‹ Traité général d'anatomie comparée [electronic resource] (volume 3)Chapitre 3 sur 81 · CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SDR LES MUSCLES · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SDR LES MUSCLES

Les muscles forment très-généralement , du moins chez les animaux supérieurs , la plus grande partie de la masse du corps. Dans les animaux sans vertèbres et pourvus de parties solides , les muscles s'insèrent à la surface interne de ces parties, qui leur servent d'enveloppe ; chez les animaux à vertèbres, au contraire, les muscles enveloppent les parties solides du corps.

On distingue habituellement dans les muscles une partie charnue et une partie tendineuse. La première seule est le siège de la motilité ; la seconde sert seulement de lien entre cette partie active et les parties solides, os, cartilages, ou enveloppes testacces, dont la première est destinée à modifier la position et la forme appropriées aux divers besoins de l'organisme. La par'ie charnue est toujours plus épaisse, plus molle et plus lâche que la tendineuse , avec la substance de laquelle elle

d'anatomie comparée. 3

est unie étroitement , sans être confondue avec elle. Chacune de ces parties est composée de fibres, mais les fibres charnues sont unies moins intimement entre elles que les fibres tendineuses , et plus disposées à se réunir en faisceaux distincts. Il n'y a entre ces faisceaux non plus qu'entre lès fibres qui les composent aucune intrication, mais seulement juxta - position. Leur union se fait par le moyen des fibres tendineuses sur lesquelles ils s'implantent de plusieurs côtés , et dans une direction oblique.

La composition la plus intime des muscles a été l'objet de nombreuses recherches, dont les résultats sont souvent très-différens les uns des autres. Toutefois si aux recherches anciennes, consignées dans les ouvrages de Muys (i), Haller (2), Prochaska (3), et par nous-même (4) , on ajoute les recherches postérieures de Treviranus (5), Rudolphi (6), Home (7),

(1) Artificiosa musculorum fabrica , L. B. 174 1.

(2) Elem. physiol. , t. IV, p. 40g.

(5) De carne musculari, Viennœ , 1778.

(4) Handbuch der mensclil. Anatomie, Bd. 1, p. 472. ( Manuel d'anat. ge'n. , descriptive et pathol. , traduit par MM. Jourdan et Breschel , vol. I. )

(5) Ueber die organischen Elemente des thierisclien Kœrpers. Vermischte Schriftcn , I, 117.

(6) Grundriss dcr Physiologie , 1 , 89.

(7) Sur les changemens que subit le sang en se coagulant. Philos, trans., 1818.

Mascagni(i), deMM. Prévost et Dumas (2) , et de M. M. Edwards (3), on semble être assez bien fondé à conclure : que les fibres musculaires à leur dernier degré de division ont à peu près le même volume cbez tous les animaux, et qu'elles l'ont aussi chez le même animal dans toutes les périodes de la vie; 1^ qu'elles sont sans cavité intérieure , et 3** qu'elles consistent en globules unis entre eux par une substance amorphe, globules qui égalent en volume les parties centrales des globules du sang , et qui ne se distinguent des globules des aulres parties de l'organisme, particulièrement de ceux du tissu cellulaire , que parce qu'ils sont placés bout à bout dans le sens de la longueur. Cette disposition globulaire semble en effet assez bien établie d'après les données les plus récentes, telles que celles de MM. Home, Bauer, Edwards, Treviranus , Prévost et Dumas ; cependant je dois dire que mes nombreuses recherches sur ce sujet ont été loin de me conduire à une conviction entière. Des plis transversaux, des incisures et des courbures empreintes, sur les fibres musculaires ont pu en imposer à ces ob-

(1) Prodrorao, p. 97. Firenze, 1819.

(2) Mém. sur les phénomènes qui accompagnent la contraction musculaire. Journ. de physiol. de Magcndic, 1825 , p. 5oi.

