‹ Traité général d'anatomie comparée [electronic resource] (volume 2)Chapitre 42 sur 52 · III. Causes de la. variété · texte numérisé non relu

III. Causes de la. variété

§. lOi.

Nous avons exposé les phénomènes que présenté la variété dans l'organisation animale. Essayons d'en découvrir les causes. Elles sont de deux ordres : internes et fondées sur la nature des organismes; externes, et consistant dans les influences qui les modilienl au-dehors.

^ d'ANATOMIE COMPARil.

Parmi les causes internes de la variété , la composition de la substance animale lient le premier rang. De celle-ci dépend, en effet, la formation des éléra ens éloign es et prochains des organismes particuliers aussi bien que celle des êtres organisés considérés soit pour eux-mêmes, soit comme élémens immédiats de la nature; formation qui s'opère sous l'infliience d'agens extérieurs, principalement de l'électricité, du calorique et de la lumière, et dont les produits plus ou moins opposés les uns aux autres se manifestent nonseulement comme des corps ayant une composition spéciale , mais affectent même une forme propre.

La formation et l'arrangement d'éléméns immédiats différens dans un organisme particulier, s'expliquent surtout par les phénomènes que la ])ile de Yolta produit dans les liquides. Ainsi le sang exposé à l'action du pôle négatif devient noir, tluide, alcalin à un haut degré , tandis qu'au pôle positif, il se coagule ^ devient rouge et acide (i).

(i) E. Hom«, sur les sécrétions animales , etc. Phil. trans. 1809. — Schûbler, Diss. sistens expérimenta qusedam, influxum electricitatis in sanguluem et respirationem spectantia. Tubing. 1810.

4^4 TRAlTlé GÉNÉRAL

Le sérum offre les mêmes ])hénomènes; une faible électi icité positive en sépare Je l'albumine concrète, (les acides cl en même temps les sels du sa nj(, tandis ([ue le pôle négatif en sépare une dissolution alcaline (i).

Cts faits sont d'autant plus propresà expliquer la formation des principes médiats et immédiats de l'organisme qui se distinguent plus ou moins par les mêmes caractères "chimiques , que ces phénomène s sont produits par un degré d'électricité qui, jusqu'ici n'a pas pu être démontré par les électroscopes les plus sensibles (2). Les substances une fois formées, se maintiennent trèsvraisemblabiement dans une tension électrique continue , comme on est porté à le croire d'après les expériences de Jœger ( i), où l'on voit se former sur une simple iame de zinc mouillée avec de l'eau, une foule ue pôles positifs et négatifs, et par celles de Wollaston (4) , où l'on fait dét^omposeï une solution aqueuse d'hydro-chlorate de soi:de, en établissant, par un fil de zinc, une communication entre la pièce d'argent et la solution (jui la recouvre, et où l'on voit l'élément le plus oxidable de la pile galvanique s'oxider bien j)lus promplemenl(dans le rajiport

(i) Ilomc, ibid. — (>) Ifowe, ibU. — Gilbert' s Annalcn , B. ri. i8oa.- {/i)Plùloi. Wo^irt*. et dans .Sc/jwfig-gfr'i Journal, R*l. a. S I.

d'anA-tomie comparée. 4^5

de 3 à i), quand le cercle est fermé, que lorsqu'il est en contact avec l'eau lu ri du cercle.

Comme le degré d^élecli icîté a une iofluence considérable sur la cohésion des produits de l'économie animale, qu'une haute tension sépare l'albumine du san" et du sérum sous foime solide, tandis qu'une tension plus faible (i) isole cette même substance à l'état liquide, cela explique, en partielles différences qui existent entre les solides et les fluides et les divers degrés de solidité et de fluidilé, ainsi que les modifications périodiques et irréguiiéres que le corj>s présente, sous ce rapport.

Une observation aussi tres-digne de remarque est cellede Brand .Lemo(!ede décomposition des humeurs animales, observe cet auteur, envisagé quant à la vitesse avec laquelle les substances hétérogènes en sont séparées, est déterminé par le degré de tension élerlrique, puisque en faisant usage d'une pile fiible, la coagulation s'opère rapidement au pôie négatif, lentement au pôle positif, tandis que dans une pile forte , c'est le rapport invei se ^2). Uhs^i vatioi) qui conduit à se rtndie t omplede> (i.f. l'cnces de volume de beauc « p d organes ( onsivii 1 * s dans les diverses cl; ss( s aL.x [iLases vaiiét» de Ja vie 1 1 à l'état irrégiàliei-.

(0 Home, 1. c. — (2) Sur l'albumiue , etc. Philos. Iransact.

Les différences qui (liî>tinguent la forme régulière dans les ori^anes el les organismes divers, soit qu'elles se rapportenl à la classe, soit qu'elles soient relatives au sexe ou aux âges, les anomalies elles-mêmes , rappellent également une certaine analogie avec les traits des diversités qui tranchent les formes produites par l'électricité positive et négalive.

La comj)osilion Biultiple, à des époques antérieures, d'organes qui, alors constitués de plusieurs pièces séparées, forment plus tard un tout unique; rélal divisé où se présentent, dans les animaux inférieurs des organes qui ne font qu'un, chez les animaux élevés, se rattache à des phénomènes entièrement analogues à ceux que détermine le degré d'électricité^ abstraction faite de sa nature, dans les formes qu'elle produit (i).

