IV. Différences tenant à la bâtardise
Les 'diiFérences qui proviennent de cette sôlirce sont moins importantes qu'aucune de celles dont il vient d'être question.
d'anatomie comparée. 4oi La raison en est^ sans doute^ dans l'irrégularité de la cause à laquelle elles sont dues; cause dont les circonstances se représentent rarement à l'état naturel, et qui consiste dans Faction mutuelle de la matière prolifique appartenant à deux espèces différeni es ^ d'où résulte un produit nommé bâtard^ métis ou hybride.
Les conditions sous lesquelles se présentent ces différences sont les suivantes :
1° Une grande analogie d'organisation, pour qu'il y ait génération possible. On cite, il est \raij des cas de copulation féconde entre des chiens et des chattes (i), entre des dindons et des poules ip), le coq et la cannc(3) ; on donne comme certain une copulation parfaite entre le cantharis melanura et Velater niger (4j. Peut-être même le grand nombre des espèces que l'iDn compte parmi les insectes dépend-il de fréquentes copulations de cette nature suivies de fécondité. La ressemblance est si grande dans ces espèces 1(5).
(i) Veratti Galer. di Minerva, T. VII, pag. 67. Un autre cas cité au Muséum des fVundert'oUen (Musée des choses curieuses), vol. X, cah. I , p. 8. — (a) Physikal. Belustig. Bd. i. (Récréations physiques.) — (3) Scliœpf s Reisen. Bd. r. S. i38 (Voyages). — Beclistein gemeinniitzige Naturgeschichte. — (4) Jîosst , sull' accopiamento d' una cantarida con un' elatere, Memorie di Verona, T. VIII, page 119. — (5) Graven/iorst ûber Bastarderzeugung in Voigt's Magazin, Bd. XI, St. 3.
402 TRAITÉ G^NÏRAL
De même, les jum'ars sont considérés comme le produit de semblables copulations entre des individus du genre bœuf et d'autres du genre cbeval. On croit même que des animaux plus différens encore, comme les lapins et les chats peuvent se reproduire entr'eux, et Ton regarde comme preuve en faveur de celte assertion les chats à queue courte, munie d'un paquet de poils, et qui sont portés sur des jambes de derrière plus élevés que celles de devant. Mais la plupart de ces faits ne sont pas avérés.
Dans le cas rapporté par Rossi, et sans doute aussi dans d'autres, surtout dans ceux où il y a eu réunion entr'animaux de différentes classes, la copulation s'est effectuée; mais en est-il résulté fécondation ? C'est ce qu'on ne sait pas. Quant SiWii. jumar s, ce sont apparemment de petits âneo ou bardeaux rabougris; plusieurs raisons conduisent à cette conclusion: loTous les insignes indiqués pour les caractériser comme bâtards des espèces que nous venonsde nommer,sonl propres à ces animaux, a» La petitesse deleur taille, prouve d u aroins qu'ils n ë sont j amais le produit de la copulation d'un taureau et d'une jument, puisque les bâtards imitent en général la mère, sous le rapport du volume. 3° Malgré la fréquence de leur existence, on n'a jamais eu de témoignages bien authentiques attestant leur prétendue origine. 4° La copulation entre les espèces^ que l'on considère comme les parens de ces êtres, n'a
d'aNATOMIE COMPAREE.
jamais eu lieu spontanément en champ libre, mais a été constamment le résultat d'expériences faites dans ce but, et n'a jamais été suivie que d'infécondité. 5° L'anatomie de ces animaux a toujours démontré que les uns étaient des ânes, les autres des bardeaux (i).
On voit, au contraire, entre des animaux plus voisins l'un de l'autre, non-seulement une copulation féconde, mais les produits de cette union bâtarde sont quelquefois eux-mêmes susceptibles de se reproduire. C'est surtout par les métis du loup et du chien que sont fournis de semblables exemples, de sorte que Buffon (2) , qui niait d^abord la possibilité d'une copulation féconde entre ces deux espèces , a observé et décrit lui-même des cas où ces bâtards se sont reproduits jusqu'à quatre généralions (3jj il existe plusieurs autres faits semblables (4).
