I06 TRAITÉ GÉNÉRAL
La classe des vers intestinaux ^ quoique adoptée généralement par les naturalistes les plus distingués, me paraît susceptible de grandes objections. D'abord elle comprend des animaux fort dissemblables réunis par un seul caractère, purement accidentel, qui consiste à habiter le corps d'un autre animal j ensuite la plupart des ordres et des genres des vers intestinaux offrent, avec d'autres animaux dont cette méthode les tient fort éloignés, des rapports de structure et de forme beaucoup plus étroits qu'avec d'autres vers habitant le canal digestif.
Lesintestinauxparenchymateuxde M. Cuvier, dépourvus d'un tube digestif propre, devraient, par exemple, être rangés dans la dernière cla se, c'est-à-dire, dans les infusoires , tandis que ceux de ces vers, formant le second ordre, qui ont un canal destiné à l'acte digestif devraient être placés parmi les annelides.
On pourrait faire, sur celte classification aussi bien que sur toutes les autres, d'autres remarques semblables; mais elles ne prouveraient que l'impossibilité de satisfaire à toutes les conditions exigées, et serviraient à démontrer par quels points de contact nombreux un animal en avoisine plusieurs autres. Les difficuités que Ton rencontre à élabiir de grandes divisions, s'accroissent d'ailleurs à mesure que ces divisions sont plus sommaires. Quelles qu'elles soient ce-
jd'anatomie comparée. 107 pendant, quelque satisfaisant qu'il semble pour l'esprit de s'en reposer sur la me'thode qui n'admet pas de coupes supérieures aux classes, et qu'ont adoptée plusieurs naturalistes, il ne peut être que d'une haute utilité de tendre à réduire le plus possible les divisions j le but de cette réduction étant de donner une image de la forme animale plus simple et plus yjarfaite.
J'adopte donc , comme je Tai déjà dit plus haut, la distinclion qui sépare les êtres du règne animal en vertébrés et invertébrés. Les rapprocliemens nombreux qui unissent entr'eux les individus appartenons à chacune de ces grandes divisions et qui les éloignent des animaux constituant celle à laquelle ils sont étrangers me paraissent suffire pour en déterminer l'adoption.
Après cette première division viennent les classes. C'est par l'étude des particularités à Taide desquelles on les isole, que nous commencerons ; nous en tirerons ensuite les caractères qui sont propres à différencier les animaux à vertèbres des animaux qui en sont privés. La question relative au classement des différentes collections et àl'ordresuccessifsuivantlequel elles doivent être rangées et exposées ne sera trailé qu'après; enfin nous terminerons par l'exposition générale des signes par lesquels les formes supérieures se tranchent des conditions inférieures de 1 animalité, c'est-à-dire nouS ferons niistoiro de la
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série graduelle des pei fectionnemens qui se manifestenl dans la forme animale.
L'ordre qui nous semble le plus convenable pour étudier les formations animales , ainsi disposées, consiste à commencer par les plus inférieures. Celte marcbe est conforme à celle qui a présidé à la constitution d es difFérens organismes, et que suit encore l'animal supérieur dans ses développomens progressifs.
Les protozoés de Goldfuss, qui a ainsi dénommé la plus inférieure de ses divisions, dans laquelle on peut réunir en effet les infusoires, les zoopliytes, les acalèphes et quelques "vers intestinaux, comprennent les animaux qui- diffèrent le plus sous le rapport de la forme extérieure et delà disposition intérieure.
La coii figuration de ces êtres est très-simple; ils sont ou globuleux, ce sont les moins complexes, ou arrondis et oblongs, ou aplatis et tantôt discoïdes, laulôi alongés; la surface en est uniforme, sans prolongement particulier; en général ils ne présentent nulle trace de distinction de parties,' il n'y existe pas d'articulation. Si le diamètre
d'aNA-TOMIE COMPARIÎE. lOQ
cliflfère en divers points de l'étendue, c'est insensiblement que cette modification, qui n'est jamais répétée plusieurs fois, s'esl produite dans les dimensions proportionnelles. Une exception à cette règle se \oit cependant dans les entelmintlies, particulièrement dans les ténias [cestoidea). Ici le corps est, au contraire, formé d'un nombre ordinairement Irès- considérable d'articulations, en général très-semblables les unes aux autres , et séparées enlr' elles par des étranglemens qui n'ont pas partout une profondeur égale.
