SQUELETTE DES ZOOPHYTES
La disposition la plus simple du squelette se rencontre dans les zoophytes,o\\ il reçoit le nom de polypier ou corail.
La situation du corail Ta fait distinguer en extérieur et intérieur; dans le premier cas, il est creux : dans le second, plein ; c'est sur cela qu'est fondée la division des polypes en corlicifères et en axiferes. Il est digne de remarque que les polypes des zoophytes intérieurs,, à tige creuseront une forme moins parfaite que ceux dont le tronc est solide, et qui le revêtent à l'extérieur ; nouvelle confirmation du principe général que les animaux pourvus d'un 'squelette extérieur, sont moins bien organisés que ceux dont le squelette est situé profondément. 11 est vraisemblable que la situation relative du squelette et de la substance molle , est au fond la
d'anatomie compari'f.. l3 même dans les uns que flans les autres, et ne diffère que sous le rapport que nous venons d'indiquer (1).
Lorsque le squelette est intérieur , il occupe sans doute constamment l'axé du tout, que le volume en soit considérable ou non.
Il en est ainsi, du moins dans les genres pennntale et vèrélille , aussi bien que dans la gorgone verruqueuse {gorgonia verrucosa) , espèce à laquelle se rapportent toutes celles chez lesquelles les parties dures sont prédominantes.
Le volume proportionnel du squelette varie considérablement; Dans plusieurs genres, la tige solide, soit extérieure, soit intérieure, forme la partie la plus considérable de toute la masse, et représente, par conséquent, très-exactement tout l'animal. Nous en trouvons des exemples parmi les polypes corticifères, surtout chez les tubipores , parmi les polypes axifèfes dans les
(1) Cette remarque de M. Meckel est confirmée par les observations de MM. Quoy et Gainard, naturalistes de l'expédition commandée par le capitaine Freycinet. Ils ont constaté que les tuyaux parallèles du litliophyte connu sous le nom d'orgue (tubipora musica), et dont la couleur est d'un si beau rouge, étaient enveloppes d'une couche membraneuse d'un vert très-brillant , continue au reste de l'animal. Cet être, qui est une hydre, est lui-même renfermé dans le tube où il peut s'enfoncer à volonté, et d'où il peut faire sortir quand il lui convient ses huit tentacules. Voyage autour du monde, sur l'U rame et la Physicienne, partie zoologiquc, 1 824- {Noie des traducteurs.)
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genres corail noir (untipalhes) , isis , madrépore, niillépore.
Chez d'autres, le squelette est, au contraire, extrêmement petit, relativement à la substance molle; cela se voit dans les pennatules et les vèrètilles* Chez les premières , tout l'animal, par sa forme arborescente extérieure, ressemble à beaucoup de genres don t le polypier est considérable ; chez les secondes, tout le corps, ainsi que la tige intérieure , représente un cylindre simple. L'organisation de ces dernières forme le passage aux espèces dans lesquelles la substance dure manque tout- à-fait, comme, par exemple, chez les alcyons, et ceux-ci conduisent aux polypes simples, vivant isolément.
Le polypier disparaît-il et revient-il périodiquement chez certaines espèces où il est trèspetit? On est fondé à l'admettre, si on s'en rapporte à l'autorité d'un grand naturaliste (1 ), qui dit que le polypier manque chez le veretillum cynomorium. Il est cependant plus vraisemblable qu'il a échappé à l'investigation de cet observateur, soit par accident, soit à cause de sa ténuité; je l'ai en effet toujours trouvé, quoique de volume très-différent , dans un très-grand nombre d'individus que j'ai examinés avec soin. H faut toutefois ajouter que tous ces individus furent pris à la même époque, et que cette époque était le milieu de l'été; il Serait par conséquent
(i) Pallas, miscellanea zoologica , p. 179-
d'anatomir COMPAIUiE. 1 5
possible qu'il manquât dans d'autres saisons.
Sa consistance et partant sa composition varient. Chez les cèralophytes il est corné; il est pierreux chez les lithophjtes.
