Poissons cartilagineux
Les muscles des membres sont, chez les poissons cartilagineux , formés d'après un type plus simple que chez les poissons osseuac. Ils consistent, aux deux membres, principalement en une couche supérieure et une inférieure de faisceaux, situés irès-étroitement les\ins contre les autres, d'une forme triangulaire fort allongée, et s'amincissant de dedans en dehors. Ces faisceaux naissent des portions internes des membres , et se dirigent, parallèlement aux articles
(0 Voy. qi^dessus , p. 182.
des nageoires auxquels ils correspondent par le nombre et auxquels ils s'attachent d'une manière intime , de dedans en dehors , pour se perdre , par une expansion aponévrotique, dans la peau, au pourtour externe de la nageoire.
La couche supérieure élève la nageoire avec force, l'inférieure l'abaisse.
Au membre antérieur, la couche inférieure, qui correspond à celle située à la face externe de la nageoire chez les poissons osseux , ne recouvre pas , ou presque pas , la partie moyenne et transversale du cartilage 3 elle naît, au contraire , constamment de tout le bord interne de la nageoire, qui est formé par des pièces cartilagineuses plates. De même la portion la plus interne du membre , ou la première pièce de la région de l'épaule , n'est pas non plus recouverte par la couche supérieure • celle-ci prend naissance tout au plus de l'extrémité inférieure de la pièce supérieure de la seconde portion, mais toujours de toute la face supérieure du bord interne de la nageoire.
Au membre postérieur , au contraire , la couche mùsculaire inférieure provient de toute la pièce pelvienne ; elle s'attache même à son bord inférieur , quoiqu'au milieu de la face inférieure de cette pièce , elle laisse à découvert une très-petite partie. H y a plus encore , elle s'unit ici très-généralement avec la couche congénère du côt(^ opposé j les fibres musculaires
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des deux couches passent les unes dans les autres , dans toute l'étendue comprise entre le bassin et l'ouverture anale.
La masse musculaire supérieure-, ou l'élévateur de la nageoire postérieure , peut être partagée très-généralement en deux couches , une superficielle et une profonde. La couche su-' perficielle naît de l'aponévrose des muscles dorsaux , immédiatement sous la peau , dans la région du bassin , et se dirige , en recouvrant presque entièrement la couche profonde, obliquement de dedans en dehors et d'avant en arrière.
La couche profonde se détache de toute la face supérieure de la base osseuse delà nageoire postérieure , et se porte transversalement en dehors, où elle se termine de la manière accoutumée.
Ces deux couches s'unissent entre elles à quelque distance du bord externe des rayons cartilagineux de la nageoire.
On rencontre dans les poissons cartilagineux des différences fort considérables dans la disposition des muscles qui meuvent les nageoires.
Leur volume se règle , en général , sur celui de la nageoire ; mais il est , chez les raies et les torpilles, proportionnellement plus considéra-
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Lie que chez les squales, puisque les muscles des premiers genres s'éteudeiit jusqu'au bord libre des nageoires, tandis que ceux des seconds s'arrèlent déjà à Torigine des filamens cornés et unguiformes : aussi ne correspondentils à peu près qu'à un tiers de toute la surface de la nageoire. Ils sont, en revanche, proportionnellement plus épais chez les squales ^ au membre antérieur , ils naissent de la ceinturo osseuse beaucoup plus en dedans que chez les autres , ce qui compense en quelque sorte leur peu d'extension en dehors. Cette disposition est surtout remarquable chezle squalus galeus, et plus encore dans le zjgœna, où ces muscles existent en dedans jusqu'à la ligne médiane du corps.
Les anges , en conformité du volume proportionnellement moindre de leur fraction unguéale , tiennent le milieu entre les s-quales et les raies.
La conformation des muscles de la nageoire antérieure, principalement de ceux de la face supérieure, est un peu plus composée chez les raies et les torpilles que chez les anges et les squales, sans doute a cause du volume considérable de la nageoire des premières.
Dans les unes et les autres il se détache , en effet, du bord postérieur de la seconde pièce de l'épaule un fort tendon, se porlant en avant le long du bord inlcrne de la nageoire , cl s'alia-
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chaiU il un ventre musculaire considérable , qui s'entrecroise avec les fibres Iransverses , sous-jacentes, du muscle élévateur, el qui s'insère à l'extrémité antérieure de la nageoire , qu'il élève avec force.
Chez les torpilles , ce tendon et son ventre musculaire sont beaucoup plus forts que dans les raies, sans contredit, parce que la moitié antérieure de la nageoire est en proportion plus grande, et est en outre fortement déjetée en dehors par l'organe électrique, qui est trèsdéveloppé.
Chezlesra/ej, aucontraire, ilexiste unsecond tendon avec son muscle , quoique plus petit que l'autre; il naît du même point, et se dirige le long de la moitié postérieure du bord interne de la nageoire jusqu'à la pointe de celle-ci. Il n'en existe aucune trace chez les torpilles , sans doute à cause de la petitesse de cette partie postérieure de leur nageoire.
Les onges offrent de faibles vestiges de celte disposition. 11 est digne de remarque que che/i ces poissons, chez lesquels cette partie de la nageoire est beaucoup plus volumineuse que l'aniérieure, le tendon postérieur est aussi plus distinctement séparé de la couche transversale sous-jacente que le tendon antérieur, qui s'attache intimement à cette couche. Mais le tendon postérieur s'unit , après un court trajet , V. 14
aux fibres transversales sous-jacentes , sans se continuer avec un muscle propre.
Les squales n'ont pas la moindre trace de cette disposition.
