Os maxillaire supérieur
L'os maxillaire supérieur des poissons osseux est partagé, de chaque côté , au moins en deux pièces, une antérieure et une postérieure, qui se suivent d'arrière en avant, et sont entièrement séparées l'une de l'autre. La postérieure peut être désignée sous le nom de pièce susmaxillaire proprement dite , l'antérieure sous celui de pièce inter-maxillaire . Celle-ci est trèsgénéralement beaucoup plus grande que ne l'est la première et supporte presque toujours des dents qui manquent à la postérieure.
5oo
a. Pièce sus- maxillaire , ou os maxillaire supérieur postérieur*
La pièce sus -maxillaire est alongée , plate , convexe en arrière , concave en avant , articulée mobilement par des condyles , en haut et en arrière avec la pièce latérale de Péthmoïde, en haut et en avant avec la branche supérieure du même os , et avec l'extrémité antérieure de l'os nasal. Entre cette pièce et la pièce inter-maxillaire il existe , chez plusieurs poissons, probablement chez tous ceux qui ont l'os inter- maxillaire très-mobile, un cartilage articulaire, triangulaire. Cette disposition est surtout distincte chez les spares. En bas et en dehors , cet os recouvre l'os sous-maxillaire, peu en avant de l'articulation de celui-ci avec la portion articulaire du temporal; il touche ici en même temps à l'extrémité inférieure de la branche inférieure de l'os inter-maxillaire , avec lequel il n'est uni ordinairement, en faisant abstraction de ce point et du point déjà indiqué , que par le moyen de la peau et de la membrane buccale.
Chez le brochet , il est , surtout par rapport à l'os inter-maxiilaire qui est ordinairement beaucoup plus considérable, très-grand, alongé, plat, et porte à son extrémité postérieure encore une lame semblable , mais beaucoup plus petite ,
d'anatosiie comparée. 5or
qui correspond peut-être à une partie du palatin qui s'est portée en dehors ; mais il correspond aussi, et sans doute plus exactement , à la portion alvéolaire de la mâchoire supérieure.
Chez les silures, cet os est extraordinairement petit , court , épais , et forme la base du filament cartilagineux , long et libre qui en représente peut-être la majeure partie.
Il est très-considérable chez les murénophis , alongé , droit , articulé en avant avec l'os inter-maxillaire , en arrière apointi et garni de dents dans sa moitié antérieure , qui est la plus grande. Chez les murènes, il est plus parfait que chez les murénophis } en ce qu'il est un peu convexe et garni en avant d'une apophyse triangulaire , ascendante , peu élevée. Chez les murènes, il est uni postérieurement par un long et fort ligament, avec l'os inférieur de la portion articulaire du temporal; chez les murénophis , par un ligament plus court, à la mâchoire inférieure, peu en avant de la facette, où celle-ci reçoit la portion articulaire du temporal, tandis que sans cela il est ordinairement sans connexion avec les deux os.
Il manque, comme os propre, chez les balisles.
TflAlTÉ GÉNKRAL
b. Pièce inter- maxillaire , ou os maxillaire supérieur,
antérieur.
La pièce inter-maxillaire , ou Vos maxillaire supérieur (Ultérieur, forme la partie la plus antérieure de la région supérieure de la face; il est situé entre l'ethmoïde , l'os nasal et le susmaxillaire proprement dit.
Il est formé très-généralement d'une branche supérieure, interne, descendant obliquement de haut en bas et d'arrière en avant , articulée avec celle du côté opposé par uuesymphyse souvent très-mobile, et d'une branche inférieure, externe, horizontale, descendant de dedans en dehors, et d'arrière en avant, ordinairement armée de dents, qui, par son extrémité postérieure externe } touche à l'extrémité inférieure de l'os sus-maxillaire, et le dépasse un peu en dehors.
Chez les brochets , cet os est petit , uni plus exactement que de coutume avec la pièce susmaxillaire, qui est beaucoup plus considérable que lui. Il ne forme qu'une lame simple, alongée , armée de dents.
Chez les silures , il représente une petite plaque armée de dents, simple, transversale, se rencontrant dans la ligne médiane avec celle du côté opposé , située sous la partie antérieure
d'anatomie comparée. 5o3 de l'ethmoïde moyen, auquel elle est unie immobilement , à peu de distance en avant du vomer, dont la partie antérieure, large, armée de dents , présente la même forme.
11 manque , comme os propre, chez les murénophis, du moins dans la vieillesse; il forme un os unique avec le vomer et l'os nasal, peut-être aussi avec le corps de l'ethmoïde. Mais chez les jeunes sujets, cet os unique peut être partagé , en effet , en quatre pièces , savoir : en deux impaires et deux latérales , dont la moyenne et postérieure, qui est la plus petite , représente le vomer ; la moyenne antérieure , qui est la plus grande, représentant l'os nasal ou le corps de l'ethmoïde , les deux pièces latérales } plates et situées sous la pièce moyenne antérieure, représentant les os inter-maxillaires. Ces dernières sont pourvues, à leur partie postérieure , d'un enfoncement articulaire pour recevoir le condyle de la mâchoire supérieure.
Chez les murènes, du moins chez les congres, l'os inter-maxillaire me paraît être un os triangulaire, qui est situé à la face externe de la moitié antérieure de la pièce sus-maxillaire , et est considérablement plus haut que celle-ci.
