Os de la main
La main des oiseaux est extraordinairemcnt peu développée dans le sens de la largeur j dans celui de la longueur , elle est , au contraire , considérablement étendue.
a. Carpe.
Le carpe n'est composé que de deux os juxtaposés, si on ne veut, avec Tiedemann, Ziàmetire comme un troisième os carpien l'os men-
tionrié plus haut , situé à l'extrémité infé^ rieure du radius , et qui s'articule, eu effet, chez Je paon , avec les os ordinaires qui sont audevant, et avec l'extrémité inférieure du radius. Le premier de ces deux os , l'antérieur ou le radio-carpien, s'articule, parties facettes articulaires planes, avec la majeure partie de la surface articulaire du radius et du cubitus , et avec le grand os du métacarpe. Le second, le postérieur ou cubito-carpien , s'applique par des surfaces planes , dans une petite étendue , contre le cubitus et le grandes du métacarpe. Ces deux qs réunis , mais surlout le premier, forment une cavité articulaire, qui reçoit le condjle postérieur et convexe du grand os métacarpien.
Ces deux os sont communément courts el gros, et ne varient pas beaucoup de volume. L'os radio-carpien est arrondi ou irrégulièrement quadrilatère; le cubito-carpien est triangulaire ou semi -lunaire. Le premier ne déborde ni le radius , ni les os métacarpiens; le second les dépasse, au contraire, beaucoupil est presque tout-à-fait libre à sa partie inférieure.
Leur volume proportionnel n'est pas toujours le même.
Dans la plupart des cas, l'inférieur est un peu plus grand que le supérieur, comme chez les oiseaux de proie ; d'autres fois , il l'emporte
d'anatomie compakée. i5g c'est le pouce ; il est formé communément , non d'une phalange , comme le vent M. Cuvier (i), mais de deux , dont l'antérieure n'est le plus souvent que rudimentaire (2).
Le second doigt , beaucoup plus long , appuyé sur la partie moyenne , qui' est la plus grande, de l'os métacarpien, n'est composé dans la plupart des cas que de deux phalanges, dont la première estlarge, plate, le plus souvent plus épaisse à son bord antérieur que dans sa moitié postérieure; la seconde étant ordinairement prismatique et plus courte que la première.
Le troisième doigt, qui est le plus petit, est ordinairement prismatique^ il s'appuie sur la partie cubitale de l'os du métacarpe, s'applique, dans le cas le plus commun, immédiatement auprès du second doigt, et ne se compose constamment, autant que je sache, que d'une phalange;
Toutes ces phalanges ne jouissent que des mouvemens de flexion et d'extension.
Voici les différences principales que présentent les os des doigts :
Le premier doigt manque aux Tncmchots ^ comme partie propre , quoiqu'il y soit indiqué
(1) Loc. cit. , p. 282.
(2) Nilzsch osleograph. Beitrœge. Leipz. 181 1. Ueber das Nagelgliecl der Fliigelfînger, besonders den Daumen. p. 89.
d^ine manière évidente. L'os métacarpien antérieur est, dans la moitié supérieure de sa partie antérieure , plus étroit que dans le reste de son étendue; cette portion , qui^a la forme d'un triangle alongé , et qui présente exactement la forme d'un premier doigt , est limitée du reste de l'os , aux faces externe et interne , par un sillon longitudinal , et en outre par plusieurs fosses et ouvertures.
C'est dans les oiseaux aquatiques, surtout chez le cormoran et le/ow de Bassan , mais non chez \e pélican ordinaire, en outre chez les pingouins , les plongeons , L s guillemots , les paille-en-queue, particulièrement l'albatros le plus connu et les pétrels , que l'os en question offre le plus de volume ; chez les albatros et les pétrels, il a la moitié de la longueur de l'os métacarpien , lequel est fort alongé. Il est plus court chez les hirondelles, les oiseaux de proie, les grimpeurs, les gallinacés; c'est, en général , chez les grallés et les passereaux qu'il est le plus court.