Il n'en est pas moins certain que le renard et le chien, le lama et la chèvre (5), le chevreuil et la chèvre (6), l'âne et le zèbre (7), le cheval et
(i) (7aWanî, Sojirg li giummari , etc. Mem. di Verona, T. X. — HiU. nat. T. V, page ai 3. — (3) Sujjplémens, T. Vil, page 161. — (4) Ibid. , T. m, pag. 14, 107. —Voigt's Magazlin,
Toi. IX, cah. 4. — (5) Mattioti dans Rossi , 1. c. pag. lai.
■(6) HeHeniut, dam les Nouveaux Mémoires de PAcadémiè suédoise, yol. XI. — (7) CUvCy dm» Roffi, h c.
4o4 -TRAITIÎ GÉNÉRAL
Tâne, font des hybrides quelquefois capables de procréer une postérité (i).
Les expériences de Sprenger (2) prouvent également une fécondité pareille dans les oiseaux bâtards. Des faits journaliers tirés du genre fringille, ne permettent d'élever aucun doute sur ce sujet.
11 est remarquable, et celte observation est de de la Torre, que les mulets femelles sont assez fréquemmentdoue's delà puissance génératrice qui est constamment refusée aux mâles. L'explication qui semble plausible d'un tel fait, c'est que les organes de la génération d'abord femelles ne peuvent pas, dans les productions bâtardes, s'élever toul-à-fait au degré d'organisation des parties génitales mâles.
La faculté de produire des êtres bâtards ^ n'est pas uniquement bornée aux espèces voisines desanimaux, où la fécondation s'opère dans l'intérieur de l'être maternel ; mais on la retrouve ^encore dans les animaux où, comme dans les poissons, le sperme est versé sur les œufs de la femelle , sortis en - dehors. Ainsi se sont
(I) De Nort, Hist. de l'Acad. de Paris, i/fig, p. 47» de même delta Torre, pour des bardeaux et dès mulets femelles. — Caldani, suUe mule gravidi , Mem. dl Vcrona, T. IX. — Hcllenius, pour le bâtard du chevreuil et de la chèvre. — (a) Op. php. math. Hann. 1753, page 37.
d'ana-TOMie comparée. - 4^5 formés plusieurs espèces bâtardes parmi les carpes.
La ressemblance extrême qui existe entre beaucoup de tritons ne rend pas invraisemb able, que plusieurs de ces espèces ne puissent se féconder réciproquement.
2. Les métis sont plus fréquens et p^us féconds dans les espèces inférieures qae dans les espèces élevées; sans doute par la raison que la force organique est plus rigoureusement bornée airx phénomènes de formation, et est, par cela même, plus énergique. C'est à cette cause qu'il faut attribuer la fréquence plus habituelle de la bâtardise féconde parmi les oiseaux que parmi les mammireres. Tous ces phénomènes rendent fort vraisemblable l'opinion émise ci - dessus , qu'un grand nombre d'espèces d'insectes peuvent bien naître de celte manière.
3o Les bâtards sont plus facilement produits et sont doués de pkis de fécondité lorsque les animaux producteurs sont eux-mémeS très-puissans sous le rapport de la génération. C'est sans doute de cette circonstance que dépend, eu grande partie, la différence qui distingue la fécondité des oiseaux hybrides de caile des mammifères bâtards, et, pour les derniers, celle qui caractérise si diversement les bâtards du genre chien et ceux du genre cheval.
4*» Le degré de ressemblance est inconlesta-
4o6 TRAITiÉ GÉNÉRAL
blement encore une nouvelle cause de cette inégalité dans la tacnlté de procréer des métis. Plus les espèces d'animaux se ressemblent, plus elles passent de l'une à l'autre d'une manière continue, pins est facile la production de ces êtres adultérins, et y)lus ceux-ci possèdent la faculté de se reproduire.