Il existe une conformation semblable , mais moins développée , dans l'abaisseur de la nageoire antérieure : ici également le tendon postérieur manque chez les torpilles , et l'antérieur est plus fort que dans les raies. Chez les dernières, les deux tendons sont moins séparés de la couche musculaire transverse qu'ils ne le sont dans le muscle élévateur : ils se montrent par conséquent seulement comme des aponévroses de cette couche.
Cette conformation est , du reste , évidemment une répétition des muscles longitudinaux de la tète que nous avons décrits cidessus (i).
Les membres postérieurs n'offrent aucune trace de cette disposition. En revanche , le muscle transverse inférieur est très-généralement partagé en deux portions. La portion antérieure du muscle s'étend de la partie externe de la ceinture osseuse du bassin à la partie antérieure des nageoires , sans s'attacher aux pièces cartilagineuses de leurs bases ; la postérieure , au contraire , s'insère aux pièces
(i) Voy. p. 192,
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os'-eLises de la base, cl c'est de celles-ci seulement que naît la couche musculaire trausverse propre, qui s'unit à l'antérieure.
Cette division en deux muscles manque , d'après mes recherches, seulement chez les torpilles. Parmi les autres, le muscle postérieur est à son minimum de développement chez les raies, à son maximum chez les anges; il l'emporte même de beaucoup en volume sur l'an-^ térieur ; c'est chez les squales qu'il ofïre le plus d'épaisseur.
Une séparation analogue du muscle supérieur en une couche superficielle et, une profonde est, comme la l emarque en a clé faite (i), une disposition générale qui n'offre pas de différences notables. Elle est cependant , chez les anges , conformément à la disposition de l'abaisseur de la nageoire postérieure , plus marquée que chez les autres , puisque , en avant, il se détache du sommet de la branche verticale et externe du bassin , qui est petite , un fort tendon ^triangulaire , dirigé en dehors, et dont les fibres musculaires rayonnaa-î les ne tardent pas à s'unir à la couche superficielle et à la profonde.
Le degré de connexion des muscles inférieurs des membres postérieurs offre des différences semblables à celles qui ont été indi-
(i) Voy. p. 210.
quées pour les muscles des membres antérieurs, relativement à leur rapprochement de la ligne moyenne.
Chez les zj-gœna, non seulement ils se confondent dans toute leur hauteur de manière à recouvrir entièrement la symphyse pubienne, mais ils détachent en outre de l'extrémité interne de leur bord antérieur , sous les muscles abdominaux, un muscle grêle, assez long, qui se porte en avant, et qui semble correspondre aux muscles droit et pyramidal des animaux supérieurs.
Après ces poissons viennent les squales , ensuite les raies , et enfin les torpilles.
Il a déjà été dit plus haut (i) que , chez les rates ^ le nombre des muscles des membres antérieurs est augmenté soit par l'ampliation de muscles généralement existans, soit par la formation de plusieurs couches superposées.
Il s'y détache en efîet d'abord du tendon interne des muscles dorsaux communs, et du bord postérieur de la pièce scapulalre de la seconde fraction de l'épaule un muscle rliomboïdal , étroit, mais long, qui s'étend au bord
(i) Voy. p. 191.
d'ANA-TOMIE COMP Ailler..
îulerne de la moitié inférieure de la nageoire , et qui se confond dans sa moitié supérieure avec l'élévateur deia nageoire , tandis que par sa moitié inférieure il s'Insère sèulement aux os de la base de la nageoire.
Il tire la nageoire en arrière, l'élève un pea et la déploie.
Les torpilles offrent une faible trace de ce muscle dans un tendon grêle et mince, qui est appliqué sur la moitié postérieure de l'éléva^ teur de la nageoire antérieure.
Le passage des raies aux squales est présenté par les anges : on trouve en effet chez eux un muscle propre, large, naissant de toute la moitié supérieure ou scapulaire de la seconde pièce de l'épaule. Ce muscle s'étend, dans la même direction que chez les raies^ au bord inteine de la moitié inférieure de la nageoire antérieure ; mais, au lieu de s'attacher aux cartilages de celle-ci, il se confond avec les couches transversales du muscle élévateur.
Il existe chez les raies , sous ce dernier , un autre muscle , qui naît des épines des vertèbres dorsales, du premier muscle dorsal et de la pointe de la branche verticale du bassin. Ce muscle est fort , large et plat, monte dans une direction opposée, et s'atlaclie à la partie supérieure, la plus grande , de la moitié inférieure du bord interne de la nageoire, partie qu'il abaisse avec force. Ce muscle ferme en même.
ai4 TRAITÉ oiiNÉRAL
temps la cavité abdominale supérieurement.
11 y a de même à la face inférieure ou abdominale un autre muscle de même forme naissant, à côté du muscle abdominal inférieur, de l'apophyse horizontale inférieure et antérieure du bassin • il s'étend, sous la cavité abdominale, à la partie antérieure de la portion postérieure de la nageoire du devant, alTecte la même direction et exerce la même action que le muscle précédent.
Ce sont là incontestablement des parties des muscles abdominaux qui , conformément à la brièveté et à la largeur de la cavité abdominale, ainsi qu'au grand volume des nageoires ihoraciques des raies ^ se sont développés et isoles dans le sens de la largeur; tandis que, chez les squales, qui offrent une disposition contraire, ils se sont distendus en longueur, et ont été entrecoupés par des intersections aponévrotiques , qui manquent aux raies , et sont remplacées seulement en avant , à la partie interné, par une grande expansion aponévrotique inférieure et superficielle.