Sans quitter ces degrés inférieurs de la série animale, on observe déjà de petites pointes fines, des poils très-ténus, des cils, des cirres, placés
surtout autour de l'extrémitéanlérieuredu corps, et qui la circonscrivent, comme une couronne, annonçant les rudimens des prolongemens qui doivent plus tard compliquer la forme extérieure. Ordinairement ces prolongemens sont mous et de la même substance que le reste du cor])S. Chez les entozoés^ qui en sont pourvus , ils sont plus durs, et forment des crochets qui servent à l'animal pour se fixer. En en suivant les modifications, à partir des premiers animaux .où on les trouve , on les voit d'abord fort courts, quelquefois en petit nombre, ensuite s'alonger insensiblement, enfin, surpasser, comme dans les hydres, la longueur totale du corps.
Ils acquièrent aussi des perfectionnement
IIO TRAITÉ GÉNÉRAI.
correspondans ; simples filamens , à leur état le moins compliqué , ils se hérissent, à des degrés d'organisation plus avancés, de poils, de cirres plus petits qui en recouvrent toute la surface ; comme, par exemple, dans plusieurs tubulaires et pennatules ; ou bien ils se divisent en rameaux plus déliés, comme dans les cassiopées. On les voit aussi doubler leurs rangs autour de la bouche, et présenter ainsi une couronne intérieure et une couronne cxtéi ieure.
Dans une complication plus grande, ces appendices se façonnent suivant des types différens et deviennnent, du moins en partie, les organes de fonctions diverses. Un grand nombre d'acaléphes ou de méduses offrent les preuves de ces modifications j leurs bras se partagent en suçoirs et en tentacules, qui se distinguent eux-mêmes les uns des autres par la position, la forme et le volume. Les acalèphes présentent souvent aussi ailleurs qu'au pourtour de l'ouverture buccale des prolongemerîs courts faisant fonction de tentacules, tantôt situés sur les bords du corps de l'animal^ lorsqu'il est discoïde, tantôt disposés en plusieu: s lignes longitudinales lorsque le corps se ra|jproche de la forme d'un hémisphère.
b'aîiîatomii: comparée.
La structure intime de ces êtres n'est pas moins remarquable en différences.
Dans le^ plus inférieurs, la substance est bomogène ; ce sont des globules simples. Au degré immédiatement supérieur, ce sont des boules formées par la réunion de plusieurs globules d'un volume moindre.
On peut donc se figurer les animaux supérieurs comme résultant de l'agglomération des infusoires simples , libï'es, mais ne jouissant plus d'une existence indépendante (i).
Le corps des premiers animaux est plein et sans vide ; en avançant on y voit se creuser une cavité aHmentaire ; elle est à l'état le plus imparfait dans les vers intestinaux qui appartiennent à cette division. Plusieurs d'entre eux, les bolbrio^ cépliales, les tricuspidaires, n'offrent que des enfoncemens de succion ou une trompe imperforée ^ qui indiquent la trace de cette cavité. Chez ceux-mémes où elle paraît plus développée, cliez les ténias , on la voit se terminer avant qu'elle ait atteintl'extrémité postérieure du corps.
(i) Buffon , hist. nat. t. II. — O. F. MuUer, Animalcuta infasorla, Havniae^ 178S, — JPraef. p. a4, a5.
11^ TRAITÉ GÉNÉRJLL
Cependant on voit des animaux beaucoup plus petits, des iiifusoires^ par exemple, puis des polypes, présenter le canal intestinal pli s parfait, distinctement creux, à dimensions pronortionnelies plus grandes et s'étendant dans loule la longueur de l'animal. Dans plusieurs autres entozoés et notamment dans plusieurs vers plats (Jimacoidea), l'intestin étroit et ramifié se distribue, au contraire, dans toute la substance de l'être.