5° D'après BufFon (i) , les bâtards sont plus souvent mâles que femelles. Si ce fait est parfaitement exact, il semble être contradictoire avec l'explication donnée plus haut de ce phénomène que les mulets femelles sont féconds etnon les mâles; contradiction qui se concilie par la rejuarque, que Buffon cite pour exemple des animaux beaucoup plus féconds, tels que !e chien et le loup, le bouc et la brebis, le chardonneret et le canari. Mais cette contradiction n'est réellement qu'apjiarente, car bien que la forme des parties génitales soit plus élevée dans les mâles, parce qu'elles franchissent le degré d'organisation auquel s'arrêtent les organes générateurs femelles, la force formatrice est néanmoins plus active dans l'animai du sexe fémiisiu, et le nombre moins considérable de métis femelles semble prou- Ter, par conséquent, qu'ils sont produits dans des conditions plus défavorables que celles qui président à la naissance des animaux normaux.
(x) Supplémens, T. III, page 3.
d'anatomie côMrARiiE. 407 6» Les hybrides offrent-ils des signes caractéristiques de leur origine mêlée, et quels sontils ?
D'après quelques expériences de BufFon(i), sur la production des bâtards, entre le bouc et la brebjs, où les petits ressemblaient davanlai^e à la chèvre, on pourrait croire que la forme dépend plus du mâle. Linnée (2) Tadmet même d'une manière positive pour la forme extérieure du moins. Il semble cependant que sur cet objet il n'est possible de rien dire de certain et de général.
Ainsi, le bardeau, issu d'un étalon et d'une ânesse ressemble davantage à celle-ci , par la lénùité du cou, par l'arête du dos, et par la forme du train dé derrière; tandis que le mulet, produit d'un âne et d'une jument, reçoit de sa mère la forc^ d'encolure, la forme arrondie du corps, le \olume , la force et la beauté de la partie postérieure du corps; le bardeau est petit ^ le mulet j^rand. Dans un cas, le bâtard du chien et du loup avait plus la forme delà mère que celle du père (3). Knight trouva que le volume de la femelle influençait particulièrement celui du mé-
tis(4).
(i) Supplémens, T. III, pag. 5. — (2) Dans Knihgi, sur l'influence des père et mère sur leurs progénitures. Voyez Reil's Arcbiv. vol. 1 2. pag . 98. — (3) Bujfon, Supplémens, T. VIII, pag. i8r. - - (4) L. c.
4o8 TRAITÉ GÉNÉRA.L
On pourrait admettre que la forme de certaines parties est déterminée j)ar le mâle, la forme de cerlainris autres par la femelle, puisque le bardeau ressemble davantage au cheval par la tele, les oreilles, la queue et les membres, et à l'auesse par les autres régions du corps ; le mulet a, au contraire , les premières parties plus semblables à celles de l'âne ^ les secondes plus modelées sur celles de la jument. Cette règle n'est pas sans exception; ainsi dans un cas d'hybrides provenus du chien et du loup, l'un était tout- à-fait mâle,dans l'autre, au contraire, prédominaient en partie le type paternel^ en partie les conditions de la mère (i).
y. Différences de races.
Les différences de la race s'étendent à tous les points de vue sous lesquels on peut considérer les organismes et quoiqu'elles soient souvent fort notables, sous tous les rapports divers que ceux-ci peuvent présenter^ elles ne masquent cependant jamais entièrement le type de l'espèce.
(i) Buffon, Supplémcns, T. VII, page 1(12.
d'awatohiie comparfIe. 409 loSous le point de vue de la forme, c'estparticuliéremeut la téte qui fournit les principales différences caractéristiques de la race, surtout chez les animauxsiipérieurs(i). Ce car:ictère est extrêmement saillant chez l'homme; les divisions diverses, plus ou moins grandes^ qui partagent l'espèce humaine , se distinguent en particulier par la conformation de la totalité de cette partie, et surtout parle rapport existant entre la face et le crâne.
