CHAPITRE X
SQUELETTE DES REPTILES (i).
Les reptiles présentent des différences si extraordinaires, tant sous le rapport de leur
(i) Toutes les parties du système osseux qui se retrouveront plus loin dans les squelettes des autres vertébrés ont été traitées dans les articles précédens à l'occasion des poissons ; il faut cependant en excepter l'appareil hyoïdien et toutes les pièces , placées en avant du sternum , que M. de Blainville a désignées sous le nom de pièces médianes inférieures , en prenant pour point de départ, l'axe du canal digestif et en nommant supérieur tout ce qui est au dessous de ce canal , inférieur tout ce qui est au des^Jjs. Ces pièces ne doivent être décrites par M. Meckkl qu'aux paragraphes qui traiteront des organes de la respiration, de la voix, etc. , dont il les considère comme des dépendances plus particulières. Toutes les pièces médianes inférieures constituent , d'après M. de Blainville, une série que M. Robineau Desvoidy désigne sous le nom de chapelet abdominal , et qu'il regarde, en poursuivant les vues de la philosophie anatomique , comme des élémens de vertèbres inférieures. Ces vertèbres , plus particulièrement étudiées par M. Robineau Desvoidy dans les animaux inférieurs et spécialement dans les crustacés , les arachnides et les insectes, lui ont fait admettre successivement d'avant en arrière, chez les crustacés , ceux de ces animaux qui offrent le plus de complication : i° sept vertèbres intrà-buccales formant l'appareil buccal interne, nommées pharyngéale , cricéale , thyréale], arythénéale , et hyoïdienne, en les rapportant aux appareils dont elles rappellent l'existence chez les animaux supérieurs, et servant principalement nu jeu de la mastication et de la
1>\\!N ATOMIE COMPAREE. 535
ensemble que sous celui de leur squelette, que déjà le système osseux oblige de diviser cette
déglutition; a0 cinq vertèbres post-buccales qui consistent dans les cinq paires d'appendices de préhension ; 3° cinq vertèbres locomotrices ; la première d'elles constitue la pince, les autr.s servent à la progression; 4° cin(ï vertèbres abdominales dont l'usage est de porter les œufs ou les organes mâles ; 5° une vertèbre natatoire; 6° une vertèbre anale.
La série supérieure ou le chapelet dorsal , l'analogue du rachis et de la boîte crânienne des animaux supérieurs, présente chez ces mêmes crustace's, en procédant également d'avant en arrière, et à partir du même point: i° une vertèbre labiale ; a0 une vertèbre maxillaire y 5° six vertèbres sensoriales qui sont en rapport avec un nombre égal de sens admis par M. Robineauj 40 six vertèbres dorsales dont la quantité peut être portée jusqu'à treize dans d'autres animaux articulés , (les branchigastres de M. Hobineatt ou crustacés isopodes de M. oe Latreille), par exemple; 5° une coccygienne.
Les six sens auxquels M. Robineau rapporte ces vertèbres sensoriales sont : « i° l'organe qui perçoit les molécules i\Mrneùs"eV,l" 5* l'organe qu^i perçoitiKJ molécules odorantes échappées des corps ; 3° l'organe qui perçoit les vibrations sonores imprimées à l'air; 4" l'organe qui perçoit directement la nature chimique des molécules alimentaires ; 5° l'organe qui met un animal , à l'aide d'un son déterminé , en rapport avec un autre animal ; 6° l'organe qui met l'animal supérieur en rapport avec les objets du dehors, à l'aide d'ins- ;rurrrensvde locomotion qui par la perfection deviennent organes de tact, de toucher.
De là les six vertèbres de la vue, de l'olfaction , de Y audition, du goût, du bruissement et de la mobilité, ou optique, olfactive , auditive, gustale , sonore, inotile. »
Le nombre et le développement relatifs de ces vertèbres
classe en plusieurs ordres, qui sont plus tranchés que ceux établis dans les autres classes.
ou de leurs élérnens, joints aux usages variés auxquels on rencontre ces élémens de vertèbres employés , établissent parmi les animaux articulés autant de caractères différentiels qui ont permis à M. Robineau de changer la classification de ces êtres. Ces différences, d'après l'opinion de l'unité animale, dont M. Robineau est très-persuadé , ne sont toutefois que des modifications d'un même type, auquel il est même possible de ramener les animaux mollusques et les annelides , en déterminant les caractères propres qui ressortent de l'étude de ees élémens vertébraux dans la constitution de ces êtres.
