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Poissons cartilagineux

^■.■aartà&w» §.69. sHî«»y-.(iV;^

Les premières traces de l'arc des vertèbres se •sont rencontrées chez les céphalopodes. La co-

(1) Neuf élémens composent, suivant M. Geoffroy-Saint- ! Hilaire , une vertèbre parvenue à son maximum de déve- , loppement. Le volume proportionnel , l'état d'ossiGcation plus ou moins avancé, la condition de séparation ou de soudure, quelques jeux dans les rapports secondaires de posirtion, quelques accidens de forme, la présenc ou l'absence de ! :ces mêmes pièces constituent toutes les différences qui caractérisent la série vertébrale dans les diverses espèces d'ani- I imaux observées aux âges successifs de leur vie ; et si l'on étend Iccette considération, si l'on admet qu'un certain nombre d'élllémens distnets se retrouvent également dans la composition I nies membres , des systèmes hyoïdaux , sternaux, etc., si les I mêmes variations de condition dans ces matériaux primitifs 1 donnent aussi la clef des modifications subies par les diverses parties du squelette ; la connaissance première de ces ffaits très-simples suffira pour comprendre les innombrables différences que présentent tous les états variés de l'ensemble edu système osseux. Par ce système, dont les fonctions sont dans une si étroite dépendance avec les autres parties de l'économie , on peut avoir des données sur ces parties ellesmêmes ; ainsi les rapports les plus intimes unissent le sys-

%t\l\ TRAITÉ GÉNÉRAL

lonne vertébrale des cyclostomes , qui font partie des poissons cartilagineux , présente des perfectionnemens nouveaux : ou l'arc des vertèbres s'y développe davantage , ou ces os offrent de plus un corps.

Je n'ai pas eu occasion d'examiner les ammo~ cœles et les myocinés. M. Cuvier dit que les premiers ont constamment un rachis membraneux (1). Voici la disposition -que j'ai trouvée chez les pétromyzons.

tème osseux aux vaisseaux et aux nerfs dont il est toujours le moyen de protection j ainsi il n'est qu'une portion du système dermoïque qui en est la matrice. L'étude des pièces osseuses peut donc conduire aux connaissances les plus profondes des phénomènes de l'organisation. L'analyse des divers élémens osseux présente dans les poissons cartilagineux des difficultés qui ne s'offrent pas ailleurs. L'état cartilagineux ne permet pas de circonscrire chaque élément isolé. Il n'en est pas autrement du larynx humain; pris à un âge trèsjeune encore, cet organe n'est formé que d'une seule pièce j alors c'est une seule membrane dans l'épaisseur de laquelle il se manifeste plus tard des noyaux plus consistans qui s'isolent et finissent par présenter la multiplicité des pièces qui constitue l'état adulte de celte cavité. Les poissons cartilagineux sont arrêtés à ce premier degré de développement- ce n'est que dans les poissons osseux que l'on voit prononcer les traits de démarcation propres à déterminer chaque élément spécial j aussi est-ce une des espèces que comprend ce dernier groupe dont M. Geoffroy a fait choix pour établir se» considérations sur la vertèbre, qui seront rappelées aux poissons osseux. ( Note des traducteurs. )

(i) Sur la composition de la mâchoire supérieure des poissons , Mémoires du muséum d'histoire naturelle , t. I.

D ANATOMIE COMPAREE. 2/f5

La partie du rachis qui représente k série des ! corps des vertèbres constitue deux cônes adossés par leur base; l'ensemble qu'ils forment est très-alongé , s'étend dans toute la longueur du poisson, et se termine à la tête qu'il en faut excepter; l'extrémité antérieure représente un sommet mousse, qui s'appuie sur le crâne, et se continue en effet immédiatement avec lui; l'extrémité postérieure, beaucoup plus apointie et plus mince, forme en outre l'extrémité de tout le corps. Ce rachis est composé de deux parties , l'une externe et l'autre interne, qui diffèrent sous le rapport de leur consistance.

La partie extérieure est creuse, fibro-cartilagineuse, très-élastique et formée de parois qui sont très-minces, si on a égard à la capacité qu'elles renferment ; chez un petromjzon mari~ nus, long de plus de deux pieds , elles ont à peine un cinquième de ligne d'épaisseur. Elle forme un tout parfaitement homogène.

La forme en est généralement circulaire ; les faces externe et interne en sont unies, elles adhèrent intimement aux parties voisines. Cependant quand on examine de plus près ces deux faces, on voit qu'un très-grand nombre d'incisures circulaires extrêmement rapprochées les' unes des autres, en rendent la superficie inégale, ce qui fait paraître cette partie externe composée d'un nombre extraordinaire d'anneaux disposés dans un ordre successif d'avant en arrière.

A la région inférieure de la circonférence du canal que forme cette partie extérieure , existe * des deux côtés une strie saillante, courte, triangulaire, plus consistante, plus jaunâtre; cette strie* dont le -sommet libre est tourné en dehors, lui adhère assez intimement, mais peut en être séparée sans qu'il en résulte de lésion ni pour elle, ni pour la partie qui lui sert de support. Les deux rangées de stries sont unies et tenues entre elles par une membrane aponévrotique, blanchâtre, mince, rnais solide, qui s'attache aussi supérieurement sur les côtés du double cône cartilagineux; cette membrane est fermée au dessus de la portion de la colonne qui représente les arcs des vertèbres , portion dont elle constitue, en effet, toute la parties upérieure.

La partie intérieure est pleine. En avant, le cône cartilagineux se termine insensiblement par une pointe mousse; il pénètre de quelques lignes dans le crâne et occupe à peu près le dixième postérieur de toute la longueur de la tête. Sur le vingtième antérieur de toute la longueur du rachis . l'enveloppe aponévrotique de-, vient à la fois plus épaisse et plus facile à séparer exactement; les pièces latérales deviennent plus dures, réellement osseuses , et sont inférieurement plus rapprochées vers la ligne médiane,jusqu'à ce qu'elles s'y confondentau crâne. Dans la partie postérieure du rachis, elles se portent également en bas; plus antérieurement^

d'anatomie comparée. 2/17 i elles sont dirigées en dehors; enfin, tout à fait en arrière, elles s'atteignent dans la ligne mé-

I diane.