Une autre cause intérieure de la variété des formes paraît cire l'impossibilité d'atteindre aussitôt le plus haut degré d'organisation respective, c'est-à-dire, la nécessité de parcourir une série variable de degrés d'organisation inégalement composés.

' Ce qui vient d'être dit, est prouvé d'une ma-

(i) J. F. Mcckcl, ùber den Unterscliied zwisclien den hôhern nnd niedern Formen. In dessen Beitr. znr vergl . Anatomie, Bd. a. p. 67. (Sur la différence entre les formes supérieure» el inférieures ; dan» •es Mém. d'anat. comparée. )

D'ANATOMlf: COMPARl^E, 4^7

nière convaincante par les différences de développement des organismes parliculiers , aussi bien que par les traits distinctifs de classes, par les diversités sexuelles à l'état régulier, et de plus par plusieurs formations anormales. Nous avons vu que la forme extérieure et profonde se développe d'une manière insensible (i). Les animaux inférieurs se sont formés également les premiers; ce n'est que plus tard que sont venus les animaux élevés. Quant aux difformités, un grand nombre, on peut dire la plupart d'entre elles sont dues à cette cause j nous citerons particulièrement celles qu'on peut, par cette même raison, nommer formations arrêtées^ ainsi que la plus grande partie des formations hermaphrodites : les premières, parce qu'elles indiquent, d'une manière qui n'est pas toujours également diitincte, un arrêt ou un état stationnaire , à un degré d'organisation embryonique antérieur et régulier alors; les secondes, parce qu'il n'existe dans les premiers temps qu'un seul sexe, même chez les animaux les plus supérieurs. '

Une troisième cause intérieure de la variété est la faculté que les organismes possèdent d'être déterminés et modifiés à des degrés différens par des influences extérieures , que nous examinerons plus loin lorsqu'il en sera

(i) Voyez §. i6. — §. 77.'

qiirslîon. De cette faculté dt pend la possibilité de s'élever à des fermes supérieures , o t bien de se dégi ader ou de descendre à df s t'.M-mesinférieuies, enfin, de contracter de nombreuses mowificalirns, quant aux propriétés.

Une quatrième cause de varié;é trés-puissante est la propriété qu'oi t les organismes de transmettre à leur progéniture une modification produite en eux par quelques-unes des causes précitées. Ainsi il se forme aujourd'hui encore^ parTeffelde mulilations accidentelles éprouvées par des organismes particuliers, des traits distinclifs qui .se tiansmt-tient de race en race; de même, des déviations organiques survenues d'abord peut-être chez un individu spécial, soit par un excès de nutriiion accidentel (delà des organes surnuméraires}, soit par un défaut d'énergie dans i'aciion formatrice (^d'où une absence d'organes), s'établissent dans des familles et donnent ainsi naissance à une foule de formes nouvelles qui se conservent dans la postérilé.

Autant est certaine cette faculté, autant est incertaine une autre faculté analogue, quoique fréquemment admise, qui attribue à la mère le pouvoir de reproduire par un effet de rimaginaUon,sur l'enfant qu'elle porte actuellement dans son sein, les traits d'un objet qui l'a frappée d'une manière extraordinaire. On rend vulgairement la pensée de cette influence en disant que la mère a eu une enuie, a pris un regardy

d'aWATOTVIIE COMPARl^E. 4^9

a eu V imagination frappée. tlinali emcnt, ce ne sonlque jJioJuclioijs anomules que l'on considère comme le résultat de celle prétendue puissance, qui toutefois pounait être regardée tout au-^si bien comme la source de toutes les diftérenc: s de formalion.

Que les plantes piésentenl de semblables anomalies et de pariilies différences de formalion, n'esl pas une preuve quisufiiseà repousser l'existence d' u n e t e l i e i n fl u en c e. On n'a pa s é t é j^l us h e ureux en objectant que dans les cas où il y a deux ou un pins grand nombre de fœtus, l'effel de l'imagination nes( remarcjueordinairemenlquesur un seul; car on peut répond» e que celle imitation n'est pas nécessaire et qu'elle ne doit pas exister toujours, ma;s qu'elle est seulement possible. Pareille rép use peut être a<lressée à ceux qui alièguent que de semblables difformités se Sijnt manifestées sans influences de cette sorte , et que de telles influencés ont eu lieu sans résultais analogues. L'argument tiré de la simultanéité de plusieurs difformités dans le cas où, par la nature même de l'impression , il n'aurait dû s'en former qu'une seule, perdra aussi beaucoup de sa force, en a Imetta-fl que ceUe anomalie unique, est en effet produit par l'action de l'imagination, et que les autres ont été la conséquence d'un trouble et le plus souvent d'une faiblesse de l'acte de formalion. La réfutation de cet argument n'est pas même nécessaire ; oo

43o TRAITÉ GÉ^'ÉRAL

peut le laisser dans toute $a force, sans nier pour cela la possibilité et la réalité des effets de Timaginalion, car il prouve seulement que certains cas ne sont pas concluans. Que le procédé, suivant lequel cette imilatiou s'opère, ne soit pas connu , cela ne prouve pas davantage contre sa possibilité, si la réalité du fait est démontrée ; or l'on possède tant d'observations authentiques sur la certitude de cette influence, qu'il est près qu'impossible de se refuser à y croire (i).