La possibilité de cette détermination entraîne la nécessité de donner une nouvelle définition du mot vertèbre. Aussi M. Robineau Desvoidy, en étendantdavantage l'idée qu'a établie à ce sujet M. Geoffroy- Saint -Hilaire , eonsiclère-t-il une vertèbre comme consistant réellement dans la réunion de divers systèmes qui en font un organe spécial. Chez les animaux pourvus d'un système solide, elle est formée de neuf pièces élémentaires ; l'une des pièces est unique et simple , mais susceptible de se diviser e "jl^ffig °,riL° n • • comme on en trouve i^exeniplefchez les mollusques^ pa les autres élémens, quatre sont dans les animaux articulés, simples, ou binaires, ou disposés par paires; quatre autres également binaires sont divisés en plusieurs fractions pour former divers inslrumens. Ainsi « le système solide, primitif, des animaux se développe toujours par portions paires ou par couples et ne peut fournir au-delà de cinq PJjj^^g0^ la plus grande perfection de la vertèbre. n Les deuT^aires se peuvent seulement subdiviser. Les usages de la vertèbre sont donc ceux-ci. « Elle enveloppe seulement et protège le corps dfs animaux mollusques ; elle protège le corps des animaux articulés , sert à l'exécution de tous
n\\NATOMIE COMPARÉK.
Cependant , à les considérer de près, ces différences ne sont pas tellement considérables
leurs actes et acquiert sur eux sa plus grande perfection, sur tout pour les organes du mouvement • moins développée sur les animaux supérieurs , elle perd^son utilité générale à mesure qu'elle sert davantage à recouvrir l'encéphale. » En réunissant à ces paires élémentaires les muscles qui les meuvent et les nerfs qui transmettent la propriété de sentir à tout l'appareil, la vertèbre constitue un ensemble dont on conçoit que la portion solide puisse n'être pa3 la partie la plus importante, d'où résulte la possibilité de retrouver des traces de la disposition vertébrale chez des êtres dépourvus de squelette comme les sangsues. D'importantes modifications pourront être également présentées par le siège de la partie dure: elle pourra être le résultat delà sécrétion des muscles, comme M. de Blainville le professe pour les os des animaux vertébrés, ou elle sera le produit d'une action semblable exécutée par la peau , comme le même professeur admet qu'il arrive pour les animaux inférieurs. Ces deux sièges du système solide on l'absence de ce même système ont été la base de ces trois, divisions du règne en animaux : i° osseux a l'intérieur ; i° osseux a l' extérieur ; 3° privés de pièces solides.
Ces appareils vertébraux jouissent d'une sorte de vie à part chez les animaux inférieurs ; en se spécialisant et en se centralisant ils perdent de leur existence indépendante, c'est ce qui arrive aux animaux supérieurs chez lesquels les fonctions sont plus particulièrement déterminées et groupées vers un foyer commun. La détermination des vertèbres, qu'il désigne d'après la partie du système nerveux qui leur est spécialement affectée, a conduit M. Robineau à des résultats tout-à-fait neufs. Ainsi il regarde le corselet des insectes ( omme formé par la réunipn^de plusieurs vertèbres sensonales et Utaittutftecj. Le prothorax des criquets est formé
qu'il faille renoncer à la méthode suivie pour les poissons; on peut par conséquent encore ici suivre chacune des quatre divisions principales du système osseux à travers les quatre ordres principaux de cette classe.
