CHAPITRE PREMIER- CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
Les organes de la locomotion se divisent en actifs et en passifs.
Les premiers sont les muscles qui , par leur contraction, changent la situation des seconds lorsqu'ils existent ; premier effet suivi, ou d'une modification bornée à la forme des fractions du corps sur lesquelles ils agissent, ou d'un déplacement de la totalité de l'être qui est transporté dans un autre lieu.
Les organes passifs de la locomotion consistent principalementen parties qui se distinguent des autres par une consistance et une dureté susceptibles de plusieurs degrés; propriété qui les rend aptes à diverses fonctions, telles que de constituer des leviers sur lesquels agissent les muscles, ou des moyens protecteurs destinés à abriter des organes plus ou moins importa ris à la vie, autour desquels ils forment,en se réunissant, des cavités perfectionnées à des degrés divers. La position relative de ces parties solides et dures, qui se composent de gélatine endurcie (i),ettrès-
(i) M. Odier, en reprenant les analyses faites par MM. TlionvrnnI , Beaupré et Rohiquel , a reconnu que le »• r.
généralement de carbonate ou de phosphate de chaux, varie; elles sont situées ou à l'extérieur, et recouvrent les muscles, ou plus profondément, et en sont alors entourées avec une exactitude qui a des mesures différentes. Elles occupent ainsi souvent la région la plus intérieure de certaines portions du corps, surtout de celles qui, comme les membres, sont presque uniquement destinées à la locomotion. Les organes locomoteurs passifs, situés profondément, se rencontrent chez les animaux supérieurs ; ceux qui sont superficiels sont propres aux animauxinférieurs. Il y a cependant des animaux, même moins parfaits que ceux munis d'un test, dont le corps a pour base des parties dures intérieures.
Les organes passifs de la locomotion situés à l'extérieur, sont des parties de peau endurcie ; on peut les désigner en général sous le nom de test; les instrumens passifs de la locomotion , pla-
quart en poids de l'enveloppe des insectes était formé par une substance très-analogue au ligneux ; il l'a nommée chitine. Cette substance est blanche; elle ne contient pas d'azote; elle se dissout dans l'acide nitrique à chaud sans y jaunir ; elle brûle sans se boursoufler , et donne un charbon qui conserve la forme de l'organe soumis à la combustion. Cette substance a été trouvée aussi dans l'enveloppe des crustacés. On l'obtient en plongeant la partie dans une dissolution de potasse et en faisant chauffer cette dissolution; la potasse dissout les matières animales et met à nu la chitine. Mémoires de la société' dliistoire naturelle de Paris, t. I, part, i, pag. 29. [Note dçs traducteurs. )
d'anatomik comparée. 5 ces à l'intérieur, constituent des systèmes parliculiers, les systèmes cartilagineux et osseux. De l'ensemble de ces diverses parties dures résulte le squelette; entouré des parties molles, principalement des muscles, il est appelé squelette intérieur; on le nomme extérieur lorsqu'il leur sert d'enveloppe. Dans ces deux conditions, le squelette représente très-généralement la forme de tout le corps, même après la destruction de toutes les autres parties. Cette règle s'applique également aux cas où il n'atteint que des dimensions proportionnellement fort restreintes.
A ces systèmes qui constituent presque en entier l'appareil passif de la locomotion se joignent des parties plus molles que les os et les cartilages. Ces parties sont de deux sortes; on les désigne sous le nom générique de ligamens, quoique «à l'état parfait elles présentent entre elles des différences remarquables.
Ces deux sortes de parties appartiennent à d'autres systèmes que l'on rencontre aussi dans des appareils différent.
Les plus solides, qui sont principalement destinées à maintenir l'union des organes durs ntre eux et avec les muscles, appartiennent au système fibreux qui revêt les os^dont il constitue \e périoste, et les cartilages, dont il forme le périchondre. Ici le système fibreux a aussi pour usage de- soutenir les ramifications des vaisseaux quipénètrent à l'intérieur des os.
Les ligamens de la seconde sorte sont moins en rapport avec la connexion qu'avec la mobilité des parties dures entre elles ; ce sont les ligamens synoviaux, ou capsules synoviales /ils appartiennent au système séreux , forment des sacs sans ouverture au dehors, à parois minces, étendus d'un os ou d'un cartilage à l'autre , tapissent les faces opposées de ces parties , et sécrètent une humeur onctueuse, transparente, visqueuse, la synovie.
Les procédés suivant lesquels sont unies entre elles les différentes portions du squelette sont très-divers ifiés ; mais toutes ces variétés peuvent être ramenées à deux modes d'union principaux. Ou les surfaces opposées sont unies entre elles par une substance intermédiaire étendue de l'une à l'autre, et dont la consistance tient le milieu entre la dureté et la mollesse, ou le contact est opéré entre ces surfaces par une membrane qui naît du pourtour de chacune d'elles, et qui leur permet de se toucher et de glisser l'une sur l'autre.
Dans le premier cas , le moyen d'union consiste en une substance fibreuse , ou fibro-cartilagineuse, ou cartilagineuse; dans le second cas, c'est une membrane synoviale que renforcent des portions isolées et intermédiaires de tissu fibreux et cartilagineux, qui, dans le plus grand
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nombre des jointures, n'existent qu'à l'extérieur, qui quelquefois sont situées à l'intérieur des capsules elles-mêmes.
On conçoit que dans les modes de connexion où les surfaces ne sont unies entre elles qu'à leur pourtour, et sont libres dans le reste de leur étendue, la mobilité doit être beaucoup plus considérable , tout étant égal d'ailleurs, que lors de la disposition conlraire. On désigne ces deux états de connexion opposés sous le nom d'union mobile ou articulation proprement dite, et à'union sans mouvement. Ces deux sortes d'articulations offrent plusieurs différences sous le rapport de l'étendue et de la solidité.
