Sternum
Le sternum des chéloniens dévie du type ordinaire par sa longueur et sa largeur extraordinaires; il occupe toute la largeur et la longueur de la portion thoracique et abdominale du corps, et s'accorde en cela, d'une manière remarquable, avec la colonne dorsale et les cotes. Mais on rencontre même dans les autres animaux des rapprochemens de cette conformation. On en trouve un indice, eu égard ;i la longueur, dans le sternum postérieur ou abdominal du crocodile; dans les côtes abdominales du caméléon et du polychrua , qui sont réunies sur la lîgne médiane; dans le sternum de plusieurs poissons; dans le sternum abdominal du phatagi/i qui s'étend jusqu'à l'os du pubis. Le sternum est aussi
u'anatomie COMPARÉE. 5f)l très-long et le plus souvent tout à la fois trèslarge chez la plupart des oiseaux , et la largeur et la longueur considérables du sternum inférieur chez le pipa, est aussi un indice de Cette disposition des chéloniens (j).
Le sternum des chéloniens (2) est en général lormé d'un nombre considérable de pièces osseuses, plus ou moins solidement unies entre elles, qui ne sont pas seulement disposées bout à bout, comme chez la plupart des autres animaux, mais qui sont aussi placées les unes à
(1) La philosophie anatomique contient une comparaison des différences que présente le sternum dans diverses classes de vertébrés, établies sur l'évaluation proportionnelle de la part qu'y prend chaque élément en particulier. (Voyez la détermination et les désignations de ces élémens dans la note des pages 357, 558 de ce volume.)
( Note des traducteurs.)
('2) Le sternum de ces reptiles a particulièrement fixé l'attention de M. Geoffroy-Saint-Hilaire sur l'étude de cet os, qui se trouvant chez ces êtres au maximum de développement a donné à cet anatomiste la clef de la difficulté qu'il y avait à rapporter , pièce à pièce, les modifications qu'éprouve cet os dans les quatre classes supérieures. Lisez son Analomie philosophique , tome Ier, p. 104, vous y verrez le rapport qu'offre le développement proportionnel de cet os, et de chacun de ses élémens avec les fonctions auxquels il est appelé, soit dans les habitudes des animaux appartenant aux principales divisions de l'ordre des chéloniens , soit dans les mœurs des autres groupes d'animaux vertébrés. Consultez encore Annales du Muséum d'histoire naturelle, t. XIV , p. 1. (Note des traducteurs. )
5g2 TRAITÉ GÉNÉRAL
côté des autres dans le sens de la largeur; disposition qui se rattache incontestablement à la largeur considérable de l'os, mais qui n'est pas sans exemple, puisque chez les sauriens le sternum est séparé, quoique d'une manière incomplète , en deux moitiés latérales, et qu'il se forme , chez l'homme , d'un nombre considérable de points d'ossification disposés deux à deux et les uns à côté des autres.
Le sternum des chéloniens se compose en général de neuf pièces osseuses , de huit qui sont paires et d'une impaire, moyenne. La pièce impaire est très-généralement d'une forme plus ou moins triangulaire; elle est contigué' par sa base qui est tournée en avant, au point de réunion et à la partie interne des bords postérieurs des deux pièces de la paire antérieure, et s'étend en arrière, par son sommet, dans une étendue plus ou moins grande, entre les deux pièces de la seconde paire. Les deux pièces de la première paire se rencontrent également d une manière constante sur la ligne médiane.
Telles sont les conditions générales du plastron ou bouclier thoracique des chéloniens ; mais il y a des différences suivant les sexes et les genres. On peut signaler en général, comme une différence sexuelle , la circonstance que le plastron des femelles est plane et uni, tandis que celui des mâles est considérablement concave dans la région de sa ligne médiane. Les diffé-
d'an atomik comparée. 5g3 rens genres se distinguent sous le rapport de sa disposition, comme ils varient sous celui de la carapace.
r. Chez les ché/onées et les trionjx il offre, à tous égards, le moins de déviation du type ordinaire. 11 est proportionnellement plus petit et moins large; il s'apointit en avant et surtout eu arrière, et s'unit mobilement, au moyen d'une substance fibro-cartilagineuse , avec la carapace, par sa partie moyenne qui est relativement plus petite. Il a la forme d'une croix à cause de l'étroitesse de ses parties antérieure et postérieure.