La longueur et l'épaisseur proportionnelle du cou présentent également d'importans caractères de race, qui sont surtout fort prononcées dans les chevaux.
La poitrine varie aussi en largeur dans les races diverses.
La longueur, la hauteur et la largeur proportionnelles de la partie postérieure du corps, fournissent encore des traits distinct ifs des races. Sous les rapports de longueur et d'épaisseur on en peut dire autant de la queue. Le bassin est relativement constamment plus large ou plus étroit dans les difiérenles races. On retrouve dans les autres portions des membres, les mêmes
(i) Sturm, Andeutungen der wichtigsten Racenzeichen bei den verschiedenen Hausthieren. Jena , 1812, pag. 8, (Indication des principaux caractères de races chez les différens animaux domestiques).
sources de diversité ; en général , elles dépendent lo de la pro])orlion établie entre la longueur des fractions de ces parties comparées entr'elles et au reste du corps ; et 2° du rapport qui existe entre les subdivisions dont elles se composent. Ordinairement c^est tout l'ensemble de la forme du corps qui présente les différences dont il est ici question.
Des différences moins essentielles, quoique souvent fort constantes, sont offertes par certains systèmes et régions, et surtout par le système cutané, sous le rapport de la force, du volume, de la forme de ses parties épiderniiques. Les écailles, les plumes et les poils, parmi lesquels on peut encore placer les cornes, quoique le système osseux concourt, sous des conditions variables, à leur formation , fournissent à de nombreuses observations de ce genre.
La disposition des parties génitales externes n'est pas moins féconde en caractères très- remarquables, quoique individuels; ainsi, la forme et le volume des mamelles, dans les diverses racesd'hommes, la disposition des organes générateurs femelles externes, chez certaines peuplades de l'Afrique méridionale, doivent êlre rangés ici.
1. La taille et la masse sont aussi propres à spécialiser les races. Les diflercples races de chevaux, de boeufs, de brebis et de chiens,
d'anatomie comparée. 4 • ï
les dernières surtout, uous fournissent sur ce sujet les preuves les moins douteuses.
3. La coloration , surtout celle de la peau et de ses développera ens présente également des traits distinctifs quoit[ue moins conï,tans et moins généraux; il en résulte qu'ordinairement une sorte do coloration bien que diversement nuancée, appartient à une certaine race.
4. Ces observations ne sont pas moins vraies pour les propriétés vitales soit matérielles, soit immatérielles.
YI. DifTérences individuelles.
De toutes les différences, celles qui ne distinguent que les individus, quoique multipliées à l'infini, nuancées d'une manière admirable, et prononcées sous tous les rapports quenous avons déjà étudiées^ doivent être rangées au dernier rang. Elles sont la transition qui conduit aux différences anomales ou contre nature, qui ne sont elles-mêmes que des exceptions individuelles à la règle de l'espèce portées jusqu'à un certain degré.
IL État irrégulier.
Il n'est pas rare que les organismes animaux s'éloignent de ce qae nous venons de considérer comme l'état normal des conditions de leur existence. Tantôt ces aberrations sont primitives, tantôt elles se manifestent plus tôt ou plus tard dans le cours de la vie, en se substituant à la condition régulière qui a subsisté pendant quelque temps. C'est principalement sur les déviations primitives ou congéniales de l'état normal que nous porterons notre attention ; nous ne traiterons même de celles qui surviennent plus tardivement qu'autant qu'elles nous fourniront des données sur les causes de la variété des formes. Comment s'opère la déviation de la disposition régulière de rori,'anisme considéré dans ses rapports avec Tespace^sera la première question que nous nous proposerons de résoudre; viendront après, les différences qu'offrent les parties diverses du même animal ; à !a suite de celles-ci, les points sous lesquels diffèrent à cet égard, les diverses classes d'animaux; enfin, nous exposerons l'influence (ju exercent sur ces différences le sexe et les phases de la vie.
