XXIV PRÉFACE
férens systèmes dans un seul et même organisme, aussi bien que clans des organismes divers , est déjà une réduction de la variété à l'unité. Il n'existe donc qu'une différence graduelle entre la méthode qui consiste à considérer l'anatomie comparée, et celle qui, s'occupant de préférence à raaiener les uns aux autres les phénomènes de la variété et à chercher les ressemblances qu'ils offrent, parvient à établir cerlaineslois; je ne vois donc pas comment "on en est droit de présenter cette tendance comme une époque nouvelle et particulière de l'anatomie comparée. Une chose encore plus contestableestrhonneurdeladécou-' verte de cette prétendue route nouvelle et tout-à fait propre que semble s'attribuer M. Geoffroy, (i) On a non-seulement très-bien reconnu, il y a longtemps, l'unité du plan suivi dans l'organisation animale , mais on a aussi ramené, plus ou moins les unes aux autres, les différentes parties de certains systèmes dans les divers animaux; ces faits sont renfermés soit dans des mémoires isolés^ soit dans des ouvrages généraux sur l'anatomie comparée.
(i) GcofJ'roy-St-IIitaire, Philosophie .inatomiquc , iSi8.
DE l'auteur. XXV
C'est surtout Timmortel Vicq-d'Azyr qui a tracé la route, en comparant la même partie dans divers animaux, les différentes régions dans le même corps, et surtout les membres dans le même animal. 11 n'y a pas de doute qu'aux Allemands n'appartienne Tlionneur d'avoir suivi cette direction, indépendamment des derniers efforts de leurs voisins; peut-être serait-il plus exact de dire que celte route a été parcourue en même temps par les deux nations j l'accumulation des faits isolés et les images générales déjà tracées dans les traités généraux faisaient éprouver à l'esprit de tous les observateurs le besoin de les rallier sous des points de vue aussi généraux que possible.
JNous pouvons de même affirmer que c'est maintenant notre nation qui travaille surtout aux progrès de l'anatomie comparée. Noire situation cependant est très-ingratej nous manquons d'un centre général dolé d'une riche collection ; nous sommes peu favorisés par la position géographique et les rapports du commerce; le penchant pour la science que nous traitons, csl même encore assoupi dans une grande partie de notre patrie commune, où elle serait peut-être
loiit au plus considérée comme auxiliaire de l'art A'éLerinaire j enfin presque tous les travaux se font aux frais des particuliers (cenx-îà seuls qui sont au fait des détails de cette science peuvent apprécier toute l'étendue de ces sacrifices); et pourtant^ on peut le dire, il n'j a pas, de pa^'S où cette partie des sciences naturelles soit généralement cultivée avec le même zèle et le même amour que chez nous. Notre exemple démontre que Texiitence d'un grand nombre d'institutions tenues sur un pied égal et non comprimées par une seule, qui possède le monopole de la science, est encore ce qu'il y a de plus profitable et à la science et à l'inslruction ; cela prouve en outre que les seuls efforts du simple particulier, sans qu'il reçoive de grands secours du gouvernement, peuvent conduire à de bons ci utiles résultats, pourvu qu'il ne soit pas gêné dans ses recherches.
Peindre les charmes de Tanatomie comparée me parait absolument inutile ; ils s'offrent d'euxmêmes à tout esprit dont la culture n'a pas été entièrement négligée. Quant à la question de son utilité, c'est-à-dire de son influence sur d'autres sciences, nous al'ons essayer d'en tracer
DE l'auteur. x;xviï ini aperça. H est iuconteslable que ia physiologie ne saurait exister sans l'anatoniie comparée , qui lui fournit une grande partie des notions à l^aide desquelles elle parvient à expliquer les phénomènes vitaux en générai et en particulier; je dirai taêiue plus, l'anatomie comparée n'est évidemment qu'une partie delà physiologie dans le sens le plus étendu de ce mot. Les esprits, même les moins élevés, entrevoient la nécessité de la science qui est le sujet de cet ouvrage, pour servir de guide dans les expériences physiologiques.
L'anatomie comparée n'est pas moins intéressante pour la zoologie, dont en effet elle n'est également qu'une partie, si on veut bien considérer qu'elle a pour objet la description des animaux, et qu'il n'y a évidemment point de différence essentielle entre la disposition de la surface extérieure et les organes intérieurs qu'elle cache.
Or, puisque la physiologie et la zoologie doivent être familières au médecin éclairé (proposition dont la preuve est inutile pour le véritable médecin et superflue pour l'esclave de la routine ) , l'anatomie comparée devient
XXVIII PRÉrACE
une partie intégrante, nécessaire même des études médicales ; car la physiologie de riiomme n'est, en eft'et, qu'une dépendance de la physiologie générale. Celte vérité n'avait pas échappé au génie du grand Haller ; il la proclamait par ses paroles, et la prouvait par les faits (i).
L'anatomie comparée est encore de la plus haute importance pour l'étude de l'anatomie et de la physiologie humaines en elles-mêmes; en effet, certains organes de l'homme sont formés d'après un type tellement compliqué, que sans les rapprocliemens que fournit l'anatomie comparée , l'usage et la fonction de leurs différentes parties ne pourraient pas être reconnues avec certitude, ou échapperaient peut-être toujours à l'observation, dérobées à nos moyens de recherches par leur petitesse et leur
(i) Vorùm ab humanà anatomiA pliysiologla m'inimi'' plena repetitur. Quotidiè experior, de plerariimqiic parliiim corpoi is animalis functioiiibus non posse sincernm jiidiciiini ferri , iiisi ejnsdem partis f;ihi ica et in honiine, et in variis quadrupedibus, et in avibus et in piscibus, sxpè etiani insectis innotueril. — Elenienta Pliysiologix corpoi is bumani. T. I. 17S7. Lausannoc, Prxf. pag. 3.
DE l'auteur. XXIX
courte durée. Haller (i) lui-même a cité un exem- "ple très-frappant de la première espèce, le système biliaire ^ les enveloppes du foetus constituent un exemple aussi remarquable de la seconde. Si on négligeait Tétude des enveloppes du fœtus des mammifères , et plus encore de celui des oiseaux et des reptiles , il serait impossible de traiter du Téritable mode d'origine der l'embryon humain , parce que cette élude seule fait connaître les raipports du germe avec le vitellus ou la vésicule ombilicale. Cette vérité a surtout été bien exprimée par le docteur Dutrochet (2), qui a si bien mérité de la science pour l'histoire de ces parties.
« Il est beaucoup de circonstances où l'his- » toire anatomiqueet phj-siologique de l'homme » a besoin de s'aider des lumières que fournit » Tanatomie comparée ; mais c'est surtout w dans l'histoire du fœtus humain que ce » secours étranger devient indispensable j sans 5> lui il serait impossible d'arriver à la connais-
(r) Loco cit.nto.
T. VI, pag. 474.
— (2) Bulletin de la Société de Médecine,