Chez les saumons, cet os est également trèspetit ; il ne présente qu'une plaque simple , la branche inférieure. Il est plus grand chez les batistes , mais sa forme est la même. Les trigles n'offrent qu'une faible, trace d'une branche su-
5t>4 TRAITÉ G1ÎNÉRAL
périeure. Celte branche est aussi très -courte chez les gades, les coryphènes , les scombres, les brames. Elle est un peu plus alongée chez le muge céphale, où elle a surtout une largeur et une épaisseur considérables.
Cet os, surtout sa branche supérieure, est d'autant plus développé , que la portion antérieure de la face , articulée mobilement avec le reste de la tête , est plus protractile.
Ainsi, il est très-volumineux chez les spores , les uranoscopes , les cépoles, les chironecles , les lophies, les mules, les vives, les dorées.
Il est surtout considérable dans ce dernier genre; sa branche supérieure , qui est la plus grande, se termine par deux apophyses, une supérieure et postérieure , plus longue et plus étroite, et une inférieure, antérieure, plus courte , mais beaucoup plus large ; la branche inférieure , verticale , est même terminée par trois apophyses, quoique beaucoup plus courtes.
L'organisation des uranoscopes se rapproche de cette disposition; cependant les apophyses ne sont pas aussi grandes et aussi écartées.
Chez l'orphie ( esox belone'), la disposition en est tout autre ; il se prolonge en avant en un long bec.
I) ViN ATOMIli COMPARÉE.
i3. Os malaires.
Il existe très-généralement au dessous de l'œil, entre les os nasaux, les maxillaires supérieurs et la portion écailleuse du temporal, une série d'os plats, formant le bord inférieur de l'orbite qui est convexe supérieurement, concave inférieuremenULes os de cette série diminuent de volume d'avant en arrière , correspondent par leur position aux os malaires des animaux supérieurs , et les représentent du moins par leur partie postérieure. Une semblable division de l'os malaire en une pièce antérieure et en une postérieure au moins, se rencontre même chez l'homme, quoique fort rarement (r).
Cependant il n'y a peut-être que les pièces postérieures qui correspondent à l'os malaire, tandis que les antérieures peuvent représenter des parties de la mâchoire supérieure des hauts vertébrés, par exemple, l'apophyse nasale ou montante du maxillaire supérieur. Cette supposition est confirmée assez par la petitesse de l'os décrit comme pièce sus-maxillaire ou os maxillaire supérieur postérieur, autant que par l'anomalie , assez fréquente chez l'homme , de l'apophyse nasale qui est quelquefois entièrement séparée du reste de l'os maxillaire supérieur.
(i) Sandifort , Obs. anal. path. , t. iv, p.
5o6 TRAITÉ GÉNÉRAL
M.Oken regarde ces plaques comme le cercle oculaire des oiseaux qui aurait été jeté en dehors ; cependant je ne puis pas partager cette conjecture ingénieuse, par la raison : i° que les poissons ne possèdent point de cercle oculaire, mais une forte lame osseuse sous la membrane fibreuse (sclérotique) de l'œil ; 2° qu'outre les os décrits ils n'ont pas d'autre os malaire; 3° que les oiseaux en possèdent un à la même place, etqui est primitivement double; et4° enfin que le cercle osseux de l'œil n'existe pas plus chez les poissons pourvus des os qui viennent d'être décrits , que chez ceux qui en sont dépourvus.
Chez les poissons anguiliiformes , du moins les murènes et les murénophis , cette série d'os manque ou est extrêmement petite ; chez les silures , elle est formée de trois pièces , proportionnellement petites, minces et alongées. Chez les batistes , il n'existe presque qu'une strie cartilagineuse , très-mince; mais dans la généralité des autres genres elle est fort développée , surtout en proportion des pièces sus-maxillaire et inter-maxillaire.
Elle est surtout fort considérable chez les uranoscopes , et plus encore chez les trigles. Les pièces moyenne et antérieure sont surtout grandes , et dépassent considérablement en avant et en haut le maxillaire supérieur, qui est beaucoup plus petit. Dans les spares et les labres, la pièce antérieure est aussi fort considérable ,
D'AN ATOMIE COMPARÉE. 5oj
tandis que les postérieures ne sont que petites. i4- Mâchoire inférieure.
L'os maxillaire inférieur des poissons osseux est situé au-dessous et derrière les os sus-rnaxillaire et inter-maxillaire , et la portion articulaire du temporal, avec la partie inférieure de laquelle il s'unit par une surface articulaire transverse , légèrement concave. Il est toujours formé de deux moitiés latérales , convergentes d'arrière en avant où elles se rencontrent presque toujours sous un angle plus ou moins aigu , et sont unies entre elles par une substance ligamenteuse. Chaque moitié latérale est formée à son tour de plusieurs pièces qui se suivent d'arrière en avant, se couvrent en partie les unes les autres de dehors en dedans , et s'emboîtent même.
Les données relatives au nombre de ces pièces varient considérablement,, aujourd'hui que plusieurs auteurs comptent , parmi la collection d'os précédemment et régulièrement reconnue comme mâchoire inférieure, encore plusieurs pièces beaucoup plus volumineuses (1) , qui forment ensemble l'opercule.
(1) Bojanus et Okcii , lsis 1818.
Cela s'applique déjà à la mâchoire inférieure, ainsi nommée ordinairement.
Selon quelques-uns , chaque moitié de la mâchoire inférieure ne se compose souvent que d'une ou de deux, rarement de trois pièces (i). Je crois cependant, d'après mes recherches, qu'il en existe peut-être même quatre dans la règle.