d'anatomie comparée.
lo Forme extérieure. Les déviations du type naturel (]Lie présentent les conditions de la forme extérieure sont 1 es ]il us saillantes et presque celles auxquelles est attachée le plus de valeur. Des parties très-composées à l'étal normal se montrentproportioniieilemcnt assez souvent réduites àunesimplicité |)lus grande que decoutume; ainsi le cœur partagé, lor-^qu'ii est conformé régulièrement, en quatre cavités dans les deux classes les plus élevées, n'en offre quelquefois, avec des degrés de perfectionnemens variables, que trois, deux ou même une. Par une disposition contraire, l'esloraac, unique dans le cas de la règle, est divisé en deux portions par un rétrécissement; ou, à la place d'un utérus simple^ on trouve quelquefois une matrice formée de deux moitiés latérales, plus ou moins complètement séparées l'une 'de l'autre par une cloison.
Ces déviations ont lieu de diverses manières. La plus simple consiste en un changement derapport entre les dimensions, tel que la conversion de la forme arrondie en une disposition plus alongée, ou la modification inverse, telle que
4»4 TRAlTi GÉNÉRAL
répaisseur devenue amincissement, etc. Sur ces altérations est fondé une foule de déviations de forme de tous les organes.
Un autre mode affecté par l'irrégularité de configuration consiste dans la diminution de Taccroissement sur un point. De là naissent des rétrécissemens, susceptibles de se manifester aussi bien dans des organes pleins que dans des organes creux, et des morcellemens de ces parties en plusieurs portions.
Des organes qui sont ordinairement réunis ensemble , pour constituer un tout, sont souvent séparés en plusieurs parties ce qui en augmente en apparence le nombre. Cette déviation se rencontre surtout dans les systèmes vasculaire^ musculaire, osseux et glandulaire. Une disposition rapprochée de celle-ci , est la structure lobée des parties qui, par exemple, comme les reins de plusieurs animaux, offrent, à l'état normal , un tout à surface unie et non divisée.
La disposition contraire à celle-ci résulte de la réunion de parties qui , à l'état normal, sont séparées les unes des autres. Les reins offrent aussi de fréquens exemples de cette aberratixjn. La communication irréguliére de certaines cavités a quelque ressemblance, à l'extérieur, avec cette dernière anomalie , puisque des parties régulièrement séparées se réunissent pour n'en Élire qu'une ; mais elle consiste essentiellement dans le phénomène qui amène , sur un point , le
UANATOMIt; COMPARÉE. 4'^
rétrécissement et la séparation, car la communication des cavités entr'elles est la conséquence J'un non-développement de la cloison , qui ordinairement les sépare. A ces causes se rattachent la plupart des différentes déviations organiques du cœur. Par opposition, un acte analogue à celui qui produit la réunion ou l'adhérence d'organes, séparés à Tétai régulier, détermine le ])artage des organes creux, primitivement simples , en plusieurs divisions, en ce qu'il se développe des cloisons qui manquent sans cela ; delà proviennent surtout les déviations organiques du vagin et de l'utérus.
20 Les altérations ayant leur siège dans le tissu des parties, n^arrivent ordinairement que dans le cours de la vie ; ce sont, ou des relâchemens ou des condensations , des ràmoliissemens, des endurcissemens. Alors la composition est souvent aussi modifiée à des degrés variables. Ce sont surtout les différens états de relâchement du système cutané , et principalement de sa partie vasculaire, qui sont originels ; on les connaît sous le nom de nœvi materni. Mais il est' très-Aa^aisemblable que ceux-ci eux-mêmes ne sont pas primitifs, puisqu'on les voit souvent survenir après la naissance.
