DES LOIS DE FORMATION EN GENERAL
Deux ordres de considérations naissent de rétude delà forme animale, suivant qu'on l'examine : I» en elleTraême et dans ses rapports avec la force physique, cause prochaine de son existence; a® sous le point de vue de la tir| 4 laquelle elle tend, et de la çlépendance qui la rattache à la force intelligente ou psyCologique, principe originaire de sa créatipîi.
Du premier ordre de considératipi^s sortent deux lois principales : la première peut être nommée loi de variété; la seconde, Iqi d'identité, d'analogie ou de réduction à un type cpmmun.
. Loi de variété.
La diversité des formes est la première qualité générale par laquelle tout être organisé, et même tout objet matériel frappe l'esprit de l'observateur. Aussi sommes-nous conduits à traiter d'abord de la loi de variété, qui en embrasse tous les faits.
Cette loi n'est pas fondée seulement sur les différences qui tranchent les deux règnes appelés si improprement organique et inorganique, mais en outre sur les caractères distinctifs propres à la forme qu'affecte l'organisation prise dans son ensemble, et plus particulièrement la condition animale. La variété de la forme animale s'exprime de diverses manières. Lorsque certaines dispositions se rencontrent beaucoup plus fréquemment dans des parties déterminées que d'autres , on dit que les premières sont régulières 0)ji normales, et les secondes irrégulières ou anormales. L'état régulier fournit lui-même plusieurs points de vue secondaires :
1° Dans le même organisme , les organes , ou les collections d'organes se présentent en nombre variable; ou, abstraction faite de la diversité
d'anatomie COMPAR^îE. f) des pièces composantes, les contours de cet orcanisme sont différens dans chaque région; ou enfin, les parties qui concourent a le constituer, présentent elles-mêmes des modifications variées ;
2° Entre les divers organismes; les traits distinctifs se multiplient et se subordonnent; au premier rang se placent les caractères qui ont permis d'établir, avec des degrés de précision divers, ces groupes connus sous le nom de variétés , d'espèces, de genres, ordres et de classes. Vient ensuite une différence moins tranchée, mais tout aussi remarquable ; c'est la différence sexuelle, qui subdivise la plupart de ces groupes, et qui partage en deux grandes moitiés toute la création organique. En s'éloignanl de la considération des sexes, l'attention s'arrête sur les lignes de démarcation qui servent à circonscrire les dernières divisions établies entre les organismes^ c'est-à-dire, les différences individuelles ;
3o Enfin, le même organisme éprouve des changemens plus ou moins complets dans le cours des périodes qui espacent la durée de son existence. De ces modifications, qu'on peut appeler par cela même, et faute d'un meilleur mol, j)ériodaires , les unes passent sans retour, les autres se reproduisent.
Tels sont les aspects variés sous lesquels la forme organique, et spécialement la forme animale peuvent être envisagées. Le naturaliste , et surtout le zootomisle doivent soumettre toute organisation et toute partie isolée d\)rganisation au jour de ces divers points de vue.
Loi de réduction à un type commun.
Quelque prononcées que soient les diversités de forme qui ont servi de base à la loi de variété, on ne peut méconnaître entre elles certaines similitudes à l'aide desquelles elles peuvent être ramenées les unes vers les antres. Sur ces analogies se fonde la loi de réduction à un tjpe commun. Elle n^est pas moins facile à démontrer que la loi de variété.
Analysez, en efi'et, les parties constitutives d'un même organisme , vous verrez que d'une part elles ne contrastent entre elles que parce que les signes différentiels qui en distinguent les élémens ne sont que des degrés inég .ux. d'analogie; d'autre port vous saisirez, à travers les traits de relief (jui isolent chaque groupe d'organes , des conditions générales de forme, à l'aide desquelles ils tendent à se confondre.
. d'anatomie comparée. II
Comparez également les régions différentes du même animal , vous trouverez qu'il existe entre elles quelque chose de commun.
Opposez même les divers organismes, et vous serez frappé de l'analogie évidente qui les unit.
Sur quelle base reposerait en effet cette réduction des espèces en genres, et des genres en ordres, s^il n'existait pas entre les individus euxmêmes des traits de ressemblance qui servissent à les grouper ?
La reclierche de ces analogies suppose l'absiraction des différences. On ne fait ressortir ici que les points de contact.
Enfin , quelque absolues que soient les modificalions variées qui marquent les diverses périodes de la vie, elles ne sont pas moins fécondes en preuves confirmatives; ainsila forme primitivede tous les animaux est presque semblable, mais le caractère de l'espèce est si profondément empreint dans l'être organisé qu'à peine les premiers développemens ont-ils eu lieu, et déjà les dislinctions spécitîques se sont prononcées. C'est en dirigeant ])lus particulièrement ses recherches sur les pièces conslitulives de l'œuf,, propres à la première période de sa formation, que l'on voit cette vérité dans tout son jour. Ces parties, quoique disparaissant après celte première époque, n'appartiennent pas moinsà l'organisme quecelles qui ])ersislent pendant toute la durée de la vie, et
leur étude ne conduit pas à des résultats moins exacts.
D'autre part , et c'est incontestablement ce qu'on peut dire déplus convaincant en faveur de la loi de réduction à un type commun, il est possible de ramener toutes les variétés les unes aux autres.
Que l'on suive, en effet, la succession des pbénomènes présentés par un même organisme, depuis le premier moment de sa formation jusqu'à une époque déterminée de sa durée, on verra qu'il parcourt les principaux degrés d'organisation offerts par la série animale depuis l'être le plus simple jusqu'au rang qu'il occupe. Il suit de là que ces variétés de forme qui signalent les diverses périodes de la vie d'un individu , coïncident avec celles qu'on peut appeler zoographiques , ou traits propres à caractériser les difFérens êtres animés. Il en est de même du sexe. Cette modification distinctive des organismes entr*eux est analogue à celle qui oppose les uns aux autres les systèmes , les régions et les portions du même être.
b'aNATOMIE COMPARliE.
Force physique, cause prochaine de l'organisation.
L'étude séparée ou collective des phénomènes yariés que nous avons embrassés dans ces deux lois sur la forme animale conduit, soit directementj soit d'une manière plus éloignée à reconnaître une force physique , comme cause prochaine de l'existence des êtres organisés, et ces accidens divers de variété et de similitude font ressortir une analogie évidente entre ces phéno-' mènes et ceux attribués à Y électricité et au magnétisme. Cette force physique n'est toutefois que l'instrument mis en usage par la force psycologique. L'action d'un pouvoir intelligent est inscrite dans la disposition propre aux êtres organisés et surtout aux animaux. Elle n'est nulle part aussi évidente que parmi les êtres de cette dernière section du règne organique, qui présentent une économie plus compliquée, des parties plus nombreuses et réservées à des fonctions plus supérieures, telles que les facultés morales. Les traces non équivoques d'une reialion in lime entre les propriétés des instrumens de l'organisation et leurs usages, dont la fin immédiate est la conservation de l'être, et le but plus éloii^né celui de l'espèce, laissent-elles un instant
'l4 TRAITÉ GÉNÉRAL
Tesprit en doute sur la réalité de cette origine primitive?
Sur ces considérations est fondée la loi de tendance Jinale. Comme les précédentes, elle s'applique non-seulement aux données qui se tirent de la forme, mais aux actions qu'exécute l'organisme.
Nous nous bornerons à ce peu de mois sur cette loi de tendance finale. La description de chaque organe en devient une preuve nouvelle.
Les lois de variété et de réduction à un type commun seront, au contraire, ici, l'objet d'une étude détaillée.
d'aNATOMJE COMPARlïE. l5