La substance contenue dans ce canal est demi- Jl fluide; elle ressemble à de la gélatine coagulée; Lelle est partout de même consistance; sa côu- Jlleur est le blanc-jaunâtre; elle se divise très- Jl facilement en quatre cordons, deux supérieurs ji et deux inférieurs : les uns et les autres, placés hsur les côtés, se rencontrent dans la ligne raé- |i diane sans laisser de lacune entre eux. Chacun |»<ie ces cordons semble composé d'un nombre j i infini de lamelles triangulaires , extrêmement

I I minces , qui se succèdent de très-près d'avant 1 1 en arrière , et sont unies entre elles par du tissu 1 1 cellulaire serré. Cette substance remplit exactement le canal; aussi esfc-il difficile de l'en séparer sur quelques points , et paraît-elle par conséquent ne faire qu'un avec lui. Il semble du moins qu'il faille lui attribuer l'aspect sillonné de ses parois. Mais elle n'est pas plus entourée d'une membrane propre , qu'elle ne renferme une cavité et un fluide dans son intérieur.

Les conditions générales de la disposition de la partie inférieure du Tachis ont déjà été indiquées par MM.Duméril (i\TIome (2)et Carus(3).

(1) Sur les poissons cyclostomes. Paris, 1810.

(2) Lect. on comp. anatomy. Lond., 181/,, p. 88.

(3) Sur quelques particularités de la lamproie. M eckel's . Archiv. Bd. , 2. S. 600.

M. Du raéril décrit la substance aponévrotique, la plus extérieure , comme ronde , molle et plus dure à certaines périodes de Tannée ; remarque qu'il ne m'a pas été possible de confirmer jusqu'ici.

D'après Home, la structure de cette partie dans les lamproies de mer {petromyzon) coïnciderait exactement avec celle des esturgeons (accipenser). Cette opinion renferme plusieurs inexactitudes , puisque Home décrit mal cette disposition chez l'esturgeon^ et que ces deux genres offrent , à cet égard , de grandes différences. Carus n'est pas plus exact quand il dit « que la cavité du canal cartilagineux disparaît « vers le milieu du corps; que , par conséquent , t la portion postérieure de la colonne verté- « brale n'est formée que d'un cylindre cartila- « gineux très-élastique, rempli intérieurement « d'une substance cartilagineuse plus molle. » Je trouve, en effet , dans toute la longueur du corps absolument la même disposition de la substance contenue, et le même rapport de cette substance avec le cylindre qui la contient.

Cette différence de la partie intérieure aux diverses régions de la colonne vertébrale n'a donc pas lieu dans la nature.

Aucun des auteurs qui m'ont précédé n'a , au contraire, indiqué, à ce que je sache, les rudimens distincts des apophyses transverses; on ne connaissait pas mieux le passage de la por-

d'anatomie comparée. a49 tion inférieure du rachis dans la base du crâne.

La partie de la colonne qui correspond aux arcs est plus petite que celle qui représente les corps des vertèbres, et forme une gouttière triangulaire, dont la base est dirigée en bas, le sommet en haut. Cette gouttière est presque entièrement aponévrotique dans sa partie supérieure , et se compose de deux conduits superposés. Le plus inférieur de ces conduits entoure la moelleépinière , et forme, avec la partie moyenne et supérieure du corps cartilagineux des vertèbres, le canal triangulaire déprimé de haut en bas, qui est destiné à loger la moelle. Les parois de ce conduit sont aussi composées extérieurement d'une substance cartilagineuse, en dedans d'une substanceaponévrotique, blanchâtre, substances qui se continuent , sans interruption, avec celle des parois du cartilage qui correspond au corps des vertèbres. Il existe , en outre, des deux côtés une série de pièces triangulaires, concaves à leurs faces supérieure et inférieure, alongées, beaucoup plus dures, assises sur la face externe de cette substance cartilagineuse, unies entre elles par cette substance et dépassant ce canal en haut. Ces pièces concourent ainsi à la formation du canal qui est situé au-dessus. Ces pièces cartilagineuses ne sont unies partout dans la ligne médiane que par de la substance fibro-cartilagineuse, et ne se confondent nulle part en une seule.

Le canal supérieur est triangulaire, apointi en. haut ; il est formé inférieurement, des deux cotés, par la partie supérieure de la série de pièces cartilagineuses mentionnées , au milieu par la substance fibro-cartilagineuse qui unit ces pièces aux parties latérales et supérieure uniquement par l'enveloppe tendineuse qui entoure extérieurement le corps et la partie inférieure.

Il recèle une masse molle , colorée en rougebrun dans la partie moyenne, qui est la plus considérable du rachis, où il est beaucoup plus ample que le canal rachidien.

On voit naître de son sommet et se continuer, dans la ligne médiane, jusqu'à la peau, dans la majeure partie du corps, une membrane tendineuse , mince , qui partage le corps de l'animal dans toute sa longueur en deux parties latérales, é.gales.

La partie inférieure de la colonne vertébrale , celle qui correspond aux corps des vertèbres, aussi bien que la supérieure, correspondant aux arcs, n'offre pas les mêmes conditions dans toute la longueur du rachis. Voici les plus dignes de remarque.

Toute la partie qui représente les arcs est peu élevée , mais large dans la portion la plus antérieure de la colonne vertébrale ; les pièces osseuses dures convergent peu, et sont par conséquent unies par une masse fibro-cartilagineuse, large; la cavité supérieure située au-dessus de

d'anatomie COMPARÉE. 25 1

la moelle spinale est à peine indiquée; elle est remplie de substance fibro-cartilagineuse; il existe à peine une trace de la cloison fibreuse. Vers la portion moyenne de la colonne rachidienne, cette cavité et cette cloison se développent de plus en plus ; la cavité se remplit d'une masse plus molle ; les pièces cartilagineuses se tournent un peu les unes vers les autres , mais il reste encore beaucoup de distance entre elles. Dans la moitié postérieure, la partie supérieure des arcs offre surtout une modification remarquable. A l'endroit qui correspond à la large nageoire du dos, c'est-à-dire dans presque toute la moitié postérieure , cette cloison aponévrotique se transforme en une multitude de rayons cartilagineux , très-oblongs , devenant insensiblement plus minces , qui, se succédant immédiatement les uns aux autres sont cachés d'abord, quelques-uns seulement, surtout en avant, dans la partie charnue par toute leur moitié inférieure, mais qui s'étendent partout jusqu'au bord des nageoires dorsales qu'ils concourent à consolider. La plupart d'entre eux , principalement ceux qui existent dans la nageoire postérieure, se bifurquent à peu près vers le commencement de leur tierssupérieur ; il en résulte un rayon antérieur et un postérieur. Le premier se partage quelquefois à son tour en une moitié antérieure et en une postérieure; mais jamais on ne les trouve composés de plu-

sieurs pièces dans le sens de la longueur. Le nombre de ces rayons surpasse considérablement celui des moitiés d'arcs; très-serrés et très-étroits , ils leur sont dans le rapport de 4 à 1. On voit en même temps disparaître la cavité supérieure ; le rudiment qui en subsiste se remplit de substance fibro-cartilagineuse; d'où il suit que les rayons cartilagineux semblent, du moins en partie, être formés aux dépens de la substance contenue dans cette cavité. Les moitiés d'arcs qui se succèdent bout à bout sont plus fortement dirigées les unes vers les autres dans la ligne médiane ; elles ne sont jamais soudées, mais on les trouve partout unies entre elles par une couche proportionnellement large de substance ligamenteuse.