(3) Mdm. sur la structure élémentaire des principaux tissus organiques des animaux. Paris, 1825, p. i5 et 14-

d'anatomie comparée. 5

servateurs et donner lieu à des illusions ; les effets d'une dessiccation commençante, des lésions ou des solutions de continuité accidentelles, ont peut-être aussi causé des méprises.

Du moins , les muscles masséters de la larve du nasicorne (geotrupes nasicornis) , qui ont pourtant un volume considérable , ne m'ont offert jusqu'ici que des fibres simples et pleines , sans traces de globules ; disposition qui a d'ailleurs en sa faveur le mode d'activité des muscles , qui exige que ces organes jouissent de la plus grande solidité.

Lorsque l'animal est pourvu d'un système nerveux , les muscles reçoivent toujours une grande quantité de nerfs , dont les dernières ramifications sont situées entre les. faisceaux musculaires. Ces rameaux offrent un volama supérieur à celiii des dernières fibres musculaires, et ne se confondent pas avec elles ; d'après les observations les plus récentes (i), ils se réunissent entre eux de manière à constituer un réseau distinct et fermé.

Les vaisseaux sanguins et les tracliées , lorsqu'il en existe, sont aussi très-considérables, et dans les muscles auxquels ils se rendent leur distribution est la même.

D'abord le vaisseau arrive au muscle, sous un angle plus ou moins droit , et se ramifie eu

(0 Prévost et Dumas , lococitato.

manière d'arbre 3 les ramifications plus déliées marchent alors entre les grandes et les petites divisions du muscle, parallèlement à leur direction , et s'anastomosent entre elles un grand nombre de fois.

Cette disposition , qui a été démontrée pour les vaisseaux sanguins par Monro (i) et Dœllinger(2), existe également, d'après mes recherches , pour les trachées des insectes.

Le plus généralement la substance musculaire forme autour du tronc deux larges masses , une dorsale et l'autre abdominale , dont les fibres affecteut une direction longitudiuale, et qui sont , le plus souvent , séparées , dans la ligne médiane, par un intervalle que remplit fréquemment une substance tendineuse. Habituellement il existe entre ces deux masses d'autres plans plus faibles , dirigés les uns transversalement , les autres obliquement. Les

(1) Monro, Outlines of human anatomy, I, p. 177, IV, lab. 5.

(2) Dœllinger's Bemerkungen ùber die Verlheilung dcr feinslen Blulgefaîsse in den beAvcglichcn Thcilcn des thierischcn Kœrpcrs ( Remarques sur la distribution des vaisseaux sanguins les pUis délies dans les parties mobiles du corps animal dans Meckel's Archiv , vol. VI , p. 186.

d'anatomie cômparée. 7

derniers s'étendent, eu sens opposé, des parois latérales du dos à celles de l'abdomen, et s'entrecroisent par conséquent entre eux. 11 y a même des points oii il n'existe que l'une ou l'autre espèce de ces plans moins considérables. Les premières masses se subdivisent très-généralement, dans le sens de leur épaisseur, c'est-àdire dans la direction du dos au ventre, en plusieurs couches, dont les plus superficielles se dirigent en droite ligne dans le sens de la longueur de l'axe du tronc ; les profondes étant, au contraire, obliques à cet axe, et dirigés en sens inverse , il en résidte un entrecroisement. Lesplans latéraux sembleraient, d'après cela, appartenir aux coucbes dorsales et abdominales; ils en seraient des fractions échappées en dehors.

La substance musculaire qui détermine les raouvemens de tout le corps est, par conséquent, disposée d'après le même type que celle qui produit les changemens de forme de certaines parties intérieures , par exemple , du canal intestinal , du système vasculaire , etc. , dont les parois sont composées de fibres , qui affectent une ou plusieurs des directions mentionnées.

Les couches transversales et obliques sont ordinairement plus nombreuses que les couches dirigées suivant l'axe ; leur nombre augmente considérablement quand on remonte la série des êtres. Les muscles des membres se mon-

trent partout comme des développemens et des modifications de ces couches, parce que les membres sont des prolongemens transverses du tronc. Ces muscles transversaux et obliques sont d'autant plus composés , sous le rapport de leur structure et de leur action, que leur direction s'éloigne davantage du plan horizontal ou du vertical , ou de tous deux à la fois.