La substance animale , plus molle, qu'il loge dans son intérieur, est de nature gélatineuse; l'écorce dure est composée, soit uniquement,soit en majeure partie, de carbonate de chaux : dans le dernier cas, il y a une petite proportion de phosphate de chaux (i).
Sa forme extérieure est extraordinai rement variée; tout ce qu'on en peut dire, c'est qu'elle est généralement celle de tout le zoophyte , et détermine cette dernière. Cette observation s'applique surtout aux espèces où cette partie est considérable relativement à la partie molle, moins à celles où le polypier est en proportion d'un petit volume. Ainsi dans les pennatules il ne forme qu'une tige sans ramification , quoique l'ensemble présente la forme d'une plume. Il est également fort simple dans le genre vérétille. Mais dans l'un et l'autre il coïncide, par son amincissement aux deux extrémités, avec la forme du tout. Il est même digne de remarque que dans les pennatules, où l'ensemble rappelle encore la structure ramifiée d'autres espèces, on le trouve beaucoup plus long et plus gros que dans les v è vétilles , où cette structure n'existe
( i ) Hatchett, Expe'r. chim. sur leszoophjles, etc . Philos, transactions. •
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plus. Outre l'axe central, les pennatules ont encore d'autres parties dures. Celles-ci constituent la base ries ailes, et sont des épines alongées , droites, minces, apointies, disposées les unes à côté des autres en forme d'éventail, depuis la racine jusqu'au bord de chaque aile, entre les lames cutanées de celles-ci, et qui dépassent leur bord libre. Ces épines sont composées de plusieurs fibres plus petites, juxta-posées ; mais elles ne sont pas unies entre elles. Chacune d'elles correspond à deux paires de polypes, dont l'une est inférieure et l'autre supérieure ; et les ovaires, ainsi que les vaisseaux , s'étendent tout le long entre elles, depuis le bord jusque vers la racine de l'aile.
Les rayons des différentes ailes ne communiquent nullement entre eux, quoiqu'ils soient bien rapprochés les uns des autres à la racine; ils ne sont unis que par le parenchyme mou. Ils sont encore moins en connexion avec l'axe.
Cette disposition forme évidemment le passage des vérêtilles, etc., qui n'ont qu'un axe, aux zoophytes , dont le polypier se ramifie d'une manière non-interrompue.
D'autre part, elle se rattache aux alcyons, qui ne présentent aucune trace de substance calcaire intérieure, mais chez lesquels il existe une croûte calcaire extérieure, qui diminue d'épaisseur et de dureté de la racine vers les extrémités des branches.
WANATOMIE COMPARÉE. T7
La surface extérieure du polypier est ou lisse, •comme chez les pennatules et les vérétilles , ou parcourue par un nombre variable de sillons longitudinaux, comme clans le corail du commerce '(corailiwn) , etc.
11 ne présente très -généralement point de traces d'articulation, mais forme un tout continu que n'interrompt aucune solution. Une exception est fournie, parmi les espèces où le polypier est fort développé en proportion de la substance molle, par Visis et les polypes qui s'en rapprochent; ces êtres offrent un exemple de structure articulée digne d'être remarqué, à cause de l'analogie qu'elle présente avec les squelettes des animaux supérieurs. Leur polypier est formé de portions alternativement cornées et calcaires. La consistance de ces deux substances présente , dans la même espèce, les mêmes gradations. Ainsi, là où. les portions calcaires sont très-dures, les portions intermédiaires sont cornées, tandis que lorsque les premières ont une structure moins compacte, les secondes sont d'une consistance spongieuse.
Parmi les espèces elles-mêmes où la substance molle prédomine beaucoup sur la substance dure, ou du moins parmix;elles qu'une structure moins dendroïde et une longueur plus considérable du tronc en rapprochent, lesencrines ont des parties dures articulées.
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La structure intime de cette p:n !ic du polype est simple.
) Elle est située, rju moins chez les jjrm/a/ules et les vèréùlles , dans une enveloppe propre , mince, solide, lisse, qui l'entoure sans lui ad lu. '•rer. Cette enveloppe , qui est attachée d'une manière lâche à la masse molle eireonvoisine , peut en quelque sorte être comparée au périoste des animaux supérieurs.
