huit à dix ans. n ne l'est que de douze à quinze dans le taillis de vingt à vingt-cinq ans. Dans la futaie simple ce terme. est plus reculé et peut être influencé par les coupes d'amélioration.

Dans la coupe de taillis simple à courte révolution, s'il est fait une réserve à l'hectare de cinq à six cents sujets, régulièrement espacés, la reproduction du taillis n'en sera pas altérée, et cette réserve, que l'on exploitera à la

coupe sarninte, s^aconcHtrt joscfa^à œ moment à un taux moyen très élevé. EUe donnera par surcroît les bois de duHx qoe peut £ûre perdre rabaissement de la réTolutkm.

Dans les taillis simples à longue révolatioD, la ressers présente des avantages da même genre, maïs moins maïqo^. Elle ne pent être par bectare (pie de cent cîdqaante à trois cents sujets an plus ; ces baUveanx sont moins résistants, le taux de leur accroissement moins élevé que dans les taillis amples à courte révolution, et ils se couvrent de branches gourmandes.

Dans la fiitaie en bois de même âge, comme dans le taillis simple, on peut avancer la coupe en &isant une réserve. Les gros bois seront obtenus en moins de tamps et par surcroit, et le réensemencement naturel se fera mieux. Les coupes d'éclaircie et de nettoiement ne peuvent avoir le même résultat. Avec le massif en bois de même âge et complet, elles ne font le plus souvent que rendre à des sujets prêts à succomber une vigueur qui ne s'exerce qu'au préjudice des arbres dominants et finalement de la production ligneuse.

Pour diminuer les inconvénients de la futaie pleine en bois de même âge, il faut abréger la révolution, faire des réserves et arriver peu à peu au mélange des âges dans les peuplements.

87. La consistance normale de la forêt mélangée résulte d'une juste proportion des différentes classes d'âge dans la composition des peuplements. Elle est indiquée parle contrôle. Une fois obtenue, elle tend sans cesse à s'altérer par l'accumulation de l'accroissement annuel,

qui se fait à des taux différents dans chaque classe d'âge du peuplement, et peut même déterminer des anomalies dans la marche naturelle de Taccroissement. C'est encore le contrôle qui indique Texcès de matériel à enlever dans chaque division pour la ramener à son état normal. La «oupe consiste à prendre dans chaque classe d'âgeTexcès de matériel accumulé depuis la dernière exploitation.

En résumé, la révolution n'est qu'une hypothèse sur l'accroissement, et les aménagements qui reposent sur cette donnée sont plus compliqués et présentent moins de garanties que ceux qui reposent sur la donnée même de l'accroissement périodiquement déterminé par le contrôle.

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