II. SQUELETTE DES ARACHNIDES
Les squelettes extérieur et intérieur des arachnides sont beaucoup plus imparfaits qu'un ne les rencontre dans la plupart des imeët s. Dans l'extérieur, la disposition articulée est beaucoup moins développée; l'intérieur est beaucoup plus petit et moins compliqué.
À. Arachnides proprement dites.
Les araignées proprement dites offrent , sous l'un et l'autre rapport, l'organisation la plus imparfaite. La peau peu consistante de l'abdomen, qui est oblong, n'offre point d'articulation à sa face supérieure; quelquefois seulement il y a une légère disposition articulée à sa face inférieure , comme, par exemple, chez la mygale aviculaire.
ces appendices à chaque ar.neau du corps, que les myria.pohes n'ont pas d' 'abdomen, et qu'ils sont seulement composés d'un thorax, d'après la définition deM. Audotiin • les animaux articulés, dépourvus d';i ipendiees, présentent le type le. l'uniformité la plus complète, et en même temps de la plus grande simplicité (les appendices delà bouche ex cep lés ). Pour avoir l'idée de la plus grande complication, on peut supposer un animal entièrement formé de segmens pourvus chacun d'une paire de pieds et d'une paire d'ailes.
( Note des traducteurs, )
L'extrémité postérieure seule de cette portion du corps est quelquefois munie de paires d'appendices oblongs et articulés.
Le corselet (1) se compose d'un test supérieur et d'un test inférieur. Le supérieur est plus grand que l'autre ; il est ordinairement un peu étranglé à sa partie antérieure, où il correspond à la tète, et supporte, ou mieux recouvre les yeux. Sa partie postérieure présente, au milieu de la surface intérieure, une forte saillie d'où partent, vers chaque côté , quatre fortes apophyses, dont l'antérieure et la postérieure sont les plus fai-
(1) Le thorax des arachnides est beaucoup plus simple que celui des insectes , quoiqu'il soit composé d'un plus grand nombre d'anneaux. En effet, abstraction faite de la tête , qui est confondue avec lui, on lui compte quatre anneaux, c'est-à-dire un nombre égal à celui des quatre paires de pattes. Ces anneaux se composent d'une pièce inférieure, le sternum , et de pièces latérales ou flancs. Les quatre sternums sont exactement soudés entre eux, et forment un petit plastron entre les pattes. Les flancs sont aussi réunis entre eux , mais on aperçoit les lignes de soudures ; ils constituent le dos de l'animal. La partie supérieure , ou le tergum des insectes , manque ici complètement. M. Audouin a démontré ce fait. On peut se figurer ce qui a lieu ici en comparant cette organisation à celle d'un crustacé décapode brachyure auquel on aurait enlevé la carapace. Dans l'araignée les flancs obliques en dedans et en haut sont arrivés au point de contact • ils se touchent tous par leur sommet. Dans le crabe les flancs , qui sont aussi obliques en dedans et en haut , ne sont point assez prolongés pour se toucher; il existe entre eux un intervalle. (Note des traducteurs.)
d'anatomie comparer.
bles, qui sont toutes des traces d'insertions musculaires.
Le lest inférieur correspond seulement à la partiepostérieure du test située supérieurement. 11 est droit, et du milieu de son bord postérieur s'élève une petite apophyse qui bientôt après se divise , de chaque côté, en une branche semiannulaire, longue, mais étroite, qui se dirige en devant immédiatement sous les parois latérales du test supérieur, et sert d'attache aux muscles des hanches, au-dessus desquelles le test est situé. Cette apophyse forme la paroi latérale de la poitrine qui est. très-déprimée, s
Il existe en général quatre paires de pieds qui ont à peu près la même grandeur et la même structure. Ils sont situés immédiatement les uns derrière les autres , entre les deux tests du bouclier thoracique, et sont libres dans toutes leurs parties. La première portion en est alongée, la seconde beaucoup plus courte. La troisième, bien plus longue que la précédente,, est suivie d'une portion très-courte; la cinquième est la plus longue, mais plus grêle que la troisième. La sixième et la septième diminuent brus.
■ quement de longueur. La dernière est formée par plusieurs petites pièces dures, placées les
lunes au-dessus des autres.
Les petits articles intermédiaires ne semblent
;pas exister dans toutes les espèces.