M. Cuvier cite le poljpterus bichir comme l'unique exemple où la moitié en question se compose de trois pièces j mais j'en ai réellement trouvé quatre chez le brochet {esox lucius), l'orphie ( esox belone), le brochet de mer, (spfryrœna spet le saumon [salmo salar), la carpe (cyprtnus carpio), Talose (clupea alosa) le hareng (clupea harengus}, la morue ou le cabillaud ( gadus morrhua ) , le muge céphale {jnugil cephalus). Parmi ceux auxquels M. Cuvier n'eu reconnaît également qu'une, il y a, outre les saumons , les murènes , surtout les congres et les anguilles qui possèdent évidemment au moins deux de ces pièces. J'en ai trouvé trois chez le poisson Saint-Pierre (zeus Jaber) , V uranoscopus scaber, le saluth {.silurus glanis), l'anguille [murœna anguil/a). Le volume des pièces qui composent la mâchoire inférieure diminue en général d'avant en arrière. La pièce antérieure supporte les dents; on la peut appeler à cause de cela pièce dentaire. La
(i) Cuvier , Anal. comp. , t. III, p. 16.
n'ANATOMIE COMPARÉE. 5oQ
postérieure ou la moyenne, lorsqu'il existe trois ou quatre pièces , s'applique par son extrémité antérieure, qui est apointie, contre la face interne de la pièce antérieure, ou s'intercale même entre les lames externe et interne de celte pièce, forme avec elle l'apophyse coronoïde , et renferme la surface articulaire par laquelle la mâchoire inférieure s'articule avec l'os carré ; on peut par conséquent lui donner le nom de pièce articulaire. La troisième forme l'extrémitépostérieure de la mâchoire inférieure et notamment de son bord inférieur, au-dessous de la face articulaire. Il est digne de remarque qu'elle imite plus ou moins distinctement la forme de la pièce articulaire. Le volume en varie considérablement. Je la trouve extrêmement petite chez les saumons et le brochet de mer {spliyrœna spet), un peu plus grande chez le brochet (e. lucius), fort grande chez le poisson Saint-Pierre (zeus faber). On la peut désigner sous le nom de pièce angulaire. La quatrième pièce est située au côté interne de la pièce articulaire , en avant et au dessous de la surface d'articulation. Elle est alongée et arrondie , appuyée sur une saillie que présente à sa partie interne la mâchoire inférieure plus épaisse en cet endroit, et forme la racine d'un stylet cartilagineux plus ou moins considérable , alongé , arrondi et apointi en avant, qui, conjointement avec l'extrémité antérieure fie la portion articulaire, s'applique à la
face interne ou entre les deux lames de la pièce dentaire, et existe aussi chez les reptiles. Celle pièce est en général la plus petite, et sans contredit celle que M. Cuvier décrit chez le bichir, pour être la troisième qui s'applique contre la face interne de la pièce dentaire , à cela près qu'elle est ici plus ossifiée qu'on ne la rencontre ailleurs. Parmi les poissons à trois pièces sousmaxillaires , les silures et les anguilles ne m'offrent que cette pièce. Elle manque au contraire chez le poisson Saint-Pierre (zeus faber) et Vuvanoscopus scaber, et la troisième pièce est la postérieure. Chez l'orphie ( esox belone ) , je trouve également quatre pièces; mais la disposition est un peu différente. La troisième est proportionnellement plus grande que de coutume ; elle est située plus en avant et en dedans, et se partage en une pièce supérieure et en une inférieure. La première de ces pièces est beaucoup plus grande , la seconde forme l'angle. Peut-être la quatrième est-elle seulement descendue plus bas. Il est digne de remarque que le volume de la mâchoire inférieure ne semble pas influer sur le nombre de ses pièces. Chez les carpes, la troisième et la quatrième pièce sont proportionnellement fort considérables. Le long bec inférieur de l'orphie {esox belone) est formé uniquement par la pièce dentaire.
Chez le lépisostée spatule [lepisosteus spaluld) la mâchoire inférieure est même composée de
d'anatomie COMPARÉE. 5 1 I
six pièces (i); outre les quatre pièces ordinaires il s'en est formé deux autres par la division des deux plus grandes pièces ; ces pièces sont une pièce covonoïde formée- aux dépens de la portion articulaire, et une pièce antérieure située supérieurement le long de la face interne de la pièce dentaire.
Ces pièces s'adaplant exactement les unes aux autres forment en général une paroi osseuse continue; il existe cependant quelquefois, par exemple, chez le poisson Saint-Pierre ( zeus faber), en haut, entre la pièce dentaire et la pièce articulaire, un grand espace triangulaire, rempli seulement par la peau et la membrane buccale.
Dans quelques autres poissons , notamment le lieu ou merlan jaune (gadus pollachiiis} , le merlan commun {g. merlangus), le charbonnier {g. carbonarius) , le merlan barbu (g. albidus), il y a des vestiges de cette disposition ; mais la lacune est incomparablement plus petite que chez le poisson Saint-Pierre ( zeus faber) , elle est à peine sensible.
Quelques pleuronectes , surtout la barbue (pl. rhombus) et le turbot {pl. maximus), tiennent au contraire, sous ce rapport, le milieu entre les gades et les dorées.
(1) Geoffroy , Philos, anal. , Paris, 1818, p. 35, pl. V, fie. 5o-53
5l2 TRAITÉ GÉNÉRAL
Il faut que cette disposition soit bien rare , puisque je ne l'ai rencontrée que chez les poissons que j'ai mentionnés, bien que j'en aie comparé non-seulement un grand nombre qui m'appartiennent, mais tous ceux qui se trouvent au cabinet de Paris.