Si je restreins ainsi en des limites étroites la force des argumens que j'ai moi-même allégués autx'efois(a)contre leseffetsde l'imagination, jesuis bien loin de leur accorder la puissance que leur attribuent d'autres personnes. Je crois, comme je le croyais précédemment, que l'on s'est fait illusion dans la plupart des cas rapportés, que le plus souvent Tanomalie observée n'offre aucune espèce de rapport avec l'objet extérieur, ou que cet objet n'a agi sur l'esj.rit que comme toute autre influence nuisible, en affaiblissant l'action formatrice. Gomme autrefois, je persiste à cbercber la cause de ces illusions dans cette circonstance, que la plupart des déviations organiques sont de» formations arrêtées ; selon moi,

(i) Plusieurs cas remarquables de ce genre sont rapportés par Klein, dans Siebold't Journal, L a. et dans Mcckel's Archiv. Bd. s. p. 353. — (a) Hanbd. der pathol. Anat. TU. i. S, 4i-

d'anatomiè comparée. 43 1

rimpression a élé produite à Tépoque où la formation, devenue irrégiilière |)lus lard , était encore une condition normale ; je la considère donc comme ajant été conservée, mais non produite.

io3. ^

La recherche des causes exîérienres de la variété conduit à les partager directement en matérielles et en spirituelles.. Les premières peuvent être divisées en dynamiques et en mécaniques. Parmi les dynamiques, il faut ranger surtout l'électricité que nous av<>ns déjà considérée comme la première des causes internes, fondé sur ce qu'elle est un produit de l'organisme.

Les autres causes dynamiques sont le calorique , la lumière, les étals difFérens de sécheresse et d'humidité , la nature des suhstances par lesquelles Têlre organisé^ est formé. Les causes mécaniques sont les mm^», les chocs, les diflé'rentes espèces et degrés de pression , d'extension, de traction, etc.

Un certain degré de chaleur est nécessaire au développement de tous les phénomènes organi-

ques, proposition démontrée parle retour annuel de ces phénomènes, à l'époque où l'influence d'une températuie plus élevée a de nouveau écbaufFé la terre, par la coïncidence de leur suppression avec la diminution de celte chaleur; enfin par le développement pli;s parfait de l'organisation dans les climats chauds, que dans les pays froids.

Les mesures différentes du calorique peuvent déterminer et augmenter de diverses manières la variété dans l'organisation animale. Des degrés successifs de structure n'en seraient-ils pas - le résultat nécessaire? Il se pourrait que les formes supérieures eussent besoin, pour se dé- ■velopper, d'un degré de chaleur plus élevé; puisqu'on voit la température, à laquelle sont susceptibles de germer les œufs des animaux à sang froid , ê.re insuffisante au développement des œufs des animaux à sang chaud ? De cette observation on est induit à admettre la possibilité, que les diffcrens degrés de température aient déterminé l'origine première de tous les organismes. (^i*«niçoit encore que 1 on puisse attribuer à un degré supérieur de chaleur les différences dans la complication de la structure; parce que le calorique favorise en général la formation d'un plus grand nombre d'or^^anismes, et qu'il en résulte par conséquent |)lus de possibilité au développement de formes diverses. Ajoutons pour preuve dernière, l'observation

d'anatomie comparée.

que le nombre des différentes espèces d'organismes en i^énéral, et des ori^anismes animaux en particulier, est b^ancoup plus con'vidérable dans les pays cliauds que dans les pays froids.

C'est surtout sur le volume que rinfluence de la température est le plus marquée. On voit, dans des circonstance s égales d'ailleurs, le dévelop}.ement être favorisé par un degré de chaleur supérieur et arrêié par un degré moindre. Df rctte cause dépend la présence des genres et dos espèces d'animaux de la | îns grande taille et des races parvenues aux dimensions les plus considérables dans les climats chauds, des êtres les plus petits vers les pôles.

La température agit plus encore sur les différences de coloraiion. Voyez en effet les animaux des tropiques; en général les teintes les plus variées, les plus riches, les plus éciaiantes les colorent : comparez-leur la robe des hahitans du Nord, vous ne trouverez que des nuances pâles et uniformes; enfin les variations des saisons elles-m.êmes produisent des changeaiens semblables dans la coloraiion du même animai.

TRAITÉ GKNÉPlAL

§. io5.

L'influence que la lumière exerce sur les animaux est également considérabie. Elle est plus spécialement dirigée sur la coloration. Il est reconnu généralement qu'une lumière intense produit des couleurs plus foncées, plus variées que les lueurs pâles et diffuses. Les mêmes faits qui servent à démontrer l'action de la chaleur doivent être rappelés au sujet de la lumière. Ajoutons que, chez tous les animaux, les parties exposées au jour, prés(*ntent les couleurs les pliis vives et les plus diverses, et que, toutes les autres circonstances égales d'ailleurs, la soustraction de la lumière fait pâlir les tissus organiques.

§. io6.

