SECTION I. — ALBUMINAGE DU PAPIER
§ 307. Choix du papier. — Les papiers que l'on emploie aujourd'hui de préférence sont les papiers de MM. Blancliet et Kléber, à Angoulême, et de M. Steinbach, à Malmédy.
Le premier est le plus employé. Il est parfaitement exempt de ces taches de fer si abondantes dans les papiers ordinaires et qui se | traduisent par de larges taches noires sur les épreuves positives. 1
Il n'est pas indifférent d'employer l'un ou l'autre côté de la feuille. 1 On l'examinera donc préalablement à un jour frisant en choisissant le [ côté le plus uni, on marquera l'envers au crayon, puis on coupera de | grandeur, si on le juge nécessaire, car ces feuilles ont ordinairement une assez grande dimension (45 cent, sur 55).
En moyenne, le papier positif doit être mince, surtout s'il est ! destiné à être albuminé. Les 480 feuilles (1 rame), de 45 cent, sur 55, , pèseront 8 kilog., mais le papier de grand format doit être plus résistant, par conséquent plus épais, afin qu'il se déchire moins vite.
La qualité du papier brut a la plus grande influence sur la qualité du papier albuminé, sans que l'on sache déterminer à l'avance si le papier convient ou non à la production de bon papier albuminé. '
§ 308. Influence de la proportion de sel. — Plus la proportion de sel est forte dans le papier salé albuminé, plus ce papier est | rapide à l'insolation, mais moins il donne d'opposition entre les noirs I et les blancs de l'image.
PAPIER ALBUMINÉ. 231
Les fabricants de papier albuminé varient leur dosage de sel de 1 à 3 pour cent.
Le premier dosage produit des papiers albuminés lents à l'impression lumineuse, mais dont les images offrent beaucoup d'opposition. Ils conviennent surtout aux clichés très-peu intenses.
Le dosage à 3 pour cent produit des papiers beaucoup plus rapides, mais dont les images offrent moins d'opposition. Ils conviennent aux clichés plus intenses.
C'est ce dernier dosage qui est le plus employé par les fabricants de papier albuminé.
§ 309. Influence de la qualité de Palbumine. — Les papiers encollés à l'albumine récemment préparée sont exempts d'odeur animale, mais irréguliers dans le virage. Les papiers encollés avec la vieille albumine, ont une très-mauvaise odeur, mais virent trèsrégulièrement.
Voici comment se prépare l'albumine destinée à l'encollage du papier. L'albumine doit être préalablement battue en neige après que l'on y a ajouté un pour cent de sel marin en poudre fine. Après que celle-ci s'est changée en liquide, ce qui a lieu en une nuit, on décante le liquide clair, pour l'abandonner à lui-même 15 jours en été, le double en hiver, jusqu'à ce qu'il exhale une forte odeur animale. On filtre alors cette albumine à travers de la flanelle.
L'albumine doit être exempte de fibrine, ce que l'on reconnaît aisément au dépôt qui s'y forme après un repos de quelques heures. Ce dépôt est causé par la fibrine qui produit des lignes rouges dans le sens de l'égouttement lorsque le papier albuminé est suspendu pour sécher.
Si le papier, avant d'être albuminé, est trop peu encollé, ces lignes se produisent si régulièrement, que tout le papier préparé après à l'albumine doit être mis au rebut. La quantité de l'encollage du papier a la plus grande influence sur la qualité du papier albuminé.
L'albumine pure communique au papier une surface très-luisante, que l'on peut rendre moins brillante en étendant préalablement l'albumine pure de plus ou moins d'eau salée à trois pour cent de sel marin. Veut-on donner une couleur rose au papier albuminé, on additionne l'albumine d'un peu de fuchsine (couleur rouge à l'aniline).
§ 310. Pinces américaines. — La pince à suspendre le papier (fig. 143) est formée par deux lames de bois réunies par une charnière, dont les extrémités inférieures arrondies sont maintenues serrées par un puissant ressort qui écarte les branches supérieures.