Quant au mode de connexion de ces différentes pièces, plusieurs poissons, surtout parmi ceux dont l'os inter-maxillaire est articulé mo~ bilement avec les autres os de la tête , se distinguent , non-seulement des autres poissons , mais de tous les autres animaux à vertèbres, par une mobilité analogue entre la pièce dentaire et la pièce articulaire. La pièce articulaire pénètre bien avec sa pointe antérieure dans la pièce dentaire , mais elle n'y est unie que trèslâchement au moyen d'une substance ligamenteuse. C'est surtout chez les spares , les labres , les scorpènes, les uranoscopes, les trigles, que je me suis convaincu de cette disposition, tant à l'état frais que sur le squelette , où je l'ai reconnue d'abord. Elle est importante, soit parce qu'elle permet d'agrandir l'ouverture buccale un peu plus que de coutume, soit surtout parce qu'elle est en faveur de l'opinion d'après laquelle l'opercule serait la partie postérieure de la mâchoire inférieure, qui aurait été grossie et séparée des autres os, puisqu'ici la partie postérieure de cette mâchoire s'éloigne de l'antérieure beaucoup plus qu'il n'est habituel de le rencontrer.
d'anatomie comparée. 5/3 Cette disposition n'existe pourtant pas chez tous les poissons à museau supérieur , protractile ; elle manque aux cyprins et aux dorées.
Après avoir exposé les pièces osseuses qui composent communément la mâchoire proprement dite, nous devons considérer l'opercule sous le point de vue qui, tend à faire voir, en cet os, la partie postérieure delà mâchoire inférieure des animaux élevés^ Cette opinion est fondée sur la circonstance que l'opercule, joint à ce que l'on nomme communément la mâchoire inférieure, se compose d'un nombre de pièces osseuses à peu près égal à celui des pièces qui entrent dans la composition de la mâchoire inférieure de plusieurs reptiles, les chéloniens, par exemple. Telle est l'exactitude de ce rapport, que le caractère distinctif de ces deux parties Consiste surtout dans l'amplialion affectée par les pièces postérieures, et dans l'écartement qui les sépare les unes des autres. On peut encore citer à l'appui de cette opinion la formation analogue des pièces inférieures du temporal et des pièces du sphénoïde, ainsi qile le morcellement du maxillaire supérieur.
Sans méconnaître tout ce qu'il y a d'ingénieux dans cette vue, je crois, pour le présent, ne pas encore devoir l'admettre , et cela par les motifs suivans :
i° 11 résulte de ce qui précède que, chez le lepisostée [lepisosteus), bien qu'il possède l'opern 33
eule, le nombre et la disposition des pièces osseuses de la mâchoire inférieure proprement dite s'accordent avec ce qu'offre la même partie chez les reptiles mentionnés.
2° D'autres reptiles, tels que les batraciens et la plupart des ophidiens qui ne possèdent point d'opercule , offrent dans chaque moitié de la mâchoire inférieure un nombre de pièces osseuses qui est même moindre que dans la plupart des poissons.
Or, si d'un côté l'opercule peut exister chez les poissons dont la mâchoire proprement dite présente un nombre de pièces osseuses égal à celui qu'offre la même partie chez les reptiles supérieurs; et si d'un autre côté l'absence de l'opercule , chez les reptiles inférieurs , coïncide avec une réduction dans le nombre des pièces de leur mâchoire égale à celle qu'éprouve cet appareil chez la plupart des poissons, il est évident que l'opercule ne doit pas être considéré nécessairement comme unepartie delà mâchoire inférieure, et que les os qui le composent peuvent bien être des os propres.
i5. Forme de la tête des poissons osseux en général.
Quel que soit le nombre des différences que présente le crâne des poissons, même à le considérer dans ses rapports naturels avec les par-
»'aNA.TOMIE COMPARÉE. 5 1 5
ties qui le recouvrent à l'extérieur, néanmoins devons-nous indiquer les conditions les plus générales de la forme de la têle osseuse, ainsi que les régions qui sont en rapport avec des parties dont la position est déterminée par ces régions, et surtout avec les organes de sensations et de locomotion.
La tête entière est plus ou moins alongée et apointie d'arrière en avant ; on y peut distinguer une paroi postérieure, une supérieure, une inférieure et deux latérales. L'extrémité antérieure , située à l'opposite de la paroi postérieure, est percée de l'ouverture buccale.
La paroi postérieure est verticale, peu élevée, en général petite par rapport aux autres ; elle offre : i° les facettes articulaires précédemment décrites; 2° le trou occipital; 3° au dessus et près de ce trou, plusieurs enfoncemens et éminences destinés à l'insertion des muscles de la nuque ; Téminence moyenne représente la crête occipitale, qui est souvent considérable.
La face supérieure qui surpasse de beaucoup les autres, est communément convexe d'arrière en avant et de la ligne médiane en dehors; elle est souvent partagée en deux moitiés par la partie antérieure de la crête occipitale, qui, à cause de sa position dans la région la plus supérieure du crâne, peut être nommée crête sincipitale, et acquiert quelquefois une hauteur fort considérable. Cette face est ordinairement plus petite
5l6 TRAITÉ GÉNÉRAL
que les faces latérales. La partie antérieure de cette face formée par les os ethmoïdes, nasaux et inter-maxillaires, se distingue très-généralement du reste; cette distinction résulte de ce que la région olfactive offre une concavité brusque , plus ou moins profonde, qui reçoit les os ethmoïdes et nasaux.
Plusieurs poissons, par exemple les èchènèïdes et les uranoscopes font exception à cette disposition générale ; cette face est , chez eux , en partie concave, en partie beaucoup plus large que les faces latérales.
