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SECTION IL — PHOTOGRAPHIE SUR PAPIER

La photographie sur papier a pour but de produire des images négatives dans la texture du papier ainsi qu'il a été dit dans Tique. Ces procédés sont aujourd'hui presque abandonnés ; aussi ne décrirons nous que le seul de ces procédés que l'on pratique quelquefois encore en voyage, à cause de sa simplicité et du peu de matériel qu'il exige.

Procédé Legray.

§ 293. Choix du papier et cirage (i). — Le papier négatif ne peut être ni trop épais, ni trop mince ; dans le premier cas, il exige un temps très-long dans le tirage des positifs, puisqu'il est moins transparent ; dans le second, il est presque toujours criblé d'une infinité de petits trous provenant du satinage, qui se traduisent en grenu dans l'acide gallique. Le papier aura une texture très-unie comme une glace finement dépolie, et sera exempt de taches grises, qui se reproduiraient dans le négatif.

Le cirage du papier a lieu dans une cuvette en plaqué d'argent

(1) On trouve d'excellent papier ciré, et ciré ioduré, chez M. A. Marion, fabricant de papiers photographiques, à Courbevoie, Paris.

PAPIER CIRÉ. 227

(fîg. 136) chauffée au bain marie. On prend alors une rondelle de cire blanche, on la casse en deux et on la promène sur la cuvette de manière à la recouvrir d'une couche très-mince de cire fondue. On

Fig. 136. — Cuvette â cirer le papiei'.

étend sur la cire une feuille de papier qui prend aussitôt un aspect translucide par l'imbibition de la cire. On la relève et on la place sur la table. Puis on recommence en cirant ainsi autant de feuilles que l'on désire.

Les feuilles contiennent un grand excès de cire dont il faut les débarrasser en les plaçant entre des doubles de papier buvard trèsépais et très-uni, sur lesquels on passe des fers à repasser chauffés à 150*^. L'excès de cire est ainsi absorbé. On enlève le papier ciré pour en mettre un autre et on continue ainsi jusqu'à ce que le papier buvard n'enlève plus de cire. Si, en examinant les feuilles cirées à un jour frisant, on remarque encore des taches luisantes dues à un léger excès de cire qui reste dans leur pâte, on enlève ces taches luisantes avec le plus grand soin, en renfermant le papier entre deux feuilles de papier buvard neuf, et en le soumettant de nouveau à l'action du fer chaud. Il faut manier le papier ciré délicatement, chaque pli formant une tache que rien n'enlève.

§ 294. loduration du papier. — Dans trois litres d'eau de pluie

FiR 137. Fig. 138.

filtrée contenue dans un vase en porcelaine ou en terre, on place 200 grammes de riz et on porte le liquide pendant quelques minutes à l'ébullition. Il faut que le riz ne soit que légèrement crevé afin que le

PROCÈDES NÉGATIFS

Fig. 139. — Suspension du papier eifè.

liquide ne s'empâte pas. Toute la masse est jetée sur une toile, et le liquide est filtré. Pendant qu'il est encore chaud, on y dissout, par

litre, 45 grammes de sucre de lait en

^ l poudre très-fine. Le liquide refroidi est

1 .iiillIllllilIlB^^^^ filtré sur du papier jusqu'à limpidité parfaite. On y dissout alors, par litre , 10 grammes d'iodure de potassium et 2 1/2 de bromure; la liqueur est ainsi prête à servir. On introduit les feuilles cirées dans ce bain, en ayant soin éviter les Inlles. On force alors la feuille à s'immerger à l'aide de tubes de verre pliés comme le montre les fig. 137 et 138.

Ordinairement le papier est complètement ioduré après un séjour de deux heures dans le liquide ; comme celui-ci a dû le pénétrer mécaniquement, puisque la cire est un corps gras, il en résulte, quand la feuille est sèche, un aspect grenu qui ne doit pas effrayer l'opérateur, car ce défaut disparaîtra plus tard.

On suspend les feuilles à l'aide de pinces en bois après les avoir ôtées du bain avec prudence. La fig. 139 montre une feuille suspendue.

Les papiers iodurés se conservent parfaitement bien, si on a soin de les enfermer dans un portefeuille bien clos; mais ils prennent ordinairement une couleur bleue due à l'iode mis en liberté par l'action de l'air.

§ 295. Sensibilisation du papier ioduré. — Cette opération se fait dans le cabinet obscur, en plongeant la feuille dans un bain de

1 litre d'eau di.stillée, 60 grammes d'azotate d'argent cristallisé, CO 11 d'acide acétique cristallisable.

A l'aide d'un tube, on force la feuille à s'immerger complètement. Si le papier présente une coloration violette, on la voit insensiblement disparaître et devenir complètement blanche. On laisse ordinairement nager le papier dans ce liquide pendant 5 minutes, et, si la feuille remonte à sa surface, on la force immédiatement à s'immerger à l'aide du tube en verre.

Il est assez dangereux de sensibiliser deux feuilles en même temps dans le même bain d'argent, parce qu'après le développement, l'image du papier supérieur se marque sur la feuille inférieure, ce qui s'explique par le contact des papiers, qui a empêché le nitrate d'agir également sur toute la surface.

Au sortir du bain d'argent, la feuille sensibilisée et bien çgouttée est

PAPIER CIRÉ

placée dans une grande cuvette en verre ou en porcelaine remplie d'eau de pluie. Elle y est laissée au moins pendant dix minutes, afin que l'excès de nitrate d'argent soit bien enlevé. Disons en passant que ce lavage doit être fait avec soin, il est même bon de le renouveler.