3o. La position des parties offre un grand nombre d'écarts , mais qui ne sont pas souvent primitifs. Ils consistent ou dans une transposition latérale ou dans une situation trop élevée ou trop
4l6 TRAITÉ GÉNÉRAL
basse. De là résulte que certaines parlies peuvent être trouvées dans des cavités séparées par des cloisons de celles où elles sont situées à l'état normal. Enfin, il en est d'autres qui sont plus rapprochées que de coutume de la face dorsale ou de Tabdominale.
L'exposition à nu de parties habituellement protégées, est la consécp.îence de la non-réunion des parois des cavités qui les doivent renfermer j il s'ensuit que le recouvrement irrégulier, par suite de Funion de parties isolées^ dans les cas de la règle , rentre essèntiellement dans les vices de configuration.
4° C'est en plus ou en moins que le nombre des parties qui composent un organisme peut s'écarter de la norme.
La diminution, comme vice de conformation primitive, porte le plus souvent sur des divisions entières du corps, et conséquemment sur des portions des différens systèmes qui constituent ces divisions. Il est beaucoup plus rare de voir manquer un système entier lorsque le reste de l'organisation est normal.
L'augmentation originelle du nombre des parties intéresse également des divisions entières du corps , par conséquent aussi plusieui^ systèmes à la fois. Pendant la vie, au contraire, il y a souvent augmentation du nombre des portions d'un seul et même système et quelquefois même de la quantité des tissus, puisqu'il se forme
d'aNATOMIE COMPAREE. 4^7
accidentellement, par exemple, des membranes séreuses, des os, des parties cutanées, etc. et même des tissus totalement étrangers à l'organisme, qui peuvent se transformer en animaux indépendans, comme les enlozoés.
De même, pendant la vie, on voit aussi, par suite de la destruction, décroître le nombre des systèmes, plus souvent le volume et la (juantité des parties qui composent un système particulier.
5*^ Tantôt le corps tout entier, ou les organes particuliers n^alteignent pas leur grandeur régulière, tantôt ils la dépassent. Ces deux sortes de déviations du type peuvent être primitives et acquises. Dans le dernier cas, le tissu et ;a composition sont ordinairement plus ou moins altérés, mais jamais dans ie premier, ou du moins fort rarement.
6» Ou en peut dire autant de la coloralion. Une altération primitive ordinaire de cette propriété consiste dans l'absence de couleur de la peau et des parties qui s'y développent, co vrae les cheveux et les poils, les 3'eux j cette altéra tion estralbinisme {leiicœthiopia). La teinte bleue de la peau, ordinairement originelle ou qui ne survient que peu de temps après la naissance, consiste fort généralement dans un vice organique du système vasculaire. Des changemens de coloration postérieurs, dépendent d'une modification de l'acte vital, ou bien d'une action
4l8 TRAITÉ GÉlfÉRAL
médiate ou immédiate exercée sur l'organe pai des subslances étrangères.
70 Les déviations de composition se lient toujours j)lus ou moins à des altérations du tissu, de la coloration et des forces. Souvent un organe est plus ou moins transformé en un autre, par un changement dans sa composition. Ces déviations sont rarement originelles.
Tout ce que nous venons d'établir conduit, en n'ayant égard qu'aux phénomènes visibles et non aux causes, à reconnaître les classes suivantes, parmi les anomalies et déviations du type primitif.
lo Déviations de configuration ( falrica aliéna ) ;
20 Déviations de rapports [situs inutatus ) ; j 3° Déviations de Tzow/^re ^
4° Déviations de w/tt;;ze ;
5° Déviations de coloration.
Celles de la dernière classe sont les plus rares; celles delà première les plus fréquentes. Les déviations peu considérables, tant sous le rapport de l'étendue que sous celui des organes qu'elles afl'ectenl, sont plus fréquentes que les degrés supérieurs. Le même orgauismeprésenle cependant
d'aivatomie compariîe. 419 assez souvent plusieurs déviations à lafais, soit de la même classe, soit de classes différentes. Les anomalies delà mêmeciasse sont quelquefois opposées les unes aux autres, de sorte qu'il existe un défaut sur un point et un excès sur l'autre ici, une diminution , là une augmentation du nombre des parties. Les parties surnuméraires sont aussi, assez souvent, conformées d'une manière incomplète.