En considérant que les premiers des animaux formés sont des animaux aquatiques; que les animaux supérieurs se rapprochent plus ou moins de ceux-ci, aux premiers temps de leur existence, sous les rajj])orts divers du milieu qu'ils habitent et de la structure qu'ils présiaitent; que la grande majorité des animaux aqua-

d'anatomie comparée.

tiques appartient aux animaux des classes inférieures; que parmi les classes supérieures, il n'y a que quelques oiseaux qui vivent clans l'eau, et même pas toujours^ que, parmi les mammifères, les cétacés seuls habitent constamment l'onde, enfin qu'aucun animal de ces deux dernières classes ne respire l'eau , ou est autorisé à admettre qu'un haut degré d'humidité n'est pas favorable au développement supérieur de l'organisation animale, opinion confirmée par les etfels de l'aclion de l'eau sur l'irritabihté, qu'elle diminue ou dégrade(i). Peut-être cette influence nuisible est-elle due à ce que l'électricité est mal conduite par l'eau, car on sait que l'absence de l'électricité est une cause d'affaiblissement despbénomènes vitaux. D'autre part, l'humidité semble favoriser le développement en volume et en masse, car c'est parmi les animaux aquatiques que l'on rencontre les organismes parvenus aux dimensions les plus remarquables, et parmi les animaux terrestres, ce sont aussi leshabitans des régions marécaL.euses qui sont les plus volumineux.

(i) Ilumboldt , ùber gereizte Maskel . u . Ncrvenfaser. Bd. 2, page 221. (Sur l'irritation de la fibre musculaire et nerveuse). — Carliste, Phil. trans. i8o5, page 2 3. — Pierson dans Bradlcfs Med. and phys. journ.T. XVII, page 93. — Nasse dans Mcckel's Arcliiv. Bd. 2, page 78. — Edwards, sur l'asphyxie, etc. Annales de chimie et de physique, T. V.

TRAITÉ CÉrÇÉRAL

Des circonstances extérieures qui modifient l'or£;anisation animale, nulle n'exerce une influence plus diurne d'attention sur la variété, soit sous le rapyjort de la conservation de l'individu, soit quant à celle de l'espèce, que le genre d'alimens dont Tétre fait ^isage.

Cette proposition est confirmée par Thétérogénéité des animaux produits par génération spontanée ^ savoir des cntozoés et des infusoires proprement dits. Cette circonstance est due autant à la nature de l'animal et de Torgane aux dépens desquels ces êtres se forment et se nourrissent, qu'à la diversité des infusions dans lesquelles ils se développent.

La ?3'énération homonyme donne lieu à la même conséquence; ainsi la variété normale des classes est conservée dans la série animale, quoique dans des limites assez bornées, par l'hérédité des propriétés que possèdent les individus générateurs; mais elle est en outre augmentée par la grande influence qui dépend delà nature particulière des animaux qui produisent. C'est ainsi que le croisement d'espèces primitivement différentes peut, passagèrement, ou même d'une manière durable, donner lieu à

d'anatomie comparke. /|^7 des formations nouvelles, à desimpies individus, ou à des séries d'êtres, c'est-à-dire que ie croisement peut créer des hybrides ou des races c[ui, lorsque l'origine en est ignorée, sont, susceptibles d'être considérées comme des espèces nalivement différentes.

, L'âge et la santé des êtres producteui s peut augmenter aussi la variélé dans l'organisation animale, d'une manière passagère ou durable ; puisque la force et la jeunesse, j'entends unejeuncsie mûre, favorise la génération d'organismes nouveaux ou parfaits, sous le double rapport du volume et du développement , tandis que des résultats contraires sont produits parla vieillesse et la débiiité. On voit souvent que les êtres, nés dans ces conditions de défaveur sont rcmarrjuabies par l'état de défectuosité etde petitesse dans lequel ils se présentent et se montrent arrêtés , sous plusieurs rapports, à un degré antérieur d'organisation. Ces eiTets s'accr dissent avec les causes qui les déterminent. Quelquefois le résultat de la copulation peut n'être pas même un organisme non veau , susceplible d'une existence indépendante, mais il consiste en ces certaines fractions d'être^ comme la graisse, les productions pileuses, les os et les dents, qui se développent dans les ovaires. Le proluit de la généiation est^ au contraire, ph'.s parfait dans les premières p '- 1 iodes de ia vie des païens, quoiqu'il arrive quelquefois que les premières tentatives ne réussis-

sent pas; circonstance qui tient sans doute à ce que Jes individus générateurs n'ont pas acfjuis line maturité complète. Il n'est pas rare non plus que des individus vigoureux et féconds engendrent, par anomalie, des formes nouvelles qui ajoutent encore à la variété irrégulière , soit passagère, soit susceptible de durée. Citons des exemples : on voit des parens féconds engendrer alternalivement plusieurs petits à la fois et des monstres qui s'éloignent de la règle par l'existence de parties surnuméraires, ou bien ne produire ces anomalies que lors de l'extinction de la faculté génératrice. Ces défauts de développement dépendent aussi foi t souvent de Texistence simultanée de plusieurs petits, attendu que la force formatrice, partagée entre ce nombre multiple de produits, semble perdre une partie de son énergie.

Dans les animaui où la génération s^efTectue au moyen de la combinaison de matières prolifiques fournies par des sexes différens, il existe une nouvelle cause qui augmente la variété ; elle consiste dans la nécessité d'une certaine harmonie entre les individus générateurs pour la création d'organismes nouveaux en général, et d'organismes réguliers en particulier nécessité d'autant plus rigoureuse^ qu'il

(i) yVoUuin, ùbcr das Taareu u . Vcrpaarcn der Mensclien u .

d'anatomie compahée. 4^9 est très-vraisemblable que, quoique celte concordance ait lieu en général , une foule de causes la détruisent passagèrement. Le résultat le plus ordinaire de ce défaut d'harmonie doit être une production moins parfaite, ou même une difformité.