La première portion ne correspond Irès-vrain.
l30 TRAITÉ GÉNÉRAL
semblablement pas à la hanche des insectes , mais représente les parties latérales du thorax. Cela est très-distinct chez les scorpions , comme on le verra par leur description.
Je ne trouve aucune trace de squelette intérieur chez les araignées , à moins qu'on ne veuille regarder comme telle une partie tendineuse , épaisse , solide , très-fortement développée chez les grandes araignées, particulièrement chez la mygale aviculaire ; partie qui est située sous la plaque supérieure du bouclier thoracique, qui supporte, à ses faces supérieure et inférieure, deux rangées latérales d'apophyses verticales, et à chaque bord une rangée simple d'apophyses transverses, prolongées dans l'intervalle qui sépare les muscles des pieds.
Majs cette analogie a contre elle la position de cette partie au-dessus du canal intestinal, la présence simultanée de cette partie et du squelette intérieur ordinaire, chez les scorpions, et en général le peu de ressemblance qui existe entre cette partie et le squelette intérieur des autres animaux articulés.
B. Scorpionides.
Les scorpionides ont un squelette extérieur et un squelelte intérieur beaucoup plus composés; mais, conformément au type général des arach-
h'aîC A.TOMFE COMPARÉE. 1 3 1
Hides>jïà tète et la poitrine sont, encore confondues. Ces deux cavités réunies constituent une portion du corps beaucoup plus petite relativement que chez les araignées ordinaires.
On ne trouve au dos qu'une plaque carrée, dure, s'élargissant d'avant en arrière, qui porte plusieurs points oculaires au milieu et sur les parties latérales ; ceux de ces points qui occupent le milieu sont situés plus en avant que ceux quisont sur les côtés. Sous l'extrémité antérieure de cette plaque existent en haut les mâchoires supérieures, en bas les mâchoires inférieures très- développées, et les parties buccales en général.
La paroi inférieure est beaucoup plus compliquée. Elle est composée de trois paires de pièces diversement disposées , qui se succèdent immédiatement et se rejoignent tout-à-fait ou presque tout-à-fait dans la ligne médiane. Les extrémités externes et ouvertes de ces pièces supportent les hanches des pieds qui leur sont lâchemenf unies par une peau molle.
La pièce antérieure est de forme rectangulaire, sa plus grande longueur est d'avant en arrière ; il en résulte que la cavité est située en dehors. Elle supporte la première paire de pieds, qui sont séparés l'un de l'autre par une saillie triangulaire, alongée de la seconde pièce qui se porte en avant et se place entre eux.
La seconde pièce est plus grande, triangu-
l32 TRAITÉ GÉNÉRAL
laire; sa dimension transversale est la pins longue. Les deux pointes de cette pièce qui portent la seconde paire de pieds se rencontrent dans la ligne médiane.
La troisième pièce est encore plus grande et plus alongée. Elle est également triangulaire. Les pointes internes se rejoignent presque sur la ligne médiane , elles ne sont séparées que par une petite plaque triangulaire. Elle correspond aux troisième et quatrième paires de pieds par «leux ouvertures articulaires tout-à-fait séparées, dont la postérieure est située beaucoup plus en dehors que l'antérieure.
De la face supérieure interne de ces pièces naissent des saillies qui divisent imparfaitement la cavité de la poitrine d'avant en arrière. Les deux sailliesantérieures sont des plaques hautes, molles, membraniformes , verticales, triangulaires, situées sur le bord postérieur de la première et de la seconde pièce. La saillie de la troisième pièce est moins haute et beaucou p plus dure et plus solide, du moins chez le scorpion roussâtre (scorpio occitanus}, et n'est en rapport avec la périphérie extérieure qu'à ses extrémités externe et interne. Elle naît de l'extrémité - interne de la dernière pièce , et se dirige, sous forme d'un pont mince, de dedans en dehors et d'avant en arrière, pour se fixer entre les ouvertures destinées à recevoir les troisième et quatrième paires de pieds.
d'anatomie comparée. i 33
Les pieds qui sont longs, mais faibles, augmentent considérablement de volume d'avant en arrière, au point que la dernière paire est deux fois plus longue quela première ; ils forment des fractions d'arcs dont la convexité est dirigée en arrière, de sorte que leurs extrémités externes s'étendent très en avant; ils sont composés chacun de sept portions. La première, ou la hanche, entièrement libre et s'articulant avec la partie externe des pièces décrites, est courte , épaisse et arrondie. La seconde portion est la plus longue, mais elle est aplatie de dehors en dedans. La troisième est plus courte, mais aussi plus large et plus épaisse. Les quatrième et cinquième sont à peu près de la même grandeur, mais beaucoupplus petites que la troisième. Lasixième est inférieure en volume aux deux précédentes; la septième , formée de deux crochets latéraux , est la plus petile.