A. OS DU TROHC.
Ce qui à été dit sur les différences considérables de la disposition du squelette, s'applique, à l'exception des membres qui manquent à presque tout l'ordre des ophidiens, principalement aux os du tronc , tant sous le rapport de la forme que du nombre des pièces qui le composent. Comme les différé ns os du tronc sont,
selon lui par la vertèbre gustale ; la vertèbre sonore forme ce qu'on appelle les premières ailes ; la vertèbre motile donne lieu aux ailes postérieures des insectes et aux balanciers des diptères en particulier, que cet anatomiste considère comme pourvus d'organes régulateurs du mouvement , comme le sont, dans les vertébrés supérieurs, les organes cérébelleux. Chezles insectes et chez les articulés en général , la faculté de vouloir et l'instinct d'agir sont renfermés dans l'organe d'exécution. Leurs facultés, centralisées chez les animaux supérieurs , sont disséminées. Leur intelligence nest donc pas une fonction spéciale; résultat que M. Robineau Desvoidy généralise. ( Voy. l'ouvrage déjà cité, Recherches sur Inorganisation vertébrale des crustacés, etc., 1828, Paris.) Ces vues demandent à être comparées à celles qui ont clé én^uç^^daijs £fti'.^H«l«V-W.»r«^.p?iges^4 .ci- j6o.
( Nofe'des t ràâit&eurs .)
d'à natomik comparée. 53(> dans les divers ordres des reptiles, plus modifiés d'après un type commun que chez les poissons, le mieux que je crois pouvoir faire, c'est de considérer ensemble les os du tronc de chaque ordre.
i. Batraciens.
Les os des batraciens offrent dans toutes les parties du tronc, aussi bien que dans tout le squelette, la forme la plus imparfaite , et doivent par conséquent être étudiés les premiers.
a. Colonne vertébrale.
Voici les conditions générales qu'offrent les vertèbres des batraciens.
Elles sont déprimées de haut en bas, pourvues d'apophyses épineuses supérieures , trèscourtes', ou en manquent totalement.
Elles ont très-généralement des apophyses transverses, horizontales, plus ou moins courtes, se- détachant à peu près du milieu du corps, et de chaque côté une apophyse articulaire, antérieure et une postérieure, encroûtée de cartilage, large, mais peu élevée ; les antérieures de ces apophyses s appliquent sous les postérieures de la vertèbre qui précède immédiatement.
i. Batraciens urodùles.
Les batraciens à queue se distinguent d'une manière très-frappante de ceux qui sont sans queue.
Chez les premiers, les vertèbres sont toujours, i° beaucoup plus alongées ; 20 plus déprimées et pourvues d'apophyses épineuses et transverses beaucoup plus faibles que celles qui leur correspondent chez les batraciens anoures ; 3° les extrémités antérieure et postérieure des corps de vertèbres sont, d'après le type des poissons , fort concaves et remplies de substance fibro-cartilagineuse ; 4° ta queue est formée de vertèbres propres, diminuant considérablement de volume d'avant en arrière , et distinguées des autres par leur brièveté, parleur état comprimé d'un côté à l'autre , et par la présence d'apophyses épineuses considérables , se réunissant souvent en crête inférieu rement ; 5° elles ont, à l'exception des vertèbres caudales, presque toutes le même volume., ou à peu près ; 6° enfin , elles sont considérablement plus nombreuses.
C'est chez les protées que ces différences sont le plus prononcées ; leurs vertèbres sont le plus nombreuses et le plus alongées ; en outre
I)' AN ATOMI K COMPA11ÉK. 5^1
leurs apophyses transverses offrent la plus grande largeur d'avant en arrière, et les apophyses épineuses, courtes et larges, n'existent qu'à la partie postérieure des vertèbres situées au devant de la queue.
Chez la sirène, les vertèbres sont aussi plus alongées que chez les autres ; mais elles sont pourvues d'apophyses transverses plus alongées, plus pointues , situées à l'extrémité antérieure du corps.
. Chez les salamandres et les cécilies , chaque apophyse transverse , courte , des vertèbres srtuées au devant de la queue , est divisée en une moitié supérieure et en une inférieure.
Chez les salamandres terrestres, ces apophyses sont proportionnellement plus longues que chez les salamandres aquatiques ; elles sont simples dans la moitié interne de leur longueur, bifurquées dans l'externe.
Chez les salamandres , mais non chez le pro- , tée et la sirène , il y a dans la queue plus de vertèbres que dans la partie antérieure du rachis.
