Différences périodaires
Outre ces différences qui se rencontrent à . l'état parfait , le système osseux présente , dans les divers animaux , d'autres différences trèsconsidérables qui dépendent des phases de la vie, et qu'il n'est pas facile de ramener à des lois générales.
a. Les plus frappantes et les plus générales de ces différences se rapportent au temps de l'apparition de certains os et parties d'os , et à celui de la soudure de ces dernières en un seul tout.
La circonstance que, chez les vertébrés inférieurs, plusieurs pièces osseuses, qui se confondent en un seul os chez les hauts vertébrés, restent séparées pendant toute la durée de la vie , pourrait faire présumer que la rapidité du
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développement des os est en rapport direct de la perfection de l'organisation. Mais cette conjecture est contredite par l'expérience. Ainsir par exemple , chez le porc, on trouve le corps , les grandes ailes et les moitiés latérales de la moitié antérieure du sphénoïde, soudés ensemble vers le milieu de la vie intra-utérine. Vers la même époque existe déjà, chez cet animal et chez le lapin, le corps de la première vertèbre cervicale. Chez le chien il existe aussi déjà quelque temps avant la naissance. Chez le fœtus à terme de la brebis et du cabiai ( hydrochœrus) , les arcs des vertèbres sont déjà confondus en un seul os. Ils offrent de même, à cette période, déjà tous les noyaux osseux dont se forment insensiblement les os cylindriques.
Chez le chien et chez Yhomme les os longs n'offrent, à la naissance, qu'un noyau osseux, et les diverses portions du sphénoïde sont encore plus ou moins séparées les unes des autres.
Il se présente ici une question : Existe-t-il réellement entre les divers animaux une si grande variété dans la rapidité du développement des os? Il serait fort possible que l'état embryonique, chez quelques-uns, surtout chez ceux dont le système osseux se développe en apparence plus tardivement, constituât une portion plus courte de toute la vie que chez d'autres. Par conséquent, si on faisait abstraction de la différence entre cet état de l'embryon et celui de
2û6 TRAITÉ GÉNÉRAL
lanimai formé, différence qui ne doit évidemment pas èlre considérée sous le rapport du développement de ces organes, la période de l'origine et du développement des os serait la même pour tous les animaux; mais cela n'a pas lieu en effet. Ainsi, chez Y homme, le point d'ossification du corps de la première vertèbre cervicale se manifeste dans le sixième mois après la naissance; chez le chien, avec le deuxième, chez la brebis, le porc, le lapin, avec le troisième mois de la vie embryo nique , et enfin chez le cabiai , au milieu de la seconde semaine après la conception. Si on admet pour toute la durée de la vie de l'homme tout au plus 70 ans, i5 pour celle du chien , \[\ pour celle de la brebis, ao pour celle du porc, 9 pour celle du lapin 6 pour celle du cabiai, il en résulte, entre le temps de l'origine de cet os et la durée de la vie
de l'animal ,
le rapport suivant
Chez
l'homme
celui de
le chien
la brebis
le porc
le lapin
i i H.çiotr îi'û
le cabiai
Le rapport dans le développement des autres os offre des différences très-analogues. La conséquence immédiate et la plus générale de ces exemples est que l'osléogénie s'opère d'autant plus rapidement que l'animal est plus fécond,
DAJVATOMIK COMPARÉE. 237
puisque les animaux chez qui elle est la plus prompte atteignent l'Age adulte le plus vite,conçoiven t le plus souvent pendant la même période, et apportent au monde le plus grand nombre de petits. Le rapport entre le degré de l'intelligence et la rapidité du développement des os marche en partie de front avec la faculté génératrice, quoique cela n'ait pas lieu , par exemple , chez la brebis, chez laquelle la formation est plus lente que chez le chien.
On peut en outre établir en général, d'après les recherches connues jusqu'à ce jour, que l'ostéogénie est lente chez l'homme.
Quoiqu'il y ait des os, chez les animaux, par exemple le sphénoïde, qui restent séparés en plusieurs pièces pendant toute la durée de la vie, il est d'observation que la soudure de ceux qui se soudent habituellement < hex eux s'opère communément plus tôt que chez l'homme. Une différence plus spéciale entre l'homme et les animaux semble consister en ce que, chez ces derniers, les portions d'un même os, placées bout à bout, ne se soudent pas pendant toute la durée de la vie ; tandis que les parties latérales de même nom se soudent plus vite, soit entre elles, soit avec un os impair moyen. Ainsi le sphénoïde antérieur et le postérieur restent constamment séparés chez la plupart des mammifères; les maxillaires supérieurs et l'os inter maxillaire ne se soudent également qu'à
1 âge le plus avancé; on voit au contraire les parties latérales des sphénoïdes antérieur et postérieur se souder respectivement entre elles bien plus tôt que chez l'homme. Cette différence semble dépendre de trois causes: i° de la ressemblance entre les os du crâne et les vertèbres, plus grande chez les animaux que chez l'homme; ce qui tient à ce que la ressemblance des différentes parties augmente en général en descendant dans la série animale. Les portions antérieure et postérieure du sphénoïde des animaux , considérées chacune à part, ressemblent en effet plus à une vertèbre que ne le fait le sphénoïde de l'homme, formé de ces deux portions. 2° On peut considérer comme la seconde cause, la loi d'après laquelle se développent les os de la tête et même en général tous les os dans la série animale. Ce développement se fait évidemment dans le sens de la longueur. De même qu'il n'existe d'abord que la colonne vertébrale, de même c'est d'arrière en avant que se forment insensiblement d'abord les os de la tête situés dans la ligne médiane , auxquels s'adjoignent seulement plus tard les os latéraux. Les os les premiers formés restent d'autant plus séparés que l'animal est plus inférieur et se soudent d'autant plus vite que les os latéraux se développent davantage. 3° La troisième cause consiste dans la différence de volume. Ainsi le sphénoïde antérieur est, relativement au postérieur,
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beaucoup plus volumineux chez les animaux que chez l'homme; souvent même il a plus de volume absolu ; les ailes latérales du dernier sont surtout beaucoup plus petites. L'os intermaxillaire est aussi, relativement à l'os susmaxillaire, beaucoup plus considérable. De là la tendance qu'il offre à se développer en un os propre et à ne pas se réunir avec l'os auquel on le trouve annexé chez l'homme.