L'abdomen se divise en deuxsections: une antérieure, plus courte, mais beaucoup plus large, et une postérieure, plus longue, mais considérablement plus étroite ; cette dernière est la, queue.
La section antérieure ne se compose que de quatorze demi-anneaux , sept en haut et sept en. bas, unis entre eux par une membrane intermédiaire, mince. Quoique le nombre des demi-anneaux inférieurs semble moindre , je crois néanmoins qu'il est également de sept. En haut y il
ne saurait y avoir le moindre doute sur leur nombre ; on en voit distinctement sept qui s'élargissent d'avant en arrière. En bas, on n'en aperçoit «d'abord que cinq , qui correspondent aux cinq derniers anneaux de la série supérieure, et qui sont un peu plus larges; mais on en trouve réellement , en avant du premier de ces cinq anneaux inférieurs, encore deux autres, quoique beaucoup plus petits, qui s'appliquent contre la petite plaque triangulaire que nous avons décrite avec le thorax. Le postérieur de ces deux petits arceaux est carré et plus petit que l'antérieur, qu'une incisure longitudinale, passant par sa ligne mécfiane, partage en deux plaques triangulaires, juxtaposées. C'est entre ces trois plaques que se trouve l'orifice de l'organe générateur. L'arceau postérieur supporte des deux côtés un corps plat, alongé, également dur, puisqu'il est corné , que l'on peut en quelque sorte comparer à un peigne à courtes dents. Ce corps se compose de trois portions qui se suivent d'avant en arrière. La plus antérieure est formée , de la racine à la pointe, de trois articles, dont le plus interne est le plus long et le plus fort. La seconde portion ou série contient environ une vingtaine de petits disques; la troisième se compose d'une quantité, très-considérable chez certaines espèces, de lamelles alongées, dirigées en arrière, qui représentent les dents du peigne , sont séparées dans
D'A.» ATOM1K COMPA1UÎE. 1 35
toute leur longueur, mais sont très-rapprochées les unes des autres.
Un célèbre naturaliste a pris ces parties pour des organes de respiration (1). Il y a déjà quelque temps que j'ai prouvé l'inexactitude de cette opinion en démontrant les véritables organes respiratoires de ces animaux (2). Comme elles se trouvent au voisinage de l'orifice de l'appareil générateur, je les regardais alors comme des parlies externes de la génération (3); opinion qui est peut-être confirmée par la circonstance dont j'ai fait la découverte plus tard, que très-constamment ces parties sont beaucoup plus volumineuses chez les mâles que chez les femelles, du moins dans le scorpion d'Europe ( scorpio europœus ) .
Cette différence de volume dans les deux sexes ne suffit pas pour prouver directement que ces parties appartiennent à la génération. L'opinion la moins sujette à erreur consiste peut-être à considérer ces parties comme des rudimens de pieds, ce qui n'exclut pas la première opinion ; elles représenteraient alors les faux pieds des crustacés. Cet excès de volume qu'elles offrent chez les mâles est digne de
(.1) Duméril j Zoologie analytique, p. 290.
(3) Beitraege zur vergleichenden undmenschliclien Analotnie, T. I, p. 109, 1 1G.
(3) Ibid.
l36 TRAITÉ GÉNÉRAL
remarque, parce que le développement de la première paire de faux pieds est également si considérable dans beaucoup de crustacés qu'on les regarde comme des pénis.
La queue est formée de six articulations creuses, parfaites et oblongues, qui augmentent en longueur d'avant en arrière jusqu'à l'avanldernière qui est la plus longue. Toutes se prolongent à leurs extrémités antérieure et postérieure en une saillie , et sont lâchement unies entre elles par une peau intermédiaire qui est molle; mode d'union d'où résulte qu'elles ne se recouvrent pas mutuellement et peuvent s'appliquer les unes sur les autres dans tous les sens. L'orifice anal est placé entre la dernière et l avant-dernière articulation. La dernière articulation renferme l'organe venimeux, et se termine par un stylet fin , convexe en haut.