2 Batraciens anoures.
Ces batraciens ont un bien moindre nombre ■ de vertèbres, qui , conformément à la forme gémérale du corps, sont considérablement plus
5/|2 TRAITÉ GélVliK AL
larges. Les apophyses épineuses sont extrêmement peu prononcées. Elles manquent même toutà-fait dans le rana gibbosa. Dans le pipa , le bufo typhonius et la rainette (hyla), principalement chez la dernière, ces apophyses sont au pins grand degré de développement. Mais ce qu'il y a de variable surtout , c'est : i° le rapport des pièces transverses au corps de la vertèbre; et '2° la disposition de la portion terminale du rachis.
i. Les pièces osseuses transverses sont , dans tous les genres, entièrement soudées avec le corps des vertèbres. Elles se distinguent en outre par leur direction. Les antérieures sont , comme chez tous les batraciens à queue , dirigées en dehors et en arrière; les moyennes sont situées plus transversalement , les postérieures en avant.
Les diverses espèces varient même considérablement entre elles sous le rapport de la disposition de ces pièces. Chez la plupart des gre- 7ïouilles e\ des crapauds , chez les premières surtout, elles sont en général plus courtes que chez les pipas. Mais ce développement considérable ne porte ici que sur la seconde et la troisième vertèbre, principalement sur celle-ci ; les cinq autres, surtout les quatre dernières, le sont beaucoup moins et sont même absolument plus petites que chez les premières. La troisième s'élargit considérablement en dehors, el supporte
m'aNATOMIE COMPAHKK. 5/|3
ici un grand cartilage oblong et mobile , beaucoup plus large que la vertèbre elle-même , et qui présente l'aspect d'un rudiment de côte.
Chez le ranci gibbosa, les vertèbres son t à leur minimum de développement, et elles sont au maximum chez le bufb tjphonius; elles ont, chez ce dernier, presque toutes un volume égal , à l'exception de la seconde.
La première vertèbre n'a ordinairement point d'apophyses transverses. L'exception faite par le pipa n'est qu'apparente ; l'apophyse de cette vertèbre appartient évidemment à la seconde vertèbre qui est confondue avec la première.
Les seconde et troisième apophyses transverses offrent communément la plus grande largeur; les postérieures sont constamment beaucoup plus étroites que les antérieures; elles sont apointies , tandis que les antérieures s'élargissent plus ou moins vers leur extrémité libre.
2. Les batraciens sans queue se distinguent • de ceux pourvus de queue , par la disposition (de la partie terminale de la colonne vertébrale, <en ce sens , que toutes les vertèbres situées (derrière le sacrum , c'est-à-dire les vertèbres (coccygiennes, sont soudées ensemble , et forent un os creux } à parois très-minces , alongé , comprimé d'un côté à l'autre , plus épais inféeurement, plus étroit supérieurement, qui s'étend presque jusqu'à l'extrémité postérieure es os coxaux; os beaucoup plus mince que les
544 THAÏ-TÉ GÉNÉRAL
autres vertèbres , et pas beaucoup plus court que l'ensemble qu'elles forment.
3. Le sacrum se distingue , dans ces deux ordres, de la même manière que les autres vertèbres. Chez les batraciens anoures , les trois pièces qui sont séparées dans les batraciens urodèles , sont entièrement soudées ensemble; elles sont en outre plus longues et plus larges , fort renflées en dehors. Chez les grenouilles , elles offrent la petitesse proportionnelle la plus extrême. Chezle pipa, elles présentent, à un haut degré, le volume le plus grand , et surtout la longueur et la largeur les plus considérables. Le sacrum du pipa est percé de chaque côté de deux trous successifs pour le passage des nerfs , ce qui est un indice de composition de deux vertèbres. Cet os est absolument simple chez les grenouilles.
Les batriciens anoures se distinguent, en outre, eux-mêmes par le rapport du coccyx avec le sacrum; chez les grenouilles et les crapauds, ils sont séparés l'un de l'autre ; chez le pipa, ils sont soudés, au contraire, et ne forment qu'un os.