b. Les différences dans le mode de développement des os en particulier et de tout le sys- : tème osseux en général sont beaucoup plus rares.
Il se présente trois questions sur le premier rapport s
i° Chez tous les animaux, le même os est-il formé du même nombre de pièces?
2° Chez tous, ces pièces se soudent-elles entre elles dans le même ordre, ou cette circonstance în'a-t-elle pas lieu?
5° La disposition et la position relative de^ces pièces osseuses sont-elles partout les mêmes?
Quant à la seconde condition, il s'agit de 'savoir si les différens os présentent, chez tous lies animaux, le même rapport réciproque, eu égard à l'époque de leur apparition, ou si chez quelques-uns les mêmes os se manifestent plus tôt que d'autres ; si chez d'autres, tels os se montrent et se soudent plus tôt , et tels autres plus ttard.
Autant que je puis conclure d'un nombre
considérable de recherches faites à cet égard , les différences, dans le second cas, sont bien moindres que dans le premier, sans doute parce que les différences qui intéressent les fonctions ou la manière d'être d'un organe constituent une plus grande déviation du type général que celles qui n'ont trait qu'au nombre des pièces qui entrent dans sa composition. On en trouve toutefois plusieurs exemples.
Ainsi, sous le premier rapport, aucun des mammifères, hormis l'homme, ne présente, à la septième vertèbre, de noyau osseux particulier, entourant en avant le trou vasculaire, quoique ce trou existe constamment ; chez quelques animaux, et particulièrement les ruminans, du moins la brebis, il y a un point d'ossification propre pour l'apophyse épineuse de plusieurs vertèbres moyennes , surtout de celles à longues épines; ce noyau osseux manque aux autres.
L'occipital se forme , chez la plupart des mammifères, d'un nombre plus considérable de pièces que cela n'a lieu chez l'homme et le porc , du moins dans un grand nombre de cas.
Chez les oiseaux, la mâchoire inférieure est composée, de chaque côté, d'un nombre considérable de pièces osseuses; il n'en existe qu'une seule chez les mammifères.
Les exemples de la seconde espèce sont plus rares; cependant nous en voyons un dans le mode d'ossification du sphénoïde. Chez l'homme
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la lame interne des apophyses ptérigoïdes se
• soude bien plus tôt à la grande aile que celle-ci ne s'unit au corps du sphénoïde. Le contraire a lieu chez divers animaux, particulièrement
1 chez le chien , la brebis , le porc ; phénomène
• extrêmement curieux, puisque la longue durée 1 de la séparation de cette pièce osseuse d'avec la grande aile rappelle la séparation constante de cet os chez les oiseaux, les reptiles et les poissons. .
L'occipital offre des phénomènes analogues. 1 Chez Y homme ses pièces latérales et supérieures :se soudent entre elles plus tôt qu'avec le corps
• de l'os; chez [es ruminans elle porc, au contraire, les pièces latérales s'unissent au corps bien plus
1 tôt qu'avec la partie supérieure ou occipitale proprement dite. Les chiens offrent quelque chose d'analogue , puisque la pièce la plus supérieure de la portion occipitale reste séparée encore fort long-temps après que toutes les autres sont soudées ensemble.
La disposition et la situation des pièces osseuses isolées est en général la même; mais il y a aussi des exceptions à cette règle. Ainsi , par exemple, la partie moyenne de la mâchoire inférieure des oiseaux , qui comprend la partie antérieure et en même temps la plus considérable de chaque moitié, est formée,d'un os impair, quoique chacune des moitiés se compose d'un grand nombre de pièces osseuses, chez les »• 16
2/p TRAITÉ GÉNÉRAL
mammifères, les deux moitiés latérales de la mâchoire inférieure sont, au contraire, primitivement séparées dans toute leur longueur , et ne se soudent que dans la ligne médiane.
Un exemple à l'appui de la proposition que j'émets sur le développement des différens os du même squelette, qui ne se fait pas partout exactement dans le même rapport, nous est fourni par la mâchoire inférieure : chez l'homme , les deux moitiés se soudent d'extrêmement bonne heure, beaucoup plus tôt que les pièces diverses de la plupart des os ; chez le plus grand nombre des animaux elles restent, au contraire, séparées bien plus long-temps que dans les autres os.
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