On ne peut pas déterminer, avec une certitude complète , quels sont les oiseaux qui ont une deuxième phalange au pouce, parce que cette phalange peut être perdue facilement , soit à cause de sa petitesse , soit par suite de la manière dont on prépare les squelettes. Nitzsch aie mérite d'en avoir démontré la présence, en général , et d'en avoir fourni des exemples particuliers.
d'anatomik comparée. i57 Il est toiu-à-fait simple, supporte en avant , à son extrémité supérieure, une petite saillie pointue , qui correspond à l'apophjse du pouce; il présente en outre , aux quatre cinquièmes supérieurs du bord postérieur , une petite crête qui correspond à la branche cubitale des autres oiseaux, mais qui n'est séparée nulle part.
Cet os offre toujours à sa base, du côté radial, une saillie plus ou moins considérable qui est longue, surtout chez les palmipèdes , et qui est , vers sa pointe , séparée de la grande pièce par une gouttière superficielle , mais distincte ; c'est sans contredit un rudiment de premier métacarpien ou de métacarpien du pouce-.
Cette saillie se prolonge chez le charadrius spinosus ; elle y devient une pointe forte , longue et droite , dont on trouve un faible indice chez beaucoup d'oiseaux , surtout chez les autres espèces du genre pluvier ( charadrius) , ainsi que chez les bécasses, les anas , par exemple lecravant [a. bernicla) , le millouinan {a. marylla) , le penelope autumnalis, et chez les cjgnes.
Après le charadrius spinosus, c'est lejacana (parrajacana) qui présente peut-être cette saillie au plus haut degré de développement. Elle y est également pointue , mais elle égale à
l5Ô tRAJTÉ GliNKRAL
peine la moiiié de la longueur delà première. Chez l'an et l'autre elle est revêtue d'un épiderme qui a la consistance de l'ongle.
Chez le kamischi ( palamedea cornuta) , cette saillie se prolonge non seulement en une apophyse pointue, de plus d'un pouce de long, qui est recourbée eu bas , tranchante à sa face supérieure , large et concave à la supérieure , mais Tcxlrémité inférieure de l'os est munie également d'une apophyse de forme semblable, et beaucoup plus petite.
Parmi les palmipèdes, c'est chez l'anserpollicaris que cette apophyse me paraît offrir le plus de volume; je lui trouve près de trois lignes dans toutes les directions : elle est ronde, tuberculeuse , et supportée par un col étroit et court.
Entre elle et le reste de l'os métacarpien , il existe chez le fou de ^assan une ouverture qui semble indiquer, d'une manière plus évidente que chez les autres oiseaux, une tendance de cet os à l'isolement.
c. Os des doigts.
Uos métacarpien supporte presque toujours trois os, qui sont les premières et quelquefois les uniques phalanges d'autant de doigts.
Le premier doigt, ou le plus antérieur, s'ap-, puie sur le rudiment du premier métacarpien ,
d'anatomie comparée. 161 D'après lui, elle existe généralement chez hs oiseaux de proie diurnes , les gallinacés , la plupart deséchassiers et des oiseaux d' eau, mais non dans l'ordre ^/cdeLinnée, et parmi les passei'eaux, seulement cheiz.les martinets. Aux oiseaux indiqués par Nitzsch, jepuis ajouter encore quelques oiseaux aquatiques qui possèdent cette seconde phalange, par exemr pie le millouinan , le cravant , le tadorne commun^ le canard musqué (résultat conforme à la remarque exacte qu'avait faite JNilzsch lui-même, quela plupart des canards semblaient avoir cette phalange ), le cjgne à bec noir et celui à bec rouge , Vanser polli^ caris , le petit plongeon , le colymbus rufo-. gularis , le macareux {mormon façiterculus) , le pujffinus articus . Chez le naridou , parmi les hrévipennes ^ il- exisie positivement une .seconde phalange au pouce, et son existence est vraisemblable chez Vautruche ordinaire.