La plus solide est l'articulation immobile , lorsque les surfaces correspondantes sont inégales et opposent réciproquement des enfoncemens à des éminences qui s'engrènent mutuellement, et que la substance intermédiaire n'offre qu'une épaisseur proportionnellement peu prononcée. Cette disposition reçoit le nom de suture. Les sutures varient entre elles, et présentent des degrés très-remarquables, qui dépendent du volume, du nombre, de la complication des inégalités formant l'engrenage que constitue cette sorte d'articulation.
Lorsque les surfaces correspondantes ne sont que peu ou point inégales, lorsque la substance qui les unit est en outre large et molle, on donne à celte disposition le nom d'harmonie.
La présence de ligaraens fibreux ou de cartilages intérieurs, fait de cette articulation, considérée sous le double rapport du mode d'union erdu degré de solidité, le passage à l'articulation mobile.
L'articulation mobile présente en effet réunies les deux espèces de connexions. Que l'on en suppose les cartilages intermédiaires soudés aux deux os, les ligamens intermédiaires étendus jusqu'à former des expansions qui se touchent, elle représentera une véritable harmonie.
Les surfaces destinées à glisser les unes sur les autressonttoujours lisses, souventencroûtéesde cartilage. Cette disposition est commune chez les animaux supérieurs. Ordinairement il n'y a que deux os articulés ensemble; quelquefois on en rencontre un plus grand nombre. Les surfaces planes offrent le moins de mobilité; l'étendue des mouvemens y décroît en raison de la roideur plus considérable et du développement moindre des capsules ligamenteuses. Les os ar ticulés entre eux n'exécutent alors, en effet, qu'un seul mouvement : il consiste dans un glissement qui a lieu de haut en bas et de bas en haut, entre les surfaces articulaires.
C'est dans cette sorte d'articulation , nommées roides à cause du peu d'étendue des mouvemens , que l'on trouve le plus souvent des ligameus intermédiaires. On la remarque surtout t iilre de petits os.
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Les autres articulations permettent, soit la flexion et Y extension, soit la torsion, ou l'une et l'autre à la fois.
Dans l'uri et l'autre cas , ce sont des surfaces arrondies qui sont en rapport. Mais lorsque les mouvemens se bornent à la flexion et à l'extension, c'est-à-dire dans Y articulation en ginglyme, en charnière ou en genou, les surfaces articulaires ne forment que de petits segmeus de sphère auxquels correspondent (lés' enfoncemens, et sont interrompues ou bornées en outre par des éminencesou des cavités qui existent à différens points, et empêchent, à des degrés variables , le mouvement dans une autre direction que celle de la longueur.
Les articulations de torsion varient également sous le rapport du degré; mais on voit ici toujours des éminences rondes, simples, s'articuler avec des cavités analogues.
Le moindre degré de mobilité caractérise Y articulation trocho'ide ( rotatio ), dans laquelle un o^> , etc., représente Taxe autour duquel s'en meut un autre , tous deux7 ne se touchant que par des éminences et des enfoncemens proportionnellement peu prononcés. Souvent ce sont deux os, notamment des os longs, qui sont unis entre euxà leurs deux extrémités par des surfaces sphéroïdes. Cette disposition n'existe pas toujours. Lorsque cela n'a pas lieu, l'axe est enfermé par des ligamens forts, qui forment un
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cercle complet en s'étendant d'une parlie de l'os mobile à l'autre. Il résulte de cette disposition que, dans cette articulation, la torsion n'est possible que dans un plan.
On peut considérer comme une modification de cette articulation, ou bien comme une espèce d'articulation intermédiaire à la précédente et à celle qui suit, l'articulation en anneau, qui se rencontre chez quelques poissons , et dans laquelle deux os s'engrènent par des crochets ou par des anneaux complets.
Un rapprochement de cette disposition nous est offert dans l'articulation trochoïde, lorsque les ligamens qui entourent l'axe formé par un os unique viennent à s'ossifier, et forment ainsi un cercle osseux parfait. J'ai fait celte observation sur le squelette de l'hippopotame du cabinet d'histoire naturelle de Paris; en étudiant l'articulation de l'atlas avec l'axis , on voit dans cette pièce que le ligament transverse qui passe derrière l'apophyse odontoïde de l'axis, est ossifié.
Le mouvement est beaucoup plus libre , lorsque les surfaces qui se touchent représentent les segmens d'une sphère plus considérable, et constituent une portion comparativement plus petite des os que l'articulation unit. La conséquence de cette disposition est une rotation libre dans tous les sens, et d'autant plus étendue, que la cavité destinée à recevoir la tête sphéroïde offre moins de profondeur et de surface. Lorsque la
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cavité articulaire est grande en proportion et entoure toute la tête , l'articulation reçoit le nom à' én arthrose ; petite et aplatie, elle forme l'articulation la plus libre , Yarthrodie.
Quand on compare les divers animaux sous le rapport de ces articulations , la seule observation générale qu'il soit possible de faire , c'est que les mêmes parties dures s'articulent entre elles dans des êtres différens d'une manière extraordinairement variée; diversité extrême qui dépend de ce que l'un présente souvent la plus grande mobilité sur un point donné, tandis que chez l'autre on y rencontre une suture ou une harmonie.
Des systèmes que nous venons de considérer, le musculaire est le plus important; c'est à lui qu'est inhérente Iafaculté locomotive. Cependant on peut en faire précéder la description de celle des parties dures; je crois même cet ordre plus convenable. Nous ne traiterons donc des muscles qu'après avoir étudié les organes passifs de la locomotion.