Une fois formé» et jouissant, pour tout le reste, d'une existence indépendante, l'organisme est moins modifiable, soit par les alimens, soit par les autres causes. Cependant la qualité et la quantité des alimens peuvent difterer encore el occasioner des diversités considérables sous le rapport des dimensions de tout le corps et de certains organes particuliers, même des yariélés de configuration , puisque le développement complet de certaines parties de l'estomac, par exemple, est arrêté par des alimens de mauvaise nature. On conçoit surtout ces efl'ets dans des animaux qui, comme les insectes et la plupart des batraciens, persistent long-temps après la naissance àVétat de forme inférieure et passagère. Or, par suite de l'hérédité, dont nous avons fait mention, ces différences déterminées par l'alimentalion peuvent se reproduire, et même devenir plus considérables dans les générations successives. Ainsi une nourriture plus abon-

Tliiere . Altona , i8i5. ( Sur l'accouplement et le croisement des hommes et des animaux.}

44o TRAlTli CLNÉRAL

cUmte produit non-s 'uiement un individu p'us volumineux et plus développé; mais par la même raison^ elle pourra dans les générations postérieuieSjSi les circonslances sont favorables à celte Iciidance, donner lieu à un développement précoce et à une augmentation anormale des parties.

Après cela riiilluence delà nourriture se manifestera facilement dons îa formation des organes digestifs chargés de l'élabori r; on en trouve la preuve en observant les inégalités des dimensions que déterminent, en effet, dans le canal intestinal, les différences d'alimens, chez les individus de la même espèce (i).

Cette cause porte aussi son action sur la coloration ; plusieurs nuances diverses dépendent en effet de l'étal de santé. Rangeons surtout ici îa couleur blanche, qui est très-généralement le signe ou le produit d'une énergie vitale moindre, et qui se développe sous des influences'débilitantes. En général, les animaux à couleurs claires de la même espèce sont plus faibles que ceux qui sont teints de nuances foncées, et l'on regai de les albinos, chez lesquels cette condifion atteint le plus liaul degré, comme des entans débiles de i^arens taibles (a). Si

(i) Clissoji, de ventriciilo et intestiiiis. C;)p. II, 6. cap. XI, 1 1.— (a) Aa.i.rt.o.i., NiUur-cschichtc dcr Vœgcl. Th. I, i8an, S. isr.

d'anatomik comparée. 44 1

pendant la mue un oiseau est soumîs à l'acLion de causes affaiblissantes, ii pi end pour un temps des plumes blanches, qui peuvent être remplacées pius tard, dans des conditions plus favorables, par d'autres plumes revêtues de leurs nuances régulières (i). On voit également à des plvun-'s arrachée^ succéder, surlout dans certaines s'iisons, sans doute principalement en hiver, des plumes blanches: ce phénomène se reproduit ])articu'ièrement lorsque les plumes d'une même région ont été plusieurs (ois enlevées (*2) Un degié moindre de débilité donne lieu à la coloration t.ichetée.

Les colorations foncé<vs, surtout la transformation de la couleur ordinaire en un noir parfait a communément lieu dans des circonstances qui augmentent l'énergie vitale, comme l'usage d'une nourriture abondante.

Les agens mécaniques exercent une grande influence sur la formation. L'expérience journalière fournit tissez de preuves de ce fait; rien n'est commun comme de voir la destruction

(1) ppge 122. — (a) Jbid. page ia3.

totale OU incoiiijjiete de parties déjà existantes, opérée par la pression que leur (ail supporter une distension souvent énorme^ et une augmentation considérable de masse. Ainsi agissent des obstacles contenus dans des ori^anes creux ou situés à leurs orifices. On conçoit combien la mollesse, la petitesse, Tabsence primitive de certaines parties, ou des différences passagères de forme dans les organismes, à l'époque de leur origine, doivent nécessairement favoriser l'action de pareils pbénomènes yjour produire des cbangemens bien plus considérables. Il en résulte, en effet, que des parties déjà existantes doivent être plus facilement détruites, ou modifiéesdans leurs formes, et que celles qui n'existent pas encore sont empêcliées de se développer. Il est encore d'autres causes mécaniques susceptibles d'écarter du type normal, la forme d'un organisme naissant; causes non immédiates, comme celles-ci, mais qui n'agissent' qu'indirectement, puisque leur influence nuisible sur l'organisme de la mère modifie ses formes régulières et ses fonctions , en général, ainsi que ( elles des organes qui président à la formation de l'organisme nouveau en particulier.

d'anatomie comparée.

Les causes psycologiques qui peuvent influer sur la disposition des organismes animaux > sont des modifications du principe spirituel, surtout des faculte's affectives appelées passions. Leur action est diverse, médiate ou immédiate.