La disposition du cylindre sous-jacent à la moelle spinale , et le mode de passage des vertèbres dans le crâne, placent les esturgeons après les cjclostomes. Mais les chimères et le polyodon-feuille (squalus spatulœ) sont encore plus rapprochés par la disposition du rachis entier. Aussi ces animaux seront-ils les premiers dont nous allons traiter.

Dans la chimère arctique le corpsestformé d'un cylindre cartilagineux, d'une largeur égale dans sa moitié antérieure, et qui se rétrécit ensuite peu à peu jusqu'à un degré remarquable; il est

d'anatomie comparée. 253 absolument creux jusqu'à l'extrémité delà queue; son calibre, chez un individu de 2 pieds 6 pouces , offre environ 3 lignes à l'endroit de sa pins grande largeur l'épaisseur de ses parois avant un peu plus d'une demi-ligne. Les trois cinquièmes antérieurs , à l'exception du premier trentième, sont formés par une quantité extraordinaire d'anneaux cartilagineux complets, trèsrapprochés les uns des autres et unis entre eux par du tissu fibreux d'une manière tellement étroite qu'ils ne se manifestent que sous la forme de légères saillies. Chez l'individu précité , il y a environ quarante de ces anneaux dans l'étendue d'un pouce; ils n'ont pas tout à fait un tiers de ligne de largeur. Cespetites saillies manquent dans les deux cinquièmes postérieurs, et le cylindre qui constitue le filament caudal a la forme d'un carré alougé, comprimé d'un côté à l'autre, et considérablement plus élevé de haut en bas.

Ces anneaux manquent dans la partie la plus an térieure,qui est un peu plus étroite ; le cylindre semble par conséquent formé ici d'un cartilage simple : il en résulte cette particularité remarquable, que l'extrémité antérieure ressemble à la postérieure.

Le cylindre est ici fermé par une lame cartilagineuse mince, qui opère l'articulation avec le crâne; elle sera décrite plus tard , en traitant des raies et des squales.

Dans l'intérieur de ce cylindre creux, on en

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trouve un second, beaucoup plus étroit, membraneux, fibreux, étroitement attaché à celui qui le contient. J'examine ce cylindre sur un squelette que j'ai préparé il y a quelques années et que j'ai fait amollir très- facilement; je n'y trouve aucune trace de division; il est vraisemblable qu'il ne contenait, comme chez les cyclostomes, qu'une substance gélatineuse sans discontinuité.

Le cylindre cartilagineux présente en haut et en bas, des deux côtés, une saillie plus molle, plus membraneuse et plus mince; cette saillie devient d'autant plus molle qu elle s'en éloigne davantage : elles peuvent être séparées toutes deux du cylindre, sans lésion pour les anneaux. Les inférieures représentent de courtes apophyses transverses, et forment lesparois d'un demi-canal large, peu élevé; les supérieures sont les arcs, unis supérieurement dans la ligne médiane, et formant, avec le cylindre, le canal destinéà la moelle spinale.

On ne distingue pas bien sur ces saillies une division en plusieurs pièces qui succèdent d'avant en arrière, comme sur le cylindre qui représente les corps des vertèbres.

En avant, où les anneaux manquent, cette partie qui représente les arcs est plus intimement unie avec le corps, elle est ici en même temps plus élevée et se continue, en outre, en une plaque carrée, considérable, haute ; aplatie

h'anatomje COMPARÉE. 255 d'un coté à l'autre, qui s'étend en arrière encore un peu plus loin que la partie antérieure du cylindre qui est dépourvue d'anneaux. Le bord supérieur de cette plaque est semi-lunaire, fort concave; en avant aussi bien qu'en arrière, mais surtout ici où elle est plus élevée, la plaque s'élargit des deux côtés, les prolongemens qu'elle fournit sont analogues à des ailes; elle se termine supérieurement par deux pointes latérales, recourbées en arrière; les pointes antérieures, plus petites , sont entièrement libres, les postérieures reçoivent entre elles les nageoires dorsales antérieures qui s'y articulent par ginglyme.

De la partie inférieure de l'aile postérieure qui est transverse, naît un pont cartilagineux, mince et court, qui se joint à l'arc suivant.

La nageoire dorsale antérieure se compose d'une épine osseuse, aiguë, très-forte, longue, convexe en avant, et d'une plaque triangulaire, plus mince, large d'avant en arrière, comprimée d'un côté à l'autre, qui est située derrière l'épine et forme la base de la partie postérieure de la nageoire.

La base de la nageoire dorsale postérieure, qui est beaucoup plus longue , mais bién moins élevée et occupe la majeure partie du corps, est formée par des rayons cartilagineux , simples, alongés, éloignés les uns des autres de toute leur largeur, occupant la ligne médiane, et en rap-

port avec les arcs par une bande membraneuse qui est située plus haut.

La nageoire elle-même se compose seulement d'un bien plus grand nombre de rayons membraneux très -rapprochés les uns des autres.

Chez le polyodon feuille, la formation est plus parfaite, il y a un même nombre de corps et d'arcs des vertèbres (1).

Cette organisation de la colonne vertébrale semble être suivie de celle des esturgeons ; ils ont également un canal cartilagineux , parcourant toute la longueur du tronc , situé sous la moellespinale et rempli d'une masse gélatineuse et molle; mais déjà cette partie offre des traces d'un développement plus éleyé, sa paroi est, relativement à la cavité qu'elle renferme , au moins deux fois aussi épaisse que dans les lamproies. Ce canal est extraordinairement extensible; chez de jeunes individus , du moins, on peut sans le casser lui donner, par la traction, trois fois la longueur du tronc; quand je n'employais pas cette extension en longueur, je ne pouvais pas remarquer quatre rangées de stries qui s'unissaient en arrière sous un angle aigu; mais en employant cet artifice on les voit paraître ; elles

(1) Cuvier , sur la composition de la mâchoire supérieure des poissons. Mémoires du muséum d'histoire naturelle.

d'anatomie comparée. 257 résultent d'une modification subie par des stries circulaires qui existent en effet et qui se convertissent en celles dont il s'agit. La masse gélatineuse contient dans son intérieur,pas toutà-fait dans l'axe, mais un peu plus bas, un canal rond entouré d'une gaine particulière , résultant d'un épaississement et d'un endurcissement de la substance gélatineuse; ce canal renferme un fluide ténu.