La feuille lavée est placée dans un cahier de buvard (l), avec lequel on enlève l'excès d'eau; puis, plaçant une feuille de bristol blanc sur la feuille encore Immide mais non mouillée, on en rabat les bords que l'on colle sur le bristol à l'aide d'une solution de gomme arabique. De cette façon, quand le papier est sec il est tendu sur le bristol et présente une surface très-unie. Chaque feuille sensibilisée ainsi collée est séparée par une feuille de buvard du carton suivant, dans le portefeuille qui sert à les conserver. On peut les conserver ainsi sensibilisées plus de 15 jours.

§ 296. Exposition à la chambre noire. — Quand on a préparé le papier comme nous venons de l'indiquer, on place le carton sur lequel la feuille est tendue dans le châssis de la chambre noire.

Quant au temps de pose, il est, comme toujours, très-difficile à préciser. Voici cependant une indication : une vue éclairée au soleil exige, avec un objectif simple de 30 cent, de foyer et un diaphragme de 1 cent., environ 5 minutes.

§ 297. Développement de l'image. — On commence par enlever les feuilles de papier du carton sur lequel elles sont tendues en passant un canif entre le papier et le carton. Si on ne développe pas immédiatement l'image, on la met de côté dans un cahier de buvard, pour la faire paraître au moment opportun.

Préparez le développateur suivant que vous verserez, après l'avoir filtré, dans une cuvette plate en porcelaine :

Le papier est immergé et maintenu dans la liqueur à l'aide du tube en verre (fig. 137).

Quand le papier a séjourné quelques minutes dans le bain d'acide gallique, si on le relève et si on l'examine j^ar transparence, on s'aperçoit que le ciel ou les grandes lumières sont fortement marqués. Plus tard (2) il arrive un moment où les lumières et les ombres sont

(1) On ne doit jamais se servir deux fois de la même feuille de papier buvard pour enlever l'excès d'eau du papier négatif.

(2) Après un temps qui varie de 15 minutes à plusieurs heures.

Eau distillée Acide gallique

1 litre.

1 gramme.

PROCÉDÉS NÉGATIFS

complètement venues (l), et alors on met immédiatement le papier dans l'eau pour arrêter l'action de l'acide gallique. D'autres fois, il faut forcer le développement par l'addition de quelques gouttes d'acéto-nitrate d'argent.

Quand la pose est trop courte, l'image ne se développe pas dans le bain d'acide gallique, à moins qu'on n'y ajoute une forte proportion d'acéto-nitrate d'argent. Cependant les ombres manquent alors de détails et le cliché est heurté, c'est-à-dire que le positif d'un tel cliché présente des oppositions du noir au blanc beaucoup trop fortes. Si le temps de pose a été beaucoup trop court, le ciel seul apparaît faiblement, et l'addition de la solution d'argent renforce à peine les parties fortement éclairées du modèle.

Quand la pose a été trop longue, le ciel reste transparent et tout le cliché manque de vigueur ; ordinairement Tépreuve présente une teinte rouge. D'un autre côté, l'addition de l'acéto-nitrate d'argent renforce à peine le cliché : dans tous les cas, il est préférable de prendre une courte exposition à la lumière plutôt qu'une pose trop longue.

Mais, quand la pose à la chambre noire a été suffisante, l'épreuve se développe en moins d'un quart d'heure, et l'addition d'une faible quantité de nitrate d'argent à l'acide gallique lui donne une vigueur extraordinaire : le ciel et les parties fortement éclairées du modèle se traduisent en noir tellement opaque que les rayons du soleil peuvent à peine traverser ces parties de l'épreuve, et les détails dans les ombres sont complets.

On ne doit pas s'étonner du grenu que présente le cliché après le développement à l'acide gallique, la dernière opération le faisant en grande partie disparaître.

§ 298. Fixage de Fépreuve. — Après avoir lavé l'épreuve développée, il suffit de la laisser séjourner une demi-heure dans une solution d'hyposulfite de soude, et de la laver en l'abandonnant deux ou trois heures dans une cuve remplie d'eau. Finalement l'épreuve est séchée dans un cahier de papier buvard.

L'épreuve sèche présente un pointillé général, plus puissant qu'au sortir du bain iodurant. Il importe de le faire disparaître. Pour cela, on enferme le papier entre deux feuilles de buvard et on y passe un fer chaud pour faire fondre la cire qui imbibe le papier.

(1) Pendant que l'épreuve est encore dans le bain d'acide gallique, on la voit insensiblement se couvrir d'un dépôt boueux, se salir enfin : on ne doit y faire aucune attention, cet accident n'est qu'apparent.

PAPIER CIRÉ

Il arrive souvent, lorsque l'épreuve est terminée, que le ciel est beaucoup trop faible ; on peut alors, avec de la couleur noire, le recouvrir d'une couche opaque; on peut aussi se servir de papier noir et mince découpé. Mais on ne devra recourir à aucun de ces moyens, si l'on est un peu familiarisé avec la pratique des procédés sur papier.

§ 299. Procédé de M. Tillard. — Mettez dans un litre d'essence de térébenthine autant de fragments de cire qu'il peut en contenir et laissez-les trois jours en contact. Au liquide filtré ajoutez 5 gr. d'iode par litre, l'iode se dissout sans produire de coloration, ajoutez-y aussi 400 gouttes d'huile de ricin. Versez ce liquide dans une cuvette, trempez-y vos feuilles de papier pendant 5 minutes et séchez par suspension. Quant à la sensibilisation et aux opérations subséquentes elles sont analogues à celles décrites à propos du procédé Legray. Ce procédé donne des épreuves très-fines qu'on croirait obtenues par la méthode au collodion. Il est aussi très-rapide.

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