L'actien des muscles longitudinaux est, en général , de raccourcir le corps ; les muscles dorsaux le courbent en haut, ou le mettent dans l'extension ; les muscles abdominaux le courbent en bas.

Parmi les muscles transversaux , ceux qui sont latéraux rétrécissent le corps de haut eu bas ; les supérieurs et les inférieurs le resserrent de dedans en dehors ; ils compriment par conséquent sa cavité dans cette direction. Les muscles transversaux dont le point d'appui est situé plus en dedans que le point d'insertion exercent une action contraire : ils élèvent ou abaissent la partie sur laquelle ils agissent. Parmi les muscles obliques , ceux qui sont dirigés d'arrière en avant et de dedans en dehors tirent en arrière et en dedans le corps ou la fraction de squelette qu'ils mettent en mouvement 5 ceux , au contraire , qui se dirigent d'avant en arrière et de dedans eu dehors le tournent en avant et en dehors.

Cet exposé très-général peut être appliqué ,

d'anatomie comparée. 9

à peu d'exceptions près , au plus grand nombre des animaux vertébrés et invertébrés. Il est extrêmement rare que les muscles longitudinaux manquent tout-à-fait , comme cela a lieu, par exemple, chez les araignées; ce qui semble dépendre de la brièveté et de l'épaisseur de leur tronc , et du développement extraordinaire de leurs membres.

Ou ne voit presque que des muscles transversaux au tronc de plusieurs céphalopodes , particulièrement de la seiche et du calmar. Cependant la direction longitudinale non seulement prédomine dans les pieds de ces animaux , mais , en outre , les fibres longitudinales de ces parties l'emportent sur les autres.

Le caractère distinciif de la composition de la substance musculaire est la présence de la fibrine. Elle contient, en outre, de l'albumine , de la gélatine , une matière extractive particulière, l'o^mfl^ome, plusieurs phosphates et carbonates , et un acide libre, qui est de l'acide lactique, d'après M. Berzelius. Déjà la grande proportion de fibrine qui entre dans la composition delà substance musculaire peut faire présumer que cette substance doit se distinguer des autres, surtout de la nerveuse , sous le rapport des principes médiats , et particulièrement

par la prépondérance de l'azote. Et c'est ea effet ce qui a été démontré par les recherches de PfalF, qui nous apprennent que la quantité de carbone et d'oxjgène contenue dans les substances musculaire et nerveuse est à peu près la même , mais que le tissu musculeux renferme o,i6 d'azote, et la substance cérébrale tout au plus 0,07. Eu revanche, le muscle contient moins d'hydrogène, environ 0,10, tandis que l'encéphale en a près de o, 1 7 . Dans l'un et dans l'autre de ces tissus , le carbone existe dans la plus grande proportion ; il constitue à peu près la moitié du tout, et après lui vient l'oxygène, qui enforme environ le cinquième(i).

Au reste ces différences sont en quelque sorte les conséquences de celles qui existent dans la composition de la fibrine et de l'albumine : quant à la grande prépondérance de l'hydrogène dans la substance cérébrale, elle s'explique assez naturellement par l'existence de la graisse , que l'encéphale contient en outre de l'albumine.

Les muscles , sous le rapport de leur forme

(i) C. C. Sass, de proportionibus quatuor elcmcntorum corporum organicorum in cercbro et luusculis. Kiliaî , i8i8. — Un extrait de ce travail a cle communique' par Pfaff, dans MeckeVs Archiv fur die Phjsiol. , V, 332.

d'anatomie comparée. h

extérieure j peuvent être divisés généralement en muscles longs et en larges. Les premiers forment la majeure partie de la masse de ce système; ils existent particulièrement aux membres. Les seconds recouvrent surtout le IrODc et la tête , oii ils concourent plus ou moins à former des cavités. Outre la différence de forme , ces deux sortes de muscles en ont encore une autre dans le rapport qui existe entre leurs parties charnues et tendineuses. En effet, la partie tendineuse est, relativement à la partie charnue , bien plus petite dans les premiers que dans les seconds.