11 est bon de percer une des lames à sa partie supérieure et d'y
ÉPREUVES POSITIVES SUR PAPIER
introduire un fil de fer plié en S que l'on y fixe et qui fait corps avec Ja pince. La pince s'agrafe ainsi très-aisément sur la corde à laquelle
on veut suspendre le papier.
Les pinces en buis (fig. 1 44) servent à manier les épreuves dans les bains et à éviter ainsi le contact des mains.
§ 311. Albuminage du papier. — L'albumine est versée lentement (en évitant les bulles) dans une cuvette en porcelaine ou en caoutchouc durci. Avant d'y étendre le papier, il faut toujours écrémer le bain en y passant, suivant toute sa largeur, une bande de papier buvard.
Le papier y est étendu de la manière suivante : on saisit les deux bords opposés de la feuille (fig. 145), dont on fait adhérer le milieu au liquide, tandis qu'on abaisse régulièrement ses deux bords, de
Fig. 143. — Pince à ressort.
Fig. 144. — Pince en buis.
Fig. 1/
Salage du papier.
manière qu'en définitive le côté albuminé du papier flotte à la surface du liquide.
Après que le papier a séjourné sur ce bain quelques secondes, on en soulève un des angles à l'aide d'une lame plate de verre. L'on saisit cet angle entre le pouce et l'index et l'on soulève une moitié de la feuille pour détruire avec la lame de verre les bulles d'air qui pourraient s'être formées à sa surface. On abaisse alors la feuille,
PAPIER ALBUMINÉ.
pour procéder de la même manière avec l'autre moitié de la feuille. Quand cette dernière est restée 5 minutes sur le bain, on introduit de nouveau la lame de verre sous l'un de ses angles que l'on soulève et auquel on attache une pince américaine à agrafe. Saisissant cette pince d'une main, on enlève la feuille jusqu'à ce que l'autre angle se soulève et on le saisit de l'autre main. On sort ainsi la feuille tout entière du bain, on la laisse égoutter, et on la suspend. Pour cela, on commence par agrafer la pince à une corde tendue, ce qui rend une main libre avec laquelle on prend une seconde pince américaine, pour attacher l'autre angle de la feuille. Les petites feuilles se suspendent par un seul angle.
Les feuilles sont ainsi albuminées les unes après les autres. L'albumine provenant de l'égouttement est recueillie dans des éprouvettes.
Il faut que le papier sèche dans une place bien ventilée, sans cependant produire des courants d'air sur les feuilles, sinon la couche d'albumine serait inégale. La température de la salle doit être de 10 à 15 degrés centigrades. Le papier une fois albuminé doit être conservé au moins un mois avant de l'employer, et dans des places plutôt humides que sèches.
§ 312. Conservation du papier dans les ateliers de photographie. — Le papier albuminé donne lieu, de la part des photographes, à des plaintes continuelles. Tantôt le papier ne veut pas virer ^ c'est-à-dire que les images ne prennent pas le ton violet qui leur est habituel; tantôt le papier en séchant, après la sensibilisation, se couvre complètement de goîtttelettes, causant des taches nombreuses. C'est vers la fin de l'été que ces accidents se produisent le plus fréquemment.
Ce défaut tient à l'état physique de la couche d'albumine. Le papier, en effet, est généralement conservé par les marchands dans des places sèches. Les photographes eux-mêmes mettent la rame de papier qu'ils achètent chez le marchand dans le cabinet où ils sensibilisent leur papier, cabinet nécessairement chaud et sec. La couche d'albumine se dessèche alors, refuse de se mouiller sur le bain d'argent qui coule en veines, se réunissant en gouttelettes lorsqu'on suspend le papier pour le sécher. Le virage se fait aussi beaucoup plus difficilement.
Si ce défaut se produit, il faut mettre le papier dans une cave humide. Le lendemain, il aura repris ses propriétés habituelles.
ÉPREUVES POSITIVES SUR PAPIER