Les faces latérales sont beaucoup plus compliquées que celles qui viennent d'être considérées; elles sont composées entièrement de pièces osseuses unies mobilement avec la face supérieure et qui se suivent d'avant en arrière : i° l'opercule; 2° la portion articulaire du temporal , ou l'os carré ; 3° et 4q deux parois , dont l'interne est formée principalement par les os ptérygoïde et palatin , l'externe par les os malaires.
Les deux faces latérales sont séparées l'une de l'autre par un espace plus ou moins considérable , la fossé temporale, qui est rempli par les muscles élévateurs de la mâchoire inférieure, et qui descend obliquement de haut en bas et d'arrière en avant.
Au-dessus de ces faces et au devant de la fosse temporale existe Y orbite , qui commu-
d'anatomie comparée. 5 i 7
nique, par dessus la face inférieure du crâne, avec celui du côté opposé par une ouverture souvent très-large ; il n'est limité inférieurement que dans sa circonférence externe , jamais par une paroi osseuse.
Au devant de cette cavité, et un peu plus en dedans, on en trouve une autre oblongue ou triangulaire, la cavité olfactive; en bas et un peu au devant de celle ci , on voit une lacune verticale, limitée postérieurement par les os palatin et ptérygoïde , en avant par l'os maxillaire supérieur; et plus antérieurement existe ordinairement une seconde lacune, plus petite, située entre l'os sus-maxillaire et l'inter-rnaxillaire.
La face inférieure de la tète est interrompue par une ouverture triangulaire , ayant son sommet tourné en avant, et dans laquelle se trouvent, au-dessous de la face inférieure du crâne, l'os hyoïde, les branchies et les premières divisions des membres antérieurs. Les bords externes en sont formés par le bord inférieur des deux opercules et des moitiés de la mâchoire inférieure. Beaucoup au-dessus de ces parties, la face inférieure de la tête est partagée en deux moitiés latérales paria paroi inférieure du crâne, qui est très-étroite et qui est formée par le corps de l'os palatin et le vomer; plus au-dessus elle se continue en dehors par de larges lacunes avec l'orbite et la fosse temporale.
5l8 TRAITÉ GÉNÉRAL
La cavité crânienne qui renferme l'encéphale , est toujours très-petite et d'une forme alongée, disposition en rapport avec le développement imparfait du cerveau. En arrière, elle offre plusieurs éminences et enfoncemens qui, étant en connexité avec l'organe auditif, seront décrits avec celui-ci.
Parmi les ouvertures qui sont en rapport avec le système nerveux , nous avons déjà décrit : i° le grand trou occipital; 2° l'ouverture qui donnepassage au nerf pneumo-gaslrique{\).
Dans l'os basilaire et le rocher (a) , entre celui-ci et la grande aile du sphénoïde, on trouve une fente pour la branche postérieure du nerf trifacial , autrement le trou ovale, qui est partagé quelquefois en une moitié supérieure et en une inférieure ; entre la grande et la petite aile du sphénoïde, on voit une autre lacune ordinairement aussi séparée de la première par la partie inférieure et étroite de l'aile du sphénoïde, la fente sphénoïdale , par laquelle passe la branche moyenne du nerf trifacial, et une partie au moins de la branche supérieure ; plus haut , entre les deux ailes du sphénoïde , existe un trou rond, souvent simple, le trou optique, qui, lorsqu'il est simple, renferme encore la réunion des nerfs optiques; encore plus haut,
(1) Voyez p. 465.
(2) Voyez p. 5o3.
d'anatomie comparée. 5 1 9
entre la grande aile du sphénoïde, le frontal et l'orbite, est une petite ouverture par laquelle passe , sous le plancher de l'orbite , une partie de la première branche du nerf trifacial, se portant en avant à la cavité olfactive , dans laquelle elle entre par une fente située entre le frontal et la partie latérale de l'ethmoïde.
En avant enfin, on trouve, dans l'os ethmoïde latéral , une ouverture simple, ronde, contenant le ganglion du nerf olfactif; c'est le trou du nerf olfactif.
16. Disposition particulière et insolite des os de la tête de quelques poissons osseux.
Nous venons d'exposer les conditions ordinaires qu'offre la disposition des os de la tête chez les poissons, avec les principales déviations du type le plus commun. Il en est encore quelques autres que la particularité, et en partie le degré de modifications qu'elles présentent, méritent de faire considérer à part , et qui peuvent être regardées par conséquent, en effet, comme déviations.
Le moindre degré de déviation est présenté
520 TKA1TÉ GÉNÉRAL
par la présence d'os mobiles, séparés, situés à la surface du crâne.
Nous en trouvons un exemple dans les lophies et les chironecles. Ainsi , la baudroie commune (lophius piscatorius) offre trois pièces osseuses , apointies et fort alongées dans la ligne médiane de la tête. Elles se succèdent d'arrière en avant dans un ordre te!, que la dernière est située immédiatement au devant de l'extrémité postérieure de la tète, et les deux antérieures, qui sont très -serrées l'une contre l'autre, à l'extrémité placée en avant. Elles ne sont pas également grandes; la postérieure est beaucoup plus petite ; la pius antérieure un peu plus grande que la seconde.
Toutes reposent sur des os plats, alongés , entourés de forts muscles longitudinaux, qui naissent de l'extrémité postérieure de la face supérieure du crâne.