Les différent animaux, ceux d'une structure simple, aussi bien que ceux dont la structure est composée, se distinguent ies uns des antres, autant par la fréquence que par la nature des déviations primitives auxquelles ils sont sujets.
Le système vasculaire est , sans contredit, celui où l'on rencontre les plus fréquentes déviations de toute espèce, mais surtout cedies de
da configuration. On doit placer en second ordre le système osseux, puis le système musculaire, enfin, le système glandulaire. Les déviations
Iles plus rares sont celles du système nerveux.
Les vaisseaux, les muscles et les os ont surtout une grande tendance à se diviser. Les vaisseaux
offi cnl quelquefois aussi, mais beaucoup plus rarement en proportion , la fusion en une moindre quantité de parties, qui resteraient séparées sans cet accident. Certaines portions du système ner- Teux, notamment de ses j anies centrales , manquent souvent. Quehjues glandes, particulièremeut les testicules, offrent fort souveiU des in égularilés sous le rapport de la position. Les yeux ont une tendance particulière à n'en former qu'un s/ul sur la ligne médiane.
Parmi les appareils spéciaux ^ simples ou tout au, plus doubles, l'appareil urinaire est, sans contredit, sujet aux plus grandes anomalies organiques de toute espèce. Après celui-ci vient le système dif,'rstif, puis l'api areil générateur, ensuite les oi ganesde la loromoi ion, notamment le tronc ,et les membres. Latéle et les a[)j areils quelle renferme sont les [)arties qui offrent le plus raremv-nt des déviations; celles de la tête sont ordinairement accom])agnées de dispositions irrégulières dans d'autres parties du corps; ainsi, par exem])le, i'acepiia.ie (Oïficide avec un développement impaifait des nombres. De tous les appareils, ce.ui de îa respiraii( n et de la voix me sendile offrir le moins de déviations et celles qui sont les plus rares.
D'ANATOMIE COMPARl^E.
Les différentes c/a,v^e5 eranimaux elles-mêmes varient également les unes et les autres, sous le rapport tle la fréquence et de la nature des déviations organiques. On peut dire, en général, que les animaux inférieurs sont ceux qui s'éloignenl le plus rarement et de la manière la moins variée du t^^pe normal. Cela dépend trèsvraisemblablement de ce que non-seulement le nombre des parties qui peuvent dévier de la règle est d'autant moindre que l'animal est plus inférieur, mais en outre de ce que l'action régulière de la force qui préside à leur formation, n'est troublée ni par la multiplicité des directions qu'elle est obligée de suivre pour créer un grand nombre d'organes, ni par 1 excès d'exaltation des autres forces co-exislantes avec la force formatrice.
Il est quelques anomalies que l'on remarque de préférence dans certaines classes inférieures. Ainsi , par exemple, les spires des coquilles, dans les hélices, sont souvent tournées dans un sens opposés au sens ordinaire. Cette disposition est même assez fréquente; chez les autres animaux la transposition latérale des organes est, au contraire, un phénomène extrêmement rare.
TJIA-ITÉ GÉJVÉUAL
§. lOO.
Le sexe n'influe pas moins sur les déviations organiques. On peut soutenir très-généralement que le sexe féminin y a plus de tendance que le sexe masculin. On le voit affecté de préférence des déviations organiques de toute espèce, et c'est à tort que quelques personnes ont voulu borner l'application de cette loi aux difformités particulières de certains organes. Cette loi règne sans exception dans les deux classes les plus élevées. Il est même très-vraisemblable qu'elle n'est pas moins vraie pour les classes inférieures.