Dans le genre pennatule , cette poche, en raison du développement beaucoup plus considérable de la tige, est bien plus distincte que dans le genre vérétille.
Dans l'un et l'autre on voit des faisceaux qui partent de la face intérieure de la substance molle, et se fixent à cette enveloppe dans une direction oblique du sommet à la base du tronc ; on peut comparer ces faisceaux aux muscles des animaux supérieurs.
Je ne sais si celte enveloppe existe également chez d'autres zoophytes, surtout chez ceux où le tronc est en proportion plus volumineux. Elle manque positivement dans la gorgone verruqueuse. Le tronc n'y est pas même uni à la partie molle par une substance intermédiaire, analogue au tissu muqueux, de sorte qu'en faisant une incision , on sépare très-faeilement les deux substances de l'animal.
La tige elle-même est en général parfaitement homogène; quelques genres la présentent ce-
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pendant à divers degrés de complication. Nous avons déjà indiqué sa structure articulée chez certaines espèces; ce phénomène se voit encore chez d'antres. Chez les gorgones, elle est composée d'une partie extérieure plus molle, et d'une partie intérieure plus dure occupant l'axe , et qui est toujours beaucoup moins considérable que l'autre. Ces deux parties sont surtout trèsdistinctes dans la gorgone verruqueuse (1). L'extérieure est brune, cornée, se compose de plusieurs couches concentriques, l'une dans l'autre, qui se confondent en se continuant; l'intérieure est blanche, lisse, cylindrique, et séparée sans transition de l'extérieure; elle est plus dure et beaucoup moins développée que celle-ci.
Dans la pennalule grise {pennalula grisea ), la structure du tronc est encore plus compliquée. Sa surface extérieure est formée par une couehe blanc-jaunâtre , d'une minceur proportionnelle. Après celle-ci on en trouve une seconde, grise , un peu plus épaisse, mais beaucoup plus dure; enfin une troisième plus épaisse encore, semblable à la première sous le rapport de la couleur et de la consistance, et enveloppant un cylindre mince, dur, situé dans l'axe du tronc.
Les différentes portions de la lige des isis ar-
(i) La gorgone vermoulue (gorg. vermiculuta) présente aussi un exemple très-frappant de la disproportion des deux substances.
{Note des traducteurs.)
QO TRAIT1Î GÉNÉRAL
ticulés ne présentent pas des démarcations également tranchées.
Lorsque les deux substances du tronc sont solides et dures, on les trouve exactement séparées; dans le cas contraire, elles se confondent en quelque sorte; la plus molle des deux substances contient des hlamens de la portion dure, et pénètre elle même dans les divisions de celle-ci.
Les gorgones et \espennatulesme semh\eni faire le passage des autres genres aux isis; c'est en effet chez elles que commence la distinction des deux substances; mais celles-ci s'étendent encore comme un tout continu à travers tout le squelette , ou du moins à travers sa plus grande partie.
Le mode de développement du squelette des polypes est peu connu.
On peut admettre , par analogie , qu'il se forme postérieurement à la substance molle.
Des individus très-jeunes de la gorgone verrugueuse, ayant la forme de petits boutons rouges, et dont les plus parfaits avaient déjà les huit bras dentelés , ne présentèrent en effet à Cavolini ( i ) aucune trace de squelette intérieur, quoique la substance corticale contînt, déjà de la
fil Memorie per servire alla storia naturale dei polipi marini. Jïapoli, 1785, p. i33.
Le fait consigné dans la noie de la page i5 sur le tuhipora musica confirme encore l'idée que la substance molle est la matrice de la substance dure , et par conséquent la précède.
(Note des traducteurs.)
d'aNATOIWIK COMPARÉE. 'Al
chaux comme chez les individus adultes. J'obtins les mèjnes résultats dans mes recherches sur cet animal. Avec ce phénomène coïncide la faculté que possède la substance corticale, de continuer à vivre pendant un laps de temps assez considérable, après avoir été isolée du tronc, sans que cette circonstance soit suivie de la reproduction nécessaire du polypier, fait d'autant plus remarquable^ que l'on trouve peu de temps après la séparation les traces d'un nouveau squelette sous la substance molle ou corticale enlevée.