D'après Home (1), ce canal doit être composé d'une raauière très-rem arqua-ble ; il formerait , suivant cet auteur, une série de cavités rhomboïdes, correspondant au nombre des anneaux cartilagineux dont il va être question , et communiquant entre elles par des orifices étroits; mais je n'ai pas pu trouver cette disposition : elle a également échappé à Baer (2); et je regarde par conséquent, avec cet anatomiste, les dilatations observées par Home comme accidentelles et dues à des ruptures.

La colonne vertébrale offre encore d'autres perfectionnemens dans sa disposition : ils consistent en partie dans l'ampliation et dans le développement plus complet de la masse qui représente les arcs des vertèbres, en partie dans la formation de pièces cartilagineuses à la périphérie du cylindre que nous avons décrit.

(1) Lectures on comparative anatomy. T. I, p. 87-88.

(2) Baer dans son second rapport sur les travaux anatomiques de l'Université de KœnigsJjerg, 1819 , p. 18.

2§>8 . T11A.ITJÉ GÉNÉRAL

On observe,, eu, effet, sur les parties latérales, et sous la lace abdominale de ce cylindre, un nombre considérable decartilages carrés, minces, convexes q la face externe , concaves à Tinterne, plus longs d'avant en arrière que de baul eu bas. Dans la moitié antérieure de la colonne vertébrale, leurs bords inférieurs ne s'inclinent les uns vers les autres que sur la ligne médiane , et sont unis par une membrane mince; daus la moitié postérieure , au contraire, ds se confondent tout-à-fait.

Immédiatement sous leur bord antérieur , on voit naîlre du plus petit nombre des vertèbres antérieures, e'est-à-dire d'environ quarante d'entre elles, une apophyse transverse, courte en proportion, dont le sommet est uni à la côte par un ligament.

Leur face interne donne naissance, un peu au-dessous de son milieu et dans toute sa longueur, à une apophyse plus courte, mais plus large, qui, dirigée e,n dedans et réunie à la partie inférieure du cartilage, forme un demi-canal dont le bord interue euvoie une membrane mince qui unit ices apophyses des deux côtés. Clés apophyses réunies, la membrane qui en remplit l'intervalle et la partie inférieure du cartilage, constituent un canal en partie membraneux, en partie cartilagineux; ce canal qui existe dans la portion inférieure de la colonne vertébrale loge l'aorte.

d'anatomie comparée. a-Sg

Indépendamment de ces pièces latérales et inférieures, il y en a qui sont latérales, moyennes et supérieures ; elles recouvrent le cylindre cartilagineux d'en haut et forment la partie qui correspond aux arcs.

Ces pièces supérieures et latérales ont la forme d'un triangle alongé ; elles se rétrécissent de bas en haut, deviennent convexes en dehors, et forment, en se réunissant des deux côtés, deux conduits superposés.

Le supérieur, qui renferme une substance ligamenteuse, est alongé, plus profond et plus étroit que l'inférieur et n'est qu'un demi-canal^ parce que les sommets des pièces latérales des deux côtés ne se rencontrent pas dans la ligne médiane ; mais une partie de la base de l'os supérieur, moyen, s'interpose entre elles et complète ainsi le canal. D'après d'autres recherches (1) , les deux côtés des pièces latérales supérieures formeraient à eux seuls ce canal supérieur ; mais je puis assurer que la disposition que j'ai indiquée est la véritable.

La paroi inférieure de ce canal n'est au contraire formée que par une saillie interne des deux pièces latérales , qui ne se soudent cependant pas ici, mais qui sont séparées par une couche étroite de substance ligamenteuse. •

Cette saillie forme en même temps la paroi supérieure du canal inférieur.

(i) Raeiyh'C. p • ig.'H .. . . .. I U] ..:

En bas, vers le cylindre cartilagineux, les pièces latérales et supérieures se tournent également les unes vers les autres , dans la direction de la ligne médiane; mais elles ne sont jamais unies en cet endroit que par une membrane mince , assez large en proportion. De cette disposition résulte un canal régnant dans toute la longueur du rachis , formé uniquement par les arcs des vertèbres et contenant la moelle-épinière. La membrane mince qui unit inférieurement les pièces latérales et supérieures permet de distinguer, à travers , l'éclat de ce cordon médullaire; ni le cylindre, niles pièces cartilagineuses inférieures qui le recouvrent , ne prennent pas part à la formation de ce canal.

Le sommet des pièces latérales et supérieures est surmonté d'autres pièces cartilagineuses , propres, alongées , rétrécies de bas en haut, comprimées d'un côté à l'autre et très-rappro- 'chées les unes des autresj; ces pièces sont dirigées également de bas en haut et d'avant en arrière; elles complètent, comme il a déjà été dit, laparoi qui regarde en haut du canal supérieur; ce sont les apophyses épineuses.

Ces diverses pièces ne sont pas toutes en contact. Les apophyses épineuses sont appliquées immédiatement sur le sommet des moitiés d'arcs; les pièces qui se succèdent d'avant en arrière sont très-rapprochées ; les pièces des arcs s'atteignent presque au-dessus du cordon rachi-

D'AU ATOMIIi COMPARÉE. 26 l

dien; mais les pièces latérales et inférieures sont séparées des arcs par une lacune qui varie en largeur.

La colonne vertébrale de Y esturgeon offre du reste , dans ses différentes régions, les variétés suivantes.

Les deux portions principales dont elle est formée, la partie inférieure ou les corps, et la partie supérieure ou les arcs réunis aux apophyses épineuses, ne sont pas également rapprochées l'une de l'autre. L'intervalle qui les sépare, considéré d'une manière relative ou absolue, croît dans la région postérieure, et la bande membraneuse qui les unit augmente proportionnellement de largeur à mesure qu'on l'examine plus près de l'extrémité caudale. La plus grande distance absolue que l'on remarque entre elles existe dans les deux quarts moyens de la longueur de la colonne. Elle est , à cette partie de la longueur, de trois lignes dans des esturgeons longs de seize pouces, tandis quelle est presque nulle en avant où les corps et les arcs se touchent pour ainsi dire.

La forise de la colonne vertébrale varie également.

Nous avons déjà fait remarquer plus haut que les quarante premières vertèbres environ sont munies de chaque côté d'une courte apo-

physe transverse , que les corps des vertèbres antérieures ne se réunissent pas en bas dans la Jigne médiane, tandis que cette réunion a lieu entre les vertèbres postérieures.

