SECTION II. — ATELIER VITRE
§ 136. Choix de remplacement. — Un atelier A (fig. 55), qui reçoit la lumière du zénith, à cause du voisinage de deux maisons élevées, b, b\ produit toujours des effets déplorables à cause des ombres portées. Au contraire, un atelier A (fig. 56), placé à la partie supérieure d'une maison dans le voisinage de laquelle aucun toit n'intercepte la lumière horizontale, permet toujours une pose
Fig. So. Fig. S6.
beaucoup plus courte et un éclairage bien plus facile. Dans les villes, ce n'est donc pas au rez-de-chaussée qu'il est bon d'établir les ateliers vitrés , à moins que les maisons n'y soient fort basses , mais plutôt à l'étage le plus élevé.
§ 137. Côté de l'atelier à tenir fermé. — Un second point <à observer, non moins important que le premier, consiste dans le choix du côté que l'on tiendra fermé et de celui que l'on garnira de verres à vitre. De très-bons photographes osent placer leur atelier en ])lein midi, et modifient habilement l'intensité de l'éclairage par des rideaux et des écrans. Mais ce système exige qu'une personne très-entendue manœuvre constamment les rideaux : car au midi la lumière est essentiellement variable. Donc, un tel atelier n'est pas pratique pour un travail régulier.
La lumière du midi étant mauvaise (à cause de l'action perturbatrice des rayons solaires), celles de l'est et de l'ouest le sont au même titre, et il ne reste que l'exposition en plein nord. L'expérience a confirmé, d'ailleurs, que ce genre d'ateliers est le meilleur.
S 138. Modèle de l'atelier vitré. — Les figures 57 et 58 représentent les meilleures formes que l'on puisse donner aux ateliers vitrés pour l'usage de la photographie.
ATELIER VITRÉ
On voit dans la figure 57 que le toit de la maison est enlevé, et
Fig. 57. Atelier vitré placé à la partie supérieure d'une maison dont on a enlevé le toit. La longueur
totale IK est île 1 2 mètres, celle ST <lu vitrage 6 mètres La hauteur IG est de 2 mètres 20 centimètres, celle BL du fond de 4 mètres 30 centimètres. La hautf-ur SF du vitrage est de 180 centimètres. RI est de 60 centimètres. La longueur PE du vitrage est de 3 mètres. Le paru-soleil MN, de 1 mètre oO centimètres de haut, divise le toit ABDG en deux. La largeur KL de l'atelier est de 6 mètres. Le vitrage de l'atelier regarde le Bord. Les fonds et accessoires se placent sous !u partie couverte.
Fig. 58. — Atelier de forme américaine. Le vitrage incliné B regarde le nord, la partie vitrée C l'ouest la partie vitrée opposée l'est. La largeur est de 8 mètres. La longueur totale HI, 14 mètres, y compris le cabinet obscur F. La hauteur NO est 7 mètres. Le plancher est à 180 centimètres au-dessus du niveau du sol. Ces dimensions peuvent, du reste, être modifiées suivant l'espace dont on dispose.
GÉNÉRALITÉS
reini)lacë par l'atelier vitré dont nous avons indiqué les dimensions sous la figure même.
La fig. 58 représente la forme de l'atelier fréquemment adoptée en Amérique. Le toit vitré incliné regarde en plein le nord. Mais les parties verticales reçoivent le soleil, celle de gauche le matin, celle de droite l'après-midi. Cette forme d'atelier est beaucoup moins bonne pour le portrait que celle représentée dans les figures précédentes, onais meilleure pour les Tejjroductions de gratiires et de taUemix, les gro^ipes, etc.
Maintenant, posons l'importante question : Quelles dimensions doiton donner aux ateliers vitrés? Les lignes suivantes permettront de résoudre cette question.
Plus l'atelier est étroit et plus le verre du toit est rapproché du modèle, et plus beaux seront les effets obtenus. Il y a quelques années, la plupart des photographes transformaient un bout de grenier en atelier vitré, rien qu'en enlevant 2 ou 3 mètres carrés de tuiles qu'ils remplaçaient par du verre. L'atelier avait à peine 4 mètres carrés et les murs en étaient badigeonnés de blanc. On ne pouvait point y faire de groupes, tout au plus pouvait-on y poser deux personnes l'une à côté de l'autre. Cependant c'était dans ces « troits » comme on les a dédaigneusement appelés depuis, que l'on réalisait les plus beaux éclairages. Plus tard, l'ambition venant avec le succès et la fortune, on construisit des ateliers immenses, splendides, et l'on n'y fit plus rien de bon. Voilà en deux lignes l'histoire de tous les anciens photographes en renom.
Aujourd'hui, l'on renonce aux grands ateliers pour ne bâtir que des chambres vitrées de 3 à 5 mètres de largeur. Quant à la longueur totale, elle doit être considérable, pour le recul des objectifs. Mais la partie vitrée ne doit pas avoir, sur cette longueur, plus de 4 cà 5 mètres.
L'atelier (fig. 57) qui n'aurait qu'une longueur de vitrage ST ou CP de 4 mètres, une largeur PE de 3 mètres, une hauteur DK de 2 mètres, une longueur totale AB de 10 mètres, réaliserait les meilleurs éclairages sans l'intervention du moindre rideau. A condition, toutefois, qu'aucune construction avoisinante n'intercepte la lumière. Qu'on remarque bien que si l'on veut éclairer le modèle de droite ou de gauche, oji le fait poser sous la partie couverte HF ou sous la partie OE.