2. La substance osseuse y est moins abondante, car les pièces dont il est formé ne se touchent pas réciproquement dans une étendue considérable. Il n'y a que les deux pièces antérieures qui s'unissenî entre elles dans toute leur hauteur; celles qui suivent ne s'unissent ni entre elles , ni avec la pièce impaire qui est proportionnellement très-petite et étroite. Les pièces de la troisième paire ne sont unies que dans leur moitié postérieure , et celles de la quatrième seulement dans la partie postérieure, qui est très-pelile. Il résulte de là deux lacunes moyennes , et de chaque côté autant de lacunes latérales, qui sont remplies de cartilage ; les pièces osseuses du sternum sont par conséquent jusqu'à un certain point mobiles entre elles.
Dans le genre trionyxle sternum est : i° proii 58
portionnellement beaucoup plus volumineux, tant sous le rapport de la largeur que sous celui de la longueur; 2° plus large que chez les chélonées, car il a autant de largeur que de longueur, et il déborde même de beaucoup la carapace, qui est privée des cartilages costaux unis entre eux, lesquels sont déjà très-petits chez les chêlonées; 3° les deux pièces antérieures se prolongent chez les trionyx, en avant et en dehors , en une longue branche , tandis que le bord antérieur est convexe chez les chêlonées; 4° la troisième pièce, qui est impaire, représente un grand arc, étroit, convexe en avant, qui s'applique sous les pièces antérieures, dans toute leur longueur,, et qui est privée, en revanche, tout-à-fait de la pointe grêle, qui existe aussi chez les chélonéesy où elle est même fort considérable; 5° la seconde et la troisième paire sont moins hautes et beaucoup moins profondément bifurquées de dehors en dedans; 6° les deux pièces de la paire postérieure sont beaucoup plus rapprochées l'une de l'autre que chez les chêlonées.
Le sternum des trionyx a par conséquent une forme en croix très- prononcée , et la lacune est plus large en avant, plus étroite en arrière que chez les chêlonées.
3. A cette conformation se rattache celle que l'on observe chez le chelysfimbriata. Le sternum est, dans cette dernière espèce, plus étroit, se
d'akatomie comparée. 5g5 prolonge de chaque côté , à sa partie moyenne seulement, en une apophyse latérale, qui fait à peu près un tiers de toute sa longueur, et qui présente aussi une lacune en dehors, au voisirnage de ses extrémités antérieure et postérieure ; mais il n'offre point d'autre lacune , si ce n'est dans le premier âge, et s'unit d'une manière tout-à-fait solide par son apophyse avec les cartilages costaux et en outre, en arrière, même avec l'os du pubis et de l'ischion.
4- Chez les émydes, il n'y a point de lacunes remplies de cartilage entre les pièces osseuses; toutes ces pièces sont unies entre elles par des sutures, mais qui sont faiblement dentées. Les pièces paires ont une forme plus ou moins quadrilatère. L'impaire est plus large dans sa partie antérieure, mais elle se prolonge en arrière, et devient unepointe longue et mince, par laquelle elle atteint presque l'extrémité postérieure des pièces de la seconde paire. La connexion avec la carapace a lieu par une substance cartilagineuse, au moyen des bords larges et assez égaux des seconde et troisième paires; elle est un peu mobile comme chez les chélonées. Plus en avant qu'en arrière, le plastron est beaucoup plus large que chez les chélonées ; sa forme est par conséquent fort alongée, et n'est pas celle d'une croix. Son bord postérieur, large , est un peu concave au milieu, l'antérieur l'est moins.
Le plastron de cet ordre est remarquable par
la laxilé et la mobilité de l'articulation qui unit sa moitié antérieure, beaucoup plus petite avec la moitié postérieure, qui est beaucoup plus grande ; la première est formée des deux paires antérieures et de la pièce moyenne , impaire ; la seconde se compose des deux paires postérieures , qui sont proportionnellement beaucoup plus grandes que les premières. Cette disposition n'est nullement particulière au mâle; du moins je la trouve également distincte dans les deux sexes de l'espèce emys virgulata.
5. Chez les tortues on observe les particularités suivantes : 1 0 les sutures sont beaucoup plus profondes ; 20 la pointe postérieure de la pièce impaire a disparu; celle-ci est par conséquent plus courte et plus arrondie, et les piè ces de la seconde paire s'unissent entre elles dans leur moitié postérieure qui est la plus grande ; 5° les deuxième et troisième paires s'articulent par des sutures, à dentelures profondes , avec cinq des cartilages costaux qui ont subi l'ossification ; 4° tout le plastron est beaucoup plus large y la connexion est plus étendue en longueur, le bord postérieur, très -large, est beaucoup plus profondément échancré au milieu. Le lestudo clcwsa et des espèces voisines ont aussi un sternum composé de deux moitiés unies entre elles d'une manière mobile.
d'anatomie comparée.