Les corps des vertèbres antérieures ne se joignent toutefois entre eux que fort au-delà du point où les apophyses transverses sont disparues.

A cette disposition coïncident la compression latérale du corps des vertèbres à mesure qu'elles sont plus postérieures , leur configuration en dos d'âne et leur conversion graduelle en apophyses épineuses inférieures.

Il existe dans la nageoire anale neuf rayons qui se succèdent immédiatement d'avant en arrière, sont entièrement séparés des arcs des vertèbres et formés de trois articles disposés bout à bout de dedans en dehors. De ces nrtiçles l'interne est le plus grand, le moyen est plus petit de moitié et l'externe plus petit encore. Ils ne forment que la base de la nageoire, car celle-ci se compose de deux lames cutanées, dures, étroitement appliquées l'une contre l'autre, consistant en un nombre beaucoup plus considérable d'articulations bien plus petites.

La nageoire caudale est beaucoup plus simple ; les apophyses épineuses inférieures seules s'y prolongent considérablement surtout en avant ; elles en occupent la majeure partie de la longueur. Le sommet des sept apophyses épineuses placées après la première, supporte de

n'A NATO MF E COMPARÉE. 263

plus que les autres un deuxième noyau,1 peu élevé, ayant la forme -d'un carré arrondi. Vers l'extrémité de la queue ces épines deviennent très-minces, courtes, et semblent se confondre en arrière.

Les corps des sept premières vertèbres , la première exceptée, offrent une disposition trèsremarquable. Ils sont partagés en une partie interne plus volumineuse et en une externe beaucoup plus petite , l'une et l'autre unies seulement par une membrane plus lâche. Les dernières supportent les sept côtes antérieures. Les internes se soudent ensemble en une pièce. Au niveau des sixième, septième et huitième arcs, chacune de ces pièces reste séparée de l'arc auquel elle correspond; en avant elles se soudent au contraire à ces parties. Il en résulte que, comme ceux-ci se soudent également, la vertèbre qui en est formée est fort longue.

Elle se continue, sans interruption, avec les os de la base du crâne ; on n'en peut pas indiquer les limites.

Le canal qui loge le cylindre cartilagineux devient insensiblement plus petit et. se continue presqu'à travers tout le quart postérieur de la base du crâne, jusqu'au-dessus du premier arc branchial. La base du crâne ne devient solide qu'à compter du point où elle reçoit ce canal.

Sous la partie interne, entré elle et l'externe., est située, entourée d'une membrane lâche ,

l'extrémité postérieure d'une lame osseuse, longue, mince et étroite, qui se continue, sans interruption, sous la portion interne de la base du crâne.

Les pièces supérieures des vertèbres offrent aussi plus ou moins de variétés dans les différentes régions de la colonne vertébrale.

Les arcs ont à peu près une hauteur égale dans la portion moyenne du rachis qui en est la plus considérable; en avant ils sont plus hauts, en arrière bien plus déprimés.

Les quatre arcs antérieurs sont tout-à-fait confondusdans toute leur hauteur, et l'on ne reconnaît les limites des différentes vertèbres que par les paires de nerfs spinaux qui sortent du canal rachidien.

Les quatre arcs les plus antérieurs se confondent insensiblement avec les portions latérales et supérieure de l'occipital.

Les apophyses épineuses existent dans la plus grande partie de la colonne, à l'exception des trois ou quatre premières vertèbres, où elles manquent absolument. La portion postérieure de la nageoire dorsale antérieure , qui fait plus de la moitié de la longueur du corps de jeunes esturgeons longs de seize pouces, ne m'en offre non plus aucune trace ; je n'en trouve pas plus dans l'espace compris entre celle-ci et la nageoire dorsale postérieure ou caudale. Ces mêmes apophyses subissent, dans la portion antérieure de

n ANATOMrE COMPARÉE. 265

la première de ces nageoires, une dépression qui devient, par degrés insensibles, fort considérable ; mais elles se trouvent au-delà des six vertèbres les plus antérieures.

Dans la nageoire dorsale antérieure, elles sont remplacées en grand nombre par des noyaux cartilagineux, propres, qui constituent la base de la nageoire et deviennent, comme elle, plus petits d'avant en arrière. A l'exception du rayon le plus antérieur de la nageoire , ces noyaux forment trois rangées, placées les unes au-dessus des autres, dont les deux inférieures sont alongéesj la supérieure est arrondie, elle est trèsdéprimée , au moins cinq fois plus que la série moyenne, qui offre en hauteur à peu près la moitié de la rangée inférieure. La division supérieure manque au premier rayon ; l'inférieure y est au contraire plus de deux fois plus haute que les apophyses épineuses ordinaires. En avant les rayons sont appliqués sur les arcs au moyen des petites apophyses épineuses ; en arrière cette application est immédiate. Ces séries de cartilages sont à moitié plongées entre les muscles , à moitié libres , mais ne forment qu'une trèspetite partie de la nageoire. Celle-ci est formée le plus souvent de deux lames de peau trèssolides, unies par du tissu cellulaire, divisées de la même manière de haut en bas, mais composées de rayons bien plus fins , très-rapprochés, par conséquent plus nombreux , dont cha-

eun est formé lui-même d'un nombre considérable d'articulations.

Outre les différences de forme indiquées , les vertèbres de l'esturgeon présentent aussi des différences de composition et de texture assez notables. Le cylindre inférieur, rempli de substance gélatineuse , est partout fibro-cartilagineux.

Les lames qui l'entourent latéralement et inférieurement sont aussi cartilagineuses; il n'y a qu'environ dix vertèbres , celles comprises entre la quinzième et la vingt-quatrième, dont les apophyses transverses qui s-ont courtes , soient tout-à-fait osseuses.

Une structure entièrement osseuse se remarque beaucoup plus généralement dans les arcs , du moins à leur partie supérieure et dans les apophvses épineuses du haut. Cette disposition ne cesse que derrière le premier tiers des nageoires dorsales.

Les deux séries inférieures des rayons composant les nageoires du dos et de l'anus sont aussi tout-à-fait osseuses. On remarque la même structure dans les rayons qui forment la série simple dont est composée la nageoire caudale, du moins dans la moitié antérieure Aes parties supérieure et inférieure de cette nageoire.