L'atelier lui-même, d'ailleurs, doit être plus large que le vitrage comme le montre notre figure, mais un rideau gris-clair doit pendre au milieu de l'atelier, sur le prolongement du para-soleil.^ En tous cas, et ceci est l'essentiel, le vitrage doit être en plein nord, de
ATELIER VITRÉ
manière à éviter que les rayons solaires n'entrent dans l'atelier pendant l'été.
Comme l'inclinaison du toit est faible (de 40 degrés environ), un para-soleil de 2 mètres d'élévation, protège en été ce vitrage de l'action des rayons solaires. QjQ fara-soMl est indispensable. On le fait en métal, ou en lamelles de bois imbriquées comme celles des jalousies, afin qu'il prenne moins le vent.
§ 139. Couleur du verre de T atelier vitré. — La couleur du terre infiue très-fortement sur le temps de pose. En Angleterre, où ces détails s'observent à cause d'un climat sombre, on choisit un verre bleu paie coloré par les sels de cobalt qui laisse passer presque toute la partie active de la lumière. Ce verre bleu adoucit fortement la lumière, ce qui permet une pose du modèle beaucoup plus favorable. Le verre blanc peut servir pour le même objet; mais on le choisira bien blanc, un peu épais, et surtout exempt de la moindre apparence jaunâtre, qu'on reconnaît aisément en superposant plusieurs de ces verres sur un papier blanc. A défaut de verre blanc, le verre verdàtre ordinaire est celui qui convient le mieux. Dans aucun cas on ne peindra des carreaux avec du blanc de céruse pour atténuer l'action des rayons solaires ; on proscrira également les verres dépolis, attendu que ces terres, tout en laissant ^passer une grande quantité de lumière éclairante, ahsorhent une grande j)artie des rayons cliimicptes, précisément ceux dont le photographe a besoin.
Avant de construire l'atelier, il faut se procurer plusieurs espèces de verres et les enchâsser, l'un à côté de l'autre, dans un cadre que l'on place devant une fenêtre ouverte, de manière que les verres à essayer ne soient éclairés que par la lumière du ciel qioi les traverse. On reproduit le châssis par le procédé au collodion, eu 2^renant une pose extrêmement courte. Au développement, il est alors aisé déjuger quel est le verre parmi tous ceux que l'on essaie, qui laisse passer le plus de lumière active. Cette expérience préliminaire doit être répétée plusieurs fois. Les petits carrés de verre à analyser seront, tout au plus, grands comme une carte à jouer, afin que le châssis n'atteigne qu'une faible dimension, ce qui facilite l'expérience. Ce qui surprend souvent l'opérateur dans une pareille expérience, c'est que le verre le plus blanc est parfois beaucoup moins transparent pour les rayons chimiques que tel autre verre plus coloré en bleu ou en violet.
§ 140. Altération du verre. — Le verre, longtemps exposé à la lumière, ralentit l'action de la lumière comme si une action chimique l'avait modifié à l'intérieur. M. Gaffield a fait à ce sujet
GÉNÉRALITÉS
des expériences qui ne laissent aucun doute, et le verre qui semble le mieux résister à cette altération est le verre ordinaire à vitres (verdàtre).
Il est de fait que le verre s'altère par une longue exposition à l'air et à la lumière, et que sa surface se dépolit. Mais pour produire un pareil eflét, il faut un temps fort long.
D'ordinaire le ralentissement dans l'action chimique que l'on observe dans les ateliers est dù à de la matière organique qui se dépose sur la surface extérieure du verre. Il est donc fort important de nettoyer de temps à autre, par exemple tous les mois, le vitrage extérieur de l'atelier. On se sert, à cet effet, de substances acides ou alcalines; le cyanure de potassium semble repondre parfaitement au but. Malheureusement, comme c'est à l'extérieur que ce nettoyage doit se faire, il est bien souvent impraticable. On y parvient cependant en ménageant dans les châssis de fer des carreaux mobiles assez grands pour laisser passer tout le corps. En attachant alors une grande éponge à un long bâton, on en frotte vivement tous les carreaux de verre. C'est surtout â l'approche de la pluie qu'il est bon de procéder à cette opération, l'eau entraîne alors le cyanure : les matières organiques qui formaient un enduit â la surface du verre sont ainsi enlevées.
§ 141. Atelier pour faire le portrait en plein air. — On est
souvent appelé à faire des portraits en plein air. On se servira alors
avec grand avantage du châssis à parois mobiles représenté fig. 59. Le fond A a une largeur de 2 mètres sur une hauteur de 2'"20. Les parois mobiles ont la même hauteur, mais une largeur de 1"'20 seulement. L'écran supérieur E, mobile à l'aide de tiges F, sert â couper la lumière verticale. Il a une longueur de 2 mètres sur une profondeur de I"^ 20.
Le modèle pose sous la paroi E et regarde la paroi noire B, que l'on peut â volonté transporter en C, en changeant les rideaux qui les couvrent.
Sous cet atelier improvisé, on réalise de forts beaux éclairages, et naturellement, la durée du temps de pose est réduite â la moitié ou au tiers de celle qui est exigée dans l'atelier vitré. Aussi, ce svstème