Je suis convaincu (Ju'on la trouvera dans un bien plus grand nombre d'espècesj je crois seulement qu'elle se soiule facilement avec la première, ou qu'ion la perd lors de la préparation du squelette. Je serais tenté d'admettre la seconde phalange dans tous les ças où la phalange unique est terminée en pointe, et d'en nier l'exisîence dans ceux où cette dernière présente une forme arrondie. Quant à l'assertion de
l62 TRAITIi GÛyiÛRAl.
M. Ticdemann (i) « qu'il existe à l'extrémité « postérieure de la première phalange du pou- <( ce des oiseaux un petit os pointu , en for- « me d'épine, qui représente la seconde pha- '( lange de ce doigt, >> il faudrait sans doute une longue suite de recherches bien attentives , pour pouvoir appliquer cette règle à tous les oiseaux indistinctement.
Dans quelques oiseaux , je nommerai en particulier les stercoraires f les goélands, les guillemots , les grues , les cigognes , les macareux ^ c'est-à-dire spécialement des échassiers et des palmipèdes , Fextrémité de la première phalange prend tout à coup une largeur d'une étendue variable.
Le second doigt est toujours le plus long. La première phalange est communément toulù-fait pleine ; une exception à cette règle est fournie par Vengoule^ent d'Europe, parles liirondelles (sterna ), surtout la grande hirondelle de mer {st. himndo) , \siSt. minuta, les larus ridibundus , eburneus , canus , stercorarius, les phaëtonviridipes , maximus , glau' eus, rufipes. Chez ces oiseaux, la phalange en question est très-large et percée de haut eu bas par deux ouvertures ayant à peu près la même étendue; ces ouvertures sont séparées l'une de l'autre par un pont transversal; or-
(i^. Loc. cil, p. •
d'anatomie comparée. i65 gaiiisation très-remarquable , parce qu'elle reproduit la conformation du métacarpe , qu'indique déjà, chez la plupart des oiseaux, par exemple les échassiers et les palmipèdes , l'épaisseur plus considérable de la partie qui constitue le pont osseux dans ces ani-
maux.
La première phalange du second doigt offre généralement sa plus grande épaisseur à son bord antérieur. Les manchots font exception à cette règle : chez eux, les bords antérieur et postérieur sont tranchants ; c'est le long de sa hgne médiane que l'on rencontre la plus grande épaisseur de l'os.
La seconde phalange du second doigt des manchots n'a pas une forme pyramidale , pas plus que la première • elle est mince , large et alate. Elle présente la même disposition chez es hirondelles , dans plusieurs corbeaux et lassereaiLx , et chez les perroquets.
Communément elle diminue de volume l'une manière uniforme, de la base au sommet^ îtse termine, par conséquent, par une pointe )lus ou moins marquée. Une exception rare à :ette règle , et qui est analogue à celle qui a été )bservée pour le pouce, est offerte, à ce qu'il neparaît, par quelques oiseaux d'eau, tels que es cormorans s elle l'est encore , mais à un peu dus faiblt degré, vavXçt pelecanus gracttlus , e pétrel gris-blanc (;;roce//«na glacialis) , les
l64 TRAITÉ GÉNÉRAL
goélands, chez lesquels le tiers inférieur s'aplalit et s'élargit immédiatement.
Chez quelques-uns , tels que Voie ordinaire ^ Vansersegetum , Va. montana, ainsi que le canard musc/ ué, le Gravant, \e tadorne corrimun, l'eider jeune mâle {anas spectahilis ) , l'adulte des deux sexes (a. mollis s ima) , le petit plongeon , les cygnes à bec noir ex. à bec rouge (\), le harle vulgaire , le mergus cristatus, le courlis d'Europe {scolopax arcuata) , le scolopax communis, le corlieu d'Europe {scoL phœopus), les grues , les brévipennes , le deuxième doigt porte, comme je m'en suis assuré par des recherches répétées, une troisième phalange, beaucoup plus petite que la seconde , mais qui , réunie à celle-ci , est plus longue que la première. On voit qu'il y a réellement des exemples de grands doigts à trois phalanges, même parmi nos oiseaux indigènes , quoiqu'ils aient été niés par un excellent naturaliste (2). Mais, en revanche, je doute encore maintenant, avec lui, de l'exactitude de l'assertion générale de Tiedemann (3), qui assure que le deuxième doigt est formé de trois phalanges chez tous les oiseaux (4), quoiqu'il soit possible que cette
(1) Wiedemann l'avait déjà indiqué pour le cj-gne
a bec l'ouge.