La détermination des os terminaux du rachis des batraciens anoures a été méconnue; le dernier os creux a été pris pour le sacrum , et le sacrum pour la dernière vertèbre; on disait que le coccyx manque (i) , et que l'appui de la queue
(i) Cuvier, Leçons d'analomie comparée , vol. I.
n'est qu'un cartilage qui disparaît pendant les métamorphoses de l'animal (1). Sans doute le coccyx est purement cartilagineux chez les larves , tandis que les vertèbres sont déjà osseuses; il y parvient même à un volume proportionnellement plus considérable; mais il est réel que cet organe s'ossifie seulement plus tard que les autres os qui se développent beaucoup plus ; et que l'os terminal n'est autre chose que cet appui cartilagineux de la queue dans un état de réduction.
5. Différences qui distinguent les vertèbres les plus antérieures des autres-
Les vertèbres du devant se distinguent trèsgénéralement des autres par le défaut d'apophyses transverses. Le pipa semble faire exception en apparence; les apophyses transverses de la première vertèbre sont en effet, dans ce genre, beaucoup plus petites que les deux suivantes, quoique deux fois plus grandes que les autres, et pour le moins aussi larges que le corps; mais nous avons déjà expliqué ce fait.
Il existe, en outre, plusieurs autres différences fort remarquables qui sont d'autant plus
(1) Froriep, dans une note à sa traduction de l'anatoiuie comparée de Cuvier.
considérables , que toutes les espèces ne les présenlent pas prononcées à égal degré.
La différence la plus frappante est offerte, autant que je sache , par le protée , si toutefois la détermination suivante est fondée.
A l'extrémité postérieure d'une lame triangulaire , longue , mince, apointie en avant , le corps de l'os basilaire , dont le bord postérieur présente au milieu une échancrure , et deux apophyses articulaires transverses , alongées et plates, on voit s'élever verticalement , et un peu en 'avant, un demi-anneau vertical, étroit, déprimé , qui par la partie inférieure de ses côtés est tout-à-fait soudé à cette lame. Cet anneau est vraisemblablement la première vertèbre cervicale.
Cette opinion est fondée sur les considérations suivantes :
i° La forme de cet anneau en général;
20 Sa ressemblance avec la première vertèbre des batraciens anoures, et spécialement des grenouilles , qui est surtout remarquable ;
5" La grande ressemblance de la première vertèbre du protée , avec la seconde de la plupart des autres animaux plus élevés , principalement des reptiles supérieurs.
Mais voici des raisons qui militent contre cette manière de voir.
i° Le défaut d'un semblable anneau chez les autres batraciens anoures;
iVanatomie comparée. 5/j7 2° La concordance de l'anneau suivant du prêtée avec le premier des autres batraciens anoures.
D'après cela, on pourrait être tenté de considérer cet anneau comme une partie de l'occipital.
Dans cette hypothèse, le premier anneau des batraciens urodèles différerait des anneaux suivans, ainsi que du premier anneau des batraciens anoures, par la présence d'une saillie antérieure sur le corps, qui, beaucoup plus étroite et proportionnellement aussi plus courte chez le protée que chez ceux-ci , s'applique en avant et en bas dans la lacune du bord postérieur du corps du basilaire.
Chez les batraciens anoures, le corps du premier anneau est beaucoup plus large qu'aux autres anneaux, surtout dans son extrémité antérieure , où elle est plus de deux fois plus considérable.
Chez les grenouilles , les deux moitiés de l'arc ne se réunissent pas dans la ligne médiane ; disposition que je n'ai pas retrouvée chez les crapauds et le pipa.
La seconde vertèbre cervicale n'offre nulle part de grandes différences.
Les autres différences, notamment celles des vertèbres sacrées et coccygiennes , ont déjà été indiquées.
b. Côtes.
Les batraciens urodèles et anoures diffèrent entre eux d'une manière très-frappante , en ce que, très-généralement chez les premiers , les apophyses transverses, du moins plusieurs d'entre elles, surtout de celles de la partie antérieure, supportent des os minces, courts, droits, pointus et mobilement articulés avec elles , tandis que les seconds ne présentent pas ces os.