La postérieure est appliquée seule sur une semblable plaque, très-éloignée de l'antérieure; celle-ci est formée de deux moitiés, l'une antérieure, plus grande, et l'autre postérieure, plus petite; ces deux moitiés sont mobilement unies enlre elles; mais la première supporte seule les deux pièces osseuses. La pièce postérieure est située à peu près sur le milieu de sa plaque ; la seconde un peu plus avant , la première tout-à-fait à l'extrémité antérieure de la plaque antérieure. Toutes se bifurquent à leur
d'anatomie comparé*:. 52 i
extrémité inférieure , qui est large, en deux moitiés latérales qui, dans les deux pièces antérieures , sont converties en un anneau à l'aide d'un ligament qui les unit inférieurement -, cet anneau est traversé par une petite barre osseuse s'élevant de la ligne moyenne de la face supérieure de la plaque qui sert de support à tout l'os.
A peu de distance de la tête , au dessous de l'apophyse épineuse des seconde et troisième vertèbres, il existe une plaque absolument analogue, qui supporte deux os semblables , seulement plus petits , situés immédiatement l'un derrière l'autre ; elle n'est également fixée à la colonne vertébrale qu'à l'aide de muscles.
Cette circonstance rend déjà très-vraisemblable, que les os dont il vient d'être question, ne sont, à la tête, que les répétitions des épines accessoires et des rayons des nageoires dorsales ; opinion qui est corroborée en outre par la nature de ces pièces osseuses , par la difficulté de leur appliquer une autre explication } et par l'organisation des pie uronec tes qui a été exposée plus haut.
Une particularité de forme bien plus frappante encore , et dont celle qui vient d'être décrite est peut-être le premier indice, nous est offerte par la plaque sincipitale et alongée des
5^2 TRA.JTÉ GliNÉRAL
êchènèïdes: à l'aide de cette plaque, ces poissons, chez lesquels elle remplit l'office de ventouse,, peuvent s'attacher avec force aux corps.
Elle n'est unie que par des muscles et une strie tendineuse, moyenne , à la face supérieure du crâne qui est élargie et un peu déprimée pour la recevoir; cette plaque présente une base osseuse, considérable, qui en détermine entièrement la forme et la grandeur. Son bord postérieur, libre, présente deux saillies transversales , garnies d'un grand nombre de dentelures rugueuses ; chacune renferme deux stries osseuses, également transversales. L'extrémité interne des plaques osseuses, inférieures, qui sont plus larges et en général plus grandes que les supérieures, se termine par un pédicule court et étroit qui s'étend jusqu'à la ligne médiane; elles touchent, en outre, aux plaques voisines , et de même nom , par leurs bords antérieur et postérieur. De toute la longueur de leur face supérieure, on voit s'élever une petite crête qui leur est unie mobilement, et qui supporte la seconde plaque, mince , située au dessous des petites rugosités. Celle-ci, par opposition à la précédente, s'élargit à son extrémité interne, et s'intercale de la sorte entre les pédicules internes et étroits des plaques inférieures. Il existe de plus dans la ligne médiane vers la face supérieure , entre chaque couple de paires de plaques, des pièces osseuses, styloïdes , alon-
d'aN/VTOMIE COMPARÉE. 523
gées , beaucoup plus petites , qui sont aussi dirigées d'avant en arrière.
Le tout est entouré dans sa partie postérieure, qui est à beaucoup près la plus considérable , d'une lame cartilagineuse étendue, s'élargissant insensiblement d'avant en arrière , qui s'applique contre les bords externes des pièces osseuses inférieures.
Les plaques antérieures et postérieures sont les plus larges et les plus, courtes ; les premières d'entre elles sont beaucoup plus courtes et plus étroites que les dernières. Les bords supérieurs manquent aux trois dernières plaques; celles des dernières paires situées le plus en dedans, se touchent par leurs bords internes.
Il est extrêmement vraisemblable que cet appareil n'est qu'un développement du crâne d'après le type de la colonne vertébrale ; et ces pièces osseuses correspondent aux épines accessoires et aux rayons des nageoires.
Sous ce point de vue, les modes de conformation qui nous occupent sont surtout intéressans ; mais la déviation de forme la plus curieuse et la plus digne de remarque, est le défaut absolu de symétrie dans la disposition de la tète de quelques poissons, principalement des pleuronectes; cette singularité est même très-prononcée à l'extérieur de ces poissons ; et je crois
être le premier qui ait décrit en détail cette anomalie en ce qui a trait à leur système osseux ( i).
C'est surtout la partie de la. fête , la plus rapprochée de la ligne médiane , qui n'est pas symétrique dans toute sa longueur ; les parties plus latérales s'éloignent beaucoup moins d'une similitude parfaite. Ce défaut de symétrie offre, en outre , des différences graduelles ; ainsi, par exemple , chez le turbot, il est beaucoup moindre que chez la plie franche , et bien plus considérable encore chez la sole.
La moitié qui porte les yeux est ordinairement plus grande , et surtout plus large , que la moitié opposée. Elle est, en outre, convexe en dehors; la dernière est concave en dedans, et brusquement descendante. La première contient aussi un orbite arrondi . annulaire , ouvert supérieurement et inférieurement , dont le bord externe se porte plus ou moins en dehors, l'interne touchant à la ligne moyenne; cet orbite contient l'œil supérieur.
Conformément à ce qui a été dit plus haut, les os qui offrent le moins de symétrie , sont :
i° L'os basilaire, surtout le corps et la portion squameuse;
(i) Ueber die seitliche Asymétrie im thierischen Kœrper. In meinen anatomisch- physiologisclien Untersuchungen. Halle, 1822, p. 271-292. ( Sur le. manque de symétrie latérale clans le corps animal. Voyez mes Recherches anatomico-physiologiques. )
D AN ATOMIE COMPAREE. 52 J
2° Le coronal ;
3" L'ethmoïde;
4° Le vomer ;
5° Le maxillaire supérieur ;
6° Le maxillaire inférieur.