Les méduses réunissent ces deux formes. La première partie de l'intestin est vaste et simple, comme l'estomac des polypes ; la seconde s'étrécit et se ramifie comme dans les entozoés mentionnés.
Unique dans les animaux les moins développés, les infusoires et les polypes, l'orifice buccal, ou l'empreinte qui en tient lieu, est généralement multiple dans les espèces plus élevées. Il y en a quatre dans certaines méduses ; plusieurs d'entr'elles même, telles que le cassiopea frondosa, en ont dix^ autant que de bras.
Les parois de la cavité intestinale ne sont pas le plus communément distinctes de la substance de ranimai. Ce canal ne forme encore que des routes particulières , et non des organes propres en rapport immédiat avec la conservation de l'être.
La surface extérieure et intérieure, ou autrement la peau et le canal intestinal , sont les seules parties qu il soit possible de déterminer dans les animaux inférieurs. On voit cejieiidant
d'aptatomie comparée. 1i3 déjà dans quelques niétluses naître du canal intestinal des appendices particuliers, s'ouvrant dans la cavité de ce canal, et qui ne sont autre chose que des ovaires; organes correspondans aux parties £;énéralrices femelles des animaux supérieurs Par une singularité remarquable, les entelminîhes qui, par tout le reste des conditions de leur organisation, apjxirtiennent à des animaux en apparence si inférieurs, ne se bornent pas à préscntt^r des organes femelles ; mais ou s en montrent tolaiement privés, les vers vésiculaires sont dans ce cas, ou sont pourvus des deux sexes n réunis, comme les treniatodées et les cesloïJées ^ quelques-uns enfin ont les sexes séparés comme qneltpies acantliocépliales et spécialement les échinorynques.
L'organe respiratoire est ici nul en général. Différentes parties des acaièplies ont été regardées, il est vrai, comme servant à la respiration. Je citerai d'abord les vaisseaux qui partent de l'estomac (i), ensuite ime couronne de plis qui entoure ce vi.scère dans plusieurs de ces animaux (2); enfin des vésicules, d\in volume variable , qui circonscrivent l'estomac d'un cercle plus ou moins resserré, et s'ouvrent cependant séparément de cet organe, à l'exté-
(i) Péron, jinn. rf« ilfuiée , t. XV, p47 — (a) Péron, 1. e, pag. 54.
Il4 TRAITÉ GÉNÉRAL
rieur (i). Mais les premiers de ces organes accomplissent l'unique fonction d'apporter le fluide nutritif, les seconds ressemblent |51utôt à des organes de locomotion , et les derniers sont des vessies natatoires, qui ne sont remplies d'air que quand Tanimal se trouve à la surface de l'eau. D'ailleurs unerespiralion aérienne, chez les méduses, serait une exception trop forte à la règle commune qui régit tous les autres animaux voisins de ces espèces.
La plupart de ces animaux vivent séparé» : d'autres, notamment les polypes, ou les phytozoés que quelques naturalistes ont séparés de ces derniers, ainsi que plusieurs vers intestinaux, savoir, les échinocoques et les coenures, vivent réunis.
Ceux-ci offrent l'exemple de plusieurs individus réunis en un assemblage commun, exemple qui se reproduit aussi, mais beaucoup plus rarement, chez des animaux un peu plus éievés dans l'échelle.
A cette disposition se lie très-généralement l'existence d'une matière, plus ou moins consistante, qui se ramifie en arbre j tantôt entourée par une
(i) Crtcrfe , Beitr. zur Anat. . u . Physiol. der Medusen. Berlin, 1816, pag. 17.
d'anatomie comparée. ïi5
ëcorceanimale, mol le. tantôt servant (l'enveloppe à celle-ci , comme le ligneux d'un arbre en contient la moelle. La substance animale est un tissu analogue à celui du polype libre qui, aux degrés les plus inférieurs de Torganisation ^ par exemple, dans les éponges, se montre sous la forme d'un simple tégument gélatineux , mais qui constitue en général des animaux oblongs el arrondis, semblables aux polypes qui vivent indépendans^ et ayant la boucbe armée d'un cercle de tentacules.