Nul doute que des émotions morales, gaies, bienfaisantes pour la santé, ne favorisent la formation d'une postérité qui se distingue par une éneigle fondamentale, normale ou irréguliére, et que des résultats contraires ne soient la conséquence d'influenees opposées. On connaît l'effet dépressif d'une passion triste, portée à un haut degré, sur les phénomènes de la vie organique, sur la nutrition, la sécrétion , la coloration, et principalement sur celle des parties épidertoiques. Ainsi la débilitalion ^ en général, produite chczun iadividi^donne^ussi bien que les déviations accidentelles, qui sont transmises par hérédité, peuvent donner lieu à des variétés de coloration , principalement à des variétés persistantes. C'est sans doute à cette cause qu'il faut a'.tribuer surtout la rareté plus grande des anomalies organiques, dans les animaux inférieurs, que dans les supérieurs.

Quant à l'imitation produite sur l'organisme

414 TRAITÉ GÉ:SÈRAL

nouveau des objets extérieurs perçus avec une violente émotion morale, j'en ai déjà parlé plus haut.

§. IIO.

Gomment les causes internes et externes, dont il vient d'être question, opèrent-elles la grande ■variété qui caractérise la nature organique en général, et l'organisation animale en particulier ? Il est difficile de donner une solution complète et satisfaisante de ce problême.

Il n'y a pas de doute que les formations existantes actuellement ne puissent subir des modifications très diverses.

Quoiqu'elles portent le moins sur la Jbrme extérieure, celle-ci est néanmoins aussi sujette à des changemens. La configuration de certaines parties est surtout modifiée, par des influences mécaniques. Ainsi des parties ^parée^ à l'étal régulier, parexemple, les doigts et les orteils peuvent, sous raclion d'une pression^ se souder ensemble, et former un tout unique en apparence, tandis qu'un organe, primitivement simple, est parla même cause susceptible d'être divisé en plusieurs autres. Je possède l'utérus d'une femme qu'un corps librcnx développé sur son fond comprima de haut en bas, à tel point, et si exactement

d'anatomie compat\i5e. 445 sur la ligne médiane, qu'il le rendit ctilièrement bicorne. Ainsi, tous les organes pleins et creux qui, à l'état noimal, n'offrent aucune coarclation, peuvent, sous Tiulluence d'une pression exercée en quelque point de leur étendue, revêtir une forme plus composée. Ce phénomène n'est pas rare à la surface du foie, où il est la conséquence de la pression que cet organe supporte de Ja part des côtes. Leseffets d'une telle action peuvent aussi être, en général, un alongement plus considérable, intéressant ou une partie seule ou la totalité d'un animal. De même, des organes à parois épaisses, et pour ainsi dire sans cftvité , peuvent être convertis en enveloppes très-minces, entourant une cavité ample^ ou des parties à surfaces inégales peuvent s'applanir , comme il arrive au cerveau, dans l'hydrocépbalie, aux cavités droites du cœur, lors de l'existence de certains obstacles opposés à la circulation du sang , aux reins et à la vessie, quand l'évacuation de Turine est empêchée par quelque embarras.

Il est encore d'autres causes susceptibles de modïiierla con/or^malion extérieuve;àe ce nombre sont l'action irrégulièrement augmentée et prolongée d'une portion déterminée d'un organe musculeux et l'exercice insolite d'une partie donnée. Ainsi s'opère la transformation de cavités uniques, en capacités que des divisions nouvelles partagent et compliquent. A ces modifica-

tiens doivent élre rapportés, sans doute, un grand nombre de rétrécissemens de i'eslomac et cîu canal intestinal.

Le même résultat peut être l'effet d'un changement, quel qu'il soit^ imprimé à la direction de l'acte formateur d\in organe. Ai/jsi les inflammations et leurs différentes terminaisons occasionent, y>ar laméme raison, des rétrécissemens^ des oblitérations, des divisions de cavités simples, ainsi que des dilatations et même des ouvertures accidentelles.

Le nombre des parties est également susceptible d'être changé par les mêmes causes, soil que des parties actuellement existantes s'anéantissent entièrement, ou se partagent en plusieurs autres. On voit ainsi différentes causes opérer des destructions complètes d'un poumon^ d'un rein, d'un côté, d'un ou deux testicules ou ovaires. Unepression considérable, de longue durée, peut diviser par fois un organe en plusieurs autres; phénomène dont nous voyons des exemples frappans , en général , dans tous les os soumis à une longue pression, mais particulièrement dans ceux du crâne, par suite des cliangemens qu'y produisentl'eau/Jansriiydrocéphalie, ou lesfongus de la dure-mère.

Il est inutile de dire que Ton peut considérarabiemcnt diminuer ou multiplier le nombre des parties en les enlevanl , ou en les divisant par un procédé mécanique.

d'anatomii comparée. 44?

Beaucoup d'influences peuvent e'galement modifier la position. Ainsi les tumeurs et les commotions produisent des déplaceraens, des plaies, des miscs à nu d'organes couverts dans Tétat normal.

La masse et Xétendue subissent des altérations qui ne sont pas moins remarquables -, elles peuvent être dues à un simple excès ou défaut d'intensité de l'acte vital , sans aberrations de sa nature, aussi bien qu'à ces aberrations ellesmêmes.

De ces transformations éprouvées par les organes en particulier, résulte nécessairement une modification de la forme de tout le corps , modification d'autant plus considérable que les changemens partiels sont eux-mêmes plus complets , sous les rapports divers du degré , dti nombre et de la nature.

Ces différentes influences peuvent, en outre, augmenter ou diminuer la mesure de tout le corps.