Au corps de la portion occipitale, c'est surtout la saillie écailleuse , à la face oculaire , qui est iplus large que de coutume; la crête médiane imême est tournée du côté opposé.
La portion squameuse est du double plus llarge au côté oculaire; sa partie transverse, plus 'large , est en même temps plus longue ; la crête rmédiane est dirigée du côté opposé.
Le corps du sphénoïde est fort convexe vers lie côté opposé , et est formé ou d'une crête oblicque , ou de deux lames, l'une verticale et appartenant au côté privé d'yeux, l'autre plus petite i faisant partie du côté où sont les yeux.
Les pariétaux ne diffèrent pas beaucoup en- Ittre eux ; celui du côté où manquent les yeux est ^pourtant ordinairement un peu plus grand Icque l'autre.
La différence la plus saillante est offerte par Jl.les os coronaux; elle est même si grande, qu'on Ime les reconnaît qu'avec beaucoup de peine pour ièêtre des os congénères; s'ils sont sortis de leurs Jrrapports naturels, il est impossible de les re- ■iconriaitre.
Il existe toutefois entre eux le rapport suivant : l'un et l'autre sont composés d'une partie
postérieure, plus large, plus épaisse, assez droite, et d'une partie antérieure, beaucoup plus mince , convexe à sa face inférieure, concave à la supérieure; de ces deux parties , la première entre dans la composition de la face supérieure du crâne , la seconde , dans celle de la face inférieure de l'orbite ; mais la position et la forme de tous deux manquent également de symétrie.
Sous le rapport de la position, i° celui du côté privé d'yeux empiète toujours sur l'autre os par sa partie antérieure, qui est recourbée et dépasse la ligne moyenne; sa partie postérieure reste au contraire du côté qu'il occupe à l'état normal ; 2° cette partie antérieure de l'os, du côté où les yeux manquent , recouvre la partie correspondante du coronal du côté oculaire, dans une étendue plus ou moins considérable; il en résulte que la partie inférieure et externe de la surface du coronal en est doublée , tandis que j derrière l'orbite les os frontaux se rencontrent i dans la ligne médiane. i
Sous le rapport de la forme , le frontal supérieur, ou celui du côté oculaire, se distingue ji principalement de l'autre par un volume plus considérable de sa partie postérieure , qui est i carrée. Chez le turbot , la partie antérieure du t coronal supérieur, est un peu plus longue et en 1 1 général plus grande que celle du côté opposé ; j chez la plie franche , au contraire , cet excès de i
DANATOMIE COMPARER. 5^7
dimension est offert par la même partie du frontal inférieur , et à un degré beaucoup plus considérable.
Les pièces latérales de Fethmoïde manquent aussi de symétrie; celle du côté oculaire est toujours beaucoup plus grande que l'autre.
La moitié de la pièce moyenne qui appartient au côté oculaire est, au contraire, beaucoup plus petite que l'autre.-
Le vomer est convexe du côté de la face oculaire , concave du côté opposé. La courbure a lieu surtout à l'endroit où la partie postérieure, située sous le corps du sphénoïde , se continue avec l'antérieure.
Il est singulier que les os sus-maxillaire et inter-maxillaire du côté gauche soient plus volumineux que du côté droit , sans que cela dépende le moins du monde de la position des yeux.
Cette disposition existe chez le turbot , la plie franche , la sole. Chez la dernière , ces deux os (diffèrent plus que tous les autres sous le rapport du volume et de la forme; la pièce inter-maxillaire surtout est trois ou quatre fois plus grande à gauche qu'à droite.
Les pièces sus-maxillaires sont celles qui ofrfrent le moins de différences. Chez le turbot, elles sont presque tout-à-fait symétriques ; chez la sole et la plie franche ou carrelet, surtout la remière, celles du côté sans yeux sont plus lanes que les pièces du côté opposé.
TRAITÉ GIÎNÉRAL
17. Comparaison de quelques cartilages de la tête des poissons cartilagineux avec des os correspondans chez les poissons osseux.
C'est à dessein que nous n'avons pas déterminé plus haut les cartilages mobiles de la face chez les poissons cartilagineux , afin de chercher leurs analogues seulement lorsque nous aurions décrit les os correspondans chez les poissons osseux.
Nous devons déterminer d'abord les cartilages situés vis à vis de la mâchoire inférieure , et que je n'ai considérés plus haut qu'en général , comme faisant partie de la mâchoire supérieure, dans son sens le plus étendu.
J>e grand cartilage, supérieur, mobile et armé de dents , chez les raies et les squales, est considéré ordinairement, à cause de sa position et de sa forme . comme l'os sus-maxillaire ; cependant l'explication ingénieuse que nous a donnée dernièrement M. Cuvier (1), établit, sinon d'une manière certaine , du moins extrêmement vraisemblable , que ce cartilage est Vos palatin , i° puisqu'en dedans de ce cartilage il n'y a point de partie qui puisse être comparée
(1) Me/»., du mus. d'hist. nat., vol. ï, i8i5,p. 102. Sur la composition de la mâchoire supérieure des poissons.
d'aNATOMIE COMPARÉ!'. $2§
à cet os; i° et que les pièces cartilagineuses (i), situées en dehors dudit os dans la peau de la face , peuvent être considérées comme des pièces du sus-maxillaire et de l'inter-maxillaire.