La colonne vertébrale des raies et des squales se distingue de celle des poissons que nous venons de considérer, par la disposition de la substance gélaliniforme contenue dans son intérieur : celle-ci est divisée , par les corps des vertèbres , dont le volume a proportionnellement augmenté, en autant de fois deux cônes adossés par le sommet qu'il y a de vertèbres; chaque vertèbre est un peu plus longue que haute et large , elle est très-concave dans ses parties antérieure et postérieure. Ces deux concavités se contractant de dehors en dedans, se rencontrent presque dans le milieu ; il en résulte que la série des cônes doubles, gélatineux, forme à peu près encore un tout continu. Cependant les vertèbres ne sont jamais percées au milieu , les doubles cônes sont par conséquent séparés chaque fois entre deux vertèbres.

A l'endroit où les faces latérales des corps des vertèbres se continuent avec la face inférieure, les corps, surtout la plupart des antérieurs, se prolongent à des longueurs variables et constituent une apophyse comprimée de haut en bas : ce prolongement , du moins chez les squales et les raies, supporte des os transver- , alongés, mobiles sur lui ; ce sont les côtes.

J'ai remarqué sur la colonne vertébrale de l'ai-

guillat (squalus acanthias), une différence de développement très-digne de remarque. Chez lui les vertèbres sont tout-à-fait creuses à l'état de fœtus et forment des anneaux qui ont partout la même largeur. Cette organisation que je trouve constante chez des fœtus qui ont environ un pied de long les rapproche par conséquent, tant qu'ils se trouvent à cette période , des chimères, des poljodons, des esturgeons, etc. Je n'en trouve plus de traces chez un individu long de deux pieds , chez lequel les corps des vertèbres ont tout-à-fait la structure de ceux des poissons cartilagineux supérieurs. Peut-être tous les poissons cartilagineux offrent-ils transitoirement cette disposition, et leur organisation se perfectionne-elle plus tard par la formation insensible d'anneaux de substance solide qui s'appliquent de dehors en dedans contre la face interne des anneaux des corps des vertèbres, se développent de leurs deux extrémités vers la partie moyenne et se soudent entre eux et avec la face interne de l'anneau, tandis que la substance contenue dans le double cône que forme la réunion de deux vertèbres reste au contraire plus molle.

La partie de la colonne vertébrale qui correspond aux arcs n'est pas exactement formée suivant le même type chez les raies et les squales. Ces deux genres s'accordent en ce que cette

n\vNA.TOMIE COMPARÉE. u6Ç)

partie est composée, chez eux, de pièces plates, séparées des corps, inclinées les unes vers les autres supérieurement et unies entre elles; mais le nombre et le rapport de ces pièces avec les corps varient dans chacun d'entre eux. Chez les raies , dont les corps des vertèbres sont beaucoup plus petits et plus nombreux, chacun ne correspond qu'à un arc; dans les squales, ils sont en rapport avec un arc et demi: l'un est un peu plus grand et s'applique sur le milieu de chaque corps de vertèbre; l'autre est plus étroit, mais non plus déprimé, et il est situé entre le premier et entre chaque couple de vertèbres. Ces arcs se correspondent par la forme : réunis entre eux et au corps des vertèbres, ils constituent un seul tout dont les parties sont jointes par de la substance mùlle.

La différence qui existe entre les squales et les raies est compensée parce qu'il existe chez les raies , au-dessus des arcs , dans la ligne médiane, une seconde série de pièces osseuses, intercalées de la même manière que chez les squales, entre les pièces situées sur le milieu des corps. La plupart de ces pièces osseuses sont larges et peu hautes; quelquefois, cependant , elles sont minces et élevées, par exemple, chez l'aigle de mer (raja aquila} : on peut se convaincre de l'exactitude de cette assertion , en considérant surtout la partie moyenne et postérieure de la colonne vertébrale, où ces pièces

osseuses, saillantes, s'arrangent en dos d'âne et se prolongent considérablement en bas et des deux côtés , jusqu'à descendre aussi bas que les autres plaques, au niveau des vertèbres , comme chez les squales.

Les raies offrent par conséquent le développement distinct d'une disposition qui n'est qu'indiquée chez les squales, c'est-à-dire qu'elles présentent une série d'os particuliers , différens des vertèbres , situés au-dessus de la colonne vertébrale primitive , et qui se développent en général d'une manière encore beaucoup plus parfaite chez les poissons osseux. Cette portion de la seconde série d'os qui, chez les raies, s'élève au-dessus des autres, est remplacée trèsvraisemblablement par un grand nombre de nageoires dorsales; la nageoire dorsale la plus antérieure est en effet formée par plusieurs séries superposées d'os longitudinaux, la postérieure par une série unique : le nombre et le volume de ces os correspondent à peu près aux parties saillantes de la seconde série des raies.

Les deux moitiés latérales de tous les arcs ne sont pas soudées dans la ligne médiane, mais seulement unies par de la substance cartilagineuse , ce qui est surtout très-distinct chez les squales. La partie postérieure du raehis, qui est la plus considérable, se distingue en outre de l'antérieure par la présence d'un prolongement moyen, comprimé d'un coté à l'autre; çe pro-

d'anatomie comparée. 271 lentement bifurqué dans sa moitié supérieure est formé de deux racines latérales que sépare l'une de l'autre une lacune large, d'où résulte un canal dirigé sous les arcs des vertèbres. Ces apopbyses peuvent être considérées comme des arcs inférieurs des vertèbres, qui se forment parce que les apopbyses transverses se tournent en bas et e'n dedans et se réunissent dans la ligue médiane en apophyses épineuses" jnférieures ; ces apophyses s'alongent considérable^ ment à l'extrémité de la colonne vertébrale chez les squales, les torpilles ou raies électriques , mais non chez les raies proprement dites; elles s'aplatissent dans le même rapport par la soudure de leurs deux moitiés latérales qui commence depuis la racine, dé sorte que la cavité y disparaît.

Les anges (squalus squatina ) offrent plusieurs particularités dignes de remarque: les arcs des vertèbres sont plus courts que chez d'autres squales et se rapprochent par là de la disposition qu'offrent les raies; ils sont en outre, surtout les antérieurs, très-larges, concaves à leur face inférieure , et beaucoup moins renflés aux deux extrémités, et par conséquent plus plats sur les côtés.

Les: rayons des nageoires dorsales et anales sont composés, chez les squales en général, de trois séries de fortes pièces cartilagineuses, alongées, dont la pièce moyenne est considéra-

blement plus longue que l'inférieure et que la supérieure; le nombre de ces rayons est pour l'ordinaire de la moitié plus considérable que celui des corps des vertèbres auxquels ils correspondent; il égale celui des apophyses épineuses, et est double de celui des corps; ordinairement aussi ils ne correspondent qu'à la base de la nageoire.

Après la troisième série de cartilages , vient , entre les deux lames de la peau, un nombre infini de petites stries cartilagineuses, minces et longues.