(a) Nilzsch , loc. cit. , p. 96.
{y*Loc. cit. , p. 245.
(4) Loc. cit. , p. 244"-
d'aNATOMIB COMPAREE. l65
disposition existe plus fréquemiiieiil qu'on ne l'a dit jusqu'ici, et cela par les mômes motifs que ceux qui ont été donnés au sujet du pouce.
Quant à l'assertion de Tiedemann , qui prétend que la troisième phalange du deuxième doigt du palamedea cornuta sort de la peau de l'aile sous la forme d'un ergot corné, elle est entièrement fausse. Ce petit éperon est si-' tué, comme j'en ai déjà fait la remarque en parlant de l'os métacarpien , à l'extrémité inférieure de cet os , à un pouce et demi plus haut que l'extrémité inférieure du doigt médian, que je n'ai pas pu étudier assez pour m'assurer s'il est formé seulement de deux ou de trois pha-* langes. Je n'en trouve que deux sur l'individu qui est entre mes mains.
Ce doigt ne me présente , au contraire , c^Viune phalange chez le nandou.
Dans les genres bécasse , pingouin^ plon^ geon ^ pélican, le troisième doigt est proportionnellement très-petit 3 chez les manchots , il est, au contraire, plus longj l'excès de cette dimension est tel, qu'il est supérieur en longueur à la première phalange du grand doigt, et celle phalange est pourtant considérable. Cette disposition semble se rattacher au grand développement du bras dans le sens de la largeur.
D'après M. Tiedemann (i), le troisième doigt (0 Loc. cit. , p. a44..
id6 traité général
aurait toujours deux phalanges, proposition qui me paraît jusqu'ici encore extrêmement douteuse, comme celles qui ont déjà été mentionnées.
Je n'ai pas vu davantage que ce doigt ait jamais manqué (i), ou qu'il ait été soudé avec le second doigt , ni chez les oiseaux de proie, ni chez d'autres oiseaux (2).
Le rapport de la longueur de la main aux autres portions du membre, et aux fractions de celles-ci entre elles , n'est pas exactement le même partout. La main est , en général , d'autant plus grande que le vol est plus rapide , et c'est dans le même rapport qu'augmentent aussi ses fractions de haut en bas.
Elle a, sans contredit, le plus de volume chez les martinets , où elle est beaucoup plus grande que l'humérus et que les os de l'avantbras. A cette disposition coïncide l'état de dégradation du tube de l'os métacarpien ; ce tube est plus petit ^ le long doigt est plus grand que le métacarpe j la seconde phalange de ce doigt est plus longue que la première j celle-ci est extraordinaireraent large. U engoulevent
(1) Merrem , /oc ciV. , p. i54-
(2) ïiedemaun , loccit., p. 244-
D'ANATOMIE COJMrPARÉE. 167
d'Europe olFre une disposition semblable. La seconde phalange est également très-longue chez les perroquets , les pics , les albatros , le pétrel gris-blanc, les hirondelles de mer, les goélands , les canards , le damier, les plongeons , les guillemots , surtout le grand guillemot , les pingouins , et les manchots.
Chez les autres oiseaux , la main n'a environ que la longueur de l'avani-bras , ou est même un peu plus courte.
La seconde phalange du grand doigt est , eu général, plus courte que la première , mais les engoulevens et les perroquets font, outre les martinets , exception à cette règle.