Chez les chimères, d'après M. Cuvier, ce ne seraientpas même les os palatins, mais le vomer qui correspondrait de haut en bas à la mâchoire inférieure (2) ; cependant les argumens cités à l'appui de cette manière de voir, ne me semblent pas tout-à-fait convaincans. La soudure de la pièce supérieure , garnie de dents , avec la face inférieure de la tête, est le fait le plus probant; mais cette soudure pourrait avoir lieu aussi pour les os palatins. Aussi serais-je tenté de considérer cette lame comme composée de ces os : je me fonde sur sa largeur, qui est assez prononcée pour que cette lame s'étende jusqu'à la circonférence externe du corps, sur sa grandeur, en général, qui est assez considérable pour qu'elle s'étende jusqu'à l'extrémité postérieure de la mâchoire inférieure; enfin sur sa division symétrique en deux moitiés latérales par un sillon. Ajoutons à ces considérations que l'argument emprunté au nombre des pièces labiales ne prouve rien. Chez les chimères, il y en a trois qui, suivant M. Cuvier, correspondent à l'inter-maxillaire, au sus- maxillaire et à l'os
(1) Voyez plus haut, pages 45 1 et 45'2.
53o TRAITÉ GÉNÉRAL
palatin; mais j'ai déjà dit précédemment (1) cpje chez plusieurs ckondroptéiygbens, et notamment l'ange , quoique M. Cuvier ne lui accorde que deux de ces pièces , il y a réellement en cet endroit trois pièces cartilagineuses , indépendamment de la disposition ordinaire de la pièce sus-maxillaire.
Il serait possible cependant que l'os palatin fût entièrement chassé par l,e vomer qui aurait pris un développement plus considérable.
Je ne crois pas non plus pouvoir admettre sans restriction l'opinion de M. Cuvier sur les analogues des pièces céphaliques des lamproies (a).
D'après lui, la pièce (3) à dents , simple, annulaire , la plus antérieure, représenterait par sa partie inférieure la mâchoire inférieure, par sa partie supérieure l'os palatin ; l'os styloïde, appuyé des deux côtés , correspondrait à l'os carré ; la lame la plus antérieure, impaire , située au dessus de l'anneau , devrait être considérée comme l'os inter-maxillaire , et celle qui est à côté de lui serait l'os sus-maxillaire. Il me paraît cependant plus exact de regarder :
i° L'anneau, uniquementcomme lesmoitiésde la mâchoire inférieure soudées, ou du moins de
(1) Voyez plus haut, pag. 455.
(3) Voyez plus haut , p. 446 et 447.
DANATOMlF. COMPAREE. 53 1
considérer la partie supérieure et antérieure pour les os inter-maxillaires, et non pour les os palatins;
2* Le pédicule latéral comme le maxillaire supérieur;
5° La lame située au dessus de l'anneau comme le voraer;
4° Les lames latérales comme les os palatins.
Cette opinion est fondée d'un côté sur le rapport de position de ces parties entre elles et avec les autres parties de la tête ; de l'autre côté , l'apophyse verticale postérieure du crâne (i) me semble d'autant plus devoir être comparée à l'os carré, qu'elle supporte à son extrémité inférieure un petit cartilage qui paraît représenter l'opercule.
Les deux cartilages longitudinaux, moyens et inférieurs des lamproyes (a) , font partie de l'appareil hyoïdien. Les parties postérieures de la tête représentent l'occipital, le temporal, l'ethmoïde et le frontal; la lame supérieure et postérieure, qui est la plus grande ét qui est située au devant de la cavité olfactive , est sans doute analogue aux cartilages des raies et des squales , réunis en un triangle plus ou moins long; ces deux parties me semblent correspondre aux os propres du nez des poissons osseux.
(i) Voyez plus haut, p. 44^.
(î) Voyez plus haut, p. 447-
Chez Y esturgeon, qui par la disposition des os de la bouche , ainsi que par tout le reste, se rapproche le plus des poissons osseux (i), l'os carré est partagé en deux moitiés , et le nombre des pièces sus-maxillaires est augmenté, puisqu'elles consistent en trois pièces, savoir deux qui sont paires et antérieures, et une impaire postérieure. La plus antérieure des premières est très- vraisemblablement une pièce intermaxillaire; la paire située derrière elle, représente les os palatins. Je regarde la pièce impaire comme le vomer ou les pièces ptérygoïdiennes du sphénoïde. La première opinion devient surtout vraisemblable par le nombre impair de cet os. La seconde manière de voir a en sa faveur en quelque sorte la position de cette pièce en arrière des pièces de l'os palatin ; cependant le vomer est aussi situé en partie en arrière de ces pièces.
M. Cuvier , qui ne fait pas mention de la lame postérieure, regarde , ainsi que moi, les pièces' postérieures, qui sont les plus grandes, comme des os palatins , celles situées à côté d'elle comme des os sus-maxillaires f et parle d'os inter-maxillaires situés dans la substance des lèvres ; je crois cependant devoir suivre l'opinion que j'ai précédemment citée , parce qu'il y a une troisième paire de cartilages que je n'ai pas
(') Voyez pag. 4^7 et /|6».
d'anatomik comparée. 533 indiquée plus haut , mais qui se trouve à l'endroit occupé , chez les autres poissons, par les pièces sus -maxillaires. Cette paire est très-petite , alongée ; elle est située en dehors, horizontalement d'avant en arrière, entre l'extrémité inférieure des deux pièces paires, décrites plus haut , et séparée de celle du côté opposé de toute la largeur de ces pièces et de celle de la bouche. Comme la pièce inter-maxill aire est toujours située plus en avant et en dedans que la pièce susmaxillaire, il faut, si je ne me trompe, pour être conséquent , considérer la première de ces pièces comme l'os inter- maxillaire , la seconde comme l'os sus-maxillaire.