De ces êtres, plusieurs sont divisés en céraiophjtes eX. lithojjhjtes ; à 'i^imcXÀon établie sur le degré de dureté de leur substance solide ijui est cornée clans les premiers, pierreuse dans les seconds.
La plupart sont fixés par une base large; d'autres, les pennatLiles et esj.èces voisines, ne sont pas attachés et peuvent par conséquent se déplacer.
Les polypes communiquent entr'eiïxau moyen de canaux simples qui pénètrent la substance molle du tronc ou polypier et renferment un liquide mobile en diverses directions, contenant desglobules liqnides^ qui tant que le polype n'est pas développé; le parcourt dans toute sa longueur, mais s'arrête ensuite dans la partie resserrée, à l'aide de laquelle l'animal est fixé sur les corps (i).
(i) Cavolini, Mémorie per servir alla storia dei polipi mariai. Kapoli, 1785, pag. 197.
Il6 TRAITE GEKKRAL
11 en résulte que dans le principe la communication entre les divers individus du polypier est plus large et plus facile, sans que pour cela, à aucune époque , la nourriture prise par un des membres de la communauté devienne jamais indifTérente à la masse.
Là se borne en général le nombre de leurs parties déterminables. Plusieurs d'entre eux,notamment les gorgones (i), semblent cependant pourvus d'organes de génération ; ce sont des ovaires et des canaux qui s'ouvrent à l'extérieur^ isolément du canal intestinal, au pourtour de l'oriKce buccal et entre les tentacules.
Une question s'élève ici qui a été résolue con-, tradictoireraent.
Ces portions dezoopbytes agglomérés, reproduisant cbacune en particulier l'image exacte du polype libre et indépendant, sont-elles des individus qui n'ont de commun que leur réunion, ou sont-elles les parties d'un même animal?
Il est incontestable que les polypiers ne se forment pas d'oeufs ou de gemmules qui se réuniraient accidentellement; mais il ne résulte pas de celaijue chaque partie du polypier ne soit pas un animal propre.
On a allégué, contre l'existence propre de cbaque partie du polypier la communication de tous les polypes < nir'eux et avec le ironc com-
I CavoUni > i. c. [lag. ao.
d'anatomif. compà-RF-ïï. 117 nnin; 2° les moiivemens simultanés qui produisent Ja natation des pennatules ; 3« le développcment d'animaux coralloïdes en jeunes troncs à plusieurs po'.ypes sortis d'un même oeuf; 40 la propagation facile de l'irritation d'un polype à l'autre (i). Mais que prouvent ces phénomènes, si ce n'est que les individus qui for mentle zoopliyte entier sont étroitement et intimement unis en un tout unique? Chacun de ces polypes est un organe , par ra pport à l'ensemble, et un organisme, par rapport à, lui-même.' Tous présentent individuellement les mêmes conditions d'existence qu'une hydre isolée. Or, si l'hydre est un animal y)art!culier, le polype partiel le doit être aussi; par une induction semblable, l'hydre devient pour nous un animal, tantôt simple, tantôt composé, à des degrés difFérens; simple quand elle ne pousse point de bourgeons, composé lorsque le nombre de ces productions est plus ou moins considérable. Il n'y a , dans ces deux modes d'exister, qu'une seule différence; les jeunes hydres se détachent successivement, et ne font par conséquent que passagèrement partie du tout composé; tandis que les polypes faisant partie d'une masse commune restent fixés, pendant toute la durée de leur vie, au tronc Cjui leur a donné naissance. Déjà l'origine des poly[jes agglomérés conduit à
(i) Schweigser, 1. c. pag. 344.