Ordinairement on considère comme des côtes les os mobilement articulés des batraciens urodèles , et les os soudés des batraciens anoures comme des apophyses transverses, en leur refusant les côtes ; mais peut-être ces deux parties peuvent-elles recevoir absolument la même détermination , et les premières et longues apophyses des batraciens anoures sont-elles composées des apophyses courtes et des os accessoires des batraciens urodèles qui sont mobilement articulés avec ces apophyses. Le développement plus considérable des membres chez les batraciens anoures est sans doute cause du non-développement d'une partie de ces apophyses en un os propre. Peut-être aussi les os des batraciens urodèles , considérés comme des côtes, ne sont-ils pas des côtes, mais seulement
d'anatomie comparée. 549 les os accessoires des apophyses transverses , qui chez ces animaux ne seraient pas soudés avec le reste de la vertèbre , tandis qu'ils le seraient chez les batraciens anoures , qui leur sont supérieurs.
Quoi qu'il en soit, les différens genres de batraciens urodeles se distinguent entre eux sous le rapport du nombre et du volume de ces os.
Ainsi, chez la sirène (siren ) , ils n'existent que sur sept vertèbres, depuis la seconde jusqu'à la huitième; chez le protée , seulement sur six , de la cinquième à la dixième ; chez les salamandres, ils existent sur toutes les vertèbres situées en avant de la queue , à l'exception de la première.
On remarque, en harmonie avec la différence des apophyses transverses qui se distingue chez les tritons et les salamandres (1) , que l'extrémité interne des côtes se bifurque, chez les salamandres , plus profondément en deux têtes , situées l'une au-dessus de l'autre. Chez les mêmes salamandres, l'extrémité externe de la côte la plus antérieure est considérablementélargie , et se termine par un bord arrondi.
Le dernier de ces os costiformes devient, dans les uns et les autres , brusquement beaucoup plus gros que tous les autres , plus long que ceux situés immédiatement en avant , et. constitue le sacrum conjointement avec la vertèbre (1) Voyez plus haut p. 54i.
55o TRAITÉ GKKÉltAL
unique qui le supporte , et qui ne diffère pas du reste des autres vertèbres.
Le sacrum supporte l'os coxal , ce qui, joint à la modification précitée de l'os costal, rend plus vraisemblables les présomptions que nous avons émises sur la détermination de ces os chez les batraciens urodeles.
c. Sternum.
Les batraciens possèdent très-généralement un sternum , qui se partage d'avant en arrière en plusieurs pièces, en partie entièrement séparées les unes des autres par des os intercalés qui proviennent de l'épaule. La présence du sternum est en général admise par les anatomistes ; je crois seulement que chez plusieurs de ces animaux le véritable sternum n'a pas été aperçu , ou que d'autres os ont été pris pour lui.
a. Batraciens urodèles.
Jusqu'ici je n'ai pas encore pu trouver positivement le sternum chez le protée; il existe , au contraire , chez les tritons et les salamandres , et même à des degrés de développement très-
1) ANATOM1 E COMPARÉE. 55 1
divers, ce qui est forL intéressant à cause de la concordance qu'il présente avec les autres différences graduelles de leur structure.
Le triton cristatus présente seulement un cartilage alongé, mince, partagé antérieurement en deux branches divergentes , long d'environ quatre lignes , situé dans la ligne médiane, au devant de la symphyse du pubis, et fixé à son extrémité antérieure.
Chez le salamandva atra, ce cartilage est en proportion un peu plus long, surtout plus large, et se termine , à son extrémité antérieure, par deux pointes assez divergentes, dont chacune a environ la moitié de la longueur totale du cartilage.
11 est plus considérable encore chez le salamandra maculala; les pointes antérieures surtout en sont beaucoup plus développées et aussi longues que le cartilage moyen.
A ce cartilage qui existe partout et qui , quoique situé fort en arrière, est l'analogue du sternum , on voit s'unir chez les salamandres encore deux autres pièces beaucoup plus petites, qui en sont fort éloignées, puisqu'elles se trouvent dans la région des membres antérieurs. Cette disposition paraît , autant que s'étendent mes recherches particulières , au salainandra maculata. Le cartilage dont il est ici question rappelle non-seulement la disposition de plusieurs poissons , mais il est même l'indice du développe-^
5«>2 THAITÉ GÉNÉRAL
ment plus considérable du sternum que l'on remarque chez plusieurs sauriens, et qui est surtout extraordinaire chez les chéloniens.
La plus postérieure de ces pièces, qui est la plus volumineuse , a environ deux lignes en long et en large ; elle est partagée à son bord an térieur en deux lames, l une supérieure et l'autre inférieure. La gouttière qui en résulte embrasse la partie interne du bord postérieur des deux clavicules.