Toutes ces modifications de l'organisation primitive peuvent devenir persistantes par hérédité. L'expérience prouve ces faits j citons l'exemple des chevaux provenant d'étalons ou de jiimens anglaisés: ces animaux sont ordinairement pourvus d'une quantité moindre de vertèbres caudales et viennent quelquefois au monde tout anglaisés. Cette particularité a été surtout remarquée dans une province où Ton

44"^^ .TRAITÉ GÉNiRAL

conpe aux chevaux une partie de la queue pour les préserver du vertigo.W n'est pas rare d y voir de jeunes poulains qui ne portent que i5, j4, li et même 8 vertèbres à la queue (i). De même, les cliiens auxquels on a coupé la queue et les oreilles produisent souvent des p; tifs privés des mêmes parties, de sorte que cette disposition devient quelquefois héréditaire dans plusieurs générations (2).

Ce qui vient d'élre dit conduit évidemment à considérer les transmutations d'une forme existante opérées par des causes extérieures, comme un mode d'origine de la variété , et à ne pas rejetter^ comme dépourvue de toute possibilité, l'assertion qu'un organisme quelconque, pris à quelque degré que ce soit de la création actuelle , ait pu donner ainsi, d'une manière insensible , naissance à cette infinité d'organismes existans , si différens entr'eux , sous les rapports du nombre et de la nature de leurs parties composantes. Aussi l'opinion que les influences extérieures aient eu une grande part sur toutes les manières d'être actuelies a-telle été souténue récemment avec une sorte de

(i) Grève Bruchstucke zur vergleich. Anat. u . Physiologie . Olclenburg, 1818, page i5. ( Fragmens pour servir à l'auatoniie et à la physiologie comparées. — (s) Blumcnbach, liher Kùnsteleieii oder zufœllige Verstiimnielungen inVoigt's Magazin, Bd. 6, 1789, p. i3. ( Sur les mutilations artiilcielles et accidentelles. ).

d'aNATOMIE COMPARIîE. /[]C)

prétlilection , et non sans quelque bonheur par M. Lamarck(i).

Ferai -je remarquer que la variélé dans la nature animale , yjroduite par suite de transmutations d'organismes déjà existais , n'est pas uniquement le résultat de cliangemens accidentels, comme le sont les modifications joui nalièrcs dont il vient d'être fait mention ? Les transformations , qui ont déterminé les changemens 'es plus remarquables dans le nombre et le développement des inslrumens de l'organisation , sont inconleslablemcnt bien plus la conséquence de la tendance, inhérente à la matière organique , qui l'entraîne insensiblement a s'élever vers des formations supérieures, en parcourant une série d'éiats intermédiaires.

Ce qui fortifie cette opinion, c'est que, de même que ces influences accidentelles agissent encore tous les jours j de même tout organisme noi;veau n'acquiert pas subitement son état parfait, mais est contraint à passer par des degrés de formation extrêmement différens sous les rap-

(i) Philosophie zoologique, T. I, ch. 7. De l'influence des circonstances sur les actions et les habitudes des animaux et de celle des actions et des habitudes des corps vivans, comme causes qui modifient leur organisation et leurs parties ; avec des additions à la fin du second volume. Voyez aussi son Histoire des animaux sans vertèbres, T. I, i8i5, page i8f.

45o TRAITÉ GÉNÉRAL

ports multipliés de la forme, du. nombre, de la position, du volume et de la couleur, etc. Un ïeul et même organisme se transformant insen- BÏblement et dans un court espace de temps, sous des influences , jusqu'à un certain degré les plus différentes, par Peffet de sa propre activité et d'un mouvement spontané, de l'état d'animal le plus simple, à la condition de l'organisme le plus élevé, est un phénomène dont l'observation conduitàla conséquence, si séduisante pour l'esprit, que toute la nature animale s'est peut-être élevée, soumise à des lois semblables , mais agissant à des périodes beaucoup plus longues, des formes les plus simples à l'état de complication le plus considér;tble ; ce qui supposerait que les formes supérieures se sont développées insensiblement aux dépens des organismes déjà exislans. Comme il n'était d'ailleurs pas nécessaire que cet état de perfectionnement s'étendît à la totalité des organismes animaux, une partie de ceux-ci a pu s'arrêter à un certain degré et cette forme se transmettre par reproduction , tandis qu'une autre partie prenant essor vers une organisation supérieure s'est maintenue, à l'aide du même moyen , à cet état d'élévation.

Nous voyons le sexe masculin se distinguer encore à l'époque actuelle, par un perfectionnement plus f,'rand des systèmes vasculaire^; respiratoire, musculaire et osseux, et le céder au féminin , sous le rapport du système nerveux,

b'aNATOMIE COMPARliIÎ.

\fh\s parfait clans ce dernier, du foie, qui remporte par le volume, et de la graisse, qui esl plus abondante. De même, de ce que telles parties se développent soit pins lot , soit plustard que telles autres, ne peul-on pasdéduirequ'à la même époque delà créaticn des êtres organise's il a pu sé former, chez celui-ci, un système nerveux sans vaisseaux, chez celui-là un système vasculaire sans nerfs; ailleurs un organe respiratoire presque sans système vaseulai^eJ etc., différences qu'a conservées la génération ? Celle opinion s'appuie encore sur la remarque déjà faite cidessus ( page 363 ), qu'aujouriThui encore on voit dans différens embryons du même animal, tel organe s'accroître avec plus de rapidité que les autres, et que , malgré ces diversités de marche , les divers individus n'en sont pas moins organisés de la même manière et développés dans un même espace de temps.