Quoique sous le rapport de la texture et de la couleur les muscles offrent en général dans un même animal beaucoup de ressemblance , cependant d'une région à l'autre il y a quelquefois des différences notables , comme cela s'observe dans certains oiseaux et dans certains poissons : dans la famille des gallinacés , par exemple , les muscles des membres postérieurs sont beaucoup plus rouges , plus consistans et plus durs que ceux des membres antérieurs. Mais probablement cette différence tient moins à une disposition congéniale qu'au défaut d'exercice des membres antérieurs. De même, les muscles de la tôle de plusieurs pois-

sons sont beaucoup plus rouges que ceux du reste du corps.

Les muscles ne sont pas distincts à l'époque de leur formation; après cela vient une époque où leurs fibres sont plus grossières qu'à l'état de développement parfait. Ils sont alors plus mous , moins rouges , et leur partie tendineuse est par conséquent plus difficile à distinguer de la partie charnue ; la fibrine y est moins abondante et bien plus mollasse j en revanche ils contiennent plus de gélatine.

Bien que^ les muscles se rapportent tous en général au type que nous venons d'exposer , ils ne laissent pas que d'offrir dans les diverses classes d'animaux des différences considérables non seulement sous le rapport de forme et de disposition extérieure , mais encore sous ceux de texture, décomposition, de couleur et d'autres propriétés physiques.

Il existe , sous tous ces rapports , certaines différences générales entre les animaux pourvus de vertèbres et ceux qui n'en ont pas.

Les invertébrés n'ont pas tous des muscles distincts , quoique leur corps puisse exécuter

les mouvemens les plus forts et les plus étendus , et par suite subir les changemens de forme les plus variés. Les muscles de ces animaux, lorsqu'il y en a, se distinguent de ceux des vertébrés principalement en ce qu'ils sont moins rouges, que leurs fibres et faisceaux sont unis d'une manière moins intime, et qu'ils se rapprochent souvent plus de la texture du tendon que de celle de la chair.

Les vertébrés eux-mêmes diffèrent entre eux sous le rapport de la ténuité plus ou moins grande de leurs fibres musculaires : ainsi , d'après les recherches de Prochaska , les fibres et les faisceaux chez les animaux à sang froid sont, toute proportion gardée , plus volumineux que chez les animaux à sang chaud.

La composition des muscles des animaux inférieurs diffère de celle des animaux supérieurs de la même manière que la composition des muscles des jeunes individus de la même espèce diffère de celle des individus adultes. En effet , chez les mammifères et les oiseaux^ la fibrine est plus abondante et plus consistante j tandis qu'à partir des reptiles , la proportion en diminue considérablement jusqu'à ce que par degrés insensibles elle vienne à disparaître entièrement ou presque entièrement dans les animaux sans vertèbres.

L'élude de la fonciion des muscles , des conditions nécessaires à leur action et des phénomènes qu'ils présentent à l'état d'activité , rentre dans la physiologie , et ainsi n'est point de notre sujet ; seulement je ferai remarquer que , d'après les expériences les plus exactes et les mieux dirigées , faites par MM. Ermann (i) et Gruithuisen (2) , le muscle en action ne conserve pas son volume, mais que, loin d'augmenter , comme on l'avait cru , il diminue réellement et perd en volume ce qu'il gagne en cohésion.

(1) Einige Bemerkungen ûber Muscularcontractionen ( Quelques remarques sur les contractions musculaires ) • dans Gilbert's Annalen der Pkysik, N. Folge, Bd. 10, 1812 , p. J.

(2) Medic. chir. Zeitung. Jalirg. 181 1, Th. 4i S. 91.

d'anatomie comparée.

Page 1