Le squalus squatina fait également exception à cette règle : 1 0 il existe dans cette espèce, au devant de la première nageoire dorsale, dans une étendue trois fois plus longue que sa base, et au devant de la seconde , dans une étendue un peu moins considérable , une série simple de rayons alongés; 20 un bien moindre nombre de corps de vertèbres leur correspond, puisqu'il y a en avant 17 à 18 corps et seulement 10 à 11 rayons, tandis qu'en arrière il y a 5 rayons et 8 à 1 o corps; 3° la nageoire ne contient que deux séries de rayons , qui sont toutes deux larges d'avant en arrière et peu élevées , et dont l'inférieure se compose de deux rayons trèslarges, tandis que la supérieure est formée de quatre ou cinq rayons plus étroits.

Les nageoires des raies sont beaucoup plus étroites que celles des squales et se composent

d'ana-TOMLk comparée. 2^3

d'un nombre moindre de rayons; mais chacun de ces rayons est le pins communément composé d'un nombre plus considérable d'articulations que chez les squales.

Les torpilles sont, aussi sous ce rapport, formées d'après le type des squales.

La partie antérieure de la colonne vertébrale offre chez les raies une disposition digne de remarque, qui ne se représente pas dans les squales , du moins dans toutes les espèces; la condition la plus essentièlle de cette disposition consiste dans la soudure de plusieurs vertèbres pour n'en former qu'une seule : il en est ainsi déjà chez les chimères et les esturgeons.

A peu près à compter de l'endroit qui correspond aux membres antérieurs, la colonne vertébrale grossît considérablement dans toutes ses parties, et les vertèbres se confondent en une masse , que l'on ne reconnaît pour être formée de plusieurs vertèbres que par deux séries d'ou- • vertures superposées, à travers lesquelles sor- I tent les deux racines des nerfs spinaux. Les I corps aussi bien que les arcs sont exactement -soudés ensemble; les apophyses transverses des corps forment , de chaque côté, aussi une lame qui devient sensiblement plus large des extrémités antérieure et postérieure vers le milieu de la colonne ; les parties antérieure et moyenne , n. 18

les plus considérables et les plus larges de cette lame , sont un peu recourbées en haut , à cause des branchies.

Cette lame recourbée offre toujours son étendue la plus large au milieu de sa longueur; c'est en ce point qu'elle prend brusquement une autre direction, de manière à se réfléchir en dehors, en faisant un angle presque droit avec la partie postérieure; la courbure de la partie antérieure est au cotitraire une pente insensible. Elle forme par conséquent un triangle dont le bord postérieur est droit, taudis que l'antérieur descend obliquement de haut en bas, de dehors en dedans et d'arrière en avant Chez les torpilles , cette lame est beaucoup plus développée que chez les raies proprement dites. Ainsi , chez une torpille brune ( T. Galvani), longue d'un pied trois pouces, je lui trouve neuf lignes dans sa plus grande hauteur, en tout quatorze lignes de long, et chez un raja oxjrynchus de même taille, je ne lui trouve que neuf lignes de long sur trois de hauteur. Chez les torpilles, elle déborde par conséquent le reste de la colonne vertébrale dans une étendue considérable en lehors, ce qui a lieu beaucoup moins chez les raies.

Son sommet externe, qui est libre, est en outre, dans les torpilles, situé beaucoup plus haut que le bordlibre desapophyses épineuses; «ette disposition n'a pas lieu dans les raies

d'anatomik COMPARÉE. 2^5 quoique cette lame s'y recourbe fortement et forme un demi-canal que l'on ne retrouve pas dans la torpille.

En faisant sécher cette lame , séparée des forts muscles qui la recouvrent, elle se recourbe trèsfacilement en haut et en dedans, se porte à la rencontre de l'autre, de sorte qu'elles finissent par se toucher chez les torpilles; circonstance qui pourrait faire donner des idées inexactes de la position et de la forme de cette partie.

Les arcs et les corps , séparés dans les autres vertèbres, son légalement unis : en un mot, la partie antérieure de la colonne vertébrale forme un cartilage unique; ce cartilage, formé parla réunion de plusieurs vertèbres confondues, est absolument creux dans son intérieur; mais cette cavité est d'une autre nature que celle du cartilage vertébral des lamproies, des chimères et des esturgeons, car elle n'est pas due à une dilatation du corps, mais bien de l'arc, accompagnée d'un amincissement considérable du corps, aux dépens de la dimension en largeur; elle se continue par conséquent en avant, dans la cavité crânienne, en arrière dans le canal vertébral, tandis que chez les premiers de ces poissons, ces cavités sont parfaitement séparées l'une de l'autre.

Mais c'est précisément cette différence qui rend cette disposition très-digne de remarque, parce qu'elle démontre des degrés fort divers

(l une même organisation. Chez les lamproies la substance aponévrotique , représentant les corps , ne forme encore dans toute la longueur du rachis qu'une masse homogène indistincte des apophyses transverses; chez les chimères il se manifeste une disposition articulée, imparfaite, dans la plus grande partie de la longueur de la colonne; ce n'est qu'en avant que les pièces sont encore confondues.

- Le rachis de Y esturgeon présente des traces d'articulation beaucoup plus évidentes, quoique les parties antérieures y soient confondues encore; mais on reconnaît, à cet état même, une tendance à la séparation manifeste, surtout aux apophyses épineuses. Dans les deux genres précédens le corps des vertèbres est encore creux, il est au contraire plein dans les raies*

Cette partie la plus antérieure de la colonne, formée de vertèbres soudées, n'offre cependant pas exactement les mêmes caractères dans toutes les raies. Nous venons de parler de la différence présentée par la longueur et la hauteur de la lame que forment les apophyses transverses soudées, et qui monte obliquement en dehors. Remarquons en outre que le rapport de la longueur de cette partie, comparée à celle de toute la colonne vertébrale , n'est pas partout la même. Ainsi je le trouve chez la raie blanche {raja bâtis) et la raie bordée {raja rostellata) exprimé par i : 5 ; il est le même chez la tor-

d'anatomie GOSIPABÉE. - WJJ pille brune {torpédo Galvani), </uand ony comprend , comme dans Les deux espèces précédemment citées , toutes les vertèbres dont les apophyses transverses sont soudées ; chez la raie bouclée ( laja elavata) et chez les rhinobales, ce rapport est de 1:6; chez la raie leutillat ( raja oxyrjnchus) et la raie Cuvier (r. Cuvierii) , seulement comme 1:7, chez la pastenague commune (raja pastznaca) , comme 1 : 10 ; variété qui semble se rattacher à la différence qu'offre la jongueur de la queue.