Une autre pièce beaucoup plus petite se trouve âu devant de ces clavicules dont elle est par conséquent séparée par la pièce qui vient d'être décrite; elle a la forme d'une croix, dont les branches transversales sont beaucoup plus considérables que les longitudinales, qui sont trèscourtes et à peine sensibles.
D'après cela , le sternum des batraciens urodeles consiste , lorsqu'il est à son plus haut degré de développement , en trois pièces parfaitement séparées les unes des autres, répandues dans presque toute la longueur du tronc, correspondant par conséquent dans les derniers points, de l'espace qu'elles occupent, à la majeure partie du rachis, ce qui est en rapport sans doute avec la forme alongée, et la disposition des os cosliformes qui régnent sur toute la longueur du tronc.
d'anatomie comparée.
b. Batraciens anoures.
Les batraciens sans quelle offrent aussi des différences considérables.
L'organisation la plus simple est celle offerte par les crapauds , dont le sternum consiste seulement en un cartilage simple , analogue au deuxième os, moyen, du salamandra maculata ; ce cartilage, fixé au même endroit que le premier, savoir à la clavicule postérieure, est alongé, un peu rétréci au milieu, et dilaté dans sa moitié postérieure, où il se convertit en une lame ronde et mince.
Il est, chez les grenouilles, beaucoup plus large dans sa partie située en arrière ; et son bord postérieur présente une fente profonde dans sa ligne médiane. 11 est en même temps , dans sa partie antérieure qui est alongée , en général plus ossifié que chez les crapauds; postérieurement il se montre cartilagineux.
Indépendamment de ce cartilage, les grenouilles en ont encore un autre antérieur, correspondant exactement au cartilage le plus antérieur du salamandra maculata , par la position qu'il occupe à l'exlrémité antérieure.de la symphyse du pubis, mais qui s'en distingue par sa
554 Tlt AITÉ GÉNÉRAL
forme très-alongée , et n'est un peu plus large qu'à son extrémité antérieure et postérieure.
C'est chez le pipa que le sternum est le plus développé, du moins sous le rapport de l'étendue. On y trouve les pièces moyenne et antérieure , dont la première est surtout extraordinairement développée , quoiqu'elles soietit cartilagineuses toutes deux.
La première, qui par son extrémité postérieure atteint presque la symphyse du pubis, est une lame quadrilatère, mince, large, qui par ses deux bords antérieurs touche aux bords situés en arrière des deux clavicules postérieures, et a environ un pouce de longueur sur autant de largeur.
La pièce antérieure est beaucoup plus petite; c'est un cartilage semi-lunaire prenant point d'appui sur le bord placé en avant de la clavicule antérieure , ayant sa convexité tournée le même sens.
D'après quelques auteurs, ce ne seraient pas les seules pièces sternales. Il existe très-généralement, chez les batraciens , à côté de la ligne médiane, le long du bord antérieur de la clavicule ou des clavicules, une lame cartilagineuse considérable , qui , chez les batraciens urodèles et les crapauds, s'avance du côté opposé, de \ telle façon que celle du côté droit se trouve r sous celle du côté gauche , plus près de la superficie; chez le pipa, elle se soude dans la
d'âNATOMIE COMPAIUÏK. 555
ligne médiane avec celle du côté opposé; elle manque, au contraire, chez les grenouilles , où les clavicules antérieure et postérieure se réunissent.
Cette pièce est considérée , chez les batraciens urodèles , comme le sternum entier; chez les autres , comme une partie du sternum ; je crois cependant devoir, avec plus de raison, la regarder seulement comme une partie de la fraction claviculaire de l'épaule, i° parce qu'elle a toujours avec celle-ci des rapports plus intimes qu'avec les pièces sternales ; et 2° que de cette manière le chevauchement des pièces de même nom et des deux côtés l'une sur l'autre , me paraît plus facile à expliquer.
L'ostéologie , aussi bien que la myologie des sauriens supérieurs , et même des mammifères , offre encore d'autres argumens à l'appui de ma manière de voir ; je me réserve de les exposer plus au long en traitant des membres antérieurs.