Tous les organes d'un même individu ne marchent pas d'un progrès égal vers leur état parfait. Souvent l'un d'eux retombe d'un degré d'organisation élevé à une condition inférieure un autre prend au contraire de nouveaux accroissemcns. On peut admettre, que la même chose s'est passée dans ie développement insensible de toute l'organisation animale; qu'en conséquence il s'est manifesté, tanîôt la tendance à la production d'un organe déterminé, tantôt

4^^ ' TRAITlî GÉNÉIÎAL

d'un antre, et qa a mesure que l'un s'est développé, l'autre s'est dégradé et même effacé.

Ces phénomènes de diversités ont pu être favorisés par l'aclion difféienle des a^ens extérieurs exerçant ieur influence spéciale sur un poin t déterminé d u corps, au moment où il s'y formait un organe donné, dont l'origine était précisémen'. due à une certaine période de la terre.

La transformation insensible des différens organismes, les uns dîius les autres, par spontanéité intérieure, ressort, d'une manière fort vraisemblable, de ia considération de certaines formes animales.

Les derniers batraciens, par exenijîle , le protée et la sirène ressemblent tellement aux larves des. animaux supérieurs de cette classe, pourvus d'une queue, par la coexistence de branchies extérieures et de poumons , qu'on ne peut se défendre de l'idée que ce sont les êtres dent se seraient plus tainl développés les tritons; animaux fixés encore pendant toute la durée de leur vie, au même degré d'oigauisation, parce qu'à une époque antérieure de la terre, ils ne l'ont jamais dépassé. On peut faire application des rcèraes raisonnemens aux vers par rapport aux insectes.

Cependant conclure que c'est là l'unique origine de la variété, n'est pas rigoureux ; il y a, au contraire, beaucoup de raisons de croire que la variété est en grande partie primili^'e j, que les

d'ana-Tomie comparée.

NTiimnnx ne se sont pas formés par une metamorj>hose insensible, mais que tous ont été' formés différens dès le principe.

Rien ne paraît plus vraisemblable, quand on considère les phénomènes de la génération spontanée des infu&'oires, par exemple, dans laquelle on voit naître simultanément, ou successivement, des organismes différens, sans que l'on puisse regarder les uns comme une transformation des autres , et en outre, quand on voit que la nature de la substance-mère ou de l'infusion, et Tétat de la température déterminent nécessairement les différences primitives des espèces et des genres.

La différence souvent très-conside'rable qui distingue les vei's intestinaux ^ existans dans les différens animaux et dans les organes différens du même animal^ est une preuve frappante en faveur de cette assertion.

Ce qu'offrent de particulier les organismes qui habitent les régions diverses de la terre , rend également fort vraisemblable qu'ils ont été formés avec leurs différences propres. Les spécialités offertes par les animaux de la Nouvelle-Hollande, militent surtout en faveur de celte proposition. Presque tous s'accordent, par des conditions, en partie très-remarquabies , notamment la disposition de leurs organes générateurs et la présence des os marsupiaux, et se distinguent par ces caractères de la plupart des autres animaux, quoiqu'ils offrent plusieurs traits qui les

4^4 TRAITE GÉNjtRAL

dit'terencient les uns des auii es, et divers points de contact, qui les rapprochent d.s animaux appartenant aux autres parties dn monde.

La perle de la plupart des espèce s et des genres des animaux fossiles y leur défaut de correspondance avec les êlres de noire époque, appuient encore l'idée de la diversité de formaîion primitive.

Si les particularités qui distinguent ces êtres prouvent la possibilité d'une création entièrement différente de celle qui existe actuellement j il en résulte que chaque espèce peut être également un produit immédiat de la force créatrice.

L'existence d'une différence primordiale acquiert plus de vraisemblance par la faculté inhérente aux espèces une fois fermées , de se conserver d'une manière continue. Si les circonstances accidentelles exerçaient une si grande infliience sur la variété permanente et sur la modification du caractère déjà existant de l'espèce, du genre, de Tordre et de la classe, il ne serait guère possible que les di*. isions une f^iis établies, [>ussenl continuer à se i eproduire par voie d'hérédité. Cet argument perd, il est vrai, une partie de sa force par la considération que les déviations organiques sont héréditaires, bien qu'elles ne soient pas seulement transmises d'une famille à l'autre , ce qui ne serait qu'une preuve insiifRaante, mais qu'elles peuvent même être oc-

d'anatomie comparée.

casionees par des circonstances accidenlellcs extérieures, telles que des mutilations.

Tout ce qui vient d'être dit, rend fort vraisemblable trois origines difFérenles de la variété animale.

Les différences les plus saillantes,» tirées du* nombre des parties, qui distinguent les classes et même les divisions subordonnées des êtres animés, dépendent en partie de la formation primitive, en partie delà transformation insensible déterminée par la force de dévelopjDt-raent intérieure. Des différences moindres peuvent être le produit d'influences extérieures de toute espèce, dont nous avons déjà parlé plus haut i). Enfin , on doit attribuer très-vraisemblablement une part assez considéi'able dans la production d'espèces nouvelles, à la copulation d'individus d'espèces différentes.

(i) Voyez page 444.

466 TRAITÉ GJiNicRAL

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