Les vertèbres soudées ne sont pas non plus toutes confondues au même degré.

Chez la torpille brune ( torpédo Galvani) , on distingue très-bien dans la moitié postérieure de la partie soudée , qui est un peu plus grande que l'antérieure ,onze vertèbres cervicales, dont le corps et les apophyses épineuses sont tout-àfait séparés par des incisures et unies seulement par leurs apophyses transverses: le nombre en est de douze dans le raja rhinobates ; chez la raie lentillat, il n'y en a que deux qui forment le dernier dixième de cette partie. Chez la raie blanche, le sixième postérieur est formé de cinq vertèbres très-petites de cette espèce.

Le nombre des vertèbres qui composent celle portion varie également. Pour déterminer combien de vertèbres concourent à la former , on a , outre les limites de séparation , la ressource de compter les trous intervertébraux .

THAITÉ GÉNÉUAL

qui marquent la sortie des nerfs. En faisant usage de ce moyen on trouve que cette partie antérieure de la colonne vertébrale serait composée, chez la raie blanche, de trente et quelques vertèbres, chez la torpille, de vingt-deux , et chez la raie lentillat , de vingt. Il résulte du moins de ces exemples, que l'étendue proportionelle occupée par les vertèbres confondues n'est pas en rapport nécessaire avec leur nombre; cette étendue est en effet à peu près la même chez la raie blanche et la torpille, où le nombre des vertèbres soudées est fort différent. Chez la raie lentillat ,s(la longueur proportionelle est au contraire beaucoup plus petite que chez la torpille , tandis que le nombre des vertèbres soudées est à peu près le même.

On voit nn rapprochement de cette organisation chez les anges ( squalus squatina). Les quatre premières vertèbres deviennent insensiblement plus larges que les autres; cet excès de dimension est tel, que la largeur de la plus antérieure est presque doublée si on la compare à celles qui suivent la quatrième; celles-ci, à l'exception des vertèbres de l'extrémité, offrent, comme on le voit ordinairement, peu de différence à cet égard. Il faut ajouter que les rudimens de côtes, séparés jusqu'alors, se soudent au corps de Sa vertèbre , depuis la quatrième jusqu'à la première, et se dirigent plus latéralement.

ri A N AïOMIIî C!>MPA BÉE.

Les chimères, les raies ., les torpilles et les squales, diffèrent très-fortement des lamproies et des esturgeons, par le mode d'articulation de la colonne vertébrale avec le crâne. Loin que chez les premiers le rachis soit continu au crâne et s'y réunisse pour ne former qu'une seule pièce comme chez les seconds, ces deux parties sont parfaitement séparées, et le mode d'nnion qui les rapproche leur permet une mobilité variable. Cette articulation mobile consiste, chez tous ces genres, en plusieurs points de contact tout-à-fait éloignés les uns des autres. Cette disposition a aussi été indiquée exactement en général, par M. Cuvier, à l'égard des raies et des squales , lorsqu'il dit que , chez ces animaux, la tête s'articule avec le rachis par deux condyles (1) ; mais il n'a pas cité les différences remarquables que présentent ces deux tribus ; il s'est en partie trop avancé , du moins relativement aux raies , en ajoutant que cette articulation n'est pas très-mobile.

Après les poissons qui viennent d'être considérés viennent les squales, qui ont le moins de mobilité dans celte articulation*

Les corps des autres vertèbres s'unissent entre eux au milieu par delà substance cartilagineuse ;

(i) Anal, cornp. , i. I, p. a32. ,

celui de la vertèbre antérieure s'unit, au moyen d une semblable substance, avec le corps de la . vertèbre crânienne, au dessous du trou occipital. Ces deux cartilages, semblables aux portions de deux vertèbres opposées l'une à l'autre , sont très-concaves et forment un cône double. A côté et au dessus de cette articulation trèssolide on rencontre un second mode d'union, opéré par un ligament circulaire, court, s'étendant de tout l'arc de la première vertèbre au pourtour du trou occipital.

Ces moyens de jonction sont renforcés par une troisième et une quatrième connexions latérales. Il existe, en effet, de chaque côté de la face antérieure de l'apophyse transverse de la première vertèbre, un léger enfoncement arrondi , dirigé d'avant en arrière et de dedans en dehors, qui correspond à une éminence semblable, saillante sur le côté de la facette articulaire moyenne de l'occiput. Ces parties sont entièrement séparées l'une de l'autre et de la facette articulaire dont il vient d'être question ; elles sont retenues ensemble par des ligamens capsulaires , courts et roides.

L'arc qui correspond au Jrou occipital est le premier qui soit intercalé entre ceux qui sont soudés avec les vertèbres; il est par conséquent situé un peu en avant de la première.

Chez les chimères et les raies l'articulation est beaucoup plus libre; dans les unes et les autres

d'anatomie comparée. 281 la connexion inférieure, opérée par de la substance ligamenteuse , est remplacée par une capsule articulaire. Chez les chimèresla partie du rachis qui représente le corps des vertèbres se termine par une surface carrée, convexe d'un côté à l'autre, concave de haut en bas, qui correspond à une autre surface large, concave d'un côté à l'autre et de haut en bas. Au dessus de ces surfaces on trouve le large trou occipito-rachidien; au dessus et au dessous d'elles } à la partie inférieure du pourtour de cette ou verture, et de chaque côté, on remarque une facette articulaire particulière, entourée d'une capsule ; ces deux facettes sont légèrement convexes à la première vertèbre cervicale, concaves sur l'occipital, et beaucoup plus hautes que larges sur les deux os.

Chez les raies on observe: i° que la facette articulaire moyenne, considérablement renflée, s'avance un peu dans la cavité du crâne; 20 que les deux facettes articulaires latérales, également beaucoup plus élargies et séparées , comme chez les chimères, sont situées beaucoup plus sur le côté; 3° que celles de la première vertèbre aussi bien que de l'occipital sont très-convexes; 4° qu'il se trouve entre toutes deux un cartilage articulaire intermédiaire, très-arrondi.

C'est du moins la disposition que je trouve chez les torpilles , les raies lentillat et blanche. Chez l'aigle de mer {raja acjuila) le mouvement

esl plus borné et fort semblable à celui des •squales; toutes les facettes y sont, en effet, moins élevées, et les cartilages inter-articulaires manquent , quoique l'amphiarthrose soit remplacée par une diarthrose.

Il existe toutefois chez les raies, en haut et. en bas, une lacune constante entre le trou occipital et l'arc des vertèbres; chez les squales, au contraire, l'arc est appliqué immédiatement contre ce trou.

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